CHAPITRE XII
DE LA. FRAWCE ET DE l'AHGLETEHRE.
Rivalité des deux couronnes sous les trois premiers Valois. — Première période de la guerre de cent ans, 1328-
Le ressentiment mutuel des haines récentes , des intérêts toujours opposés , et surtout les prétentions d'un prince anglais à la 'couronne de France , vont soulever entre les deux nations une guerre plus que séculaire. Les maux de cette rivalilésanglanledoivent encore être aggravés par les divisions civiles qui remplissent, dans les deux pays, les intermittences de la gnerre. En France , la première maison de Valois, comme celle qui la suivra , semble dévouée au malheur. Deux fois la succession royale est sur le point d'être interrompue par l'ambition des, princes du sang; deux fuis la dynastie d'IIugues-Capet est ébranlée par les victoires de l'Angleterre, et toujours, par des uelonrs glorieux et inespérés , nos rois affermissent leur troue, et la nation échappe à l'ignominie d'une domination étrangère.
§ I. — Guerre dé Crêcy , 1337-1348.
Préliminaires, 1327-1336. — A un an d'intervalle , Edouard III commence son glorieux règne en Angleterre, et Philippe VI de Valois, chef de la maison de ce nom, monte sur le trône de France , à l'exclusion de Jeanne de France , comtesse d'Ëvreur et reine de Navarre, déjà écartée une fois par décision des étals-généraux. L'exclusion de celle lille de Louis Hutin faisait tomber les prétentions d'Isabelle de France , reine d'Angleterre ; cependant son fils ÉdouardIII invoqua en sa faveur le droit de proximité; mais , condamné par le conseil des barons, il parut se désister de sou injuste réclamation , et consentit à faire hommage de la Guienue à Philippe , dans la cour plénière d'Amiens (1329).
1331-1342. — Édounrd avait à cœur de soumettre l'Écosse à sa couronne ; et , sans égard pour le traité naguère signé par son ministre Morlnner , il déclare la guerre à David Bruce , et reconnaît pour roi d'Ecosse son compétiteur Édouard BailloI ( 1331 ). David est chassé du royaume, et la victoire de Hallidon Hill livre un moment l'Ecosse à BailloI , qui se fait couronner à Scone. Cependant la guerre continue eu Ire les régens et le nouveau roi ,que trois expéditions de son protecteur ne peuvent maintenir sur le trône.
1328. — Le roi de France avait eu de son côté à réprimer la mutinerie des Flamands qui venaient encore de se révolter coutre leur comte Louis de
Nevers. Philippe remporta sur les rebelles la victoire de Cassel , et rétablit son vassal dans ses droits.
Rupture ouverte, 1337. — Les cruautés du comte de Flandre ayant de nouveau mécontenté ses sujets, une sédition éclate a Gand et gagne bientôt toute li contrée. Le brasseur Jacques Arlevelde se met à la tête de la révolte, et propose à Édouard III de prendre les armoiries de France, afin que les Flamands puissent se soumettre à lui sans manquer aux devoirs de la vassalité. Déjà Robert d'Artois, exilé du royannie par suite d'une condamnation capitale , avait décidé ce prince à usurper le titre de roi de France. Dès-lors la guerre est déclarée entre les deux couronnes.
1340. — La flotte française est battue près de l'Écluse, et la Flandre ouvre ses ports aux vainqueurs. Édouard , s'étant concerté avec les rebelles , va assiéger Tournay , restée fidèle à son comte et à son roi. Cette place résiste à tous ses efforts , et dans le même temps le duc de Bourgogne bat , près d e Saint-Omer, les troupes anglaises commandées par Robert d'Artois. Les hostilités sont suspendues par une trêve d'un an , nécessaire à Édouard III pour aller combattre les Écossais , qui venaient de chasser fia il loi , et qui étaient à la veille de rétablir David Bruce. 1
jiffaires de Bretagne , 1341, etc. — A la fin de la trêve, les hostilités eurent d'abord la Bretagne pour théâtre. Le duc Jean III venait de mourir , et sa succession était eu litige entre sa nièce Jeaune de Penthièvre et Jean de Montfort , son frère puîué. Les pairs de France l'adjugent à Jeanne, et par elle , à
son mari, Charles de Blois. Philippe envoie une armée contre Montfort, qui est fait prisonnier à Nantes par le prince royal Jean, duc de Normandie. Robert d'Artois, arrivé trop tard pour le défendre, trouve la mort dans Vannes, et le roi d'Augleterre fait de vains efforts pour reprendre celte place. La trêve de 1343 laisse Jeanne de Montfort abandonnée à ses propres ressources; mais son courage et son activité prolongent la guerre de Bretagne.
