RAT. NS S
RE
SICILE. 131 » quitter de mon vœu; les déesses nous dédomma- » geront aisément de ce sacrifice. » Il lance le premier un flambeau dans le vaisseau qui l'avoit apporté ; chaque capitaine en fait autant. Les tourbillons de flammes s'élèvent, les trompettes sonnent , et tout le rivage retentit de cris de joie. Mais quand la réflexion vint, lorsqu'ils songèrent qu'ils se trouvoient séparés de leur patrie par une vaste mer, dans un pays cn-
nemi, sans aucun moyen d'en sortir, l’accablement
succéda au transport. Ægathocle les ranime par la vue d'un pays délicieux qu'ils alloient parcourir, ct surtout par la perspective de la grande ville, cette Carthage superbe, dont les dépouilles ne pouvoient leur échapper.
La frayeur y étoit grande; on ne savoit que penser de cette subite invasion. Æmilcar étoit-il battu ? ses troupes anéanties ? Comment avoit-il laissé passer une armée entière sans coup férir ? En attendant les éclaircissemens, les Carthaginoïs firent sortir dè leurs murs une armée commandée par Bomilcar ‘et Hannon. Agathocle,quiavoit intérêt d'en venir aux mains, ne tarda pas à les joindre. Æannon fut tué dans ’action. Bomilcar retira son aile sans grande perte. Il vouloit reserver ses soldats pour parvenir dans sa patrie à la souveraine autorité, dont la mort d'Hannon, son rival, lui frayoit le chemin ; ainsi Ægathacle ne dut pas la victoire uniquement à la valeur de ses troupes. Il avoit su les animer par un prestige religieux. Au commencement de l’action il lâcha des hiboux, dont il avoit fait provision. Ces oiseaux,
.consacrés à Minerve ; ne pouvant voler loin en plein our, se perchèrent naturellement sur les boucliers aes soldats d'agathocle, qui se sentirent merveilleusement encouragés par cette marque de protection de la. déesse, Syracuse étoit toujours assiégée, et même pressée. Amilcar reçut des messages par lesquels il “toit somme de revenir promptement au secours de sa patrie. Avant d'abandonner une proie qu'il comptoit près de lui appartenir , il s’avisa d’une ruse. On Jui avoit envoyé quelques. ferremens des vaisseaux syracusains trouvés dans les cendres, Il les fit passer à Syracuse , comme une preuve de Ja défaite entière du roi. Plusieurs le crurent, il y eut un grand parti pour se rendre, mais l'opinion contraire l'emporta. On chassa même ceux qui inclinoient à la capitulation. Ils sortirent au nombre de huit cents, qu'Æmilcar reçut. Agathocle, de son côté, envoya à Syracuse la tête d’Hannon, dont la vue encouragea les habi- ‘ans, et leur fit soutenir avec succès un dernier assaut. Ensuite, dans une sortie, ils mirent en déroute les Carthaginoi prirent Aile. et à leur tour envoyèrent sa tête à Agathocle. Il étoit alors campé devant les Carthaginoïs, qui s’étoient renforcés; mais ce spectacle leur imprima une grande frayeur. Agathocle les poursuivoit de toutes manières. Il séduisoit leurs alliés, et leur suscitoit des enneinis, 11 étoit surtout tenté de s'attacher Ophellas , roi des Cyrénéens, qui avoit une armée de vingt millehonim.es bjen disciplines. Le Syracusain lui fait entendre que
en plein boucliers rveilleuoteclion
pressée.
il étoit è sa paomptoit , On lui x Syrapasser à tière du ti pour ta. On alation.
{milcar cuse la > habijer as léroute Y tour campé ; Mais |
res. Il 1 reinis, "4 oi des nim.es e que
lui 4gathocle, avec un royaume aussi beau que la Sicile, ne pense point à s'établir à Carthage; qu'il lui assurera ce trône, s'il veut se joindre à lui pour détruire l'orgueilleuse république. Ophellas se laisse prendre à cet appât et amène ses troupes. Aussitôt qu'il est arrive, Ægathocle le fait tuer. Cette armée, quiétoit sans chef, et éloignée de son pays, fut forcée de se donner à l'assassin de son roi.
