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fle de la Méditerranée, entre l'Italie et l'Afrique. Son origine. Gélon. Thrasybule. Pétalisme.
Guerre contre les Athéniens. Deuxième guerré contre les Carthaginois. Hermocrate. Dioclès. Agrigente. Dénys. Denys le jeune. Dion. Timoléon. Agathocle. Pyrrhus. Hiéron. Hiéronyme.
Archimède.
ACÈES
Les îles ont en leurs tempêtes politiques ainsi que la terre ferme. La Sicile est la plus grande île de la Méditerranée... Elle est de forme triangulaire, et: à peu près deux cents lieues de tour. Son terroir est twès-fertile, surtout en blé; on l’appeloit pour cclæ autrefois le grenier de Rome, L’air y est pur'et sain, la mer fort poissonneuse. Par sa situalion :et par ses ports, c’est un des pays du monde le plus propre aù commerce. On y trouve des minés. Le mont Etna lance des feux, vomit des pierres et des cendres; Ses mugissemens effraient les habitans. Ses. secousses ont souvent renversé des villes et couvert File de décombres, Ik'n’y a point de pays qui ait produit plus d’hommes de savoir et de génie. Eschyle ; Diodore de Sicile, Empédocle, Gorgias, Euclide, Archimède, Epicharme, Théocrite, étoient natifs de cette île.
Dans la mer de Toscane, près de la Sicile, sont les îles ioniennes et vulcaniennes, ainsi nommées parce que #ulcain, ÿ avoit ses forges, ct qu'Lole y
go SICILE.
renfermoit les vents soumis à. son empire; c'est-àdiré que le sifflement des vents qui s'échappent des cavernes, et les feux d’une terre volcanique réveillent l'idée des forges et des tempêtes. Lipari, la principale de ces îles, est fertile, abonde.en aluri, soufre et bitume, et a des bains chauds. Stromboli, aussi fertile, est tourmentée par un volcan très-actif. Beaucoup d'autres petites îles environnantes sont désertes. On trouve quelques habitans.dans les îles égéennes, qui sont sur l'autre côté, mais peu considcrables.
Les détails relatifs à Périiine des Siciliens NL 14 tiennent plus: à-la fable qu'à l'histoire.
La ville la plus célèbre, Syracuse, fat fondée par un Corinthien.: Cette ville, qui long-temps fut la dominatrice de la Sicile, étoit divisée en quatre parties, qu'on resardoit comme autant de villes, cliacune fortifiée, et le tout enveloppé d'ime triple muraille garnie de tours. Elle avoit deu: rts défendus par des châteaux. Son commerce la rendoit une des plus riches villes du monde. Elle eut d’abord des rois , ensuite le gouvernement démocratique s'y établit. Cette alternative s'est perpétuce, et Syracuse, «pen dant plusieurs siècles, nous: offre suecessivenient le spectacle d'un état de liberté sous le: gouvernement populaire, et d'esclavage sous les tyrans.
[2514.—484.] Le premier fut Gélon.. Ce prinee doit nous réconcilier. avec Je nom'de ; tyrqn. Dans notre langue, il présente l'idée d'un oppiesseur ; mais Gélor fut doux, juste, généreux, L'histoire
C'est-à.
