‹ Précis de l'histoire du Moyen Âge par m. des MichelsChapitre 64 sur 75 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

DE LA FRAIÏCE ET DE l'aïïGLETERRE.

Troubles dans les deux royaumes. — Seconde période de la guerre de cent ans, terminée par Teipnlsion des Anglais. 1380-1453.

Cette période historique, semblable en tous points à celle qui précède ■ reproduit les mêmes phases de malheur, de revers et de gloire. Des dissensions civiles en France et en Angleterre; la rivalité de deux branches des maisons de Valois et de Plan ta genêt; la guerre entre les deux nations, d'abord languissante, ensuite plus vive que jamais ; le danger de la France plus pressant et sa délivrance plus glorieuse ; enfin , au milieu de tant d'adversités communes , des réformes et des améliorations politiques dans les deux royaumes ; tel est le tableau que présente cette triste époque.

§ I. — Minorité et démence de Charles VI ; minorité et tyrannie de Richard II.

A trois ans de distance , Richard II , roi d'Angle-

terre , et Charles VI , roi de France , avaient succédé, l'un à son aïeul, l'autre à son père (1377 et 13K0). Dans les deux royaumes, les mêmes causes amènent les mêmes effets. — Eu Angleterre, la régence est disputée par les trois oncles du jeune roi, les ducs cVYorck , de Lanças tre et de Giocesler ; en France, on voit pareillement trois oncles de Charles VI, empressés , à l'encontre les uns des autres, de gouverner le royaume dans leurs intérêts particuliers , sans égard pour la vertueuses résistance du duc de Boiuiion. Les princes anglais dissipent les finances de l'État, déjà épuisées par les guerres du règne précédent; les épargnes que Charles V avait amassées au milieu de ses triomphes. sont dilapidées par le duc d'Anjou , qui les applique aux stériles préparatifs de l'expédition de Kaples, où il devait laisser la vie (1384). La même année voit établir, en deçà et au delà de la Manche , des impôts odieux, qui doivent soulever les sujets des deux couronnes (1381).

Le rétablissement des aides et gabelles abolies par les états-généraux de l'année précédente , et les entreprises qu'on méditait contre les franchises du peuple, excitent à Paris la sédition des MaiUoUns , qui se répète à Rouen et dans les principales villes du royaume. Elle sert de prétexte aux princes du sang pour demander le supplice de l'avocat général Jean Desmarets , le désarmement des bourgeois , et la suppression momentanée des charges municipales qui garantissaient les privilèges des Parisiens (13 83).

La révolte des Tuchins dans le Languedoc, occasionée per les mêmes causes que la sédition des Mail-

lotins, fut réprimée par le duc de Berri , dont les exactions l'avaient provoquée.

En Angleterre, l'impôt de la capitalion [Poll-tax) , voté par des Chambres corrompues , donne lieu à la révolte du forgeron Wnlt-Tyler, qui fait insurger les paysans du comté d'Essex , déjà préparés à la désobéissance par les prédications séditieuses du prêtre John Bail, disciple de l'hérésiarque WiclefF. Cent mille rebelles marchent sur Londres et s'en emparent (1381). Le meurtre de Walt-Tyler et la modération trompeuse du roi les ramènent à l'ordre. Mais l'amnistie promise par Richard et sa charte de liberté furent bientôt oubliées, et le peuple retombai sous une tyrannie qui n'avait pas , comme sous Édouard , Crécy et Poitiers pour excuses.

Les minorités de Charles VI et de Richard II ont pour dernière ressemblance le renouvellement des guerres de Flandre et d'Ecosse, où les expéditions des deux jeunes monarques eurent des résultats pareils. Le roi de France marche au secours du comte Louis II de Marie , avec le brave Clîsson , qui venait de recevoir l'épée de connétable , et bat les Flamands rebelles, à la journée de Roosebeke, où périt leur chef Philippe d'Artevelde. Les mouvemens populaires qui éclataient dans toutes les parties du royaume empêchent Charles de poursuivre ses succès.

