‹ Précis de l'histoire universelle ou Tableau historique [microforme]Chapitre 21 sur 38 · ARE PET · texte numérisé non relu

ARE PET

Pons

ple. Il attaqua son général, qui ne voulut pas se defendre contre ceux qu'il étoit venu délivrer , et aima mieux quitter la ville avec ses troupes. Denys , d'un autre côte, étoit allé chercher du secours en Italie et laissa la citadelle à son fils Æpollocrate.

Il y souffrit constamment les extrémités de la famine , attendant patiemment l'occasion d'attaquer la ville. Les divisions qui y régnoient la firent naître. La discipline pendant les troubles étoit oubliée une peüte victoire que remportèrent les Syracusains la fit encore négliger davantage. Dans cette circonstance, la garnison profite d'une fête que se donnoicnt les vainqueurs, sort de la citadelle au nombre de dix mille, taille en pièces tout ce qu'elle rencontre, et répand parmi les habitans une fra yeur inexprimable. Alors tous s'écrient : « Où est Dion? On alla le prier de revenir. Il étoit temps. Vypsius, général de la garnison, venoit de faire une attaque meurtrière. Les rues et les places publiques étoient jonchées de corps; il partoit des maisons un torrent de flammes. Derrière cette espèce de rempart, la garnison , fièrement postée sur une brèche faite à l'avant-mur qui défendoit la citadelle, attendoit l'assaut avec intrépidité. I fut terrible. Après une longue résistance , la garnison, obligée de se retirer dans la citadelle, capitula , et Dion y entra à la tête de ses troupes.

Sa sœur dristomaque , qui y avoit été renfermée, vint au-devant de lui ; elle menoit le fils de Dion et sa femme Æ4rète, si cruellement arrachée à son

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» époux? ou bien expirera-t-elle à vos pieds, sans » avoir jamais manqué volontairement à la fidélité » qu'elle vous avoit jurée ? » Dion , le visage baigné de larmes , l'embrassa tendrement , lui remit son fils entre les bras, et la reçut dans sa maison. Il rendit la citadelle aux Syracusains et congédia ses gardes.

Il songea pour lors à donner un gouvernement à

ses concitoyens. Suivant son plan, l'autorité suprême

devoit résider dans un conseil dont les membres se roient élus par le peuple et par la noblesse. Ce projet fut encore traverse par Héraclide, qui avoit déjà enlevé une fois à Dion la faveur du peuple. Fatigué des obstacles que cet homme mettoit à ses desseins, Dion permit qu'on le tuàt , et avoua le meurtre; mais il en fut puni par des regrets et des remords qui le jetèrent dans une profonde mélancolie. Il attribua à un juste châtiment des dieux le malheur de son fils, qui tomba d'un toit et se tua. Lui-même fut puni de cet homicide par une mort violente. Callipe, son hôte, son ami,

mais qui aspiroit à la souveraineté, l’assassina daris sa

maison. Îl semble que Dion ne daigna pas se soustraire à ce malheur dont il avoit des indices. Sa vertu sévère lui fit peut-être regarder comme une expiation

nécessaire le sacrifice d'une vie qu'il avait souillée

par un crime. L’assassin profita peu de sà trahison. Syracuse; qu'il avoit asservie un moment, le chassa. 11 traîna quelque temps une vie errante et malheu.

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reuse, et fut enfin égorgé par deux amis de Dion, du même poignard dont il s'etoit servi pour assassiricr son ami. La malheureuse 4rète , arrachéé d'abord dés bras de son époux qu’elle aimoit, livrée à un hymien involontaire, rétablie auprès de sou mari, forcée de pleurer la mort funeste d'un fils, plongée dans le deuil par celle de son époux , tomba entre les mains à Icétas, tyran de Leonte, autre ami perfide de Dion. Pour se débarrasser d’une veuve inutile, il l'embarqua, donua ordre de laituer et de la jeter dans la mer, ce quifut exécuté. Qu'il y a de tristes destinées dans le monde !

