CHAPITRE XIV
Démembrement de l'Empire cariovïngien en États indépendans. — Origine des royaumes de Franco , d'Allemagne , d'Italie , de lorraine , de Bourgogne, de Kavarre, d'Aragon et de Camille.
S I. — Depuis V avènement de Louis le Débonnaire jusqu'à la paix de V erdun , 814-843.
Des syptâmes de faiblesse et de division s'étaient manifestés dans l'Empire carlovingien du vivaut même de son fondateur. Les élémens contraires qui avaient formé ce grand corps tendaient à se séparer ; la force seule pouvait maintenir leur union. Mais cette force doit manquer, et des causes extérieures contribueront à développer le principe de dissolution qui, après avoir divisé les grandes masses, s'exercera en détail sur chacune des parties détachées de l'ensemble. s -
Louis I" le Débonnaire, 814-840. — Ce prince entreprend de réformer à la fois la cour, l'administration , l'Église et les ordres monastiques. Mais trop faible pour soutenir ses bonnes intentions, il ne réussit qu'à exciter des Laines dont il doit être victime.
817. Louis tient une diète à Aix-la-Chapelie, où il associe ses trois iils à l'administration de l'Empire. IL donne à Lot liai re le tilre d'empereur et l'expectative de l'Italie; Pépin obtient l'Aquitaine, et Louis la Bavière. Les disposions de cet acle présagent la guerre civile. Lésé dans ses droits ou dans ses prétentions, Bernard, roi d'Italie , prend les armes contre son oncle ; mais 1» défection de son armée le livre à Louis , qui le £iit juger et mettre a mort en 820. Cet acte de cruauté ayant donné des remords à ce prince, il en fit une pénitence publique à Atlig.ny.
Révoltes des fils de Louis, 839-835. — L'empereur excite le mécontentement des fils qu'il avait eus d'Hermengarde, en donnant un royaume au jeune Charles, né de la reine Judith» Les trois cnfansdu premier lit, excités par les grands, se révoltent contre leur père, qui est détrôné à Verberie, et rétabli à Kimégue en 833. Une seconde révolte a pour résultat la dégradation solennelle de l'empereur. Mais Louis et Pépin, jaloux de la supériorité qu'affectait Lothaire, font réhabiliter leur père, et une diète générale, tenue en 835, décrète une nouvelle division de l'Empire entre les fils de l'empereur, a l'exclusion de Lolbaire.
838-840. La mort de Pépin fait naître de nouvelles combinaisons et de nouveaux troubles. Louis assigne l'Aquitaine à son (ils hieu-aimé au détriment de Pépin II , son petit-fils ; Lolbaire rentre en grâce , et Louis le Germanique encourt la colère de son père. Le capitulait e de Worms donne tout l'Empire à ses deux frères, et ne lui laisse que la Bavière I.83B).
Pendant que l'empereur réduit les Aquitains soulevés, le Germanique proteste , les armes à la main, contre le partage de Worms, et Louis le Débonnaire termine son triste règne entre deux révoltes. La discorde qui avait troublé sa vie lui survit, et devient sanglante après avoir été criminelle.
Ziothaire empereur, 840. — L'Empire se trouve en proie à In guerre civile des princes, aux révoltes des Saxons , des Bretons , des Gascons , ries Aquitains, des Provençaux, des Béuéveutins , et aux ravages des Northmans, des Sarrasins et des Slaves, [Foyez le chapitre suivant.)
841. Louis le Germanique et Charles le Chauve , ligués contre Lothaire , qui affectait la suzeraineté sur les couronnes royales, lui livrent la sanglante bataille de Fontenny , qui déconcerte ses projets de monarchie universelle , et qui , avec l'alliance de Strasbourg , amène bientôt après le célèbre traité de Verdun (S43). L'Empire est divisé en trois grands royaumes, d'Italie, de France et de Germanie. Au premier se trouvent annexés l'ancien royaume de Bourgogne et l'Ostrasie Cisrhéoane.
§ II. Depuis la pais de ï r erdttn jusqu'à la déposition de Charles le Gros, 8-4it-ii88.
Les trois princes, mal réconciliés, font une guerre ■ défensive contre les barbares et contre leurs propres sujets. Louis , Gis de Lothaire, et son lieutenant en
( IBS )
Italie , maintient les Romains dans l'obéissance, fait respecter aux ducs de Bénévent la suprématie de l'empereur, et chasse les Sarrasins de la Ponille ; Louis le Germanique et ses fils combattent les Slaves sur l'Elbe et sur le Danube ; Charles , les Sort lima us et les Bretons sur la Seine et la Loire. Les Aquitains s'arment successivement en faveur de Pépin II et de Louis de Germanie pour former un royaume indépendant; ils finissent par iître incorporés à la France neustrienne , qui ne conservera bientôt sur eux qu'une vaine suprématie.