La guerre d'Écosse s'était aussi annoncée sous d'heureux auspices ; mais Richard , désespérant avec raison de pouvoir dompter la fierté des montagnards, renonça brusquement à son entreprise (1385) , et Robert Stuart put transmettre à ses descendant la 3-t

succession paisible d'un trône oii ils devaient rencontrer tant d'infortunes (1390). Au retour de son expédition, Richard , comme Charles , affecta le pouvoir absolu , et , comme le roi de France , il tomba sous l'influence des princes ou des favoris qui opprimèrent le peuple en son nom.

Rupture avec l'Angleterre, 1385. — Après une suspension d'armes qui avait duré quatre ans , Charles VI projette une descente en Angleterre, et fait préparer un grand armement à l'Écluse ; mais le duc de Bourgogne , au lieu de presser l'expédition , s'applique à soumettre la Flandre, qui lui était récemment dévolue par la mort de Louis II de Marie, son beau-père. Le duc de Berri , de son côté, f;iit perdre, par ses lenteurs , le moment favorable, et pendant ce temps les Anglais brûlent dans le port les vaisseaux qu'avait épargnés la tempête (1386). De nouvelles trêves furent signées en 1389 et 1395. La dernière , qui devait durer vingt-huit ans, stipula le mariage de Richard II avec la fille" de Charles VI , et la restitution de Brest et de Cherbourg parles Anglais.

Démence de Charles VI, 1392. — Pierre de Craon, ayant attenté à la vie du connétable de Clisson , s'était réfugié en Bretagne, et le duc Jean V avait refusé de le livrer à la justice du roi. Charles , résolu d'en tirer vengeance, marche contre son vassal à la tête d'une armée , mais une rencontre mystérieuse dans la forêt du' Mans vient troubler sa raison, et l'expédition n'a pas suite.

Le malheureux monarque, devenu incapable de

gouverner l'État, est indignement délaissé par la reine Isabelle de Bavière et par les princes de sa famille ; les ducs de Berri et de Bourgogne s'emparent de la régence, à l'exclusion du jeune duc d'Orléans , frère du roi , destituent Clisson , et proscrivent les autres ministres. Malgré ces actes d'une rigueur injuste, l'administration des deux régens donne à la France dix ans de repos , mais nou de bonheur.

1396. — Les nombreux chevaliers formés à l'école de Duguesclin , honteux de leur oîseveté et des excès d'une cour dissolue , vont combattre les Turcs -, sous les ordres de Sigismond, roi de Hongrie, mais la fortune trahit leur bravoure à la journée de Nicopolis, si funeste à la chrétienté. Malgré ce revers , le jeune Boucicaut , sorti des fers des Ottomans , va défendre Constantinople contre leur sultan Bajezet,et la valeur française sauve la capitale de l'Empire grec.

Révolution d'Angleterre, 1399. — L'abandon de Brest et de Cherbourg par Richard II avait soulevé contre ce prince les Anglais fatigués de sa tyrannie. Des supplices réprimèrent les premiers troubles ; mais, pendant que le roi était occupé a soumettre l'Irlande , aussi révoltée , Henri de Lan castre, réfugié en France, fit une descente dans l'Yorck-Shh e, et se rendit bientôt maître de Londres. Richard , abandonné de son armée, fut forcé d'abdiquer la couronne, et sa captivité à Potniret fut abrégée par une mort violente. Le parlement déféra la couronne à Henri de Lanças tre.

IIlnui IV, chef de la branche royale de Lancastre, descendait du troisième fils d'Édourtrd III. Son élé-

vation au trône eut lieu au préjudice de la maison d'Yorck, qui avait pour elle le droit de proximité ; aussi ce ne fut pas sans danger et sans efforts qu'il réussit à se maintenir contre les entreprises des princes et de la noblesse.