‘ La mort de Dion ct la fuite de Callipe rappelèrent Denys à Syracuse. Les citoyens lui opposèrent cet Zcétas dont nous venons de parler; ils comptoient cuinéme temps se servir de ses talens et de: ses forces contre les Carthaginois qui les menaçoient de nouveau mais ils découvrirent qu'abusant de leur confrance, Zcétas avoit fait avec les Carthaginois un traité secret, par lequel ils s'engageoient à le rendre maître dé Syracuse. De son côte , il promettoit de ne pas traverser leurs conquêtes en Sicile. Effrayés de cette trahison , les Syracusains envoyèrent demander du secours à Corinthe, dont ils pretendoient tirer leur origine. Les députés furent bien reçus, ct on convint de les satisfaire. |

[2658.—340.] Près de Corinthe vivoit un homme que le zèle brûlant de la liberté avoit porté à un crime atroce contre son frère Timocrate. Ce frère, Timoléon, l'aimoit tendrement ; il lui avoit même sauvé la

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vie dans une bataille; mais sa patrie lui étoit , as chère encorc. Ayant des preuves certaines qu'il aspiroit à la souveraineté de Corinthe, et tous ses cfforts pour l'en détourner etant inutiles , il le fit tuer en sa présence. Les principaux citoyens de la ville louèrent cette action comme un trait d’héro'sme admirable. D'autres la condamnèrent comme un crime dctestable, digne d'attirer sur lui et sur sa famille la vengeance des dicux. Sa mère, quand il alla pour la consoler , le chargea d'imprécations et refusa de le voir. Le désespoir de sa mère le frappa d'horreur pour lui-même. Ne s'envisageant plus que comme un criminel dévoué à la mort, Timoléon prit le parti de s'abstenir de toute nourriture. Ses amis curent beaucoup de peine à le faire revenir de cette funeste résolution : mais du moins il se condamna à passer le reste de ses jours dans la solitude. Il renonca aux affaires publiques , s'absenta de la ville, n’habita pendant vingt ans que des lieux déserts , toujours livré à une noire mélancolie. Au bout de ce temps il revint à Corinthe ; mais il y vivoit en simple particulier , toujours retiré, sans se méler du gouvernement.

IL s'agissoit de délivrer Syracuse d'un tyran, ct peut-être de purger beaucoup d'autres villes de la Sicile de ceux qui asservissoient leurs concitoy'ns. On crut ne pouvoir mieux choisir pour cette expédition qu'un homme qui avoit montré tant d'horreur pour la tyrannie. Les Corinthiens le nommèrent chef de l'entreprise, mais avec si peu de-soklats, qu'il

sembloit qu'ils ne comptassent que sur lui seul. En effet, la ruse lui servit d’abord plus que la force. Il trompa les Carthaginois qui lui fermoient le passage, surprit cétas qui se flattoit de le retarder par d'adroites propositions. Jcétas ctoit maîlre de la ville, l'amiral carthaginoiïs des ports, Denys de la citadelle. Celui-ci étoit réduit aux abois. Timoléon se determine à traiter avec lui plutôt qu'avec les autres. Il lui laisse emporter une partie de ses trésors , et le fait cscorter jusqu’à Corinthe, qui lui servit d'asile. On dit que Denys le jeune se ruina avec des parfumeurs, des comédiens et des chanteurs, et qu'il fut obligé d'ouvrir une école pour subsister. Cicéron prétend qu'il choisit cet état afin d'exercer du moins sur dés en.fans une tyrannie qu'il ne Roue plus exercer sur les hommes.

Timoléon ne s’enferma pas dans la citadelle; il y laissa quatre cents Corinthiens sous un habile commandant nommë Léon. Icétas et les Carthaginois réunis le bloquèrent étroitement ; mais, lorsqu'il comptoit forcer Léon par la famine, il surprit luimême un quartier de la ville, et s'y établit. En même temps, Zimoléon aÿant recu des renforts, se

resente en bataille devant les allies, ct trouve moyen de débaucher une partie de leurs troupes. Le géncral carthaginois, effrayé de cette défeclion, monte sur:ses vaisseaux et s'enfuit. Zcetus soutint dans la ville une espèce d'assaut, c'est-à-dire que ses soldats parurent sur les remparts et les abandonnérent, Il se retira avec eux. Zimoléon s'empara de la ville.

