‹ Précis de l'histoire littéraire des Pays-BasChapitre 1 sur 12 · Précis de l'histoire littéraire des Pays-Bas · texte numérisé non relu

Précis de l'histoire littéraire des Pays-Bas

CHEI LES EDITEUnS, VANDEKERCKKOVE , IMPRIMEUR, KT VASSXS ET C.*, LIBRAIRES, RUE DES CnAMPS, ît. I*.

Vf

BOURGMESTRE DE LA, VILLE DU GAND , MEMBRE DBS iTATS-GÉNKRA.UX ET DE LA COMMiSSIOM' DE RÉDAC- TlOîf DES CODES , l'uW DES CURATEURS DR t'uifl- >ERSITi ET DU COLLEGE ROYAL , CUSVASIER. DE l'ordre du LtOX BELGIQUE , ETC. , ETC.

Tïîjotiàtcut ic c/ouâeifier-ô'otaL, ,

yce/t ao ce nu^ c/i/e/'^e' uj ^eéércJ éf uu ^y^rù ne ^ouj ej/" eéranacr : au> 7fuu€a a<ij ara-

(5Ç cCa ù/ioTnme co céa/^ on, 'Vch^^

woe^ Cl co??ne oaa/nc?zuô'aùorij 'yeâyoùùve cuuourco /nfC'j aa?zJ Jon

acù C'eciu^ aui, ^aôùJ a(àà?7^iair

J&f /tui<:f Âonorac'ceJ cùâo?Je2U.

1^ ei/ O' ce ?ne9ne a?noe€^ aue i^ cCauf ui /ïzvee^r- cù /aire/iO/rac/h'e ce/ ou^fraae daiu vo^r aiM/uc&f.

. Ù(}i0 a'veZ' ÂenJe'^ Jaru c/ouâe^ m/ ti7t uvre^ aciùf?e a /wÂu/arfJer

au aucu/v au^i^^ /leuà-e/^^^Cj ceufy.

JoicventJt/j <SC a y'ajnener a> ca U^- /era/are na/iofiaCe /€J /la/'iéa^îJ c/c no/^^'e ^eue ty''ca'na?'e ^ mu, (ejÂreifU<:rJ ca aiuivere?// avec Jacce/.

é/t^ono^e ae /va^^'e JuM*aae ^

atù u me JMr/ierfnuf ae me -fvn -

^a^ e^i' ce^âe accaàU)?i^ cc/i/c^ire/c

ae m^ concc-éoue/zJ ^ <^ ae ajac{j

^tr, a^ec Ce àrwa/ de m<^Jh cù,-

^aue^nmi/ ^ ae vue ot'oA^/c/c

û?iâe^7^j aU' lurtàcoiiàaâe ecùaé^'e^ eut' 're/i^^enâz?î/ Âae^,

Pptre très-liumhle ef très^ obéissant serviteur,

J» H. LEBROCQUy, Avocii.

Xj'histoiiie littéraire des Pays-Bas ne commence, à proprement parler, qu'au treizième siècle, époque à laquelle s^ouatc d'ordinaire l'histoire générale de la littérature moderne (i). 11 importe cependant, pour arriver à une connaissance plus approfondie de notre idiome, de remonter un peu plus haut, et de consi-

(i) Ce ne fut qu'au XIII^ siècle que la langue d'oll l'emporta , en France , sur la langue d'oc ; à cette époque, plusieurs causes s'unirent pour donner aux esprits la direction qu'ils ne cessèrent de suivre jusqu'au siècle de Louis XI ^^

(Note du TRAnrcTïUR. )

dc'rer les raonumens de la langue tudesque. qui nous sont reste's des siècles antérieurs. C'est ce que nous allons faire rapidement dans cette introduction.

Les anciens Germains , et parmi eux surtout les premiers haLitans de nos contrées, les Bataves, ont reçu de Tacite et d'autres e'crivains de l'antiquité, le tribut d'éloges que méritaient leur valeur, leur bonne foi, et la pureté de leurs moeurs j mais tout au plus avaient-ils fait quelques progrès insensibles dans la carrière des sciences et de la civilisation. La plupart des savans mêmes pensent, d'après un passage de Tacite, et l'ensemble de leur civilisation, que, dans le premier siècle de notre ère, l'écriture leur était entièrement inconnue, ou que du moins elle n'était que peu cultivée. Les Eomains créèrent dans ce pays, comme ailleurs, quelques institutions destinées à propager les arts et les sciencesj mais ces institutions qui n'exercèrent d'ailleurs qu'une bien faible influence, suivirent de près la chute de l'empire. Au troisième siècle de notre ère et plus tard , une nuée de Germains et d'autres peuples barbares Tint , du fond du nord;