1345.— A l'expiration de la trêve, le parti de Montfort , renforcé par un corps d'Anglais , fait prisonnier Charles de Blois à la Roche-Derieu. Alors tous les soins comme tout l'honneur de la guerre retombent sur les deux Jeanne, héroïques épouses des deux prétendans prisonniers. Cette lutte, où brilla d'un si grand éclat la chevalerie ordonne, devait se prolonger jusqu'en 1365, où le traité de Gnérande donna gain de cause à la maison de Montfort.
Bataille de Crccy , 1346. - Le supplice d'Olivier de Clissou et de plusieurs autres seigneurs bretons dévoués à l'Angleterre, avait donné lieu à la rupture de la trêve. La guerre se rallume à la fois en Guienne, en Bretagne et en Normandie. Édouard est invité par le traître Geoflroi d'Harcourt à descendre en Normandie. L'armée anglaise s'avance sur Paris et se replie ensuite vers la Flandre ; mais , atteinte par les Français sur les bords de la Somme, elle est contrainte d'accepter une bataille qui devait être un des plus ibeaux exploits de l'Angleterre. La France, vaincue Ji Crécy , y perd les plus illustres de ses princes et la Heur de ses chevaliers.
1347. — Édouard va mettre le siège devant Calais, qui est sauvée de la destruction par l'héroïque dévouement d'Enstache de Saint-Pierre. Cependant la rigueur politique du vainqueur en exile toute la population française, et s'en assure la possession en y transportant une colonie d'Anglais.
Pendant qu'Edouard triomphait à Crécy, sa femme, Philippine de Hainaut , gagnait sur les Écossais la bataille moins brillante mais plus décisive de Kevil'a Cross, où le roi David Bruce fut fart prisonnier.
Trêve, 1348-1355. — Le pape Clément VI, prenant en pitié la misère des peuples, désolés parla guerre , par la peste et par la famine , interpose sa médiation entre les rois de Fiance et d'Angleterre , et leur lait accepler une trêve d'un au, qui se prolongea en réalité jusqu'à l'année 1355.
Pendant celle trêve , Philippe VI ajoute aux domaines de sa maison le corn lé de Montpellier, par achat de Jayme d'Aragon , roi de Majorque (1349), et le Dauphiné de Viennois , par la douation de liumbert II de la Tour-du-Pin (1349). Le Viennois devint l'apanage du fils aîné de Fiance, C'était peu d'acquérir; il fallait surtout conserver; et Philippe déclara le domaine royal inaliénable,
En Angleterre, Edouard III établit en 1349 l'ordre de la Jarretière, que le roi Jean imita deux ans après par l'institution des chevaliers de l'Étoile.
5 II. — Guerre de Poitiers , séditions populaires , paix de Bretigny, etc., 13S0-136S.
Jeàiï le Bon, roi de France, 1350-1304 — La suspension des hostilités avait rétabli les relations ordinaires en Ire les seigneurs fiançais des deux partis, et le roi d'Angleterre en profitait pour entretenir des intelligences avec les vassaux et les officiers du roi de France. Le connétable d'Eu, soupçonné de s'être vendu à l'étranger, est mis a mort sans jugement (1351), et sa charge est donnée à Ferdinand de Lacerda , qui venait d'obtenir aussi le comté d'Angou- Urne, hypothéqué au roi de Navarre, Charles le Mauvais, gendre du roi. Le Nnvarroîs fuit assassiner le prince castillan (1354), et prélude, par ce meurtre, aux méfaits de sa coupable vie. Le faible roi ferme d'abord les jeux sur ce crime ; mais, ayant reconnu que son gendre conspirait contre sa personne, il donne l'ordre de l'arrêter, et fait décapiter sous ses yeux les antres chefs du complot (1356).
Rupture avec l'Angleterre, 1355. - Bien que la trêve eût cessé depuis quatre ans , la guerre n'avait éclaté que par quelques hostilités partielles. Biais, en 1355, elle prend un caractère sérieux. Le prince de Galles descend à Bordeaux , et parcourt en vainqueur l'Aquitaine ; le roi d'Angleterre débarque à Calais et ravage la Picardie. Ln Bretagne, les Anglais s'emparent de Nantes, mais ne soutiennent pas leurs premiers succès. L'épuisement des ressources publiques énerve la résistance, et le roi se voit forcé de faire un appel à la nation-
États-généraux , 1365. — Les députés de la langue d'Oil se réunissent à Paris , les trois Ordres votent la levée de trente-mille hommes d'armes ( cent cinquante raille combat t ans }j sans y comprendre les milices communales. Deux impôts, la gabelle et les droits de vente, payés saus distinction par tous les sujets du roi , devaient pourvoir à l'entretien de cette armée. En dédommagement des sacrifices faits à la couronne, le tiers-état demanda la réforme de tous les abus, l'abolition de la Pourvoirie , la fixation du service militaire, et la délimitation des diverses juridictions.
