CHAPITRE X
De l'Empire d'Allemagne , depuis l'élection de Rodolphe de Habsbourg jusqu'au couronnement de Frédéric III a Rome, 1273-1452.
§ I". — Rodolphe de Habsbourg , Adolphe de Nassau et Albert I er .
L'ancienne maison impériale d'Autriche, dont Rodolphe de Habsbourg fut le chef, et la famille de Lorraine, qui l'a remplacée, se sont donné pour ancêtres les anciens princes des Allemands, et on cite Elichon, duc d'Alsace à la fin du septième siècle , comme étant la souche commune de ces deux maisons souveraines, aujourd'hui confondues.
Un descendant d'Élichon , Gontran le Riche, comte bénéficiaire du Sundgaw jusqu'en 951 et possesseur de nombreux domaines allodiaus dans le Brisgaw et l'Argaw , fonda la grandeur de sa race. Son petit-fils, Werner, mort en 1096 , prit le titre de comte de Habsbourg , qui passa à son fils Othon , premier comte héréditaire de la haute Alsace , dont son petit-fils, Albert le Riche , fut premier landgrave , en 1180. Rodolphe l'Ancien, fils aîné d'Albert, ajouta
aux titres de sa famille celui d'Avoué des cantons libres d'Uri, Schwitz et Underwalden , et la rendit puissante dans l'Helvétie. Il était réservé à un autre landgrave du même nom de la placer au premier rang des maisons princières de l'Empire.
1340-1273. -Rodolphe IV de Habsbourg n'hérita d'abord que d'une partie des domaines de sa maison. Mais des circonstances heureuses, qu'il seconda de sa valeur et de son adresse , amenèrent sous ses lois des fiefs collatéraux et plusieurs villes impériales. Au retour d'une expédition où il s'était signalé contre les Prussiens idolâtres , sous les ordres de Premîslas Ottocar , roi de Bohême , il se fit reconnaître pour patron des villes de Strasbourg, Lauffenbourg et Zurich , ainsi que des Cantons helvétiques. Il venait d'hériter de la maison de Kibourg et d'enlever Baie à son évêque , lorsqu'on viut lui annoncer une plui brillante fortune.
Rodolphe I er , empereur, 1273. — 11 fallait a l'Empire d'Allemagne un chef d'un caractère ferme pour le tirer de l'anarchie où l'interrègne l'avait plongé, d'une puissance médiocre pour ne pas alarmer la défiance des électeurs. Le comte de Habsbourg réunissait ces deux conditions. Un ami dévoué , Werner , archevêque de Mayence , sut les faire valoir dans la diète de Francfort; le comte palatin, Louis de Bavière , le proclama empereur eu vertu du pouvoir arbitral qui lui avait été délégué par le collège électoral. Cetteélection déconcerta l'impuissante opposition d'A Ifonse X de Cas tille , et les prétentions plus redoutables du roi de Bohême.
1276. — Otlocar protesta contre l'élection de Rodolphe, et lui refusa l'hommage féodal. La diète d'Angsbourg mit cet électeur au ban de l'Empire , et le soinmii de restituer les proviuces autrichiennes qu'il av«it injustement acquises après l'extinction de la maison de Bamherg. Rodolphe , se disposant à exécuter la sentence de la diète , s'allie avec Lndislas, roi de Hongrie, et fait entrer le pape Grégoire X dans ses intérêts par de trompeuses concessions, mais surtout par la promesse de se mettre à ta tête de la croisade récemment publiée au concile de Lyon. Le roi de Bohême , maître de tout le. pays limitrophe de l'Empire depuis lu Baltique jusqu'au golfe de Venise, brave l'orage qui le menace t empêche dans son royaume la prédication de la guerre suinte, et se ligue avec les princes dont les États a voisinaient les domaines héréditaires de Rodolphe
Première guerre , 1275-1277 — La défaite de Henri de Bavière et des antres alliés d'Oltocor ouvre à l'empereur l'entrée de l'A ul riche et amène la prompte soumission de cette province. Le roi de Bohême demande la paix , qui est suivie d'un double mariage antre les enlàus des deux monarques.