rVTRONDDCTIOW. 3

fondre sur les provinces romaines; ce fut alors, selon l'opinion la plus ge'nérale, que les Francs, assemblage de plusieurs peuples de la Germanie transrhénane, s'étant jetés sur notre pays, s'y établirent, peu de temps après la première moitié du troisième siècle. Les Saxons qui les suivirent environ un siècle plus tard , et les Frisons qui habitaient ce pays , se soumirent à regret, ainsi que les autres peuples Germains, à la domination toujours croissante des Francs, qui parvinrent aussi, vers la fin du cinquième siècle, à s'établir dans les Gaules. Il en résulta des séditions et des guerres continuelles qui, jointes à d'autres obstacles, arrêtèrent les progrès de la civilisation. Ce fut seulement vers le neuvième siècle , sous le règne de Charlemagne, dont les armes étendaient au loin la domination, et qui s'était aussi rendu maître des provinces Belgiques, que l'on vit tomber la plupart de ces obstacles devant le christianisme introduit par lui chez ces peuples, avec plusieurs établissemens d'instruction publique ; depuis cette époque il parut de loin en loin, sinon dans ce pays, du moins dans une contrée que la langue.

les mœurs et le degré de civilisation rapprochaient beaucoup de nous, l'Allemagne, quelques écrivains que nous allons faire connaître. Nous devons, au prcala]}lc, faire mention de quelques monunicns de la langue tudcsque, antérieurs à cette époque. Le plus important et le plus ancien est une traduction de l'évangile, en langue meso-gothique , c'est-à-dire dans la langue de ces Golhs occidentaux, qui émigrèrent vers la fin du quatrième siècle de la Dacie en Mesie, aujourd'hui la Valachie. Ces tribus j que leurs relations avec la Grèce avaient plus ou moins civilisées, ayant été converties au christianisme, trouvèrent dans leur évêque Ulphilas, un protecteur éclairé des lettres et de la civilisation ; ses soins ne se bornèrent point à leur faire connaître l'écriture alphabétique , il leur fit donner une traduction de la bible en langue vulgaire; les Evangiles qui en faisaient partie, et qui ont été traduits avec soin sur le texte grec, ont été conservés jusqu'à nos jours. Ce précieux monument, déposé à la bibliothèque royale de Suède , copie fidèle du manuscrit primitif, est devenu célèbre so«s

ISTRODUCTION. 5

le nom de Codex Argenteus, et a été publié pour la pretnièrc fois en i665, par notre savant compatriote ^'/rtocj.îcus Junius, qui y a joint un glossaire golhif|uc. Quant aux éditiotis postérieures, nous n'en citerons que deuXj colle d'un savant Anglais, Edouard Lye, (|ui parut en l'^So, et celle que publia en Allemagne, en i8o5, un savant saxon M.

J. C. Zahn. Cette dernière édition, où l'on a mis à profit les corrections et les éclaircisseniens du savant Suédois M, Juh. Jhre, un des interprètes les plus distingués d'ï7^^i7rt5^ se trouve encore enrichie des fragmens de la traduction meso-goihique de l'épître aux Romains, qui fut découverte pour la première fois à la bibliothèque de Wolfonbuttel , par un savant Allemand F. A. Knittcl,et publiée en 1^63. Cette édition, dont on regrette que le texte soit imprimé en caractères romains, plutôt qu'en caractères meso- gothiques, a eu outre l'avantage de renlcrmer une introduction très-détaillée, qui concerne à la fois les Golhs, leur langue et, en particulier, Ulphilas, sa vie, sa traduction biblique, et tout ce qui se rapporte au fragment qui en est resté;

ainsi qu'une grammaire et un glossaire niesogothique. Enfin, le célèbre Angelo Majo a de plus publié, en 1819, quelques morceaux inédits de la traduction de la bible d'Ulphilas, en un volume in-4." Puisqu'il est certain que la langue méso gothique, telle qu'elle se trouve dans le monument précité, se rattache à la langue allemande, dont elle forme une des plus anciennes branches, on sent de quelle importance l'ouvrage d'Ûlphilas doit paraître aux yeux de ceux qui désirent approfondir la langue allemande en général, et en particulier la langue néerlandaise, dont Tanalogie avec la méso-gothique a été démontrée par le savant ïen Kate (i).