Bataille de Poitiers , 1356. — Le roi reprend l'offensive et obtient des succès en Normandie ; mais les progrès du prince Edouard l'appellent au midi de la Loire. La rencontre des deux armées a lieu près de Poitiers , où les Anglais remportent une victoire plus désastreuse encore pour la France que la journée de Crécy. Le roi tombe au pouvoir de l'ennemi , et va partager à la Tour de Londres la captivité du roi d'Écosse.
1357. — La France, privée de son souverain, tombe dans une anarchie qui la livre au fer de l'ennemi et à la fureur des partis. La trêve de Bordeaux arrête les dévastations de l'étranger; mais les députés de la nation excitent la révolte au lieu de la réprimer.
États-généraux et séditions, 1357 - 1360. — Le dauphin Charles, ayant pris les rênes de l'État en qualité de lieutenant-général, convoque à Paris les députés du pays de langue française. Cette assemblée accorde les mêmes subsides que les Étals de 1355;
mais elle exige le renvoi des ministres qui n'avaient tenu aucun comple des doléances du peuple et des promesses de la couronne ; elle demande lu formation d'un conseil de régence choisi également dans les trois Ordres ; et, usurpant sur la prérogative royale, elle s'arroge la nomination des préposés du fisc , etc.
Les députés du royaume , en opposant ainsi à l'action du pouvoir une résistance intempestive, étaient peut-être, sans le savoir, l'instrument de quelques ambitieux. Charles le Mauvais, se fondant sur sa qualilé de petit-fils du roi Louis Hutin, aspirait ouvertement à la couronne, et il était secondé par Robert le Coq, évêque de Laon, et Étienne Marcel, prévdt des marchands, qui excitaient et dirigeaient les factions. Une première sédition remplit Paris d'épouvante ; l'exécution d'un bourgeois cher au peuple en fit éclater une seconde qui coûta la vie aux maréchaux de Champagne et de Normandie , et mit en péril celle du dauphin. Ce prince s'enfuit de Paris.
1358. — Les États de la langue d'Oil sont convoqués à Coropiègne, et ceux de la langue d'Oc à Toulouse. Ces derniers accordent quelques subsides. L'assemblée de Compiègne reconnaît le dauphin en qualité de régent du royaume. A Paris , les factieux ne dissimulent plus l'intention de donner la couronne à Charles le Mauvais, et Marcel allait ouvrir les portes de la ville aux Navarroïs et aux Anglais , lorsqu'il est massacré avec ses complices par Jean Maillard et Pépin des Essarta. Alors le régent, cédant aux prières des Parisiens, rentre dans la capitale et publie une amnistie générale.
Pendant que Paris était chaque jour agité par des émeutes populaires, les Jacques brûlaient les châteaux de la Picardie; et les Routiers ou Malandrins répandaient l'effroi dans toutes les provinces.
Le retour du roi pouvait sent rendre le repos à la France; mais les conditions de sa délivrance, trop humiliantes pour la nation , furent d'abord rejetées par les étals-généraux , et les trois ordres mirent entre les mains du régent les dernières ressources du royaume. La guerre recommença, et les Anglais reparurent bien! (il devant Paris; mais ils ne purent s'en emparer, et Edouard III consentit à reprendre les négociations.
Paix de Jïretigny, 1300. — Le traité de paix fut signé à Brelîgny, traité humiliant et désastreux qui livrait aux Anglais le port de Calais, le Ponlhieu et toutes les provinces de l'ancien duché d'Aquitaine en pleine souveraineté. Une rançon de trois millions d'écus devait payer la liberté du roi prisonnier. Les États se résignèrent à tant de sacrifices ; mais plusieurs villes , cédées à l'ennemi , refusèrent d'abord de recevoir leurs nouveaux maîtres. Cependant la scrupuleuse loyauté du roi Jean leur fît un devoir de la soumission.
Pour réparer en quelque sorte les perles que la France venait de faire , un édit du roi réunit à la couronne la Normandie . qui avait été donnée à Jean en apanage; le duché de Dourgogue, qui, par la mort de Philippe de Rouvres, en 1301 , revenait au roi comme plus proche héritier ; le comté de Champagne, que réclamait encore le roi de Havane ;^et enfin , le
comté de Toulouse , dès long- temps annexé a a domaine royal. La Bourgogne fut de nouveau aliénée , deux ans après sa réunion, eu faveur de Philippe le Hardi, quatrième fils de Jean et chef de cette puissante et ambitieuse maison de Bourgogne, qui faillit perdre la monarchie.
