‹ Précis de l'histoire universelle ou Tableau historique [microforme]Chapitre 25 sur 38 · IT · texte numérisé non relu

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» m'a sépare de mon époux ? Que pent-on craindre » de moi dans l'éiat d’abandon où je suis réduite ? » Que peut-on craindre de mes filles, malheureuses » orphelines, sans crédit et sans appui? Reléguez- » moi à Alexandrie, permettez-moi d'y aller re- » joindre mon époux. » Elle se jela aux picds des assassins , les supplia d’avoir pitié de ces innoccutes victimes. Feroces et inexorables, les bourreaux lui plongèrent le poigna; 1 dans le sein, auprès ‘de ses filles qui furent couvertes de son sang, et aussitôt égorgées elles-mêmes. Lorsqu'elles rendoient le dernier soupir, arriva l'ordre &u peuple de suspendre l'exécution. Quand ils surent qu'il étoit trop tard, de la pitié pour l’innocente Heraclée les Syracusains passèrent à la fureur contre les magistrats qui s'etoient si fort hâtés de faire exécuter une sentence cruelle sans laisser au peuple le temps d’en sentir l'injustice. |

L'horreur de ce meurtre mit à Syracuse une espèce d'équilibre entre le parti des Romains ct celui des Carthaginois, les premicrs , outrés républicains, les seconds, fauteurs du royalisme. Telle étoit l’opinion qu'ils inspiroient d'eux; mais au fond ni les Romains ne s'embarrassoient cie le gouvernement populaire s'établit à Syracuse, ui les Carthaginois que ce fût le

gouvernement royal ou aristocratique, pourvu qu'ils.

dominassent dans cette ville, et qu'il pussent en exclure leurs adversaires. Les Syracusains, croyant que ces rivaux s’armoient pour leurs querelles, n'etoient effectivement que les instrymens et le jouet de

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deux nations ambitieuses. Qu'ils eussent eu la sagesse de ne se pas livrer plus aux Carthaginois qu'aux Ro- * mains, ils auroient pu vivre tranquilles dans une entière neutralité. Mais Hippocrate et Ê picyde, ces deux habiles Carthaginoïs qu'on avoit négligé de renvoyer , comme ils le demandoient, après la mort d'Hiéronyme , se firent une faction si puissante, qu’ils furent élus magistrats et admis dans le sénat. Ils agitèrent ensuite la ville par mille faux bruits : tantôt que les Romains vouloient y entrer; tantôt qu'ils égorgeoient ceux qui se réfugioient dans leur camp. Tout cela avoit été précédé de quelques expéditions militaires, qui leur avoient servi à entretenir un bon corps de troupes, avec lequel, moitié ruse, moitie force, ils s’emparèrent enfin de Syracuse. Ne doutant pas que le consul Marcellus ne vint bientôt les assiéger, ils chassèrent les pérsonnes suspectes, qui étoient les plus considérables de la ville. Quant | au peuple, il fut bientôt gagne par quelques largesses; on procéda à la nomination de nouveaux préteurs, parce que les autres avoient été tués dans le tumulte. Hippocrate et E pieyde en firent réduire le nombre à deux, et surent faire tomber le choix sur eux. Ils ouvrirent les prisons, affranchirent les esclaves, dont Lits firent des soldats, et promirent aux déserteurs des troupes romaines un accueil et des récompenses | qui leur en procurèrent un grand nombre.

Marcellus étoit aux portes, Avant de commencer les hostilités, il envoya une ambassade aux Syracu- 4 sains leur dire qu'il n'étoit pas venu pour les priver de