Après ce précieux monument de la langue méso-gothique, nous avons à considérer, pour compléter la connaissance de notre langue, une autre branche ancienne de l'Allemand , Vanglo-saxon, d'où l'Anglais dérive en grande partie j les monumens qui nous en restent sont plus nombreux, mais il n'entre point dans

(i) Gemeenschap tusschen de Gottlsche spraeke en de Nederduitsche , 1710.

notre plan de les citer tous.Un des principaux fst une traduction anglo-saxonne des évangiles ,jui, dans l'opinion des savans, appartient au septième ou au huitième siècle, et que Junius a jointe à son édition de la traduction mésogothique. Le même savant a encore publié une paraphrase de la Genèse, qu'on attribue à un moine anglais, nommé Caedmon, qui vécut vers le septième siècle. Parmi les œuvres d'un autre ecclésiastique Anglais , nommé Beda , qui se distingua par son érudition au huitième siècle, et s'acquit quelque célébrité comme philosophe et comme historien, on trouve aussi plusieurs morceaux écrits dans la langue anglo-saxonne. Beaucoup d'autres monumens de cette langue, indiqués à la suite de la grammaire anglo-saxonne et méso-gothique de l'Anglais Hickesius, ont été recueillis, pour la plupart, par ce savant, dans son ouvrage intitulé : T/iesaurics yiniiq. septemtr. 1 V. in-f.°

Charlemagne, qui nous rappelle à lui maintenant, et dont le règne se prolongea depuis 767 jusqu'en 8i4; ne se bornait pas à conquérir des nations j il s'attachait à les réfor-

8 ISTRODUCTIOI?.

mer et à les polir après les avoir soumises. Ses soins particuliers s'e'tendirent à la culture de la langue nationale, pour laquelle il ouvrit des e'coles, et il ordonna que Ton s'en servît pour prêcher la morale au peuple. 11 fît aussi recueillir les anciens chants populaires dans lesquels on célébrait les exploits des premiers rois. C'est surtout depuis son règne qu'on rencontre dans la langue allemande quelques productions qui méritent d'être signalées ici j elles sont écrites dans des dialectes qui se rapprochent encore plus du nôtre que le méso-gothique et l'anglo-saxon, c'est-à-dire dans le dialecte franco -tudesque, qui fut long-temps la langue de la cour, et Vallémanique qui ne diffère du premier que par plus de dureté. De tous les morceaux qui remontent à des temps antérieurs à Charlemagne, le plus ancien et le plus remarquable est la traduction franco-tudesque d'un petit ouvrage latin sur la naissance du Sauveur, composé par l'archevêque Espagnol Isidore, surnommé Hispalensis, qui fleurit au commencement du septième siècle. La traduction franco-tudesque, qui parut \ers la lîn du septième siècle, se

INTRODUCTION. y

trouve dans la collection de Schiller, Thésaurus Antiquitatum teutonicarum , à la fin du I." vol. Immédiatement après celte pièce est plaooc une Iraducliou franco-teutonne de la règle (le S.'Bcnoil, faile au commencement du huiliènie siècle, par un moine de l'abbaye de Saint-Gall , en Suisse, nommé Kéros.

Il ne nous est resté aucune production reinarqual)Ie des contemporains de Charlemagne; mais peu de temps après la mort de ce prince, on rencontre un théologien - poète nommé Otfridus, dont un ouvrage étendu, contenant la traduction en vers des quatre évangiles fondus ensemble, peut être envisagé comme le monument le plus précieux et le plus important de la langue et de la poésie tudesque. L'auteur, qui vivait vers le milieu du neuvième siècle, au couvent de Weissenhurg, en Alsace, a partagé son poème en cinq chants , dont chacun renferme une partie distincte de la vie du Sauveur. Celte production, qui atteste tout à la fois le savoir de l'auteur et son zèle pour la culture de sa langue maternelle, a été également recueillie dans le I .'■'■ vol. de la Collection précitée de Schiller,

dont nous recommandons les notes à l'altention de nos lecteurs. On pourra encore consulter avec fruit la notice pleine de détails judicieux que nous a donnée de cet ouvrage, M.VanWyn , dans ses Soirées historiques (^i), ainsi que l'Histoire de la langue nationale, par le professeur Ypey (2). Comme poème, nous avons un ouvrage encore plus remarquable : c'est un Chant de triomphe à l'occasion de !a victoire remportée en France, par le roi Louis III, sur les Normands j cette production dont l'auteur est resté inconnu, date aussi du neuvième siècle; elle se trouve enrichie de remarques très-étendues, dans le 2.^ V. de la Collection de Schilter. On peut voir à ce sujet les Soirées historiques de M. Van Wyn (3).