La cour de France ne réclama point contre une usurpation qui avait privé la fille de Charles VI de son époux et de sa couronne ; mais la trêve de Leliaghem fut rompue ; Bourbon assiégea , sans succès , il est vrai , les villes de Bordeaux et de Bayonne ; et Je duc de Bourgogne , avec plus de bonheur , empêcha les Anglais de s'établir en Bretagne. Mais la guerre db pouvait devenir sérieuse au milieu des ambitions qui divisaient les deux royaumes.

Assassinat du duc d'Orléans, 1407. — Louis d'Orléans et Philippe de Bourgogne avaient été ennemis toute leur vie ; mais , par les conseils du duc de Bourbon elles vertus conciliantes du prévôt Juvénal des Crsins , leur haine mutuelle ne s'était produite qu'en intrigues de cour et de pouvoir. Il en fut autrement après la mort de Philippe le Hardi, qui transmit à son fils Jean-sans-Peur, avec ses inimitiés , un vaste héritage de puissance et de crédit. Une offense faite à l'honneur du nouveau duc de Bourgogne amena entre les deux princes une rupture publique , et le Bourguignon aposta des assassins qui égorgèrent son rival. Ce crime resta impuni, et le coupable eut assez d'audace et d'autorité pour le faire justifier par un docteur de Sorbonne et approuver par le monarque.

Louis , duc d'Orléans , laissait quatre Gis , trois

légitimes, nés de Valentine de Milan, et le bâtard Dunois, qu'il avait eu de Marie d'Enghien. Le jeune Charles d'Orléans se prépara à venger son père.

Guerre des Bourguignons et des Armagnacs , 1410 , etc. — La querelle de deux familles doit remplir la France d'horreurs ,et la guerre civile va s'associer à la guerre étrangère. Le parti Orléanais ou armagnac aura d'abord pour lui Isabelle de Bavière et la cour ; celui de Jean-sans-Peur , les bourgeois de Paris et l'Université.

1411. — Les princes du sang forment une confédération contre le duc de Bourgogue , sous le commandement du comte d'Armagnac, beau-père du duc d'Orléans. On entre eu campagne de part et d'autre , et les succès se balancent. Mais les Bourguignons dominent ù Paris, où Jean-sans-Peur organise la milice des Cabochiens , qui se rend coupable des plus effroyables excès.

1413. — Les princes, désespérant de leur cause, sollicitent la protection du roi d'Angleterre, et lui offrent la pleine exécution du traité de Bretigny. Le duc de Bourgogne les fait déclarer ennemis de l'État, et les Cabochiens font main-basse sur les Armagnacs de Paris. Le sang coule sur les échafauds en infime temps que dans les places publiques, et la populace garde à vue dans leur palais le roi , la reine et le dauphin. Cependant la crainte de l'intervention étrangère réconcilie un moment les deux partis, qui signent la paix de Pontoise (1413) , dans le même temps où la mort d'Henri IV semblait devoir détourner la cour d'Angleterre des affaires de France.

g H. — Guerre d'A zincourt. UU-1423.

1413. — Henri V, roi d'Angleterre, avait annoncé dès les premiers jours de son règne une sagesse el une ambition que ne promettait pas sa jeunesse licencieuse. L'occasion s'était offerte à lui de relever sur le continent la puissance de ses ancêtres ; il résolut de la saisir. Sur le refus fait par la cour de France d'exécuter, dans toute leur rigueur, les conditions du traité de Breligny, il lit résoudre la guerre dans le parlement de Leicester , qui lui accorda des subsides pour l'entretien de cinquante mille bonimes.

Bataille (TJzincourt, 1418. — Le roi d'Angleterre, ayant débarqué en Normandie, s'empare de Harfleur, et cliercbe à se rapprocher de Calais en traversant la Picardie. L'armée française atteint les Anglais prés de Saini-Pol ; et l'imprudente précipitation du connétable d'Albret engage , dans la plaine d'Azincourf, une bataille aussi funeste que les journées de Crécy et de Poitiers. Plusieurs princes du sang et les plus braves guerriers de France y perdent la vie ou la liberté. Au nombre des prisonniers se trouve le duc d'Orléans, dont la longue captivité aurait été un grand bonbeur pour le royaume , si le duc de Bourgogne l'avait partagée.