la liberté, mais au contraire pour les délivrer de l'oppression sous laquelle ils gémissoient, et venger la mort de leurs préteurs, inhumainement massacres, Que s'ils permettoient à leurs magistrats, qui avoient cherche un asile dans son çamp, de retourner dans leurs maisons, et s'ils remettoient dans les mains du consul les auteurs du dernier massacre, il s’engageoit à ne pas commettre la moindre violence; mais que, s'ils refusoient de si justes demandes, ils seroient traités en ennemis. Æippocrate, qui reçut J'ambassade, répondit par une ironie, et la congedia. Leconsul assiégeaSyracuse par terre et par mer, ct tenta d'abord un assaut général. Les galères s'avançoient fièrement chargées de machines propres à lancer des traits. D'autres, aussi élevées que les murailles, devoient y décharger les soldats ; mais, à leur grand étonnement, une pierre énorme, ou plutôt un rocher lancé des remparts, écrase la plus forte des machines. Une main de fer s'avance au bout d’une poutre, accroche une galère toute chargée d'hommes , l’enlève hors de l'eau, la laisse retomber et la submerge, en attire une autre ct la fracasse contre les rochers. Les soldats approchent des remparts pour éviter ces machines ; mais d’autres les accablent de traits, de picrres, de masses de plomb , sans qu'ils puissent se garantir, parce que les machines étoient placées derrière les murailles, la plupart hors de vuc. Elles étoient l'ouvrage d'un habile mathématicien nommé Archimède. Par la force de son génie, sans faire usage de l'épée, un seul homme eut la gloire en gctte

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eccasion de repousser deux armées romaines. On ne concoit pas trop des machines qui lancent des pierres de douze cents pesant et leur font faire effet à une grande distance ; qui enlèvent des galères chargees de soldats, qui répandent en l'air une multitude de grandes flèches, de fortes piques ; et les font toucher au but. Ces inventions paroïssent exagérées ; mais exagérées ou réduites à leur vraie proportion , elles suffirent pour forcer Marcellus à lever le siège.

11 le convertit en blocus, alla faire dans l’île quelques expéditions contre des Villes qu'il soumit, gagna des bataïlles contre les Carthaginois qui avoient envoyé une forte armée avec des éléphans, et revint après plusieurs mois contre Syracuse. Il ÿ retrouva Archimède. « Ferons-nous, disoit le consul à ses » ingénieurs, ferons-nous toujours la guerre à ce » Briarée, à ce géant à cent mains? » En eflet, e étoit un ennemi bien embarrassant. Aussitôt que Jes soldats voyoient une c'e, une perche sortir des murailles, ils s'imaginoient étre-déjà enlevés, ils fuyoient sans qu'on pût les ramener. Marcellus avoit voulu ouvrir quelque correspondance avec la ville, afin de terminer par négociation un siège qui à plusieurs reprises duroit depuis deux ans : mais ses efforts furent inutiles. Les déserteurs romains, ceux qui avoient trempé dans les assassinats, sachant bien qu'il n'y avoit point de grâce pour cux, retenoient le peuple, quelque ennuyé qu’il fût d'une si longue captivité.

Un heureux hasard servit Marcellus. Passant souvent devant Ja muraille, un soldat s’avisa de compter

les pierres ; il reconnut qu'elle n'étoit pas aussi haute qu'on pensoit. Sur son rapport, le consul ordonna une escalade qui réussit, Quand il se vit dans la premièré enceinte, pendant que les officiers le félicitoient sur cet avantage et sur ceux qu'il avoit droit d'attendre , il considéra avec attendrissement cette ville infortunée; on dit même qu'il versa des larmes sur le triste sort que scs citoyens autrefois si riches, si heureux, étoient sur le point d'éprouver. On doit dire à la louange de Marcellus que, s'il w'épargna pas aux Syracusains tous les malheurs , il fit du moins tous ses efforts pour les diminuer. Il ne put refuser à ses soldats le pillage des parties de la ville prises d'assaut; mais il y mit des règles. Jamais ville ne fut pillée avec autant d'ordre et si peu de cruauté. Les soldats entroient dans les maisons , prenoient or, argent, meubles, provisions, tout ce qui leur convenoit, sans la moindre violence contre les personnes.

L'Achradine, le. plus fort quartier de la ville, u'étoit pas encore pris ; il renfermoit, outre l'élite des soldats étrangers, les déserteurs romains. Le consul ne voulut pas exposer ses troupes contre ces désespérés; il eut encore recours au blocus. Une peste survint qui fit de grands ravages chez les assicgeans et les assiéges. Tant de malheurs engageoient le peuple à recevoir les conditiôns justes que proposoient toujours les Romains : mais ce peuple n'étoit pas le plus fort : il étoit obligé de souffrir et gémir. Cet esclavage finit encore par un assaut, mais il ne fut pas meurtrier, Le consul avoit gagne un officier qui

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Jui livra une porte ; il arrêta le caïnage dès le commencement, et l'humanité lui fit donner l'ordre de laisser échapper les déserteurs romains.