Sans nous arrêter à des ouvrages peu inléressans, nous citerons encore brièvement quelques restes importans de la langue tudesque

(1) Historische Avondstonden , i B. bl. 208 — 216.

(2) Bekiiopte geschiedenis der nederduitsche taal, door den hoogleeraar Ypey, bl. 244 — 25o.

(a) I. B. blad. 222 — 232.

ITfTRODUCTIOiS. 1 I

tlu onzième et du douzième siècle. Au cotnmcncement du premier de ces deux siècles appartient une traduction allcmanique, avec commentaire, des psaumes et d'autres poésies bibliques, imprimée dans le i." vol. de la collection de Schiller, à la suite des évangiles d'Otfridus. Elle eut pour auteur Notkerus , surnomme Labco, moine de Tabbaje de Saint- Gall, qui mourut l'an 1022. Le même siècle nous fournit encore une double paraphrase (lu cantique des cantiques, l'une en vers latins, l'autre en prose tVanco-tudesque , qui a beaucoup d'analogie avec notro ancien idiome. Nous en sommes redevables àWilleramus, d'abord prêtre à Fulde , ensuite abbé de l'abbaye d'Ebersperg en Bavière, et qui mourut l'an io85. Junius en donna une explication savante jointe à l'édition de l'ouvrage par Merula; la paraphrase se trouve aussi dans la coUeclion de Schiller, à la suite de la traduction de Notkerus. Une production non moins importante pour la connaissance de notre ancienne langue maternelle, et d'ailleurs très-remarquable comme oeuvre poétique, c'est un poème franco-tudesque d'un inconnu, qui

date de la fin du onzième siècle, ou du commencement du douzième; on y célèbre les louanges de l'archevêque de Cologne Anno, qui mourut l'an lo^S. Ce poème, publié pour la première fois en 1609, par le célèbre poète Allemand Martin Opitz , qui l'enrichit de noies, se lit également dans le !.«'■ vol. de la collection de Schilter (i). On rencontre encore, dans le 2.*^ vol. de cette collection, deux pièces de vers, l'une d'un poêle du treizième siècle, nommé Stiickerusj l'autre, qui paraît un peu plus ancienne, d'un auteur inconnu, toutes deux ayant pour objet l'expédition de Charlemagne contre les Sarrasins, par delà les Pyrénées.

Nous ne terminerons pas cette introduction sans dire un mot des poètes ou trouvères de Souabe, qui brillèrent depuis le milieu du douzième siècle jusqu'au quatorzième; durant cette période surtout, la poésie trouva appui et protection chez les princes et les grands d'Allemagne; à l'ombre de cette protection

(i) On peut encore consulter à ce sujet Bouter- ■wek, Geschichte der Poésie ; IX Band, f.<» 82 — 88.

INTRODtJCTtOX. l3

on \it eclore un grand nombre de poêles, qui, eu e'gard aux temps, la portèrent à une très-grande hauteur. On les désigne sous le nom de poêles de Souabe, parce que ce dialecte devint dominant après que la couronne impériale eut passé sur la tête des électeurs de Souabe. La qualilication de trouvères est moins propre, parce que leur Ijre n'était pas sans cesse consacrée aux amours , et qu'ils traitaient d'autres sujets. Outre Henri Van Veldig, Reinmar l'ancien, Walter Van Vogel- \veide, et plusieurs autres, en trop grand nombre pour que nous puissions les citer tous, celui d'entre ces troubadours dont les chants eurent le plus de succès fut AVolfram Van Eschilbach, qui fleurit au douzième siècle et au commencement du siècle suivant. On lui attribue entre autres ouvrages trois poèmes moraux intitulés : Koning tyrolvon Sclwttsn, de TVinshehe et TVishekin, dans lesquels ces trois personnages , probablement fabuleux, donnent des leçons de sagesse et de vertu à leurs fils et à leur fîlle. Ces poèmes très-favorablement jugés par des hommes compétens, ont été insérés au 2.^ vol. de la collection de

. î4 INTRODUCTION.