Seconde guerre, 1277-1278. — Otlocar rompt la paix à l'instigation de sa femme , el se flatte de recon* quérir l'Autriche avec le secours des rois de Pologne et de Bulgarie. Mais il périt à la bataille de Markfeld, eu 1278, et la Régence du royaume se bâte de déposer les armes. Par le traité d'Iglau, Wenceslas IV renonce aux prétentions de son père sur l'Autriche , la Styrie et la Carriole J et, dix ans après, ce jeune
roi épousa uue fille de Rodolphe , qui fut alors le beau-père des quatre électeurs séculiers.
Les fiefs autrichiens étant ainsi devenus vacans, l'empereur les demande à la dièle d'Augabourg pour ses fils Albert et Rodolphe qui vont en prendre possession. Il réservait à un troisième lils ses domaines de l'Helvétie, de la Souabe et de l'Alsace, qui, réunis à quelques débris du royaume d'Arles, devaient composer pour ce jeune prince un riche patrimoine. Mais la mort dece fils, et des résistances qu'il n'avait point prévues, détournèrent Rodolphe de ce dessein, et il n'exerça jamais sur les fiefs de l'ancienne Bourgogne qu'une souveraineté honoraire.
L'ambition de Rodolphe commençait à éveiller la défiance des grands feudat aires. Aussi, lorsqu'en 1290 il voulut assurer à sou fils aîné lu cour ou ne impériale, il ne trouva plus dans les électeurs leur complaisance accoutumée; et la dièle fil cet affront à sa vieillesse de refuser au duc Albert la dignité de roi des Romains.
lest. — Peu de mois après ce refus, Rodolphe descendit au tombeau , frustré de sa plus douce espérance. Un étranger allait profiler de sa peine et de sa gloire, et l'Empire, pacifié par ses soins, réhabilité par ses exploits , pouvait devenir l'héritage d'une autre famille. Cependant l'œuvre de sa politique ne devait point être perdu pour sa postérité ; et la nouvelle maison d'Autriche, assise par lui sur une base inébranlable , était destinée à recueillir, après de longues traverses, le fruit des travaux de sou fondateur.
Adolphe de Nassau , 1391. — Au fiïs du grand Rodolphe , le collège des électeurs préféra le comte de Nassau , qui n'avait pour lui que son obscurité et son impuissance. Adolphe reçut les subsides de l'Angleterre pour attaquer la France ; mais il aima mieux s'en servir pour agrandir ses États héréditaires. Il fit déshériter à ce prix les cnfans d'Albert le Dénaturé, landgrave de Thuringe , et se mit en devoir de conquérir cette province , dont les États venaient de casser un traité contraire au droit naturel et aux lois de l'Empire. Pendant qu'il soutenait par les armes ses iniques prétentions, ses enuemis concertaient une ligne pour le détruire; et, dans une diète tenue à Mayence , en 1298 , Albert d'Autriche se fit élire par quatre électeurs. La guerre civile allait embraser toute l'Allemagne ; mais à la première bataille qui fut livrée à Gielheiin, piès de Worms , Adolphe périt de la main de son rival.
Albertl", 1398-1308. — Ce prince ayant fait renouveler son élection irrégulière , reçut la couronne à Aix-la-Chapelle , malgré la vive opposition du pape Boniface VIII , que sa querelle avec le roi de France réconcilia ensuite avec ce roi des Romains.
Affaires de Bohême, 1800-1307. — Le roi WenceslasIV , élu rei de Pologne en 1300, après la déposition de Wladislas Loketek, venait d'être appelé au trône de Hongrie, que laissait vacant l'extinction de la race d'Arpad dans la personne d'André le Vénitien (1303). Le roi de Bohême fait couronner par les Hongrois son fils Wenceslas V ; mais il le rappelle
bientdt, et soustrait ainsi sa jeunesse aux dangers d'une royauté disputée par Othon de Bavière , et par Charobert deNaples, qui prévalut en 1310. Wenceslas V, qui semblait destiné à trois couronnes, ne porte qu'un an celle de ses aïeux , el la race slave des rois de Bohême s'éteint avec lui (1306).
L'empereur, avec l'agrément de la diète germanique , dispose successivement du trône vacant en faveur de deux de ses fils , Rodolphe et Frédéric. Mais les États de Bohême avaient déféré la royauté à Henri de Carinthie, beau-frère du dernier Wenceslas. Albert fait de vains efforts pour soutenir les droits de sa famille, et tourne ensuite son impuissante colère contre les Suisses révoltés.
§ II, Formation de la ligue helvétique , 1308 , etc.
