‹ Précis de l'histoire du Moyen Âge par m. des MichelsChapitre 46 sur 75 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Suite et fia des Croisades. — Résultats de ces expéditions.

§ I. — Dernières croisades-

La croisade de Damiette commence , dans l'histoire des guerres saintes , une période nouvelle , sans conquêtes et sans résultats, mais intéressante par de nobles faits d'armes et de magnanimes infortunes.

Cinquième croisade, 1317-1221. — Chefs : Jean de Brien.De , roi de Jérusalem, et André II, roi de Hongrie. — Sous le pontificat d'Honorius III.

Innocent III avait fait décider cette croisade au concile général de Latran , tenu en 1215, L'empereur Frédéric II , qui devait la commander , s'étant soustrait à cet honneur , le successeur d'Innocent III désigna , pour remplacer ce prince, le roi de Hongrie André II. Trois rois se trouvèrent encore une fois réunis à Saint- Jean-d' Acre: André II,JeandeBrienne et le roi de Chypre , Hugues de Lusignan. Celui-ci étant mort après la retraite du roi de Hongrie, que l'insubordination de ses magnats rappelait dans son. royaume , Jeao de Brienne n'en fut pas découragé , et résolut d'aller attaquer l'Égypte. Il s'empara de

Damiette , malgré les efforts contraires des fils de Malek-Adhel, et il aurait obtenu la restitution de Jérusalem , sans l'obstination du légat Pelage , qui s'opposa à toute espèce de traité avec les Infidèles. Les croisés essuyèrent à leur tour des revers irréparables et subirent une paix humiliante (1221). Jean de Bricnne , de retour en Europe, donna sa fille Yolande à l'empereur Frédéric II, qui par cette alliance ■ devint roi de Jérusalem.

Cinquième intervalle, 1221-1228. — Il ne se passa rien do remarquable en Syrie ni en Egypte.

Sixième croisade, 1228-1829. — Chef: Frédéric II. — Sous le pontificat de Grégoire IX.

L'empereur Frédéric avait pris la croix depuis quinze ans , et les anathêmes du saint Siège n'avaient pu le décider à tenir sa promesse. Il partit enfin de Blindes sur l'invitation du sultan Mélédin , qui lui céda Jérusalem sans combat. Frédéric voulut s'y faire couronner roi ; mais aucun évéque n'osa donner l'onction royale à un prince excommunié. Menacé de perdre les couronnes d'Italie et de Naples , il hâta son retour en Europe , où il eut à combattre des ennemis, plus redoutables que les Musulmans.

Sixième Intervalle, 1229-1248. — L'Orient chrétien et musulman tombe en proie i l'anarchie. L'arrivée (le Thibaut de Cbam-

prise par divers princes d'Ayoubites , resle enfin à Malek-Saleli , iUltan d'Égjpte , qui bal les Francs et les Turcs , et s'empare de Damas sur Malck-lminïl , avec le secours des Kowaresmiens , que les Mongol] avaient chassés de leur patrie. La grande Asie venait d'ëlre

LouleTersiie par Gengij-Khaii ; et ses fili , pouriuiïBnl ses conquête! , devaient bientôt paraître en Syrie.

Septième croisade, 1348-1254. — Chefs : saint Louis et les princes français, tt- Sous le pontificat d'Innocent IV.

Un vœu peut-être échappé à la douleur, mais renouvelé après laguérison d'une dangereuse maladie, engage saint Louis dans les guerres saintes malgré les représentations de sa mère. La plupart des princes du sang et des vassaux prennent la croix avec lui , et s'embarquent à Aiguës -Mort es ou à Marseille. Après un séjour dans l'île de Cbypre , le roi de France se décide à attaquer l'Égypte. Il prend possession de Damiette , où l'on perd un temps précieux à attendre et à délibérer. Le comte d'Artois est tué au combat désastreux de la Massonre , où périt aussi Fakreddin, lieutenant du sultan Almohadan (1250). Le gros de l'armée, surpris par l'inondation du Kil, el moissonné par la contagion , est enveloppé par les Musulmans. Louis est fait prisonnier avec plus de vingt mille Français , et la reine Marguerite est assiégée à Damiette. Le saint roi , dans les fers, étonne les Infidèles par sa résignation et sa grandeur d'âme.

Traité de paix , 1260. — Pendant la captivité de Louis IX , la milice des Mamelouks se révolte , et massacre Almohadan, dernier sultan de la race d'Ayoub. Ces esclaves guerriers se donnent pour chef Ibegh , et établissent leur domination en Egypte. Le nouveau sultan traite avec son royal prisonnier , lui rend la liberté moyennant une forte rançon, et rentre

eu possession de Damiette. Louis s'engage h ne n'en entreprendre contre Jéi-usalein.