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SICTEF. 91
Jui reconnoît toutes les vertus, et ne lui reproche aucun vice. Il paroît cependant que son autorité a été, sinon usurpéc, du moins surprise. Îl s’introduisit par adresse dans Syracuse, et gagna le peuple, qui Jui conféra la puissance absolue. Quelques gucrres avec des voisins tournèrent à l'avantage de la capitale. 11 en tiroit tous les riches d’entre eux, qu'il ramenoit à Syracuse, et par ce moyen il fonda: l'immense commerce qui rendit cette ville si opulente. Les esclaves qu’on faisoit dans cette guerre étaient par son ordre transportés hors de la Sicile. En général, il n'en voulut pas souffrir un trop grand nombre dans les villes, non plus que de bas peuple, par cette maxime, qu'il est plus facile de gouverner mille citoyens riches qu'un seul qui n'a rien à perdre. Avec ces moyens, lorsque Xerxès fit sa fameuse invasion en Grèce, Gélon se trouva en état d’offrix aux Grecs deux cents galères , quatre millechevaux, vingt mille fantassins, deux mille archers, deux mille frondeurs , et de nourrir l’armée grecque pèndant la guerre , à condition qu’il auroit le commandement en-chef. Heureusement pour les Syracusains, les Grees refusèrent de se saumettre à ces conditions ; car, pendant que Gélon songeoit à faire sortir presque toutes ses (orces de la Sicile, les Carthaginois, que Xerxès avoit soudoyés pour opérer une diversion, jetèrent dans cette'ile, sous le commandement d'Æmil. car, une armée de trois cent mille hommes , ramassée de ioutes les parties de l'Afrique. Ils mirent à terre leurs vaisseaux, qui ctoient au nombre de cinq mille,
et assiègèrent la ville d'Himère. Gélon les observoit avec inquiétude, d'autant plus que les Carthaginois avoient des partisans en Sicile, entre autres, les habitans de Sélinonte. Gélon surprit une lettre par laquelle il sut que le lendemain , pendant qu'Æmilcar devoit faire un sacrifice à Neptune dans un camp occupé par ses gens de mer qu'il avait mis à terre , il lui arriveroit un corps de cavalerie, de Sélinonte. La lettre, par ordre de Gélon , fut exactement rendue à nie, Pendant qu'il faisoit son sacrifice, qu'il n'avoit autour de lui que des soldats sans armes, la cavalerie arrive en nombre indiqué , sous le costume des Selinontins, va droit à Æmilcar, qui est tué ; elle disperse les troupes, et met le feu aux vais- HE En même temps Gélon attaque Fautre camp.
L'incendie des vaisseaux. jette la terreur. parmi: les Carthaginois. Les Syracusains n’eurent que la peine de tuer, et de faire des esclaves, qui transportèrent le butin à Syracuse. Il n'échappa que. huit vaisseaux qui étoient.en mer. Ayant éte submergée par une tempête. il: ne resta. qu'une chaloupe pour aller porter à Carthage la. nouvelle de ce désastre. Les Garthaginois consternés, croyant déjà voir Gélon à leurs portes , lui envoyèrent. une députation suppliante. H les reçut en grâce, etn'exigea que ces trois conditions; une somme d'argent pour les frais de la. guerre , la construction. d'un temple où le traité serait conservé , et l'abolition des,sacrifices humains. Il est beau de
ne faire usage de sa puissance que pour ci gd de parcilles lois.
observoit thaginois les habi- > par la- Amilcar An CaMp à terre , flinonte, ent renacrifice , 8 armes, s le cos , qui est LUX Vaisc camp, ami: les la peine térent Le aisseaux Dar une ler pores Car- ‘àleurs ante. LH ditions, erre , la nservé ,
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‘+ ‘Libre de toute guerre, Gélon écarta les troupes
étrangères de la ville , et indiqua une assemblée générale, avec ordre à tous les citoyens de s’y trouver armés. Lui seul y parut sans armes. Adressant la parole à cette multitude étonnée et inquiète , il fit un détail circonstancié de sa conduite : il dit à quels usages il avoit consacré les sommes qui lui étoient éonfices , et quél emploi il avoit fait de son autorité, & Jamais, ajoute-t-il , je n'ai eu en vue que le bicn » public. Si néanmoins il m'est arrivé de commettre » quelque faute par ignorance , il ne tient qu'à vous » de m'en punir , puisque je n'ai ni gardes ni aucun # autre moyen de me défendre contre vous qui êtes » armés, » La vérité de son récit, la confiance qu'il marquoit, touchèrent tous les cœurs. Jusque-là il n'avoit pris que la qualité modeste de préteur de Syracuse ; on voulut qu'il prit le titre de roi, qui pascroit à Hiéron et à Thrasÿbule , ses deux frères. ! Les Svracusains. ordonnèrent aussi qu'en mémoire de la confiance qu'il avoit eue de se présenter sans gardes et sans armes ; et de remettre sa vie entre leurs ains , On lui étixerofé une étatue qui le réprésentevoit en habit de simple citoyen. Lorsque dans la suite les statues des rois ou trans se furent multipliées ; un d'entre eux , plus jaloux de plaire à ses concitoyens que de leur commander | non-seulement rendit la Hberté à Syracuse, mais, afin d'effacer jusqu'aux traces de l'esclavage, il‘ordonna que toutes ces statues fussent fondues au profit du public. Cette exécution ne se fit point par une populace aveugle, sans ordre et sans discernement. On instruisit le procès de
toutes ces statues, ou plutôt des personnages qu'elles representoient , comme d'autant de criminels. Toutes furent condamnées, la statue scule de Gélon exceptée, comme un juste monument de la reconnoissance que les Syracusains conservoient pour un si digne monarque.