Le vainqueur d'Aziucourt ne profita pas de sa victoire. II espérait venir à bout de ses desseins en s'alliant avec le duc de Bourgogne et avec l'empereur Sigismond , pour opérer le démembrement de la France.

La prison du duc d'Orléans n'avait point affaibli son parti , et la mort du dauphin Louis , gendre de Jeanïans-Peur, fut un échec pour la faction Bourguignonne. L'épée de connétable et les Finances furent données au comte d'Armagnac, qui instruisit le roi des déportemens de la reine , et fit exiler cette princesse à Tours (1417); mais le triomphe des Armagnacs ne fut pas de longue durée.

Massacre des Armagnacs, 1418. — Le duc de Bourgogne s'unit à Isabeau de Bavière , et s'allie avec Henri V. Pendant que les Anglais , de nouveau descendus en Normandie, font des progrès dans cette province , l'isle-d'Adam s'introduit dans Paris avec une troupe de Bourguignons. Le roi , tombé sous la tutèle de cette faction, doit prêter son nom à tous les attentats qui vont se commettre contre la couronne et contre la nation. Une première émeute, excitée à Paris contre les Armagnacs, est accompagnée du massacre des prisonniers , où sont compris le connétable, le chancelier, six évoques, les magistrats les plus honorables et les plus vertueux citoyens. Ces horreurs devaient se renouveler l'année suivante, sous les yeux mêmes de la reine, qui récompensait les bourreaux. Dans l'intervalle de ces deux boucheries , on fait rendre à Charles Vr des lettres-patentes qui révoquent tous les offices de magistrature et autres, pour les donner aux Bourguignons , à l'exclusion des Armagnacs.

Le Dauphin régent, 1418. — Cependant le dauphin Charles, sauvé des mains des Bourguignons par

le dévouement de Tanneguî-Duchâtel , se rend de l'autre côté de la Loire pour se mettre à la tête du parti d'Orléans , devenu celui de la royauté. Il prend le tilre de régent , et , des fidèles débris des corps de l'État, il forme un parlement et une université à Poitiers.

1419. — Le roi d'Angleterre, après avoir pris Rouen , s'avance jusqu'à Meulan , où devaient s'ouvrir des négociations entre ce prince et la reine de France , le duc de Bourgogne et le dauphin. Ce dernier ayant manqué à l'entrevue, on se sépare sans l ien conclure. Un mois après , Jean-saiis-Peur et le dauphin se réunissent dans une conférence près de Melun, jurent de s'aimer comme frères, et promettent de se revoir bientôt.

Assassinat de Jean- sans- Peur , 1419. — On espérait la paix de l'entrevue de Montereau ; mais le meurtre du duc de Bourgogne^ commis par Tannegui- Duchâtel, devait rendre les haines implacables , et compromettre l'avenir de la France.

Traité de Troyes, 1429. — Philippe H, fils de Jean- sans-Peur , jura de venger son père, et s'unit plus étroitement à Isabelle et à Henri V, Oa fit signer à Charles VI un traité qui donnait au roi d'Angleterre, avec la main de Catherine de France , le titre de régent du royaume et d'héritier de la couronne. Le dauphin , dépouillé de ses droits par un père en démence, une mère déuaturée et un prince étranger, en appela à Dieu et à son épée. Alors, plus que jamais, la nation et les grands corps de l'État se Irouvèrent

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partagés entre l'usurpateur anglais et le légitime héritier du trône.

1433. — La mort d'Henri V et de Charles VI ne laisse pas le temps à la domination anglaise de prendre racine en France. Cependant le traité de Troyes doit porter ses fruits.

§ III. — Guerre d'Orléans, 1488-1436.

Charles VII et Hehei VI, 1423. — Le dauphin Charles se fait couronner à Poitiers et reconnaître au midi de la Loire, pendant que le fils d'Henri V est proclamé roi de France et d'Angleterre à Paris et à Londres. Ce prince , à peine âgé de dix mois , a pour tuteurs ses oncles , les ducs de Bec] foi d et de Glocester. C'est entre Charles VII et Bedford que va commencer une lutte dont la France devait être le prix.

