‹ Précis de l'histoire du Moyen Âge par m. des MichelsChapitre 28 sur 75 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Formation de l'Empire carlovingicn ou franco-romain par les conquêtes de Pépin et de Charlemague.

§ I Règne de Pépin-lc-Bref, 752-768.

Le génie de Pépin d'Héristal et de Charles Martel avait assuré le succès de la révolution ostrasienne , et ouvert à Pépin-le-Bref le chemin du trône. Avec le règne de cet usurpateur commença une seconde révolution qui devait réunir dans un même système tous les débris des peuples germaniques, et en former un nouvel empire aussi formidable que celui qu'ils avaient démembré. Pépin n'eut'que le temps de faire reconnaître sa souveraineté aux peuples tributaires, d'achever la conquête des Gaules , et d'affermir sa couronne en lui donnant pour appui la confiance de la nation , l'intérêt du clergé et l'autorité des papes. Son fils devait faire le reste.

Affaires d'Italie, 364-767. — Astolphe, roi des Lombards, s'élant emparé de Ravenne en 762, réclamait des Romains et du pape la soumission qu'ils devaient à l'exarque. Leur refus allait perdre Rome ,

dont les troupes d'Astolphe avaient déjà brûlé les faubourgs. Etienne II , ne pouvant obtenir aucun secours de l'empereur d'Orient , vient solliciter en France la protection de Pépin , qui reçoit de ce pontife , ainsi que ses deux fils , l'onction royale et le litre de patrice des Romains. Ce prince , après avoir inutilement employé sa médiation, fait proclamer la guerre au champ-de-mars , et une armée passe les Alpes sous ses ordres. Aslolphe , assiégé dans Pavie , promet de renoncer à ses prétentions, et d'abandonner à l'église de Rome l'Exarchat. et la Pentapole. Pépin rentre dans ses États , mais la mauvaise foi du roi lombard le rappelle bientôt en Italie. Une lettre d'Etienne II, écrite au nom de saint Pierre, lui avait appris qu'Astolphe , loin de livrer au pape les villes de l'Exarchat , venait de mettre le siège devant Rome. Cette fois le vainqueur veille avec plus de soin à l'exécution du premier traité , et laisse des commissaires en Italie pour prendre possession des villes que sa libéralité avait cédées au saint Siège par un acte de donation authentique, quoique souvent controversé. Toutefois Pépin conserva une grande part dans les affaires temporelles de l'Église et de la république romaine , et l'intervention constante de ses commissaires prépara les voies à la domination des Francs en Italie.

Réunion de la Septimanie, 753-759. — Les divisions des Sarrasins espagnols ayant laissé dans l'abandon leur colonie de Wnrbonne, les seigneurs gofbs s'étaient rendus indépendans en deçà de l'Aude ; et dès l'an 752 le comte Ansémond livra à Pépin Mîmes,

Maguelonne, Agde et Béziers. Ce piïnce envoya quelques troupes dans le pays; mais Narbonne résista aux efforts des Francs et des Colhs réunis , et ce ne fut qu'en 758 que les portes leur en furent ouvertes par la population chrétienne qui venait de massacrer les Musulmans. La Gothie se donna aussi au roi des Francs , à condition qu'elle conserverait ses lois et ses privilèges.

Conquête de V Aquitaine* 760-769. — Les descendans de Carihert II possédaient encore le duché d'Aquitaine et reconnaissaient, à certains égards , la suprématie des rois francs. Waïfre régnait alors sur ce pays , par suite de l'abdication de son père Hunald , et affectait de ne rendre à l'usurpateur du trône aucun devoir de vasselage. Pépin aspirait à une pleine souveraineté sur les provinces d'Outre- Loire, et, comme Clovis , il trouva dans la religion un prétexte pour les envahir. Il somme Waïfre de rendre aux églises les biens dont il s'était emparé , et, sur son refus, il entre dans le Berry et l'Auvergne , qui sont livrés au pillage et à l'incendie. Cette expédition est suivie de sept autres , et pendant huit ans l'Aquitaine est le théâtre d'une guerre d'extermination , dans laquelle le malheureux Waïfre opposa à l'ambitieux vainqueur une constance et une activité infatigables. A la fin , trahi par les siens , il succomba en 768 sous le fer d'un assassin , et Pépin n'eut pas le temps de recueillir les fruits de ses victoires et peut-être de son crime. Il était réservé à son fils Charles d'achever la soumission de l'Aquitaine par la défaite et la captivité de Hunald , qui était sorti de son monastère pour

affranchir les provinces méridionales du joug des Francs. L'hommage du duc des Gascons fut une conséquence de cette conquête (769).