1S50-J254.— Le roi de Fi ance abandonne l'Egypte et va descendre en Palestine , où il séjourne quatre ans , malgré les instances de la reine Blanche , qui le rappelle dans son royaume, alors livré aux brigandages des Pastoureaux. Condamné à l'inaction par le serinent qu'il venait de jurer, il répare les fortifications de I'tolémaïs , Sidon , J.ifla et Césarée , interpose sa médiation entre les princes chréliens et les États musulmans , et établit des relations d'amitié avec le Vieux de la Montagne et le khan des Mongols. La nouvelle de la mort de sa mère le décide à revenir en France.

Septième intervalle , 1254-1272. — Les Mongols arrivent en Syrii; i ii l-.VJ sous 1* conduite du klian Houblon , qui venait rlc subjuguer les Ismaélites, et rie détruire, un 1238, le klmlifat de Bagdad. Mais ils sont bientôt chassés île cette contrée jiar le sultan d'I^Rypte Bibars-Uondocbor. Ce conquérant , fourbe eL cruel , b„t les Chréliens cf les Musulmans , et s'empare de Danis» , de Tyr , ri> Césarée , de JaffH et d'Antinclie.

Huitième et dernière croisade , 1S70. — Chefs : saint Louis, Charles d'Anjou, le prince Édouard d'Angleterre. — Sous le pontificat de Clément IV.

Les progrès de Bîbars, les sollicitations du roi d'Arménie et du khan des Mongols, mais surtout le désir de briser les fers des prisonniers chréliens , déterminent saint Louis À une seconde croisade. Les suggestions intéressées du roi de Sicile , et l'espoir de convertir le roi de Tunis, le décident à faire voile SI.

vers l'Afrique. L'armée française débarque sur les ruines de Carlhage , et met le siège devant Tunis. Mais une maladie contagieuse dévaste le camp et frappe de mort de saint roi, qui expire avec le courage d'un héros et la pieuse résignation d'un chrétien. Cependant Philippe le Hardi et Charles d'Anjou dictent à Mohammed Mostanser les conditions de la paix , et renoncent à l'expédition de la Terre-Sainte. De nouveaux désastres affligent les Français pendant leur retour, et marquent la fin des croisades.

Fin de la domination chrétienne en Syrie , 1270- 1291. — La ruine des dernières colonies chrétiennes d'Orient , pressentie par le concile général de Lyon en 1274, relardée par les incursions des Mongols et la mort de Bîbars, est consommée par la perte de Tripoli, suivie de celle de Saint-Jean-d'Acrc , qui tombe en 1201 au pouvoir du sultan d'Egypte Kalil-

Les Hospitaliers, les Templiers et les Teutons, derniers défenseurs de la Terre-Sainte , se retirent d'abord dans l'île de Chypre. Peu données après, les Hospitaliers s'établissent à Rhodes (1310), les Templiers sont abolis (1312 >, et les Teutons transportent, en 1300, le siège de leur Ordre dans laCourlande, où ils venaient de fonder une domination , qui fut longtemps puissante.

§ II. — Résultats des croisades.

On a mis en question, dans ces derniers temps , si

les guerres saintes ont été justes, si elles ont été utiles. Il semble qu'on ne saurait contester aux princes chrétiens d'y voir eu pour eux la justice. Auxiliaires des empereurs d'Orient , ils entreprirent de leur rendre les provinces que les Musulmans leur avaient ravies. Héritiers des droits de leurs prédécesseurs et solidaires de leur gloire , ils allèrent demander raison aux Infidèles des anciennes injures faites à l'Europe sans provocation. Chrétiens, il était de leur devoir d'arrêter le débordement de l'islamisme, et de délivrer leurs frères de l'oppression.

La seconde question n'est pas susceptible d'une réponse absolue et précise. Il n'est pas douteux que les croisades n'aient élé pour l'Europe une source de calamités ; mais elles y ont puissamment secondé le mouvement de vie , qui depuis le milieu du onzième siècle se faisait sentir à toutes les parties du corps social. Nous allons indiquer les principales influences des ces guerres religieuses.

I. Influence immédiate. — L'Europe fut sauvée de l'invasion des Turcs , qui devait reprendre son cours après les croisades, mais elle acheta ce bienfait au prix de sou sang et de ses trésors.

II. Influence sur l'Église. — Les papes accrurent leur puissance spirituelle et temporelle. Ils firent rentrer sous leur suprématie les patriarcats de Jérusalem et d'Antioche , et resserrèrent les liens de la hiérarchie. Les croisades leur donnèrent des prétextes pour éloigner les empereurs, et faire diversion aux

Page 1