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entreprises de ces princes contre le pouvoir temporel du saint Siège. Directeurs suprêmes des expéditions d'outre-mer, les souverains pontifes se trouvèrent placés à la tête de la confédération chrétienne , et les guerres religieuses créèrent des principautés nouvelles dont ils devinrent les suzerains.
III. Influence politique. —Elle s'exerça 1° sur les princes ; si on en excepte les empereurs , ils trouvèrent tous dans les croisades des moyens d'agrandir leurs domaines et de fortifier leur autorité ; 3° sur la noblesse : elle perdit en puissance et en richesses, mais elle gagna beaucoup en illustration et en distinctions honorifiques. Les ordres de chevalerie, établis en Orient, réfléchirent leur éclat sur l'Europe, et furent imités dans tous les Étals chrétiens. Les tournois , nouvellement mis à la mode, charmèrent l'Occident par la représentation des exploits de la guerre sainte, et les guerriers d'outre-mer vinrent étaler dans les cours plênières les magnificences de l'Orient. Les armoiries devïnrentnécessaires et les noms de famille prirent naissance; 3° sur le peuple: les croisades favorisèrent plus que toute autre cause les atfranchissemens , l'établissement des communes , et , par suite , la formation d'un tiers-état.
IV. Influence commerciale et industrielle. — L'art nautique fit des progrès importans dus à la fréquence des voyages, aux profits qu'on eu retirait , et aux pratiques empruntées des pilotes levantins. En ouvrant uue carrière plus vaste aux spéculations , et en facili-
tant les échanges , la navigation lit participer le commerce aux avantages qu'elle retirait elle-môme des expéditions d'outre-mer. Des produits de l'art et de la nature , jusque-là inconnus à l'Occident , y apportèrent de nouvelles jouissances , et quelquefois de nouvelles industries. Les villes maritimes , qui s'emparèrent du commerce de l'Orient , attirèrent à elles la plus grande partie du numéraire de l'Europe , et quelques-unes devinrent de puissantes républiques. De là la prospérité de Venise , de Gêues et de Pise , de Marseille et de Barcelone. De là, par une action moins immédiate, la richesse et l'activité des villes flamandes , qui servirent d'entrepôt entre le Nord et le Midi , et furent tout à la fois marchandes et manufacturières.
L'agriculture, celte industrie des campagnes, s'enrichit de quelques cultures nouvelles. Le mûrier, le blé de Turquie , la canne à sucre, etc., furent apportés en Europe pour servir un jour à la nourriture du pauvre ou aux besoins du riche.
V. Influence sur tes lumières. — Sans exagérer ce résultat des croisades , on peut dire qu'elles avancèrent la civilisation générale parles relations nouvelles des peuples entre eux , et l'échange mutuel des connaissances usuelles. Des idées d'honneur et de courtoisie passèrent de la chevalerie dans les mœurs publiques, et anoblirent en quelque sorte la classe des affranchis , qui devait en grande partie aux croisades sa richesse et sa liberté.
De nouvelles et grandes inspirations s'offrirent au
génie poétique , qui n'en tira toutefois qu'un médiocre avantage. Mais le talent se mit en honneur, et les grands , non contens d'encourager l'art des vers qui célébrait leurs exploits, le cultivèrent eux-mêmes. Un caractère particulier fut imprimé à la poésie , et il en résulta les romans de chevalerie et les chants des troubadours. Parla culture dont elles devinrent l'objet , les langues vulgaires commencèrent à sortir de leur barbarie.
Les fréquentes expéditions en Syrie , les relations diplomatiques qu'elles firent naître avec les Mongols , et les voies inconnues qu'elles ouvrirent au commerce , donnèrent sur l'Orient et même sur l'intérieur de l'Asie des notions plus exactes ou toutes nouvelles. Avec la géographie, l'histoire orientale s'éclaira de quelque lumière. La médecine emprunta aux Arabes le traitement de certaines maladies et des spécifiques mystérieux. Mais, en mettant les choses à leur juste valeur , les progrès que les sciences de l'Europe durent aux croisades ne sont pas de grande importance.