Comme la guerre traïnoit en longueur, l’activité d'Agathocle lui fit prendre la résolution de repasser en Sicile. 11 donne les ordres nécessaires pour que son absence ne cause aucun événement fâcheux , embarque avec lui deux mille hommes d'élite , arrive à Syracuse, y règle les affaires, détruit une ligue qui s’etoit formce dans l’île entre plusieurs villes pour se soustraire à son obéissance, et repart. En arrivant, il trouve les choses bien chants en Afrique. ee gathe, son fils, auquel il avoit laissé le commande ment, avoit perdu une bataille. Les vivres manquoient, l'armée étoit prête à se révolter. Agathocle examine tout, ne voit point de ressource, ei, se mettant peu en peine du salut de ses sujcts,. pourvu qu'il se sauve lui-même , prend le parti d'abandonner l’armée. Son dessein transpire. Les soldats l’arrêtent ; mais bientôt, à la faveur d’un tumulte, il se sauve et met en mer, Les soldats, outrés de rage, tuent Ærchagathe et un autre fils qu d Agathocle avoit laissé, se nomment des chefs , et concluent la paix, dont une des principales conditions fut que les Carthaginois les. transporte-
134 SICIEE.
toient en Sicile, et leur abandonneroïent Sélinonte pour Icur demeure.
* Arrivé-en Sicile, Ægathocle attaque les Égesthains qui s’étoient révoltés , prend leur ville d'assaut , fait passer tous les habitans au fil de l'épée; les nobles ne furent exécutés qu'après avoir souffert-les plus cruelles tortures. Le reste de la vie de ce tyran n’est plus qu'un assemblage de crimes. À la nouvelle de la moit de ses enfans en Afrique ; il ordonna à Æntandre, son frère, gouverneur de Syracuse, de faire mourir tous ceux qui étoient liés par le sang où par l'amitié à ceux des Syracusains qui l'avoient accompagné dans cette expédition. La boucherie fut horrible. On ne marchoit que dans’ le sang. Les eaux de la mer, le long des murailles, en étoient rougies. Tous les parens des soldats ou officitrs qui composoient l’armée d'Afrique , depuis le bisaïeul jusqu'à l'enfant à la mamelle, furent massacres.
Cette barbarie souleva tous les esprits. Les ennemis du ty:an, qui étoient en grand nombre, se rassemblèrent sous la conduite d'un banni nommé Dinocrate , adversaire digne d'Agathocle par les vices. Celui-ci se trouve réduit à demander la paix, sous la condition de remettre la souveraineté à Dinocrate, et de conserver seulement deux. forteresses où il vivroit tranquille. Ces propositions sont rejetces. Tirant alors des forces de son désespoir , il attaque le camp des ennemis et les disperse. Un corps détaché s'etoit retiré sur une hauteur, d'où il proposoit de
pnte pour
resthains aut, fait Obles ne cruélles s qu’un mo:t de re, son ir tous l'amitié pagne ble. On a mer, ous Îles nt l’arfant à
enne= se rasné Divices.
» SOUS crate, où il s, Tipue le
taché
it de
capituler. Ægathocle promet la vie aux hommes qui le composent, s'ils veulent rendre les armes. Aussitôt qu'ils les ont mis bas , il les fait entourer de tous côtés et massacrer jusqu'au dernier. Dinocrate , qui étoit un homme de sa trempe, eut la vie sauve. 4gathocle le prit en amitié et l'employa depuis.
De roi, le tyran devint corsaire. Tout métier lui etoit bon, pou-vu qu'il trouvât à gagner. Il parcourut les côtes d'Italie, où il fit un grand butin; attaqua les îles de Lipari, dont les habitans vivoient paisibles sans se méler des affaires de leurs voisins. Il en arracha une grosse somme , et quand il eut depouillé les insulaires , il pilla FA temples , emporta le trésor sacré et tous les ornemens. Peut-être se proposoit -il de jouir tranquillement du fruit de ses crimes ; mais la vengeance céleste J'attendoit au moment le plus éclatant de sa prospérité. Un nommé. Ménon , auquel on avoit fait un sanglant outragc , l'en punit de cette manière. Il avoit remarqué qu’ 4gathocle, après le repas, se nettoyoit les dents avec une plüme. Ménon la trempa dans un poison si, violent, que ses gencives en furent consumées. Tout son’ corps rie devint qu’une seule plaie, et au moment où il souffroit les plus cruelles douleurs, on le porta sur un bûcher, où le feu fut mis pendant qu'il vivoit encore. On assure qu'il fit mourir pendant les dernières années de sa vie plus de personnes que les tyrans qui l’avoient précédé pendant tout lé cours de leur règne. Si on lui connoît quelques qualités estimables, elles sont bien cffacées par sa barbare cruauté.