L'Helvélie relevait depuis long-temps de la couronne de Germanie , soit comme partie intégrante de l'Empire , soit comme démembrement du royaume d'Arles, Elle se trouvait alors morcelée en deux cents fiefs immédiats avec titre de comté ou de baronnie , quatre villes impériales, et les trois fValdstettes d'Uri, Schwitz et Unterwalden , qui ne reconnaissaient d'autre autorité que celle de l'empereur. La famille de Habsbourg entreprit à son détriment de convertir en souveraineté les droits de patronage qu'elle exerçait sur ces trois cantons. Albert d'Autriche n'ayant pu les amener à reconnaître sa seigneurie , les opprima
comme empereur. Mais l'insultante tyrannie de son bailli Gésier donna lieu à cette célèbre conspiration du Giïilli , clans laquelle le nom de Guillaume Tell figure entouré de gloire et d'obscurité. Les trois ailleurs de la révolution qui affranchit les Cantons suisses de In domination autrichienne , furent Slauffacher, Walter Furst et Holchlol (1308). Ils conclurent pour dix ans une alliance défensive que les événcmens devaient changer en fédération républicaine.
1308 - 1316. — L'empereur Albert ayant appris l'insurrection des Suisses, marcha contre eux pour les réduire. Main il fut assassiné an passage de la Iteuss par sou neveu Jean de Souahe , qu'il avait frustré de ses domaines patrimoniaux. Ses fils et sa veuve vengèrent sa mort par d'atroces exécutions. Mais tous les efforts de leur maison échouèrent contre les pasteurs intrépides des Waldsletles. L'année de Léopold fut taillée en pièces dans les défilés de Morgaten , en 1315 , et les vainqueurs signèrent à Brunneu une ligne perpétuelle qui fut approuvée par l'empereur Louis de Bavière.
L'indépendance des anciens Cantons fut affermie et fortifiée par l'accession successive de Lucerne (1333) , de Zuric et de Glat is (1351) , de Zug , et surtout de Berne (1353) , et plus tard encore par l'association d'autres provinces helvétiques. Cependant la maison d'Autriche n'avait pas renoncé à ses ressenlimens ni h ses projets de conquêtes. Mais la mémorable victoire.de Sempach , remportée en 138S sin- un autre Léopold , par le dévouement héroïque
A' Arnold de Winkelried , mit In liberté helvétique hors de Ion le atteinte étrangère. Ln longue trêve de Zurich, conclue en 1389 avec le duc d'Autriche .Albert AU i garanti! les droits respectifs de Ih Confédération et de In maison de Habsbourg. L'exemple des Suisses gagna leurs voisins , et , en 1434, les Grisons se formèrent en fédération indépendante sous le nom de Ligue grise.
§ III. — Maîsoni impériales de Luxembourg et de Bavière.
HeXBI VII de Luxembourg, 1308-1313 —Albert semblait avoir réfléchi sur sa famille le mépris qu'il s'était attiré, et son iils Frédéric le Bel brigua sans succès l'Empire, qui fut donné à Henri de Luxembourg. Cette maison, naguère obscure, acquit dèslors une importance qu'elle dul peut être flioins à la dignité impériale qu'à U couronne de Bohême. Jean, fils de l'empereur, ayant épousé une sœur de Wenceslas V, fut élu roi par les Etats de Prague, et commença une dynastie à laquelle la llohuiue fut redevable de sa civilisation.
Expédition d'Italie , 1311-1313. — Les derniers empereurs avaient négligé l'Italie par prudence ou par impuissance; Henri voulut faire revivre les anciens droits de l'Empire sur celle contrée. Il fut invité à passer les monts par le parti gibelin , et les légats du pape le couronnèrent au Capitole, pendant que le
roi de Haples, Robert d'Anjou , occupait la cité Léonine avec les Guelfes. L'empereur irrité alla tenir à Pise une diète où Robert fut mis au ban de l'Empire; mais Clément V intercéda pour le roi de Naples , et finit par fulminer, de sa résidence d'Avignon, l'excommunication d'Henri VII. Ce prince ne devait plus revoir l'Allemagne , el sa mort inopinée fut imputée à un sacrilège.
