CHAPITRE XV
BtSmembrement partiel de l'Empire carlovingien par le» Barbares,— Incursions des Sarrasins, de» Korthmua , dos Slaves et des Hongrois.
Chahlemabne avait réuni sous ses lois tous tes peuples d'origine teutom'que, k l'exception des Anglo- Saxons et des Scandinaves. Mais derrière les Germains , subjugués et convertis par lui , il avait trouvé une seconde ligne de barbares prêts à se déborder â leur tour sur l'Europe civilisée, Ses armes victorieuses avaient un moment arrêté cette nouvelle invasion , qui n'attendait qu'un temps propice. Les divisions qui suivirent la mort de ce grand liomme firent tomber de toutes parts les barrières de l'Empire, qui fut assailli en même temps par les Nortbroans à l'ouest , par les Slaves au nord , par les Hongrois à l'orient , et au midi par les Sarrasins. Cependant l'Europe fut encore une fois sauvée de la barbarie par l'expulsion des Musulmans, et par la conversion des autres peuples envahisseur».
J I. — Les Sarrasins,
Pendant le neuvième et le dixième siècle , la France et l'Italie fuient assaillies sur tout le littoral de la Méditerranée -par les Musulmans d'Espagne et d'Afrique.
Les Sarrasins espagnols , arrêtés au pied des Pyrénées , par les comtes de Barcelone et par les Gascons de la Navarre , renoncèrent au pillage de l'Aquitaine et tournèrent leurs efforts du côté de la mer. Lorsqu'ils eurent repris les îles Baléares, la Sardaigneet la Corse , ils reparurent sur les côtes de Provence en 837 , 845, 851, 869, etc., et y détruisirent plusieurs cités. La colonie qu'ils établirent en 888 à Fraxinet ( la Garde Fraisnet ) devint leur place d'armes et le centre de leurs opérations militaires. Le roi Hugues d'Italie les en chassa en 948 ; mais ils y rentrèrent bientôt, et, pendaut quarante ans qu'ils l'occupèrent encore , ils ne cessèrent de faire des courses dans le royaume d'Arles et en Italie, La chaîne des Alpes, depuis Fréjus jusqu'à Saint-Maurice en Valais , était couverte de postes sarrasins qui rançonnaient ou dépouillaient les voyageurs et les pèlerins.
Enfin, après un siècle de dévastations , ils furent chassés de la Provence par le comte Guillaume I e ' , qui mérita par ce service glorieux le titre de Père de ktpatrie (97S).
L'Italie eut a subir en même temps les déprédations des deux nations musulmanes, mats surtout celle des Africains , sujets des rois Aglabites de Caïroan.
Ces infidèles , appelés en Sicile par le rebelle Euphémïus en 827 , se rendirent maîtres de cette île , dont la conquête ne devait leur être assurée que par la prise et la destruction de Syracuse , en 878.
Du port de Palerrae , résidence des émirs africains, sortaient chaque année des flottes qui portaient des troupes de brigands sur divers points de la côte d'Italie, où ils formèrent plusieurs établissemens militaires , dont les principaux furent ceux de Bari , de Tarente et du mont Garillan. L'empereur Louis II leur enleva Bari en 871 , après un long siège, et le pape Jean X, marchant sur les traces de son prédécesseur, Léon IV, qui, en 848, avait défendu Rome contre les Musulmans , se mit à la tête des Lombards et des Grecs , et chassa les pirates africains des bords du Garillan en 9 15. Cependant les querelles qui divisaient les Grecs et les Lombards , les Lombards et les Francs, donnèrent souvent aux Sarrasins des alliés utiles , aux ducs italiens des protecteurs dangereux. Bénévent et Salerne tombèrent un moment au pouvoir des Musulmans, et sur les deux mers qui baignent l'Italie, les naissantes républiques de Raguse, de Gênes et de Pise ne purent défendre , contre les pirates de la Méditerranée , les richesses que le commerce maritime commençait à apporter dans leurs murs.
§ II. — Les Nortkmans.
Les Northmans, ou Hommes du Nord, étaient
originaires de In Cimbrie et de I» Scandinavie, qui foi meut aujourd'hui les trois royaumes de Danemarclt, de Suède et de Korwége. Ces peuples suivaient la religion guerrière d'Odin, qui avait été, dans des temps reculés, le conquérant, le législateur, et ensuite la divinité suprême des contrées que baigne la D.iltique. Adonnés à la piraterie , les Northmans ne cessèrent d'infester les mers du Nqrd que vers le commencement du onzième siècle, lorsque le christianisme eut adouci leurs mœurs féroces, et attaché au sol natal ces vagabonds aventuriers. C'est alors que commence à se débrouiller l'histoire des étals Scandinaves, dont les traditions acquièrent plus de certitude, sans inspirer encore plus d'intérêt. Pour connaître les anciens peuples du Nord) il faut les suivre hors de leur patrie.