Il y avoit dans les troupes d'Agathocle uR Corps de Mammertins , c'est-à-dire guerriers invrncibles, À la mort du roi, ils gagnèrent Messène, dans l'intention de s 'etubéoanés pour se rendre en Campanie, leur patrie. Les Messéniens les reçurent en amis. Ces soidats trouvant ce pays à leur bienséance, la ville ccmmode par son port'et propre à former une république, tuent les hommes et épousent'les femmes. Ils éravaillèrent ensuite à augmenter leur puistance pendant que celle de Syracuse déclinoit. Des. mains d'Agathocle l'autorité suprême, passa dans celles de Ménon,. son meurtrier, qui fut chassé par Æ/éractas. Celæi-ci prit le titre modeste de. préteur. Pendant qu'il
étoit absent pour remettre sous le joug les Agrigentins, = Timon lui enleva l'autorité souveraine , qui lui fut disputée par Sosistrate, tous chefs de factions. Les Carthaginois les attaquèrent tous deux, et de concert
ils appelèrent à leur secours Pyrrhus. roi d'Épire , ;
qui faisoit la guerre, contre les Romains.
… Ce prince quitta avec plaisir un theâtre où sa gloire, quelque temps florissante, commençoit à. se flétrir. En arrivant , armées , trésors, autorité. Timon et Sosistrate lui mirent tout entre. 4 mains. Le peuple, pour lequel un avoit encore rien fait ,. le reçut avec les plus -vives démonstrations de joie. Il gagna les cœurs par sa conduite insinuante et son extrême affa
bilité. Son activité à faire rentrer sous le joug les.
villes qui l avoient secoué flattoit l'orgueil des Syra-
cusains. Chaque çité qu'il réunissoit à la république
éloit comme un nouveau fledion qu'il attachoit à leux
D sde
UR corps
wincibles, ans l'intenpanie, leur s.. Ces soi- » la ville ne répummes. Ils Puissance Des. mains | celles de éractas.
lant qu'il igentins :
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ons. Les * Concert
d'Épire ,
a gloire, : fletrir.
imon et peuple, ut avec na Îles 1e affa Jug. les.
Syra= iblique à leux
RARE ne
SICILE. 139 couronne. Onnetarissoit point sur ses louanges. Mais, plus politique que complaisant, il se mit en tête, pour se délivrer des Cartbaginois , d'aller les attaquer chc£
eux. Les Syracusains auroient voulu qu'il les chassät
auparavant de toute l'île, entre autres de Lilybée,
qui leur offroit toujours un port commode. Son aitachement à son projet les choqua. Ses préparatifs , pour lesquels il employa leurs richesses, déplurent à ces républicains turbulens Les autres villes prirent les impressions de la capitale. En peu de temps Pyrrhus se trouva entouré de mecontens , dont la contenance étuit menaçante. Comme, sur l'invitation des Siciliens , il s'etoit trouvé heureux de quitter l'Italie où sa fortune chanceloit , il saisit volontiers l'occasion de se rendre aux vœux des Italiens qui l'appeloient une seconde fois.