Louis Y de Bavière, 1314-1347. — Après un an d'interrègne, l'Empire reçut deux empereurs , Louis de Bavière et Frédéric d'Autriche, qui avaient partagé les suÉfrages du collège électoral. Une guerre civile éclata entre les deux concurrens, et se termina , en 1323 , par la victoire du Bavarois , à Muldorff. Le duc d'Autriche, fait prisonnier, recouvra la liberté trois ans après, par le traité d'Ulm , qui laissa la royauté indivise entre les deux princes rivaux. Mais Frédéric ne jouit pas long-temps de son vain titre. Après lui , sa famille semble rentrer dans l'obscurité, jusqu'à l'élection de l'empereur Albert II , en 1437.
Louis V avait consenti à partager l'Empire avec son prisonnier, dans l'espoir de désarmer le pape Jean XXII , qui voulait lui opposer un nouveau compétiteur dans la personne du roi de France Charles le Bel. Mais il fut trompé dans son attente , et toute la vie de cet empereur fut troublée par les ana thèmes du saint Siège.
Expédition d'Italie, 1338. — Louis se flattait de rendre le pontife plus traitable s'il parvenait à relever le parti gibelin en Italie. Mais son couronnement à Rome , par les mains du préfet Sciarra Colonne , pa-
rut & ses ennemis une nouveauté impie , et le pape excommunia l'empereur, qui à son tour fit prononcer la déposition du pape.
1333-1347. — Faligué de tant de persécutions, Louis V offrit de résigner sa couronne ; mais la diète germanique s'y opposa, et répondit aux analhemes de Benoît XII par la Pragmatique-Sanction de Francfort (1338). Cet acte de fermeté lie fit qu'irriter la cour d'Avignon, et Clément VI persuada aux électeurs ecclésiastiques et au duc de Saxe d'élire un nouvel empereur. Charles de Luxembourg, fils du roi Jean l'Aveugle, reçut la couronne , par les suffrages de cette majorité dissidente , un mois avant son avènement au trône de Bohême ; et Louis Y , mis aux prises avec ce second compétiteur , finit son règne comme il l'avait commencé. . , j ; ■
Charles IV de Luxembourg , 1347-1378. — Après avoir fait confirmer sa première élection, et prodigué, pour affermir son autorité, l'or et les dignités de l'Empire, il alla vendre au delà des monts quelques débris de la couronne d'Italie. , ., , ., ,.■
Expédition d'Italie, 1354. — Les vains honneurs d'un double couronnement coulèrent à l'Empire les derniers droits qui lui restaient en Italie. Charles renonça à la suzeraineté des terres pontificales, céda Padoue et Vérone aux Vénitiens, et nomma G aidas Visconti yiçaire perpétuel de € Empire en Lombardie. Dans un second .voyage entrepris en 1308 , il vendit en détail ce qu'il n'avait pas en encore eu le temps d'aliéner.. !,,.■! ...... .*,
Bulle d'Or , lifta. — Au retour .de la premier» -
expédition en Italie, Charles IV tint à Nuremberg une diète , où fui décrétée la fameuse Bulle d'Or. C'est une des principales lois constitutives de l'Empire, qui détermine le lieu et le mode d'élection de l'empereur, les droits et privilèges des sept électeurs , leur ordre de succession pri m «géniale et indivisible, Pat* triliutiofi des deux vicariats au duc de Saxe et au comte palatin du Rhin', etc.
Dans celle même diéle , la Silésle, la Lnsace et la Marovie furent incorporées au royaume de Bohême.
1385-1378. — Charles IV , voulant tirer quelque fruil de ses droits sur le rûvaume d'Ai les , va s'y faire couronner par le pape Urbain V. Il confirme la vente d'Avignon faile à CléménI VI pur Jeanne de Manies, ainsi que la cession dit Viennois an roi de France par Huinbert II , et il constate sa prise de possession par quelques autres actes de souveraineté (1366'. Cet empereur se préfait à toutes les aliénations du domaine el des fiefs de l'Empire ; aussi lui a-l on repi oché avec justice d'avoir laissé en mouran'l la dignité impériale ruinée el avilie. M munira plus de sagesse dans le gouvernement de se s États héréditaires . et la Bohême lui dut de bonnes lois, et surtout l'institution de l'université de Prague , modelée sur celle de Paris, où ce prince avait fuit ses études.