Archimède étoit dans l'Achradirie, On raconte qu'occupé d'une demonstration mathématique , il n'entendit pas le bruit de l'assaut. Il traçoit tranquillement quelques lignes. Un soldat se présente et lui met l'épée sur la poitrine. « Attendez un moment, » mon ami, lui dit 4rchimède , et mon problème » sera résolu. » Le soldat , étonne de la tranquillite de cet homme dans un si grand danger , voulut le mener au consul. Il partoit, mais il prit auparavant une boîte pleine d'instrumens de mathematiques. À l'attachement que le géomètre montroit pour cette boîte , ke soldat crut qu'elle étoit pleine d’or et le tua. Marcellus, très-fâche de cet accident , lui fait faire de magnifiques funérailles et élever un tom beau.

Le consul traita les Syracusains moins en ennemis qu’en alliés. Il leur rendit le droit d’élire des magistrats, les remit en possession de leurs anciens priviléges , les exhorta à la paix, à l'union, et répara autant qu’il fut en lui cette ville désolée. Malgré sa bonte indulgente, il fut accusé en plein sénat par ces mêmes Syracusains d'avoir abuse de son autorité à leur égard. C'étoit une cabale des ennemis de Marcellus qui se servoient de ces ingrats pour le mortifier. Sa justification fut noble et simple. Les Syracusains se repentirent de leur injustice : ils decrétèrent que, toutes les fois que quelqu'un de la famille de

Marcellus aborderoit en Sicile, le peuple iroit audevant de lui couronne de fleurs et célébreroit cet heureux jour par des sacrifices. L'île entière resta sous la protection de Marcellus, et les Siciliens devinrent cliens de cette famille.

Après la prise de Syracuse , il resta encore quelques villes à soumettre. Les Romains, qui, lorsqu'ils abordèrent la première fois en Sicile, ne demandoient pour ainsi dire qu'à être soufferts, prétendoient maintenant qu'on ne leur résistât plus et punissoient sévèrement l'opposition à leurs volontés. #grigente refusant de subir le joug de ces maîtres impérieux, le consul Lévinus l'assiégea et la prit. Les chefs furent par son ordre battus de verges et décapités, le peuple reduit à l'esclavage et vendu au plus offient ; ct l'argent qui provint des dépouilles grossit le trésor de la république. Après ce terrible exemple, il n'y eut plus de résistance, et la Sicile fut réduite en province romaine.

dans la Méditerranée , vis-à-vis la Carie et la Lycie. Colosse. Religion, habitans, commerce, gouvernement. Artémise. Siège de Rhodes.

” Brouillerie avec les Romains.

L'ize de Rhodes, vue de la mer, présente un aspect riant, des vergers , des vignes qui donnent

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de bon vin , une ville encore belle qui s'élève sur un coteau en amphithéâtre, au bas, un bon port ferme par deux rochers éloignés de cinquante pieds , lesquels servoient de base au fameux colosse.

C'étoit une statue de cuivre érigée en l'honneur d'Apollon et du Soleil , dieu tutélaire de l'île. On lui donne-cent pieds de haut; de sorte que les navires passoient à pleines voiles entre ses jambes. L'ouvrier, nommé Charès, fut douze ans à le faire. Le colosse ne subsista debout que soixante ans. Un tremblement de terre l'abattit, et il resta huit cent quat-e-vingt-quatorze ans dans l'endroit où il etoit tombe. Celui qui le depeça en chargea neuf cents chameaux , et le poids du cuivre, évalue par la charge de chaque chameau, à dû monter à sept cent vingt mille livres.

On ne sait rien de la religion des Rhodiens qu'une singularité. Tous les-ans ils célebroient une fête, non pas avec des bénédictions, mais avec des imprécations ;, de sorte que, s'il échappoit à quelqu'un un seul mot de bienveillance , on en tiroit un mauvais. augure, et il falloit recommencer la cérémonie.

. Les:premiers habitans, originaires de l'île de Crète, se sont ;emparés de la Carie, et ont établi des’ colonies, tant dans la terre ferme que dans les îles. On leur attribue les premières notions d'astronomie que les Égyptiens ont tirces d'eux. Les. émigrations produites par la guerre, de Troie ont aussi fourni à Rhodes des babitans.

