LIVRE PREMIER
HISTOIRE DE LA POESIE ET DE I, ELOQUENCE NATIONALE DEPUIS LE SlII.e SIÈCLE, JCSQu'A LA PIN DU XVI. «
SECTION PREMIÈRE
Depuis le XIII.^ siècle Jusqu'à la première moitié du XV.^
XJES monumens littéraires de notre pays ne remontent guères au-delà de la dernière moitié du treizième siècle, quoiqu'on ne puisse douter qu'avant cette époque on n'eût déjà écrit, principalement en vers. Ce fut vers ce temps que l'usage et le goût de la langue maternelle commencèrent à s'y répandre davantage; parmi les circonstances qui concoururent à en accélérer les progrès, on doit
mettre au premier rang l'autorité croissante des communes, et l'affranchissement de la classe moyenne de l'état d'abjection et de ser- \itude oîi elle avait été réduite jusqu'alors. Cependant, les moyens propres à activer le perfectionnement de Tesprit humain restèrent encore très-bornés, jusqu'au moment où l'imprimerie eût multiplié ses bienfaits^ nous ne devons donc pas nous attendre à rencontrer dans ce siècle, ni dans le siècle suivant, des productions qui portent l'empreinte du goût et du génie. Nous voyons même, durant cette période, la langue s'altérer insensiblement, et se corrompre par le mélange d'une foule de termes bâtards, licence dont on a encore usé plus largement dans la période suivante. Au reste, la plupart des écrits de ce temps sont "versifiés ou pour mieux dire rimes, circonstance d'ailleurs commune à presque tous les peuples de la terre, chez qui la poésie a été perfectionnée avant l'éloquence.