[2738.— 260.] Il laissa Syracuse dans un état d'anarchie vraiment déplorable. Bientôt les troupes s’emparèrent de toute l'autorité , et se donnèrent des commandans , qui par l'effet des circonstances devenoient chefs de la république. L'un d'eux se nommoit Hiéron, d'une naissance distinguée par son. père, mais dont la mère avoit été esclave. Son éducation fut soignée. Il fit ses premières armes sous Pyrrhus. Une figure aimable, une constitution robuste, une force extraordinaire, et plus que tout cela, une valeur éclatante, beaucoup d'esprit, de la douceur, de l'application , attirèrent sur lui les regards de Pyrrkus et ses faveurs. Il jouissoit déjà d’une réputation distinguée quand ce prince quitta la Sicile. La modé-
ration qu'il mit dans l'exercice du commandement que les troupes lui avoient conféré gagna les citoyens; et quoiqu'ils fussent mécontens de ce que les soldats s'etoicnt arrogé le droit de leur donner un maître, ils confirmèrent ce choix, et revêtirent Æiéron de toute la puissance civile et militaire.
On n'eut dans toute sa vie à lui reprocher qu'une seule cruauté, que les circonstances rendoient pèutêtre nécessaire. Il y avoit une partie de l'armée composée d'étrangers ; qui n'avoient ni respect pour les commandans, ni affection pour un état dont ils ne faisoient point partie , et qui étoient toujours prêts à se révolter. Ils étoient si unis entre eux, qu'en entreprenant de punir les plus coupables , leur châtitimét auroit irrité tous les autres. 11 falloit donc où souffrir tous leurs excès, ou se défaire de tous à la fois.‘ Hiéron en trouva lemoyen. Dans une action contre les Mammertins , soldats féroces et détermi- MS
nés, ii plaça les étrangers sur le front de son armée, À ra! ét se mit derrière avec les Syracusains. Les étrangers 4 dé chargèrent, les Mammertins soutinrent le choc avec @ sa leur valeur ordinaire, repoussèrent et poursuivitent tu les assaillans, qui, n'étant point secourus par les % bi Syracusains , furent tous taillés en pièces. 4 h
‘En quittant la Sicile, Pyrrhus s'était écrié : « Quel @ É » beau champ de bataille nous laissons aux Cartha- M d » ginoïis et aux Romains ! » En effet, ces déux n. | E peuples en firent comme une arène , où ils se dispu= 4 tèrent l’empiré du monde. Héron balança quelque É
temps entre eux ; mais enfin il s’attacha inviolable- # |
ndemertt les ci e que les nner un Hiéron
qu'une it pèut- *e COM our les tils ne prêts à en enchâtionc où us à la
action termirmée , angers : avec vitent ir les
Quel
rthadéux spu- Îque ble-
ÉD etre
ment aux Romains. Les fâcheux revers qu'ils éprouvèrent à Thrasymène et à Cannes ne furent pas capables d’ébranler son amitié. Plusieurs fois il leur fournit des vivres en abondance , et leur envoya gratuitement en Italie des approvisionnemens de ble. Hiéron possédoit l'art de donner, souvent plus agréable que le don même. Soupconnant que les Romains pourroient bien avoir la délicatesse de ne pas accepter une somme considérable dont ils avoient pourtant besoin , il la convertit en une victoire d'or dont il leur fit présent. Ils la recurent comme une marque précieuse d'amitié et comme un augure favorable dont ils le remercièrent. Les Carthaginoïs cuxmémes éprouvèrent sa générosité dans les temps «le disette ; enfin il envoya de l'argent , des meubles ct des habillemens aux Rho liens, dont les maisons avoient'été renversées par un tremblement de terre. On parle d’une galère qu'il fit construire à vingt rangs de rames, qui contenoit tout ce qu'on peut désirer dans un vaste palais; trois corridors, uné salle d'exercices , des promenades , des jardins , des tuyaux de plomb et de terre pour l’arrosement , une bibliothèque , des baignoires , un grand réservoir , huit tours d'attaque et de défense , une forte baliste; sans parler des décorations extérieures, peintures , dorures , sculptures, parqueteriès des bois les plus précieux et de la main des plus grands maîtres. C'étoit un présent destine à Ptolémée Philadelphe, roi d'Égypte. Il fut accompagné de soixante mille muids de blé, vingt mille quintaux pesant de chair salée ,
dix mille grands vases de terre pleins de poissons 4alés, et d'une immense quantité d'autres provisions.