768. Pépin mourut au moment de sa plus grande puissance , et transmit à ses deux fils un empire plus étendu et plus redoutable qu'il n'avait jamais été dans les plus beaux jours des Mérovingiens.

g II. — Chariemagne roi , 768-800.

Bans une assemblée générale des grands de la nation, l'héritage de Pépin fut partagé entre ses deux fils. Charles (Chariemagne) eut la Neustrie et l'Aquitaine; Carloman , l'Ostrasie et la Bourgogne. Les deux frères vécurent en mauvaise intelligence , comme le prouva la retraite de Carloman , qui laissa à Charles tout le poids de la guerre d'Aquitaine. Mais la mort de ce prince , en 771, livra tout l'Empire franc au roi de Neustrie , qui se fit déférer la couronne d'Ostrasie par la diète de Carbonac, au préjudice des fils de Carloman, réfugiés avec leur mère à la cour du roi des Lombards. Plusieurs seigneurs mécontens suivirent la reine Gerberge , et furent accueillis par le roi Didier, dont Chariemagne venait de répudier la fille sans motif légitime.

Dans l'espoir de mettre la division parmi les Francs, et d'en profiter pour reconquérir l'Exarchat , Didier voulut forcer le pape Adrien I er à donner l'onction royale aux fils de Carloman. Mais le pontife s'y refusa,

et invita Charlemagne à venir défendre en Italie leurs intérêts communs.

Guerre d' Italie , 774. — Un champ- de -mars est indiqué à Genève , où se réunissent les guerriers de la Germanie et de la Gaule franque et romaine. L'année divisée en deux corps, passe les Alpes , force les Cluses vaillamment défendues, et va assiéger le roi des Lombards dans Pavie et son fils Adalgise dans Vérone. Pendant le blocus de Pavie, Charlemagne se rend à Rome , où il est reçu avec tous les honneurs réservés aux patrices et aux exarques. De sou côté, il accroît et confirme la donation de Pépin, source de contestations et de prétentions exagérées. Charles retourne à son camp de Pavie, et reçoit la soumission de cette capitale ., qui entraîne celle de tous les ducs lombards , à l'exception de celui de Bénévent. Moins heureux que son fils , Didier tombe au pouvoir de son ennemi avec les princes ostrasiens, et le cloître reçoit toutes ces grandeurs déchues. Le vainqueur se fait couronner roi des Lombards , et laisse à son nouveau royaume ses lois et sa constitution.

775. A peine Charles avait-il quitté l'Italie pour aller combattre les Saxons, qu'une iiisurection excitée par Adalgise éclata dans les duchés de Frioul et de Trévise. Mais la prompte défaîte et le supplice de Uodgaud affermirent l'obéissance des autres chets de la nation lombarde.

Guerre de Saxe; première période, 77S-777. — Les Saxons, souvent vaincus par les Francs et toujours indociles au joug, avaient promis à Pépin de recevoir dans leur pays les apôtres de l'Évangile. Mais les

imprudentes menaces de saint Libwin les ayant irrités contre le christianisme, ils brûlèrent L'église de De venter. Cette violence servit fe prétexte à une guerre qui devait durer trente-trois ans et se terminer par l'assujettissement et la conversion des quatre grandes tribus saxonnes.

Dans une première expédition qui précéda la guerre d'Italie, Charles livra aux flammes la bourgade d'Eresbourg , et brisa la statue d'Hermansaiil, monument religieux et national des Saxons (772). Mais pendant qu'il faisait la guerre en Italie , les vaincus reprirent les armes, et ravagèrent une partie del'Ostrasie. Il ne fut pas difficile aux vainqueurs des Lombards de repousser des barbares mal armés et'sans discipline; les Saxons furent rejetés au delà du Weser, et une partie de la nation reçut le baptême (774). Deux ans après, ils surprirent les garnisons d'Eresbourg et de Sigebourg. Mais Charles, accouru du foud de la Loinhardie , les battit à Lipspi ing, et obligea leurs principaux chefs, à l'exception de Wittikind , à lui jurer fidélité dans la diète de Paderborn , et à se soumettre àl'Évaugile (777J.

Guerre d'Espagne, 778. — Charlemague avait reçu à Paderborn et s'était engagé à rétablir quelques émirs celtibérieus que le khalife Abdérame I" venait de dépouiller de leurs gouvernemeus. L'armée, s'étnut réunie au chnmp-de-mai de Chasseneuil, passe les Pyrénées par Saiut-Jeaii-l'ied-de-Port, reçoit la soumission trompeuse des chrétiens de la Biscaye et de la Navarre, détruit Pampelune , et échoue devant SarragQsse. Charles revient ensuite sur ses pas, et

repasse les Pyrénées plus heureusement (pie son arrière-garde, qui fut taillée en pièces par les Basques dans la vallée de Roncevaux. Il y perdit son neveu, le paladin Roland, dont la mort fut vengée par le supplice du perfide Lope.