Wfnceslas de Luxembourg, 1378-1400. — Le fils aîné de Charles IV ayant succédé au trône héréditaire et à la couronne élective de son père, ne suivit que trop fidèlement les exemples domestiques ; aussi des symptômes d'anarchie ne tardèrent pas à se manifester dans l'Empire, et le besoin de protéger la paix
publique donna naissance à de nouvelles ligues. Les villes de la Souabe et de lu Francqnie formèrent des associations pour se défendre contre les confréries nobles du Lion-d'Or, de Saint-Georges et autres. Una guerre ouverte éclata entre les deux partis, et les communes furent battues par les princes aux combats de Weil et de W'orms (1388). Wenccslas paya cher l'impuissant et secret appui qu'il avait pieté aux villes libres. Pour le perdre, ou divulgua ses vices trop réels, et on les grossi! au delà de toute vraisemblance. Enfin , il ftil emprisonné par ses sujets de Bohême en 1393, et déposé par ses vassaux d'Allemagne eu 1400. Toutefois , sa royauté survécut dix-huit ans à son empire.
Robbbt de, Bavière, 1400-1410. — L'expédition d'Italie était de nouveau tombée en désuétude sous Wencelas. L'Électeur Palatin, qui lui succéda , essaya de s'ouvrir le chemin de Rome par l'abaissement des Visconli , maîtres absolus du .Milanais ; mais sa défaite sur le lac de Garda l'avertit que l'Italie était perdue à jamais pour les empereurs.
A la mort de Robert , la désunion se mit de nouveau dans la diète électorale, et un triple schisme divisa en même temps l'Empire et l'Église. Les électeurs se partagèrent entre Wencelas , Sigismond, sou frère , et Josse de Moravie , son cousin ; mais la mort de ce dernier ramena tous les suffrages à Sigismond ; roi de Hongrie et électeur de brandebourg.
SiGisMoxn de Luxembourg, 1410-1437. — Sous un prince qui apportait sur le trûne la dignité électorale, la couronne de Hongrie et l'expectative de celle de
Bohême, le pouvoir impérial semblait destiné à reprendre sa première force ; mais les attaques victorieuses des Ottomans , le besoin de rétablir l'ordre et l'unité dans l'Église, et surtout une guerre religieuse en Bohême, empêchèrent Sigîsmond de rendre son ancien éclat à la couronne impériale.
1414. — Le Côncilé de Constance , qui devait opérer une réconciliation ; universelle dans l'Église et dans la chrétienté , n'atteignit que bien imparfaitement ce noble but , et il fut , pour l'empire en particulier, une occasion nouvelle de discorde et de malheur. ;
Guerre des ïfussites , 1419-1434. — Le concile de Constance venait de condamner au feu Jean Huss et Jérôme de Prague, qui avaient propagé dans la Bohème les erreurs de l'hérésiarque anglais Wiclef. La nouvelle de cette exécution inspire une fureur fanatique à leurs nombreux sectateurs. Ils prennent lès armes sous là condnite de Jean Ziska, et massacrent le sénat de Prague. Le roi Wencelas meurt d'épouvante et Sigisinoud, qui lui succède, ne peut empêcher les étals de se réunir aux rebelles. Réduit h combattre ses sujets , il n'éprouve d'abord que des revers, et ne peut même protéger l'Empire contre les incursions des Taùorites. Cependant les concessions faites à ces sectaires par le concile de Bâle ayant déterminé la soumission des états , leur chef Procope ne peut prolonger long-temps la guerre civile, et sa défaite à Bohémischbroda amène, en 1434 , la pacification d'Iglau. '-' V ' ' " ' "
1437. ' — Sigîsmond meurt après 1 avoir rendu la paix a sea États, mais en laissant l'Eglise' divisée par
un nouveau schisme. Avec ïui s'éteignit la maison royale de Luxembourg.
Maison d'Autriche, 1438. ■ — Albert d'Autriche , gendre de Sigismond , succéda a ses trois couronnes, qu'il ne porta que deux ans. Après lui , la Hougrie et la Bohême , acquises à titre hériditaire , sortirent da sa famille, pour y revenir un jour , tandis que la dignité impériale , élective de sa nature , devait rester dans la maison de Habsbourg jusqu'à l'extinction de cette illustre dynastie eu 1740.
Frédéric Ht, qui succéda en 1440 à son parent Albert II, prêta son appui au saint Siège , pour ramener les évéques dissideus de Bâle ; et lorsque la fin du schisme, en 1449, eut rétabli la tranquillité dans l'Église , il alla recevoir des mains de Nicolas Y la couronne impériale ( 145a). Ce fut la dernière fois que Borne vit consacrer dans ses murs le successeur d'Otbon le Grand.