Bedford commence par détacher le duc de Bretagne de la cause royale, et le roi de France remplace l'alliance de ce vassal par celle de l'Ecosse. La régence de ce royaume avait déjà envoyé des renforts à Charles dauphin, sous le commandement du comte de Buchan, qui , de concert avec le maréchal de Lafayette , vainquit les Anglais à Baugé (1431). Les troupes écossaises qui arrivèrent au secours de Charles VII avec le connétable Stuart furent battues à Crevant , et un troisième corps ne put empêcher la défaite de l'armée royale à la bataille de Verneuil (1434). Ces revers semblaient d'autant plus accabjans , que le roi ne fui-

aaît aucun effort pour les réparer. Indifférent à tout, honnis aux plaisirs, il perdait joyeusement son royaume, comme le lui rapprochait le brave Lahire.

1424-1425. — Pendant que le roi de Bourges paraissait oublier l'honneur de sa couronne , le dévouement de sa noblesse et la détresse du peuple , quatre principales circonstances viennent relever les espérances de la nation : 1° les prétentions du duc de Glocesler sur le Haiuaut refroidissent le duc'de Bourgogne , et lui inspirent des seutimens plus pacifiques et plus français ; 2° Arthur de Richemont, nommé connétable , ramène pour un temps l'inconstance de son frère Jean, duc de Bretagne; 3° la fleur de la chevalerie française vient se ranger sous la bannière royale : Dunois, La Tïemouilie, La litre, Xnintrailles, Barbazan , etc., en faisant revivre les vertus guerrières des anciens preux, impriment une couleur héroïque à celte époque désastreuse; 4° la Providence suscite pour le salut de la monarchie la fille du laboureur Donremi. Jeanne d'Arc annonce sa mystérieuse mission , et la France va être sauvée par cette héroïne.

Siège d'Orléans , 1428. — Orléans, assiégé par les Anglais, allait succomber , et ce boulevard de la royauté devait entraîner dans sa chute le troue des Valois. Jeanne d'Arc, unissant sa valeur à celle de Richemont et de Dunois, délivre cette ville , fait prisonnier le duc de Sufl'olk , s'empare de Beatigency , bat et prend Talbot à Patay , et va faire sacrer le roi a Reims à travers mille obstacles et mille dangers (1428).

1431. — Une fois Charles VU couronné, la mission de Jeanne était finie. Retenue malgré elle sous les drapeaux, elle va défendre Compiègne, où elle tombe au pouvoir des Bourguignons, qui la livrent aux Anglais. Bcdford l'abandonne à la justice ecclésiastique , et un tribunal assemblé à Roue» la condamne comme hérétique et magicienne. « L'infâme ■ sentence fut exécutée , dit un célèbre historien aii- » glais. Cette héroïne, à qui la généreuse supersti- • tion des anciens aurait érigé des autels , fut livrée » aux flammes dévorantes , et expia par ce supplice » horrible les services signalés qu'elle avait rendus à » son prince et à .-a patrie. » (Hume. }

Celle lâche et monstrueuse vengeance ternit à jamais la gloire de liedford , sans rétablir l'honneur de ses armes. Les Anglais laissent prendre Chartres , et sont battus à Gei beroi. Richemont prépare leur ruine en disposant le duc de Bourgogne à un accommode* ment avec la cour.

Paix d'Arras , 1435. — La plupart des princes de la' chrétienté s'intéressaient nux malheursde la France et le concile de Bâle sollicitait le rétablissement de la paix. Elle fut conclue au congrès d'Arras entre Charles VII et Philippe le Bon. Le Bourguignon dicta les conditions du traité , exigea du roi le. désavue solennel du meurtre de son père, et se fit céder l'Auxerrois , les villes de la Somme , le Boulonnais , etc.