Il paraît que les émirs rétablis restèrent sujets du roi , et qu'il furent ensuite remplacés par des comtes dans les marches espagnoles, do ut la plus considérable fut celle de Barcelone.

Guerre de Saxes; deuxième période, 778-785. — Pendant que Charlemagne était retenu au-delà des Pyrénées, les Saxons s'étaient soulevés de nouveau à la voix de Wittikind , qui les conduisit jusqu'aux bords du Rhin. Vaincu à Badenfeld et à Buckholz, ce héros se dérobe encore «ne fois au joug étranger, que subissent tous les Saxons cisalbins. La pacification de Horheîm , en 780 , dépouille les Saxons de leurs franchises et de leurs terres , qui sont distribuées au clergé. De là l'origine de la puissance et de la souveraineté des évêques et des abbés allemands. C'est aussi à dater de ce moment que la foi fut prôchée avec fruit aux Saxons , et que furent fondés les premiers sièges épiscopaux.

788-785. Les Saxons . ayant reçu des armes pour aider les Francs à repousser les Slaves Sorahes , font défection sur le mont Saunthal , et battent les généraux de Charles. Ce prince tire une horrible vengeance de celte trahison , en faisant massacrer 4,500 prisonniers. Deux victoires achèvent de nouveau la conquête de la Saxe en deçà de l'Elbe, et Wittikind lui-même apporte ses sermeus au vainqueur

et reçoit le baptême comme le reste de la nation (785). Les Saxons Nordalbingiens devaient se défendre long-temps encore ; mais leur résistance, jusqu'à la pacification de Salz en 803 , se confond avec les agressions des Slaves Wénèdes et des Northmaus Danois.

Ligue contre Charlemagne , 780 , etc. — Dans un voyage que ce prince avait fait à Rome eu 780 pour faire sacrer ses fils Pépin et Louis rois d'Italie et d'Aquitaine, il avait encore resserré les liens qui al tachaient sa cause aux intérêts du saint Siège. Adrien I", placé à portée desur veiller lesmouvemens d'Adalgise, dénonça bientôt à Charles une ligue formidable qui venait de se former contre Lut. L'empire des Francs devait être attaqué en même temps par les Grecs, les Lombards Bénéventins , les Bavarois , les Avares, et peut-être les Sarrasins.

787. Le duc de Bénévcnt , Arégise , poursuivi jusqu'à Salerne , se rend tributaire des Francs , et donne en otage son fils Grimoald , qui lui succède la même année.

787. Les Grecs, commandés par Adalgise, font une descente en Calabre. Mais Grimoald marche contre eux, et les force à se rembarquer après avoir perdu leur général.

787. La Bavière est occupée par trois armées; Tassillon donne son fils en otage, fait hommage et obtient la paix. Mais l'année suivante il est cité à la diète d'Ingelbeim et condamné à mort. Charles lui fait grâce du supplice, et l'enferme dans un monastère avec toute sa famille. La race des Agilolfiuges cesse

ainsi de régner, et la Bavière et réunie aux Étals de Charfemagne.

791-798. — Les Avares donnent plus d'embarras à ce prince. Dès l'an 787 , ils avaient fait des incursions dans le Frionl et sur la frontière ostrasienne. Charles les attaqua en 791 , avec trois armées , et les battit sur la Raab. Une seconde expédition , retardée par les mouveniens des Saxons , des Slaves , des Bretons et des Sarrasins , fut conduite par Hérïc , duc de Frioul, et par le roi Pépin (796). Elle eut pour résultat le pillage du camp principal des Avares, et la soumission de ces barbares aux lois des Francs et au christianisme.

§111. ■ — Charlemagno empereur, bl)0-814.

Le successeur d'Adrien I e ', Léon III, exilé de Rome à la suite d'une conspiration et d'un assassinat commis sur sa personne, alla implorer à Paderborn la prottection de Charlemagne. Des commissaires royaux ramenèrent le pape en Italie , le rétablirent sur son siège, et instruisirent un procès criminel contre Campulus et Paschalis , qui avaient attenté aux jours du pontife. Charles s'étant rendu lui-même à Home, y tint une assemblée de grands et deprélats, où le pape se justifia par le serment des crimes qu'on lui imputait. Ses assassins furent condamnés à mort , et durent à l'intercession do Léon TTl la commutation de celte peine en un exil perpétuel.

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