Il est du petit nombre de ceux qui sont devenus meilleurs sur le trône, On loue son attention à ne point charger ses sujets d'impôts. Dans les occasions embarrassantes , il empruntoit. On prêétoit volontiers, parce qu'il rendoit exactement. Il n’aimoit point les arts de plaisir, et se declaroit.ennemi de tous ceux qui peuvent corrompre les mœurs, Souvent il se promenoit dansles champs, et conversoit familièrement avec les laboureurs. Gélon ne prenoit de la royauté que les peines.et les soins. On lui entendit plus d'une fois dire : « Les Syracusains, en me mettantla cou- » ronne sur la tête , n'ont pu avoir d'autre objet, » dans une faveur si marquée, que de m'engager à » défendre l'etat, à protéger l'innocence , et à don- » ner à mes sujets, par une .vie simple , modeste et » frugale, l'exemple des vertus qu'ils doivent prati- » quer. » Il fut fidèle à cette espèce d'engagement, et on remarque que dans son lit de mort'sa dernière parole fut un ordre à son frère de ne pas s'écarter,. dans ses funérailles, de la simpliéité qui étoit-prescrite. Le peuple le paya de ce respect. pour lés lois par ses larmes et ses regrets ,iet en, lui décernant les honneurs qu'on rendoit alors aux héros où demidicux.
[2530.—468. ] Voici deux portraits bien diffé
squ’elles . Toutes ‘lon exconnoisur un si
devenus On à ne Ccasions ontiers, joint les US. CEUX se proèrement royauté is d’une la couobjet, gager à à donleste et pratiment , ernière Carter, t-presés lois ant les demi-
diffc-
. dés louanges. :
rens d'Aiéron , frère et successeur de Gélon. Diodore de Sicile le représente comme un prince avare, cruel. .très-eloigné de la sincérité de son frère Gélon. Il ajoute que, sur de simples soupçons, il tâcha de se. défaire de son frère Thrasybule, et qu'il opprima ses sujets au point qu'ils l’auroient dépose, s'ils n'avoient été retenus par le souvenir des vertus de son frère Gélon. É lien, au contraire, exalte la justice, la libéralité, l'excellent naturel de ce prince. IL dit que les plus pauvres sont moins disposés à recevoir qu'il ne l’étoit à donner; que sa générosité n’avoit point-de bornes; qu’il.étoit l'ami et le protecteur des sciences et des beaux-aris; que rien n'égaloit sa candeur et sa sincérité, et qu'il vivoit dans la plus parfaite harmonie avec ses frères.