Schiller. Mais un ouvrage qui mérite surtout d'être signalé ici, c'est un poème épique trèsremarquable et très-élendu, ayant pour titre : Chant ou poème des Nibelungen (i), peuple héroïque du nord qui appartient aux temps fabuleux. L'auteur de ce poème, dont le nom est resté inconnu, peut être considéré, sous bien des rapports, commme l'Homère de TAUemagne. 11 existe bien encore des poèmes dont le caractère se rapproche plus ou moins du genre épique ; mais il n'y en a aucun qui puisse «ntrer en parallèle avec le chant héroïque dont nous venons de parler.

II nous reste encore à dire un mot d'une collection de cent quarante-quatre pièces de vers, de différens poètes de Souabe, publiée, €n 1^4^, par un poète zurichois, nommé Bodmer, sous le titre di Essais de poésie ancienne (2). On peut consulter à ce sujet les Soirées historiques de M. Van Wyn , et l'ouvrage de Bouterwekque nous avons déjà fait connaître.

Avant de terminer cette introduction par

(1) Lied of gedicht der Nibelungen.

(2) Proeven der oude Swabische poëzij.

l'indication des époques dans lesquelles notre histoire litte'raire peut convenablement se partager, nousne pouvons nous dispenser de parler brièvement de la célèbre Chronique rimée (2) de Klaas Kolijn. Cette chronique, qui renferme l'histoire des premiers comtes de Hollande, fut imprimée pour la première fois , en 17 19, dans le i.^'' volume des Annalecta Belgica de Dumbar, d'après un manuscrit trouvé parmi les papiers de Matheus, professeur à l'université de Leyde, qui l'avait reçu de l'antiquaire Corneille Van Alkemade. On a long-temps regardé cette chronique, dont Van Loon a donné, en 1745, une réimpression magnifique, comme l'ouvrage d'un moine du couvent d'Egmond, nommé Klaas Kolijn, et qui aurait vécu au douzième siècle j mais le savant Huydecoper a démontré le premier que ce livre n'était qu'un tissu de fictions et de pièces rapportées. Cette opinion fut depuis adoptée par Wagenaar, qui en prouva la solidité dans une dissertation intitulée : Examen de Vauthenticité de la Chronique riniée de Klaa&

(i) RijmkroQÏjk.

l6 INTRODUCTIOiX.

KoliJn{\), imprimé dansle 3.™^ vol. de la Collection de la Société de Littérature nationale, à Leyde. Depuis cette époque, l'authenticité de cette chronique ne trouva plus de partisans parmi les érudits; seulement MM. Kluit et Van Wjn recherchèrent plus soigneusement la source de ces fictions, et les mirent dans un plus grand jour. On peut voir les Soirées historiques de ce dernier, vol. i, pag. iSg — 169, et surtout sa Vie sédentaire (2), qui renferme une lettre du professeur Kluit à M. Van Wyn sur quelques manuscrits de Van Alkemade, et en particulier sur Klaas Kolijn.

L'histoire littéraire des Pajs-Bas proprement dite, dont nous allons maintenant offrir le précis, se partage le plus convenablement, selon nous, en quatre époques, dont les deux premières feront le sujet du premier livre, et les deux autres seront traitées , chacune séparément, dans un des deux livres suivans. Dans la première partie, nous donnerons l'his-

(i) Toets van de Egtheid der rijmchroriijke VJUi Klaas Kolijn.

(2) Hulszittende leven, i D. 2.« sluk.

toire depuis le treizième siècle jusqu'au seizième, e'poque à laquelle la renaissance de la liberté et la réforme religieuse amenèrent l'aurore des beaux jours de notre littérature. Cette période se partage encore en deux parties : la première s'étend depuis le treizième siècle jusqu'à la première moitié du quinzième, ou l'avènement de la maison de Bourgogne, en 1433, lorsque la langue commença à se corrompre de plus en plusj la seconde, depuis cette époque, jusqu'à la fin du seizième siècle, ou la renaissance des lettres. Le second livre présentera l'époque la plus glorieuse de notre littérature , au dix-septième siècle; nous donnerons enfin dans le troisième livre la continuation de l'histoire littéraire de la patrie jusqu'à nos jours. Nous avertissons le lecteur que ne nous proposant ici que de tracer une légère esquisse de cette histoire, nous ne pourrons pas rappeler le nom de tous ceux qui ont écrit parmi nous, et que, prosateurs ou poètes, ceux-là seuls, qui se sont illustrés dans la carrière, ont mérité de fixer nos regards.

Page 1