Les plénipotentiaires anglais avaient élevé des prétentions exorbitantes , que l'honneur de la couronne ne permettait pas d'accepter. La sagesse de Bedford se démentit en celte occasion ; mais la mort qui le

surprit en 1438 ne lui laissa pas voir les suites de son imprudence. Cet étranger n'emportait dans la tombe que la baine de la Fiance ; mais Isabeau de Bavière y descendit la même année , chargée de mépris et d'exécration. De toutes parts la fortune souriait à Charles, qui put croire sa couronne bien affermie lorsque la mort l'eut délivré de Bedfort , et que Bichemont lui eut fait ouvrir les portes de sa capitale (1436).

§ IV. — Dernières hostilités ; expulsion des Anglais.

Le duc d' Yorck , qui succéda à Bedford dans le gouvernement des provinces anglaises de France , n'avait ni les mûmes taleus , ni les mêmes ressources. Les divisions du duc de Glocesteret du cardinal de Winchester en Angleterre laissaient languir la guerre sur le continent. D'autre part , l'épuisement des provinces et les divisions des princes français ralentissaient les succès de Charles VII.

1440. — Ces divisions , qui avaient pour cause ou pour prétexte le despotisme du connétable , donnent lieu à la sédition connue sous le nom de Praguerie. Le dauphin Louis , excité par la Trémouîlle et soutenu par les ducs de Bourbon et d'Alençon , les comtes de Vendôme et deDunois, se met en pleine révolte contre son père. Charles VU réduit les rebelles, et sa clémence ne corrige pas les mécontens, qui, deux ans après, entreprirent encore sur l'autorité royale.

1441-1443. — La paix uue fois rétablie dans les provinces de l'obéissance du roi , les bostililés recommencent avec les Anglais , qui perdent Creil , Pon- (oise et plusieurs autres places voisines de Paris. Charles porte la guerre en Guienue et en Gascogne , où il se rend maître d'un grand nombre de villes. Mais le siège de Dieppe , par Talbot , oblige le roi de diviser ses forces, et de consentir à une trêve, qui est conclue à Tours (1443) pour un an , et se prolonge jusqu'en 1448.

Trêve, 1443-1448. — Dès les premiers jours de cet armistice, Charles VII se rend eu Lorraine pour presser la conclusion de deux mariages qui devaient réconcilier plusieurs maisons souveraines et deux grandes nations. Le roi René d'Anjou, duc de Lorraine , donne ses deux filles pour gages de la paix. Marguerite épouse Henri VI, roi d'Angleterre; Yolande donne sa main à Ferri de Vaudcmont , et cetie union doit terminer les différends qui s'étaient élevés entre les pères des deux époux au sujet de la succession de Lorraine, ouverte , en 1431, parla mort de Charles le Hardi. C'est de Ferri et d'Yolande que descend la maison impériale de Lorraine-Autriche.

Pendant que Charles VII négocie à Naucy , son fils fait la guerre aux Cantons helvétiques comme alliés de l'empereur Frédéric III. Il remporte sur les Suisses la victoire de Gottelem , si glorieuse pour les vaincus , et vient ensuite se joindre à son père pour assiéger Metz , qui se rachète et rentre dans l'obéissance de René.

Expulsion des Anglais , 1448-1453. — Les Anglais 3iS

ayant violé la trêve par la surprise de Fougères , Charles se met en devoir de reconquérir la Normandie: Rouen lui ouvre ses portes ; Harfleur se défend et succombe ; la bafaille de Forraigoy , gagnée par Richemont , anéantit l'armée anglaise , et la prise de Cherbourg achève la conquête de la Normandie , qui est réunie à la couronne (1460).

En Guienne , Danois , pour premier succès , s'empare de Bayonne, dont la soumission entraîne celle des Basques , qui se donnent à la France , sous la réserve de leurs anciennes franchises (1451), Bordeaux, qui avait aussi ouvert ses portes aux Fi ançais , reçoit bientôt après les Anglais dans ses murs ; mais la défaite et la mort de Talbot , au combat de Castillon , ne laissent plus d'espoir aux partisans de l'étranger , et deux citadelles , dont le roi flanque la capitale de la Guienne, répondent désormais de la fidélité de ses babitans.