On explique ces contrariétés en distinguant deux époques..dans .la vie et le règne d’Hiéron. La première époque, Où , plein de force et de vigueur, il se Jaissa aller à l'instingt d’un naturel féroce et sauvage; la seconde, où, étant attaqué d'une maladie de langueur ,.il.se renferma dans son palais , et y. i: des réflexions qui produisirent en lui un changement admirable, Durant cette maladie, son plus grand plaisir étoit de converser-avec des personnes savantes qu'il faisoit appeler auprès de lui de toutes parts. De ce mOrûbre furent Basrlide , VA picharme , Eschyle., Simonide ;| Pindare , trois poëtes et deux philosophes couftisans : c'en est assez pour tailler. le crayon de Fhistoire.de manière qu'il ne puisse plus. acer que
“Quant à Thrasybule, il n'y a point deux manières de le peindre : il fut cruelet sanguinaire. On eût dit, à son orgucil , qu'il se croyoit d'une autre nature que ses sujets. Tous ceux qui lui donnoient le moindre ombrage étaient massacrés. La richesse devint sous lui-un titre deiproscription. Outrés de cés vexations, À les Syracusains prirent les armes. Il se retrancha dans À un quartier de la. ville, d'où il demanda à traiter, ! Point d'autres conditions, sinon qu'il abdiqueroit ct | sortiroit de la Sicile. H se sourit , et alla traîner unc | vie obscure en Italie. |
(2544.—454.) Son départ rendit la Jibertéa aux | Syracusains. Ils établirent une démocratie : cepen- À dant les magistratures furent dévolues aux principaux À citoyens. Mais on en excluoit les étrangers auxquels M Gélon ‘avoit donné les droits de cité en reconnois- W sance de très-grands services rendus à la guerre. Ils à firent des plaintes, ne furent pas écoutés, s'empa- M rèrent d'un quartier de Ja ville, On leur coupales vivres ; ils furent obligés de combattre, et succombèrent.'La même chose arriva ‘dans plusieurs autres villes , où des étrangers se trouvoient établis pour les # mêmes raisons, avec les mêmes privilèges. Les Sici- % liens :crurent pour lorsque , débarrassés de troupes étrangères , ils n’avoient plus de tyrans à craindre : @ cependant il se montra de temps en temps parmi les M riches des hommes qui sembloient aspirer à l’autoritc. On'en réprima quelques uns avant léclat-de leurs 4 prétentions ; d'autres furent punis après: Enfin, pour M se délivrer de l'embarras de la surveillance ; des Sy-
manières 1 eût dit, ature que moindre vint sous exations,
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racusains firent une loi pareille à l’ostracisme d'Athènes, qu'ils nommèreht le pétdlisme , parce qu'ils y employoient une feuille de figuier, appelée en grec petalos. Ontraçoit dessus le nom de celui que ses richesses , son crédit ou son mérite pouvoient élever à l'autorité suprême. D'après la pluralité , sans autre examen , il étoit banni. La rigueur de la loi, l'usage fréquent qu'on en fit engagèrent les gens de mérite à ne s'y point exposer. Îls désertèrent. La magistrature se trouva remplie par les derniers du peuple et par des citoyens sans mérite. L'abus appela le remède. On renonça au pétalisme , et les réries du gouvernement furent remises entre des mains capables de les tenir.
(2588.—4{10.) H n'est pas rare de voit l'esprit d: domination se glisser dans les républiques. Syracuse , qui n'avoit pas voulw obéir à d'autres, pretendit soumettre les villes voisines. Elles se liguèrent contre l'ennemi commun, et, ne se trouvant pas assez fortes, elles appelèrent à leur secours les Athéniens. Soit par désir: du butin , soit par amour de la gloire , ils ambitionnoient depuis long-temps un établissement en Sicile. Aussi , quand les villes liguées envoyèrent leurs orateurs exposer leurs besoins, à peine se donna=t-on le temps de delibérer. Vicias , général prudent, que l'estime publique désignoït pour cette expédition, voulut faire quelques remontrances ; sa voix fut couverté: par les:clameurs de quelques jeunes officiers qui ne respiroient que la guerre ; le peuple enthousiasme s'indignoit des retards. On demanda à Nicias ce qu'il vouloit : cent galères, on les arima :