Les Rhodiens se sont adonnes de bobie heure au

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commerce et à la navigation, Pendant plusieurs siècles ils se sont vus souverains de la mer. Leurs lois, connues sous le nom de lois rhodicnnes, sont devenues une espèce de code d’après lequel on décidoit toutes les contestations relatives à la marine. Elles ont paru si sages, qu'elles ont été incorporées aux lois romaines, et observées dans toutes les provinces maritimes de l'empire.

Le gouvernement a d'abord été monarchique. On a les noms de plusieurs rois de Rhodes avant la guerre de Troie , mais aucune action qui mérite d’être rapportée. Après cet événement, on trouve un Cléobule qui va chercher la sagesse en Égypte, et qui est compté entre les sept sages de la Grèce : Cléobulie , sa fille, très-savante poëte, philosophe, astrologue, à qui il laissa sa couronne : Diagore, contemporain de Pindare, vainqueur dans tous les ; jeux, olympiques , isthmiques , néméens et argiens , ainsi que son fils ; tous celébrés par ce poëte, qu'ils payoient bien. Il étoit défendu aux femmes , sous peine de mort , d'approcher des jeux olympiques.

[ 2643. — 355. ] À la royauté succéda le gouvernement républicain. On en ignore la forme, s'il fut démocratique ou aristocratique , ou mêlé de l'un et de l'autre; mais quel qu'il ait été, on doit le croire très-analogue au caractère des Rhodiens. Jamais la discorde ne se mit parmi eux, et durant [4 paix , ainsi que durant la guerre, on voit l'harmonie la plus parfaite régner entre eux. C'est sous: Fégide de ce gouvernement qu'ils Ont fait un commerce florissant ;

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qu'ils onteu une marine militaire redoutable; qu'ils ont repoussé avec gloire les ennemis de leurs remparts, et qu'enfin leur république a été quelque temps l'émule de la république romaine.

11 convient de retrancher de l'éloge des Rhodiens ce qui leur arriva avec Ærtémise. Elle etoit reine de Carie, fameuse par son deuil, ses regrets et le magniñqueédifice éleve à la mémoire de Mausole, son époux. Ce prince les avoit subjugucs. Ils se vengèrent sur sa veuve ct ravagèrent son royaume, Ærtémise sut qu'ils devoient se présenter devant Halicarnarse , sa principale ville; elle dit aux habitans de se tenir sur leurs murailles, et, quand les ennemis paraîtroïent, d'expr::mer par des acclamations et des battemens (:c nains unegrande envie de se rendre. Les Rhodiens, attirés et flattés par ces démonstrations, descendent, sont reçus dans la place et laissent leurs vaisseaux vides. Ærtémise , qui se tenoit en embuseade, y fait monter ses soldats, y place sa propre chiourme et cingle vers Rhodes. Les habitans, qui reconnoissent leurs vaisseaux, et les voient couronnes de fleurs, nc; doutent pas qu'Halicarnasse ne soit prise e: qe leurs compatriotes ne leur en apportent le butia. Ils ouvrent le port, la flotte y entre, et les Cariens se rendent maitres de la ville. Ærtémisc fit mourir les principaux citoyens, parce qu'ils avoient été auteurs de l'expédition en Carie , et punit de moïit dans Halicarnasse la stupide confiance de ceux qui y étoient entres. La reine fit dresser un trophée de sa victoire avec deux statues de bronze, dont lune représentoit la ville de

Rhodes, et l'autre, Ærtémise, qui marquoit l'effigie d'un fer chaud. Les Rhodiens n'osèrent détruire ce monument, parce qu'il toit consacre, mais ils l’entourèrent d'un mur, afin de cacher du moins leur honte, s'ils ne pouvoient en effacer les vestiges. Rhodes devint libre par le secours des Atheniens, qu'elle avoit cependant offensés.