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Le lendemain il fit inviter à son de trompe les habitans à venir avec des outils pour démolir la citadelle et les autres forteresses, qu'il appeloit les nids des tyrans. Is y accoururent en foule, rasèrent les murs, les palais, jusqu'aux tombeaux, et tout ce qui pouvoit rappeler le souvenir de la tyrannie. Sur cet emplacement, Timoléon fit bâtir des édifices publics destines à l'administration de la justice. Il s’'appliqua ensuite à repeupler Syracuse, que les derniers troubles avoit réduite à ur état dcplorable, Les bannis y revinrent. Il en arriva de toutes les parties de la Sicile,

de l'Italie et de la Grèce. De concert avec deux légis-

lateurs que les Corinthiens envoyèrent ,. Timolcon donna de nouvelles lois, dont la base étoit le gouvernement dooeratique, présidé par un magistrat annuel.

Après avoir pour ainsi dire ressuscité Syracuse, Timoléon parcourut la Sicile en vainqueur, soumif les tyrans de plusieurs villes, et les envoya à Corinthe tenir compagnie à Denys. Son dernier exploit fut la défaite des Carthaginois, qui reparurent encore en Sicile. S'il ne put les chasser, du moins il les confina dans une partie de l'île, d'où ils ne purent nuire aux Syracusains. Jcétas, meurtrier de la malheureuse Arète, femme de Dion, n'échappa point à une juste vengeance. Il fut iué avee son fils, et sa femme et sa fille furent immolées par les ice aux mânes d'Arète. |

Si la plus grande partie de la vie de Timoléon, empoisonnée par le souvenir de la mort de son frère,

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se passa dans la tristesse, il jouit les dernières années d'une douce et glorieuse tranquillité. Les Syracusains, pour reconnoître ses services, lui donnèrent la plus belle maison de la ville et une magnifique maison de campagne, où il se retira avec sa femme et ses enfans, qu'il fit venir de Corinthe. Ce fut Jà qu'il passa le reste de sa vie, goûtant le bonheur d'avoir fait la félicité de tant de villes. I perdit la vue dans sa vicillesse. Ce malheur fournit une occasion aux Syracusains de lui témoigner leur considération et leur respect. Ils lui rendoient de fréquentes visites, lui amenoient les étrangers de marque qui passoient chez eux, afin qu'ils vissent leur bienfaiteur et leur libérateur. Dans les affaires importantes, ils ne manquoient pas de le consulter et de suivre ses avis. Il venoit ordinairement dans Syracuse, monte sur un char, et étoit introduit dans l'assemblée avec des cris de joie de tout le peuple, qui le reconduisoit hors des portes avec les mêmes acclamations. Rien ne manqua à la magnificence des funérailles de ce grand homme. Les Syracusains y destinèrent une somme considérable ;

mais les laïmes méêlées aux benédictions dont tous

les citoyens honoroient sa mémoire furent le plus bel.oxnement de son convoi. Il fut ordonné que tous les ans le jour de sa mort seroit rappelé par une fête funèbre, et que, toutes les fois que Syracuse seroit en guerre avec les barbares, elle demanderoit un général à Corinthe.

[2662.—336.] Dans une ville composée de tant de nations, il est plus étonnant que la paix de

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Timoléon ait duré quelque temps que de la voir rompue au bout de vingt années. Ce fut au milieu des troubles que s'éleva le plus cruel tyran de Syracuse, nommé Ægathocle. Il étoit fils d'un potier, d'une beauté extraordinaire, très-bien confo:mé; en grandissant il acquit une force prodigicuse; sa bravoure répondoit à sa force. Nul soldat ne pouvoit porter des armes plus pesantes que lui, et aucun n'étoit plus hardi dans l'occasion. I plut à un riche Syracusain, nommé Démas. Élu chef des Agrigentins, il n'oublia pas son favori, et lui donna le commandement de mille hommes. Sans doute il n'avoit pas déplu à la femme de son protecteur, qui l'épousa après la mort de son mari, et le mit à la tête d’un bien considérable. ù