Lotbaire , avant de mourir, partage ses états entre ses trois fils. Louis est empereur et roi d'Italie ; Charles , roi de Bourgogne et de Provence ; Lotbaire le jeune , roi de Lorraine.
Louis II, empereur, 855. — Les trois fils de l'empereur Lothaire étant morts successivement sans entans mâles légitimes , leurs successions doivent être de nouvelles causes de division entre leurs oncles et leurs neveux. Après la mort de Charles , en 863 , ses deux frères héritent de la Bourgogne. La succession de Lothaire II , dévolue à Louis II en 869 , est usurpée par le roi de France et le roi de Germanie, qui se la partagent par le traité de Mersen inprocaspide. Mais Charles le Chauve usurpe bientôt la part du roi de Germanie, ainsi que le royaume de Provence, qui appartenait a l'empereur. Enfin la mort de Louis II laisse le trône impérial vacant en 875 ; et l'Italie, restée sans maître entre deux prétendans, reste un moment au pouvoir du plus prompt.
Charles le Chauve , empereur, 875, — Le roi de
France va se faire couronner empereur k Rome par le pape Jean VIII , et reçoit à son retour la couronne de Lombardie, à Milan. Il force à la retraite deux fils de Louis le Germanique , et laisse la régence du royaume d'Italie à son beau-frère Boson , ducdePavie, qui ne sut ni le défendre contre les Allemands ni le protéger contre les Sarrasins.
876-837. Louis le Germanique meurt et laisse ses États à ses trois fils : Louis de Saxe , Carloman de Ba. vière , et Charles de Souabe. Le roi de Saxe réclame une partie de la Lorraine et bat son oncle Charles le Chauve, sur le Rhin, pendant que Carloman enva-, hissait l'Italie. L'empereur règle les affaires de France à l'assemblée de Kierzy-sur-Oise , et repasse en Italie, ou l'appelait le pape Jean VIII. Mais il n'ose attendre l'armée bavaroise , et meurt su pied du mont Cenis.
Vacance de l'Empire, 877-881. — Pendant ce temps le trône de France est occupé deux ans par Louis le Bègue, qui, par ses prodigalités, achève de dissiper les ressources de la couronne. Ses deux fils , Louis III et Carloman , lui succèdent en 879 , et abandonnent au roi de Saxe la Lorraine française, dans le môme temps que Boson détache de la France les provinces bourguignonnes. Par le traité d'Amiens, conclu en 880 , les deux frères se partagent les États de leur père. Louis est déclaré roi de Neustrie ; Carloman obtient l'Aquitaine et les droits sur la Bourgogne. Ils tiennent la même année une assemblée à Gondreville , oii ils s'engagent à combattre de concert les Norlhmans , qui sont vaincus àSaucourt, et
l'usurpateur Boson, qui perd une partie de son> royaume. La mort de Louis , en 883 , réunit les deux couronnes de France sur la tête de Carloman qui meurt en 884. Ce prince laissait pour héritier un frère poslhume , nommé Charles , que sa jeunesse fit exclure de la royauté. Les Français se donnent pour roi l'empereur Charles le Gros.
Charles I££, dit le Gros , empereur , 881. — Charles de Souahe , ayant hérité de l'Ilnlie par le mort de son frère Carloman , en 880 ,. va se faire couronner empereur à Rome. L'année suivante, Louis le Saxon lui transmet ses États , et , en 884, il est appelé au trône de France. Cinq couronnes , ajoutées à la sienne,. lui forment un Empire presque aussi vaste que celui de Charlemagne, Mais sa faiblesse sera impuissante à porter un si pesant fardeau, et l'esprit national , qui s'ét;iit développé dans chacune des grandes parties de l'Empire, va profiler de ses fautes pour rompre à jamais le lien qui les unissait.
lia déposition, 887. — Sous prétexte que Charles le Gros n'était pas capable de défendre l'Empire contre les Northmans , les vassaux de Germanie , assemblés en diète à Tribur sur le Rhin , le dépouillent de la dignité suprême et se donnent un nouveau roi : les Fronçais et les Italiens suivent cet exemple. La dépouille d'uu empereur suffit à l'ambition de huit
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