Toutes les cotes de la Baltique , de l'océan Atlantique , et les îles de la mer du Nord , furent infestées par ces pirates durant les neuvième et dixième siècles, et ils y fondèrent des états plus ou moins puissans et durables. Sous le nom de Warègues , ils jetèrent , à Novogorod et à Kief, les fondeinens de l'empire russe , dont Uurik , leur chef, fut le premier grand prince (863). L'Islande tomba en leur pouvoir vers 874, et un siècle plus tard le Groenland reçut leurs éphémères colonies (982). Les îles Britanniques virent se renouveler par eux les calamités de l'invasion saxonne. Repoussés de l'Écosse, les rois de la mer se rendirent maîtres , en Irlande , de Waterford et de Limmerick , et l'Angleterre , deux fois conquise , ne secoua leur joug que pour tomber sous celui d'une
autre race <ie Normands. ( Voyez chap. XVIII. ) L'Espagne ne fut pas à couvert de leurs déprédations; maïs les chrétiens de la Galice chassèrent ces pirates de leurs rivages; les Musulmans à leur tour surent défendre la conquête de Musa , et leur éloignement fit peut-être leur sûreté.
Les Étals carlovingiens présentaient aux insultes des Hommes du Nord une étendue de côtes de trois cents lieues depuis l'Eyder jusqu'à l'A do tir ; aussi leurs descentes y furent-elles fréquentes, ou plutôt continuelles, depuis la mort de Louis le Débonnaire jusqu'à l'établissement de ces pirates dans la Neustrie. Les cantons maritimes ne furent pas seuls exposés à leurs ravages; les fleuves de l'Allemagne, et surtout de la France, portèrent leurs frêles navires dans le cœur des provinces , et le ravage s'étendit partout. Miiis les plus terribles et les plus fréquentes incursions eurent lieu dans les contrées riveraines de l'Escaut , de la Seine et de la Loire. C'est sur eus rivières , ou dans les îles voisines de leur embouchure , que nous trouvons les trois principales colonies ou stations des Norlhmans.
1° Station de VEscaut et du Rhin. — Des îles de Bélaii et de Walcheren, où ils s'étaient établis dès l'an 837 , ils remontaient l'Escant , la Meuse et le Wahal, et dévastaient la Flandre , la basse Lorraine et la Hollande. Ils restèrent quelque temps maîtres de la Frise que Louis le Débonnaire donna en fief h Harold, et Charles le Gros à Godefried. Slgefried , leur dernier chef , fut tué en 891 , et c'est alors que la Frise fut démembrée en comtés.
2° Station de la Loire. — L'île de Her ou de Noirmoutier servit d'abord de retraite aux Northmans (830). Le plus célèbre aventurier de cetle colonie fut Hastings , qui, apriîs avoir tué Robert le Fort à Brisserle , en 866 , poussa ses courses aveutureuses jusqu'en Italie. Les Bretons eurent surtout à souffrir du voisinage des pirates de la Loire.
3° Station de la Seine. — Pendant que toutes les forces de l'Empire carlovingien étaient employées à décider la querelle des fils du Débonnaire , les Northmans, commandés par Oscheri , pillèrent pour la première foi3 la ville de Rouen (84l). Dans les années suivantes, Régnar Lodbrog les conduisit trois fois devant Paris, dont une partie fut livrée aux flammes. Celte capitale essuya un siège plus fameux sous Chrales le Gros , en 886 , et dut son salut au courage de son évêque Gozlin et du comte Eudes. Rollou entreprit de fixer la vie vagabonde des Hommes du Nord, et s'étant fortifié dans Rouen, il établit ses compagnons dans cetle partie de la Neustrie qui a pris leur nom. Le roi Cbarles le Simple lui en conféra l'investiture par le traité de Saint-Clair-sur-Epte , et lui donna sa fille Gisèle en mariage (912).
Rollon fit embrasser aux Normands la religion cbrétieniie , établit dans ses élats une police sévère , repeupla les campagnes en y rappelant les laboureurs fugitifs , ouvrit un asile aux aventuriers du Nord , et mit ainsi fin fi l'invasion normande en France.
§111, — Les Slaves.
Charlemagne avait rendu tributaires de son empire les peuples slaves qui eu bordaient l:t limite orientale et septentrionale. Mais les armes des Francs ne purent ravir l'indépendance a ces barbares, et le courage des missionnaires chrétiens ne put les soumettre au joug salutaire de l'Evangile. Lorsque l'homme puissant qui les avait vaincus eut laissé le pouvoir entre des mains débiles , ils commencèrent de nouveau à s'agiter au delà de l'Elbe ; mais leurs mouvemens hostiles tendirent plutôt à l'affranchissement de la nation slave qu'à l'envahissement des provinces carlovingieor^es. Us pesèrent sur l'empire de Charlemagne , pendant que les Norlhmans , agissant derrière eux , subjuguaient leur primitive patrie (862, etc.), et que les Polonais, hors des atteintes des Russes Warcgu.es et des Francs , affermissaient leur domination sous les premiers ducs de la race de Piast ( 842-1025 ) , dont le plus illustre , Boleslas Chrobry, fut le premier honoré de la dignité royale par L'empereur Othon 111 (1000).
Les Slaves Moraves , Bohémiens , Wilses , Sorahes, Lutiziens et Obotrites , provoquèrent plus d'une fois par leurs incursions les armes de Louis le Germanique et de son fils Carloman. L'empereur Arnould, suzerain des ducs de Bohême, eut besoin de l'appui des Hongrois pour faire respecter ses états au duc des Moraves , Zuentibald (Sviatopolk ). Henri l'Oiseleur, peu confiant dans ses propres victoires et dans les