[ 2798. — 200. | Un des événemens les plus célèbres de l’ancienne Rhodes est le siége qu’elle soutint contre Démetrius, fils À Antigone. Elle n'avoit cependant pas encouru l'indignation de ce prince. Tout son crime étoit d'avoir voulu rester neutre entre lui et Ptolémée, roi d'Égypte. Quand Démétrius la força d'opter, elle n’hésita pas à se déclarer pour son ancien allié; ce qui attira contre elle les forces redoutables d'Æntigone, commandées par son fils Démétrius, surnommé Le preneur de villes. On étoit si persuadé que celle-ci ne lui échapperoit pas, que sa flotte, portant quarante mille hommes, etoit suivie aussi loin que la vue pouvoit s'étendre, de corsaires, de marchands d'esclaves, et de tous les infâmes trafiquans qui s'attachent à une armée victorieuse.

Les Rhodiens prirent de sages mesures pour soutenir le siége, et mirent dehors les bouches inutiles. Le dénombrement ne leur donna que sept mille hommes en état de porter les armes; mais ils promirent la liberté aux esclaves qui feroient quelque belle action, et la ville s'engagea à rendre à leurs maîtres le prix de ceux qui seroient tués ou aflranchis. On déclara que la republique fcroit enterrer honorablement

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ceux qui mourroient en combattant, qu’elle pourvoiroit à la subsistance de leurs pères, mères, femmes et enfans ; qu'elle fourniroit aux filles une dot; et, quand les enfans auroient atteint l'âge viril, qu'on leur donneroit, dans }: grande solennité des Bacclianales, une couronne et une armure complète.

Tant d'encouragemens d'intérêt et de gloire allumèrent uue ardeur ineroyable dans tous les ordres de la ville. Les riches alloient en foule porter leur argec! pour les dépenses du sicge; tout ce qu'on pouvoit avoir de bois, de metaux propres pour les armes et les machines, on le fournissoit gratuitement aux ouvriers. C’etoit principalement par son génie inventeur que Démétrius se xendoit redoutable dans les siéges. Les Rhodiens ne lui opposèrent pas moins d'industrie et d'intelligence dans-cette partie. Quant aux assauts, aux combats de près sur les remparts et daus.les mines, si quelquefois les soldats de: Démetrius eurent des avantages , ils furent promptement repoussés., et au bout d'un an ce prince s’estima heureux de trouver un prétexte de lever le siége sans deshonneur. En partant, ilfit present de ses machines aux Rhodiens. De l'argent qu'ils en tirèrent ils achetérent le cuivre qui forma le colosse dont nous avons parle. Protogène, peintre célèbre, avoit son atelier dans un faubourg hors de la ville, quand Démétrius en fit le sicge. La présence des ennemis, le bruit des armes qui retentissoit sans cesse à ses oreilles, ne lui firent point quitter sa demeure ni interrompre son travail. Le roi, surpris de cette tranquillité, lui en demanda la raison.

Protogène lui fit une réponse digne d'être connue ds

rinces. « C'est , dit-il , que je suis persuadé que vous » avéz déclaré la guerre aux Rhodiens, et non aux » arts. »

Le tremblement de terre qui renversa le colosse occasionna une quête générale en faveur des Rhodiens. Ils écrivirent de tous côtés, et ce qu'on envoya peut servir à faire cônnoître quelles étoient les productions et les richesses de chaque pays. Le roi d' Égypte donna de l'argent, un-million de mesures de froment, des matériaux pour bâtir vingt galères à cinq rangs de rames et autant à trois rangs. Il envoya aussi cent maçons, trois Cents manœuvres aveo promesse de payer les onvriers tant que besoin seroit. Antigone donna de l'argent, dix mille poutres de seize coudces de longueur chacune, sept mili: planc hes , trois mille livres de fer, autant de ‘poix résine et mille mesures de zoudron. Une dame nommée Chryséts, cent mille mesures de froment , trois mille livres de plomb. Æntiochus , dix galères, deux cent mille mesures de blé et plusieurs effets précieux. Prusias, Mithridate, tous les rois d'Asie , les nations grecques, les princes de l'Europe, signalèrent leur générosité ; et le moindre présent fut celui des monarques qui exemptèrent d'impôt toutes les marchandises que leurs sujets transporteroient à Rhodes. Jamais quête ne fut plus abondante. Le prétexte en étoit le rétablissement du colosse, acte religieux qui encouragea la libéralité; mais les Rhodiens laissèrent V'idole à terre et s'appliquèrent les offrandes.