Le retour de Jean n'avait pas rendu le repos à la France. Elle fut dévaslée plus que jamais par les Routiers, qui reçurent dans leurs rangs une foute de soldats licenciés , que la paix laissait sans ressource et sans asile. Le duc Jacques de Bourbon périt à Briguais eu combattant ces brigands (1301). Peu de temps après, une partie des Grandes Compagnies passa au service du marquis de Mont ferrât ; et , sous le règne suivant , Duguesclin eu conduisit les restes en Espagne.
§ III. — Triomphe de la France sous Charles V; fin du règne d'Édouard III, 1364-1380.
Charles V succéda au rot Jean son père , qui mourut à Londres , où il était allé pr endre la place du duc d'Anjou, otage fugitif de la paix de Bretignj. Les malheurs de sa régence avaient donné au nouveau roi une expérience prématurée, et la prudence ne manqua jamais à ses conseils. Elle éclata dans la pacification des provinces , clans la guerre qui rendit à la couronne son patrimoine et sa dignité, eufin dans l'administration intérieure du royaume.
La paix avec l'Angleterre n'avait pas mis fin à la guerre de la succession de Bretagne, et Charles le Mauvais tie s'était pas désisté de ses folles prétentions. Le roi de Navarre était plus puissant en Normandie que dans son royaume ; il y possédait Évreux et plusieurs places fortes que Duguesclîn fut chargé de lui enlever. Ce chevalier breton, nouvellement passé au service du roi , s'illustra parla victoire de Cocherel , qui ruina le parti du roi de Navarre. Il y fit prisonnier le fameux captai de Buch , Jean de Grailly , généra! de l'année navarroise, et ennemi déclaré des Français. Quelques mois après, Duguesclîn , s'étant dévoué à la cause des Penthièvres , tombe entre les mains des Anglaisa la bataille d'Auray , où périt le prétendant Charles de Blois , dont la défaite et la mort assurent le triomphe de la maison de Mont fort. Dans la même année , le traité de Guérande pacifie la Bretagne , et celui de Pampelune met un terme aux coupables entreprises de Charles le Mauvais (1365).
1366. — Duguesclîn , ayant recouvré la liberté , se met à la tète des Grandes Compagnies , et marche au secours d'Henri de Transtainare , qu'il aide à détrôner son frère Pierre le Cruel. L'alliance de ce nouveau roi de Castille ne doit pas être stérile pour la France dans la guerre qui va s'engager.
Rupture avec l'Angleterre , 1368. — Le prince de Galles , investi par son père du duché d'Aquitaine à titre souverain , s'était aliéné le cœur de ses vassaux par ses exactious. Charles V reçut les plaintes des seigneurs de Gascogne, et, sans avoir égard aux clauses du traité de Brctigny , cita le fils du rot d'An-
gleterre deviint la cour des pairs de France. Édouard refusa fièrement de comparaître, et sa condamnation fut le signal de la guerre. Charles V convoqua à celte occasion les Étals généraux de la langue d'Oil, poulies consulter sur ce qu'il avait fait et sur ce qu'il aurai! à faire.
1369. — Les hostilités commencent en même temps sur trois points. Saiut-Pol et Chàtillon s'emparent du Ponthieu ; le duc d'Anjou , frère du Roi . fait des progrès en Guienne , et le duc de Bourgogne tient en échec le roi d'Angleterre eu Picardie.
1370. — Duguesclin reçoit avec l'épée de connétable le commandement général des armées , en môme temps qu'une langueur incurable force le prince de Galles à la retraite. Le héros breton attire sons les drapeaux français toute la noblesse de Bretagne, qu'il détache de la cause de Mou t for t. Il marche contre lloheat Knoltes , qui venait de débarquer à Calais , le bat dans l'Anjou et le poursuit de province en province.