Par la prise de Bordeaux fut terminée cette longue et sanglante lutte qui fut tour-à-tour si glorieuse pour les deux nations , et dont les deux grands résultats furent l'agrandissement de la France royale par l'expulsion des Anglais, et l'accroissement du pouvoir royal par la ruine de l'indépendance féodale et des franchises de la nation.

§ V. — Réformes et institutions dans les deux

royaumes.

FRANCE. ANGLETERRE

Soui Charles VI , le parlement Sous Richard II le parlement

de Paris devient permanent , el esl lour-à-tour séditieux et ler-

■cquiert une part dans la puis- vile.

unec Jégiilalive par l'inlroduc- Sous Henri IV, ce corps prend

tion insensible de l'enregistre- plus île consistante, et exerce

1439. Sur les remontrances des gouvernement. Le concours dei

états d'Orléans , Charles VII deux chambres devient néces-

• voulant faire cesser les grandi sairc pour les affaires important

t. excei et pillerics des gens de tes, el l'initiative des Liills île Ë-

■ guerre s institue des compa- nnnees est attribuée auxeommugnies de Ceus d'Armes , par un nés (1403).

édil perpétuel. Plus lard, en 1407. Le droit de pétition et 1448, il organisa la milice des de remontra dm entre dans les Francs Archers, qui , réunis aux élcmens de la constitution, gens d'armes, formaient une ni- 1406. Stalut de Henri IV, qui rnéc permanente de 18,000 liom- doune une extension trop démoules, indépendamment de la cralii|ue au suffrage éleclorjl. Garde Écossaise établie en 1421. 1430. Statut de Henri VI , qui Les trois Ordres , eu deman- n'accorde le droit de voter dans

publique régulière, avaient con- ciers jouissant de quarante sliil- (CDli implicitement A l'assiette lings de revenu. ( Celle somme , d'une taille perpétuelle que le équivalente ù 600 fr, environ, roi fil de sa pleine autorité , el supposait alors une garantie sufcontre laquelle les états réclamé- usante; mois la dépréciation sucrent en vain. L'édit de 1441 cessive des monnaies a livré deporte que : « Il n'est jà nul be- puis le vole électoral k uns

■ soin d'assembler les trois étits foule do prolétaires )

> pour mettre sus les dites tail- La chambre des communes »

» les. ■ Toutefois il ne leur con- composait de députés élus su

teste pas le droit de voler les nombre de deux dans chaque

aides et autres impôt*. comté . dam chaque tille du

FRANCE. ANGLETERRE

Ces deui c tablissc m ens tirent domaine royal . et dans chiqua laFrance do l'anarchie , el pré- bourg incorpore par charte ou parent la ruine de la féodalité, par prescription.

franchises publiques , et doivent arrêter les progrès des institutions nationales.

1413. Création du parlement de Toulouse , qui fait partie intégranle de celui de Paris, avec les mêmes honneurs et les mi-

Les offices commencent i être En Angleterrecomme en Fran-

tenus a vie , et les cours (le jus- ce , les corps judiciaires devien-

tiee acquièrent par li une salu- lient Indépendant de la couronne, laire indépendance. ( Édit do

1454. ÉditdeMontil-les-Tonrj tur le fuit de Injustice. Ce pré- CieiU monumenl de la législation civile forme un code complet de procédure, remarquable par l'esprit de sagesse qui l'a dicté. L'article 125 prescrit la rédaction des différentes coutumes du royau-

fai»

tandis que l'Eglise de Frin

s effort

tre fin au chiîme , le clergé 1 a gtais ne songeait qu'à eilirper l'hérésie. Les erreurs de Wicleff

1556. Les états do Languedoc accordent des subsides el obtiennent la réforme de divers abus.

1438. Pragois li que -Sanction de Uourgcs, qui , conformément am décrets du concile de Bâlc, rétablit les élections canoniques, et abolit les annales, réserves, •ipeetati ves , el autres eiactions.

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