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Macédoine , les Rhodiens firent alliance avec les Romains. Ils traitèrent d'égal à égal, et leurs ambassadeurs furent recus avec déférence par le sénat. Cette union leur donna beaucoup de prépondérance dans les états dont ils étoient voisins. Les succès leur inspirèrent de l'orgueil. Ils parloient avec hauteur, non-seulement aux républiques de la Grèce leurs cgales, mais encore aux plus grands rois. Les services qu'ils rendirent aux Romains dans plusieurs combats sur mer leur persuadoient que la republique ne pouvoit trop payer leur fidélité; mais ils trouvèrent dans Eumène , roi de Pergame , un compctiteur dont les prétentions furent mieux écoutes. [2825.—173.] L'un et l'autre, après la défaite d'Antiochus, demandèrentaux Romains quelquesctats conquis sur ce prince et qui ctoient à leur bienséance. Eumène fut le mieux partagé, au grand regret des Rhodiens, qui n’eurent que la Lycie. Quoique idolâtres de la liberté, ces républicains se permirent d'opprimer cruellement les Lyciens. Ce peuple se plaignit , et trouva protection auprès des Romains. Le sénat écrivit aux Rhodiens une lettre qui sentoit la supériorité. Ceux-ci piqués , traitèrent leurs sujets encore plus durement. Les Lyciens se revoltèrent ct furent vaincus. De la dureté , leurs maîtres passèrent à la cruauté, Les opprimés eurent encore recours à Rome , qui envoyaæ des commissaires chargés de terminer ce différend. On ne les reçut pas avec les marques. d'affection. ordinaire ; cependant on céda, ct'les Lyciens furent micux traites.

Il ne scroit pas étonnant que la conduite des Romains, impérieuse à quelques égards, eût piqué les. Rhodiens ; qu'ils n'eussent pas été fâchés de voir.ces fiers républicains huniliés , et qu'ils eussent souhaité des succès à leurs ennemis. Dans cette disposition, peut-être marquèrent-ils de l'inclination pour Persée , avec lequel les Romains étoient alors en guerre. Ils furent obligés de se justifier en: plein sénat sur ce soupcor ; mais ils le firent avec tant de :'orgue, qu'ils perdirent tout le prix de leur démarche. Pour toute réponse, le sénat fit lire devant eux le décret qui leur ôtoit la Lycie. Dans le’ premier moment de leur: orgueil blessé, Les Rhodiens se deelarèrent neutres entre Les Romains et Persée, et rappelèrent ks vaisseaux qu’ils avoient dans la flotte romaine. Ccpendant , pour ne pas se brouiller tout-à-fait, ils envoyèrent à Rome des ambassadeurs chargés d'exhorter le sénat à la paix.

Fâcheuse conjoncture ! ils arrivèrent en même temps que la nouvelle de la défaite entière de Persée. Ils. voulurent parler ::« Allez ,: leur dit. le, consul, » allez perfides , dire à votre république que ses soins » pour les intérêts de Persée ne sent plus de sai- » son, » Ce fut.alors aux Rhodiens à s’humilier. Astymède , chef de leur ambassade ;.le fit d'une manière qui dut lui étre pénible. Îl avoua que la: vanité étoit le caractère dominant de ses: compatriotes : « Mais regarderez-vous ce trait d'impcerfection na- » tionale comme un crime qui ne peut étre expié ». que par la ruine totale de notre pays.? » Îl parïla

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des Ro> À ensuite des services rendus par les Rhodiens à la ique les république. « S'ils ont cesse, ajouta-t-il, d'assister voir. ces: | » les Romains, au moins n'ont-ils jamais commis ouhaité ; » d'hostilités contre eux. Au reste, je vous déclare sitionr, L » que nous nous soumettons entièrement au bon plair Per » sir de Rome, et que nous avons résolu de n'oppogucrre. M » ser aucune résistance en cas d'attaque. » On alla Esurce À, aux voix; un grand nombre opinoient pour declarer Orgue, N la gucrre aux Rhodiens, lorsque Caion estima qu'il e. Pour Ë falloit laisser aux Rhodiens la possession de leur île. : décret Cet avis l'emporta. Il ne fut plus question de guerre. nent de Pi Le sénat exigea sculement qu’ils banniroient ceux qui ntueu- M sétoient montrés partisans de Persée. Ils obéirent. rent ks 4 Cctte condescendance désarma le sénat , qui déclara ice. Ce- M les Rhodiens alliés de la république. nee à Depuis ce temps Rhodes fut traitée par Rome en xhorter sœur , mais en sœur cadette, dont l’aînce recevoit les prévenances comme une dette. Rhodes se trouva enméme sagée dans unc guerre de Carie, sans avoir pu , avant