‘Syracuse etoit alors assujettie à un tyran nomme Sosistrate, auquel Démas s'étoit rendu suspect. Son successeur ne lui inspirant pas moms d'ombrage, il voulut le faire assassiner. Ægathocle échappa par une ruse à ce danger, et alla tenter fortune ailleurs. Son ambition eclata dans deux villes d'Italie, qui le chassèrent. Soit que Sosistrate le poursuivit dans ses retraites, soit que le hasard les opposât l’un à l’autre, il ÿ eut entre eux et leurs troupes un combat dont Agathocle sortit vainqueur. Par une suite de malheurs, Sosistrate fut chassé de Syracuse avec scpt cents des principaux citoyens, plus que suspects de vouloir substituer l'oligarchie à la démocratie. Sosistrate étoit secondé par les Carthaginois, qui menaçoient Syracuse. Une victoire déjà remportée sur lui

par Agathocle devint pour les Syracusains une raison déterminante pour donner à celui-ci le commandement de leurs forces. 11 défit les troupes réunies de Sosistrate et des Cartharginois, et reçut sept blessures dans le combat. Le crédit qu’un dévouement si bien marqué aux intérêts de la ville lui donna parmi lc peuple lui fit hasarder quelques actes de souveraineté. Les esprits n'étoient pas encore assez préparés; il lui en coûta le gencralat, qui fut transféré à un Corinthien.

On prit même des mesures pour le faire périr ; il se sauva d'une embûche si bien préparce, qu'on le croyait mort. Pendant que les Syracusains étvient dans cette ferme confiance, il reparut sous leurs murs à la tête d'une forte armée qu'il avoit levée dans le cœur de la Sicile. On négocia. Les habitans consentirent à recevoir Ægathocle, s'il vouloit renvoycr ses troupes, et promettre de ne rien entreprendre contre la démocratie. Il s'obligea par un serment so- ‘Jennel à soutenir les intérêts du peuple. C'étoit une “espèce d'engagement contre le sénat, composé de six cents des principaux citoyens. Ægathocle avoit con-

gédié ses soldats, mais de manière à les retrouver. Sous le prétexte d'une guerre avec Erbite, ville voi- sine, il se fit nommer commandant. Ainsi autorisé à rassembler des troupes, Æguthocle se vit bientôt à Ja tête d'une armée; alors il ne connut plus de mé- ñhagemens.

Après avoir prononcé une harangue atroce, il lâche

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SICILE. 129 qu'ils rencontrent; sans distinction de rang, d'âge ni de sexe. En peu d'heures, plus de quatre mille personnes tombèrent sous les coups des meurtriers.

Ce n'étoit pas encore assez pour Ægathocle. Il vouloit non-sculement exterminer les nobles, mais qu'on ne ‘Jaissât en vie seulement qu'un petit npmbre de citoyens. aisés , afin de les gouverner plus facilement. Dans cette intention, il fait continuer deux jours le pillage et le massacre; ensuite il assemble ceux qui avoient survécu à cette boucherie, « Le mal, » leur dit-il, étoit grand; il a fallu lui appliquer un » violent remède. Mon unique but a été de rétablir » Ja démocratie, et d'affranchir la ville du joug de » quelques magistrats tyranniques. Maintenant je » Veux Vivre tranquille, et je me retire, » ll y avoit peu de ceux qui l’écoutoient qui ne fussent complices de ses cruautes. Ils sentoient bien qu'ils ne pourroient s'assurer l'impunité qu’en confiant la puissance sou-

veraine au premier auteur du massacre. Tous le priè-

rent de prendre l'autori ité absolue , et le proclamèrent roi. à

Sa première loi fut l'abolition des dettes, et le partage égal des terres entre les pauvres et les sat

Ainsi les nobles se trouvèrent de niveau avee les derniers du peuple, qu'il attacha par ce moyen fermement à sa révolution, Quand elle fut bien établie, il devint plus justé et plus humain , fit des lois sages, et s’affermit sur le trône par la conquête de toute la Sicile, excepté. des villes qui appartenoient aux Carthaginois.

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