Mais cette galère, toute merveilleuse qu'elle étoit, si la renommée n'a pas exagéré, n'approche pas du miracle d'avoir rendu le peuple de Syracuse docile , paisible et reconnoissant de Ja tranquillité qu’on lui procuroit. La prudence de Æiéron étouffa jusqu'aux moindres semences de discorde. Les soldats et les citoyens le regardoient moins comme leur: souverain que comme leur protecteur et leur père. Il s'appliqua particulièrement à mettre l'agriculture en honneur , et ne dédaigna pas d'écrire sur cet objet: Il mourut à l'âge de quatre-vingt dix ans , après en avoir régné cinquante-quatre, infiniment regretté de ses sujets et des etrangers.
(2789. — 209. .) Hiéron ent dwrioit mourant d'abolir la royauté, parce qu'il prévoyoit des troubles ‘sous Hiéronyme, son petit-fils, jeurie homme de quinze ans, qui devoit Jui succéder. Mais il en fut détourné par Démarate, sa fille aînée, épouse d'#ndranodore , grand seigneur sicilien. Ces époux voyoient avec plaisir la perspective d'ane minorité pendant laquelle ils se flattoient de gouverner sous le nom du neveu , en attendant l'occasion de s’emparer peut-être eux-mêmes du trône. Une autre fille d'Hiéron, nommée Héraclée , étoit mariée à un seigneur nommé Zoippe, homme d'un naturel tranquille , éloignes l'un et l'autre de. toute ambition. Le vieux roi nomma pour son petit-fils un conseil de quinze personnes qu'on appela tuteurs , auxque}s il
sons 4a.
visions.
le étoit, pas du docile , u’on lui squ'aux set les uverain ppliqua mneur , Ourut à tr régne ujets et
1ourani oubles ime de en fut d'Anépoux inorité r sous s'emre fille nseitranbn. Le 1 de uc}s H
recommanda , entre autres choses, de ne jamais se dtpartir de l'alliance des Romains.
Le testament fut écouté avec assez de froideur par le peuple assemblé ; il y avoit déjà deux partis, les royalistes et les républicains. Ceux-ci se contentèrent de ne donner aucun signe d'approbation , et Hiéronyme fut proclamé. Peu de jours se passèrent sans que les mesures du sage Héron fussent rompues. En nommant tuteurs quinze des plus grands seigneurs, il avoit eu intention de les attacher à son petit-fils, ainsi qu'à sa puissance, qu'ils partageroient en quelque manière. Mais ce partage ne convenoit pas à Andranodore. Il vouloit commander seul. Sous prétexte que le roi étoit en état de gouverner , il congédia le conseil. Ces seigneurs se relirèrent , et il ne resta à la cour que les deux oncles du roi, et un nomme Thrason, courtisan adulateur, mais qui, connioissant bien les intérêts du royaume profession d'être partisan des Romains. .
Le jeune prince, sans autre frein que la présence de personnes qui avoient intérêt de flatter ses goûts, se livra à la débauche, devint méprisable, et bientôt odieux. Il se forma une conjuration contre lui. Le Syracusain qui la découvrit ne put indiquer qu'un conjuté, nommé Théodore. Mis à la torture, il n'accusa que des amis du roi, entre autres Thrason
lui-même, qui fut mis à mort sans beaucoup d'examen. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que les complices se crurent si sûrs de la fermeté de Théo-
, faisoit
dore, que, pendant qu'il fut dans les tourmens, aucun d’eux ne tugea nécessaire de s'éloigner,
La mort de Thrason donna aux Carthaginois, dans le conseil d'Aiéronyme, une supériorité qui ne fut plus contestée. Les Romains firent des démarches pour resserrer les nœuds de l’ancienne alliance. Le jeune roi, instruit des victoires d'Annibal, les regarda comme perdus. Non-seulement il refusa de traiter avec eux , mais encore il accompegna son refus de railleries piquantes sur leurs défaites. La fierté romaine ne pardonna pas cette insulte; Rome dcclara la guerre; mais ce ne fut pas le plus grand. mal pour Æiéronyme. Selon toutes les apparences , le préteur romain qui commandoit en Sicile se lia aux conjurés dont Théodore avoit.tu les noms dans les plus cruels tourmens, et s'associa à Théodore luimême, qui paroît avoir survécu aux tortures. Quelle qu’ait été la trame de l'intrigue, Hiéronyme fut assassiné en passant dans une rue étroite, et le peuple prit si peu d'interêt à sa personne, qu'on laissa pourrir le cadavre sur le lieu même où il étoit tombé.