Persée. (M les-hostilités , demander à Rome son consentement.

onsul , à | Elle fut victorieuse et envoya porter ses lauriers aux ss: Soins 4 pieds des sénateurs comme un hommage et une excuse le sai- l@ d'avoir vaincu sans leur permission. Le sénat daigna imilier. M la faire remercier de cette déférence. Ri:gdes redoubla nema- le d'attentions respectueuses en priant qu'il lui fût pervanité [E mis de placer dans le temple de Minerve, à Rome, ibéac à 1 une statue de la déesse, haute de trente coudées. Sans

doute on mesuroit la dignité de i offrande par la k::-

DIX na K ) te teur. Cette grâce fut accordce, et on y joignit la res-

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| parla

titution de la Lycie, que la république romaine avoit enlevée à Rhodes lorsqu'elle er étoit mécontente.

[2911.--87.] Les Romains se regaré ient dans tette île comme en famille. Ils s y rassembièrent lorsque Mithridate , roi de Pont , les c'assoit de l'Asie. Ce prince auroit fait d'illustres srisoniuers, s'il avoit pu la forcer à se rendre lorsqu'il ÿ mit le siége; mais il trouva une résistance opiniätre, tant de la part des babitans que des réfugiés, qui combattoient tous comme pour leur commune patrie.

Cette espèce de fraternité fut pernicieuse aux Rhod'ens , en ce qu'elle ne leur permit pas d’être neutres das les troubles domestiques de leur allie. Ils se aclarèrent pour Pompée, ensuite pour César, se défendirent avec courage contre Cassius , son meurtrier , livrèrent deux combats, y perdirent la plus grande partie de leurs vaisseaux. La ville fut livrée par trabison à Cassius, qui la dépouilla de ses ornemens, er fit tuer les principaux habitans , et en exigea de foites contributions. Marc Antoine lui rendit ses privilèges , et lui donna comme propriétés des îles adjacentes. Les Rhodiens , ces zélés partisans de la liberté, accablèrent tellement de taxes ces differens pays , que le dictateur fut obligé de les reprendre. Vespasien imposa un tribut à Rhodes, qui de souveraine devint seulement la capitale des îles assujetties à Rome dans la Méditérranée. On verra que depuis elle a recouvré son indépendanc:, que la puissance ottomane lui a ensuite enlevée. |

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Cette ile, appelée aussi Candie ; est la première de l’'Archipel au sud-est. Habitans. Gouvernement de Minos. République.

La Crète, actuellement nommee Candie, est me des plus grandes îies de la Méditerranée, beaucoup plus longue que large. On lui donne environ deux cents lieues de tour. Elle est bien arrosée et produit de bons vins. Le territoire est fertile et l'air excellent. Cette île étoit autrefois couverte de cent villes, dont il reste des vestiges qui présentent encore des curiosités remarquables , quoique le plus grand nombre ait été enlevé par les Vénitiens quand ils en étoiént possesseurs. On y voit des colonnes torses et cannelées de granit de dix-hait pieds de circonference, chefs-d'œuvre de l'art, que nous aurions peine à exécuter. La principale montagne est Ida ; on y jouit de la vue des mers qui l'environnent.

Sur cette montagne et dans les environs ont vécu les premiers habitans de la Crète, les Dactyles, qui montrèrent à faire du feu, à fondre le cuivre et le fer et à les mettre en œuvre, qui ont aussi enseigné la poésie, la musique et les cérémonies sacrées. Ils demeuroient dans les cavernes des montagnes couronnées de grznds arbres, et ces hommes si habiles en choses moins utiles , ne savoient pas bâtir des maisons. C’est probableinent lorsqu'ils parvinrent à cette

industrie qu'ils réunirent les hommes en société, qu'ils les formèrent à gouverner les troupeaux , à apprivoiser les chevaux, à chasser, à danser, à faire des épées et des casques , et beaucoup d'autres choses qu'on attribue aux Curètes. Les Titans , autre race indigène , ne furent pas moins utiles aw genre humain. Loin de les faire battre contre les dieux , les Crétois tiroient d'eux leurs divinités, Safurne, Jupiter , Neptune, Rhéa, Thétis, Mnémosyne , Latone, Cérès ; et de ces dieux ils faisoient descendre Minos, le premier législateur de la Grèce.