§ IV, — Changement politiques dans PEmpiré durant cette période.
L'Empire achève de perdre en Italie et dans lé royaume d'Arles des droits usés par le cours du temps ou aliénés par l'avarice des empereurs. Circonscrit dans ses propres limites, il reçoit une constitution plus régulière et plus complète par les lois de Rodolphe , la Bulle d'Or de Charles IV, et le premier établissement des Cercles , sous Wenceslas et Sigis-
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mond. Mais ces institutions mêmes servent à reconnaître et à lëgi limer tous les empiétcmens des princes, ainsi que la dilapidation du domaine impérial et des droits du trône. La dignité suprême devient onéreuse à ceux qui en sont investis , et les Etais «(teignent , comme corps fédérât ifs el comme individus , au plus haut degré ne souveraineté. Les électeurs se séparent des autres vassaux immédiats , el, forment un collège particulier , qui reste eu possession dit droit exclusif d'élire l'empereur , et de participer à la coll.ition des grands fiels. Après ce premier Collège, vient celui des princes , augmenté et déci édité par la création des nouveaux ducs. Enfin', lia troisième Collège, celui des \ illes impériales, prend séance dans la diète, et concourt aux délibérations i a partir de l'aimée
Le démembrement de la Souabe el de la Franconie avait donné naissance à une noblesse immédiate d'un ordre particulier. Celte noblesse, en quelque sorte allodiale, se met hors de la dépendance des princes et de l'empereur ; elle ne prend aucune part au gouvernement, mais reste exempte des charges publiques.
Des changemens plus faciles à saisir surviennent dans la succession des grands fiefs, qui tous entrent on restent dans ks familles qui les possèdent encore. Toutes les maisons électorales sont renouvelées, à l'exception des deux pi iucipales branches de ltawèro; niais au-dessus de ces dynasties provinciales sq place la maison parvenue de Habsbourg-Autriche , qui, sans arriver à la dignité électorale, obtient, eu 1463,
tan titre qui dislingue ses cliefs des autres ducs, et les assiimiic aux télés couronnées. Elle ne vote pas l'Empire , mais elle en toit son patrimoine.
Bohême. — L'avénement de la maison de Luxembourg, en 1311), avait dmnjé une nouvelle importance ace rtynmwe.Jeanl'A'veugle y réunit la Silésie, ■par la soumission volontaire des ducs de Sagan , Opyu-len. Brieg, Liegnîtz, ttatibor , etc., méconlens de la suzeraineté des rois de Pologne (1327). A ces Acquisitions Charles IV ajouta la Lusace, et ce même empereur fit assigner au roi de Bohème le premier rang parmi les électeurs. Tous ces avantages devaient concourir à l'élévation de la maison d'Autriche , qui hérita de ce royaume en 1438, et se l'assura par un mariage en 1526.
Bavière et Palatinat. — En vertu d'un traité de famille, signé à l'a vie en 1329, le vole électoral devait alterner dans les branches palatine et ducale de la maison de W'ttteisbach; mais la huile d'Or le fixa dans la branche aînée ou palatine (1356).
Brandebourg. — La branche d'Ascanie-Anhalt s'étant éteinte, en 1323, par la mort du margrave Jean IV, cet électoral fut possédé successivement par trois fils de l'empereur Louis de Bavière. Sigismond de Luxembourg en fut ensuite investi par son père ; mais après son avènement à l'empire, il le vendit eu 1417 au burgrave de Nuremberg , Frédéric de Hobenzolleru, tige de la maison royale de Prusse aujourd'hui régnante.
Saxe. Cent ans après l'extinction de la branche brandebourgeoise d'Anhalt , la maison d'Ascanie finit en Saxe, dans la personne d'Albert III (1422). L'empereur Sigîsmond fit alors transférer ce duché à Frédéric le belliqueux , margrave de Misnie (1423). En i486 , la maison saxonne de Misnie se divisa eu deux grands rameaux : 1° la branche aînée ou Ernestine , électorale jusqu'en 1548 ; 2° la branche cadette ou Albertine , électorale en 1648 , et royale en 1806.
Albert te Sa E. Hidwi
Ii7. RODOLPHE.
tué 1298.