1371-1373. — Pendant que le connétable, profitant de sa victoire, pénètre dans le Poitou et dans la S;iinlonge , la marine française se signale sous les ordres d'Yvain de Galles. Cet amiral va chercher la flotte que Henri de Transtamare armait pour la France . et , renforcé par les Castillans , bat le comte de Pembroke devant le port de la Rochelle. Peu de temps après , il fait prisonnier le captai de Buch. Duguesclin entre en Bretagne, et reçoit la soumission volontaire des seigneurs et des villes qui venaient de chasser les Anglais. Mon t fort , privé de l'appui de
ces allies, s'enfuit à Londres, d'où line revint dans son duché qu'après la mort de Charles V,
1373. — Le roi d'Angleterre, faisan! un dernier effort , envoie contre la France une année formidable sons les ordres des ducs de Lan castre et de Bretagne. Les Anglais traversent la France depuis Calais jusqu'à Bordeaux , où ils arrivent réduits à un très-petit nombre pur les attaques continuelles qui les avaient assaillis en chemin. Ils ne peuvent empêcher le duc d'Anjou d'achever la conquête de la Guïenne,
Trêve, et mort des deux Édouard, 1375-1377. — Le pape Grégoire XI intercédait depuis long-temps pour la paix. A la laveur d'une trêve qui fut conclue à Bruges, le prince de Galles et l« roi d'Angleterre descendirent en pail , niais non sans douleur , dans la tombe. Le revers des armes d'Édouard III, la misère de son royaume , les faiblesses honteuses de sa vieillesse , tout contribuait à lui rendre amer le souvenir de ses prospérités passées. Il avait vu l'Ecosse , malgré ses défaites , rétablie avec gloire dans son indépendance , sous les auspices de la maison de Stuart (1371) ; les fruits des journées de Crécy et de Poitiers perdus sans espoir de retour, et la plupart des possessions continentales de ses ancêtres passées sous les lois de la France. Enfin , il rendait le dernier soupir au moment où allaient recommencer , sous un roi mineur, des hostilités dont l'Angleterre ne pouvait attendre que de nouveaux malheurs.
Dernières hostilités , 1377-1380. — Cinq armées françaises se mettent en campagne. L'amiral Jean de Vienne fait une descente dans le comté de Kent j le
duc de Bourgogne entre en Picardie pour observer Culuis ; Olivier de Clisson prend possession de la Bretagne , qu'un arrêt prématuré de confiscation fait bien lût perdre à la couronne, cl la Gtiicnne est de nouveau envahie par le duc d'Anjou el le connétable , qui s'emparent décent trente-quatre villes on châteaux forliliés. Dugucsclin se porte ensuite eu Normandie , et enlève à Charles le Mauvais les places qu'il possédait encore dans celle province, Il allait achever la conquête de la Guienue et de la Gascogne sur les Anglais, lorsque la mort vint terminer , devant le château de lïandan, le cours de sa vie et de ses exploits. Grâce à son ëpée , les Anglais ne possédaient pins en France que quelques villes maritimes , Baj-onne, Bordeaux, La Ilocbclle , Brest et Calais. On pouvait espérer (pie Charles V achèverai! bienlôt son ouvrage par la conquête de ces places importantes ; mais une mort prématurée lui déroba cette gloire (1380).
5 IV. — Goucernemcnt de Charles F et d'Êdouardlll.
Nous allons rapprocher dans un lableau synoptique les trails principaux de l'administration intérieure de ces deux grands princes , afin qu'on puisse plus facilement en comparer les rapports el les différences.
FRANCE. ANGLETERRE
Charles V ne convoque qu'une Edouard III confirme -vingt fois
fois les états-généraux , qui s'é- la grande Charte souvent violée
taient montrés si dangereux sous sons sou règne,
le règne précédent. Il imagine, Première admission des prin-
pour en tenir lieu , 'las lits de ces du sang dans la chambre des
justice, où sont admis les grands- lords , et progrès do la chambre
officiers, quelques prélats, des de- des communes dont la convoca-
putés de la bourgeoisie et de l'u- tion devient annuelle. Le parle-
niversiié. menl s' attribue le droit de juger
13G4. Révocation des domai- les ministres responsables. 11 res-
nes aliénés. — Règlement sur treint dans de justes bornes les
les apanages. crimes de haute trahison dont on
1367 et 1372. Défense des avait trop abusé,
guerres privées. 13B2. Loi du parlement qui
1374. Édit de Vinccnncs sur interdit l'usage delà liioguc fran-
la régence et sur Ja lutèle des çoise dans les actes publics. C'est
rois , dont la majorité estfiïée à l'époque où l'on cesse de dis-
quatorze ans. tinguer deux nations en Anglc-
Établisscinens de marine A terre,
llnrlleur, A Dieppe , etc. — La Edouard encourage l'indus-
trimuraçcail efficacement, de richesses pour le royaume.
Charles V prolége les lettres 11 protège les lettres , et partiel ceux qui les cultivent, et Tonde tulièremcnl l'université d'Ox- :iu Louvre la bibliothèque royale, ford.