On sait, ou ion croit savoir les noms des anciens rois de Crète jusqu'à Mrinos. Ce prince fut le premier qui équipa une flotte et se fit craindre sut mer. Mais c’est surtout à ses lois qu'il doit:sa réputation. Elles ont servi de modèle à Lycurgue pour Lacédémone. On y'trouve les repas communs ; le respect pour les vicillards, les peines: portées contre le luxe et la paresse, les exercices militaires, la vie dure recommandée à l'enfance, les entretiens politiques des vicillards après les rey:2s publics : toutes lis qui depuis furent adopices par Lycurgue, et en vigueur dans Sparte.

Une autre loi que les Romains ont imitée etoit l'obligation impose aux maîtres de servir leurs esclaves pendant quelques jours de fêtes instituces à ce sujet. Une autre coutume établie par Minos , et admirée par Platon, consistoit à inspirer de bonne heure aux jeunes gens un grand respect pour les maximes, les coutumes et les lois de leur pays; à

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dieux mêmes ; lois qui, bien observées, contribueroient

infiniment à la tranquillité publique. Minos, ce grand législateur , est le même qui imposa aux Athéniens le cruel tribut de sept garçons, et d'autant de jeunes filles qu'il faisoit dévorer par le Minotaure, monstre moitié homme et moitie taureau. Cette barbarie, si tjutefois elle fut jamais commise , feroit penser que ceux qui font des lois pour les autres auroient quel quefois besoin que d’autres en fissent pour euxmêmes,

La fable de Pasiphaë amoureuse d'un taureau se réduisit , selon l'histoire, à une reine libertine, “qui s dada un courtisan de son mari nomme /'uurus. Le labyrinthe , Pédale et care, qui se tirèreri de ses détours avec des ailes, c'est-à-dire avec les voiles d’un vaisseau , sont les embellissemens de cette histoire. On remarquera que les Crétois, possesseurs de si belles lois, devinrent dans la suite les plus debordés des hommes, et qu’en fait de mœurs, leur nom donné à quelqu'un étoit une injure.

Deucalion , fils et successeur de Minos, {1 - ve de Phèdre, dont l'amour incestueux pour Hippolyte, son beau-fils, a été transporté avec tant d'intérêt sur notre theâtre. Zdoménée tuant son fils aîné pour s'acquitter d'un vœu, et ramené à la sagesse par les

lecons de Mentor dans les murs de Salente, a fourni un épisode instructif à Fauteur du Télémaque.

Au gouvernement monarchique succéda le gouvernot publicain. On ne sait dans quel temps, n pour quelle sause. La puissance souveraine residoit dans le sénat, composé de trente meinbres. Ses décisions cependant n'obtenoient force de loi que du consentement du pc... Il y avoit dix cosmes, ou hommes chargés de maintenir l'ordre dans l'état. On les choisissoit, comme les éphores de Sparte, parmi le peuple; les derniers de cette classe pouvoient étre elus. C’étoit parmi ceux qu'on.choisissoit les sénateurs, qui n’étoient responsables de rien tant qu'ils étoient cosmes , mais qui devenoient respônsables aüssitôt qu'ils prenoient place dans le sénat. Ces magistratures étoient assez bien balancées. On ne sait combien de temps elles durèrent , ni s’il y en avoit dans chaqu ville, ni quel étoit le lien qui unissoit les cités pour en faire un corps pohtique.

Vraisemblablement , depuis l'abolition de la monarchie, jamais il n’y a eu d'union fédérative entre les Crétois. On attribue aux guerres perpétuelles qui regnoient entre eux leur granüe habileté à se servir

de l'arc et de la fronde. Il y avoit peu de puissance:

belligérante qui ne tàchât d'attirer à son service des archers et des frnrideurs cretois. Une preuve qu'ils n'avoient at ne liaison entre eux comme corps de nation, c'est qu'on ne leur voit presque pas de guerre nationale avec les autres insulaires voisins; et que,

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