Au premier bruit de cet assassinat, Ændranodore s'empara du quartier le plus fort de la ville. Le peuple, dans les autres quartiers , restoit immobile d'étonnement. Les conjures, à la téte desquels on trouve Théodore, le tirèrent de cette espèce de stupeur en lui promettant les trésors du roi. Alors il se déclara de toutes parts pour les conjurés. Ils couroient en foule pour attaquer Ændranodore. Un citoyen sage
ens, au
aginois , té qui ne marches ince. Le , les reefusa de A sOn re- La fierté ome de and mal nces , le e lia aux dans les lore lui- 5. Quelle e fut asle peuple sa pourmbe.
anodore | Le peu- )bile d'én trouve peur en > déclara oient en
yen sage
et prudent conseilla de lui faire des propositions. Il les écouta malgré les réclamations de sa femme, qui lui rappeloit ce mot ceièbre de Denys le tyran , qu’il ne faut point descendre du trône qu'on n’en soit arraché par les pieds. En se soumettant, Ændranodore n'eut que le dessein de se réserver pour de meilleures circonstances. Il congédia ses soldats, remit au sénat les trésors de son neveu, et, après une félicitation aux conjurés, qui n’auroit pas dû sortir de la bouche d'un oncle, il leur dit : « Ne » croyez pas que la glorieuse entreprise de rétablir » la liberte soit accomplie. Vous n'avez fait que » commencer. Une populace indomptéeest aussi dan- » gereuse dans une république qu'un tyran même. »
La soumission d'Ændranodore lui valut l'avantage d'être mis au nombre des nouveaux magistrats que le peuple élut avec Thémiste, mari d'urmonie, sœur du feu roi. Les agens des Carthaginois, nommés Hippocrate et Épicyde, s'apercevant que dans ce changement ils étoient mal vus des Syracusains, demandèrent à se retirer, et qu'on leur donnât une escorte. Le sénat, en consentant à leur départ, ncgligea d'en fixez le temps. Les Syracusains laissèrent ainsi parmi ceux deux hommes très-habiles, politiques adroits, gencraux estimés, propres à conduire une intrigue, aussi-bien qu'à faire une action d'éclat.
On ne peut assurer qu'ils aient cté l'âme du complot forme par Ændranodore pour monter sur le trône; mais du moins est-il très-vraisemblable qu'il comptoit sur leur secours, Sa femme Démarate,
l'excita sans cesse à mettre sur sa tête la couronne de son père : « Tout est tranquille dans Syracuse, » lui disoit-elle; mais les soldats, accoutumés à rece- » voir la paie du roi, ne sont pas encore dispersés,
» et n'ont pas encore pris l'esprit républicain. Deux
» grands généraux, disciples d'Ænnibal, sont prêts » à se mettre à leur tête. Qu'attendez-vous ? Pour- » quoi différer ? » |
Andranodore prit ses mesures, s'assura des mercenaires ibériens et africains qui devoient exterminer les principaux citoyens de Syracuse, dont les biens serviroient de récompense aux citoyens assassins. Il confia ses arrangemens à Thémiste, ou les fit de concert avec lui. Thémiste eut l'imprudence de s'en Ouvrir à un comédien nommé Æriston. (Celui-ci alla tout découvrir au sénat. Sur sa simple déposition, Andranodore et Thémiste sont condamnés en Teur absence, et tués en entrant au sénat.
Ce meurtre, exécuté si brusquement, cause de la
rumeur. Le peuple s'assemble autour de la salle,
demande quels sont les coupables et quel est le crime. On lui jette les cadavres. En même temps Sopater, ovrateur véhément, s’avance et lui dit :
* « Reconnoïssez ceux qui sont cause de nos malheurs
». bien plus criminels qu'Hiéronyme , qui nétoit » qu'un enfant. Ce sont ses tuteurs qui régnoient » sous son nom qu'il auroit fallu détruire avec le » tyran. L'impunité les a encouragés à de nouveaux » crimes. Ils ont porté l'audace au point d’aspirer » à la souveraineté. N'ayant pu y réussir par la