‹ Précis de l'histoire universelle ou Tableau historique [microforme]Chapitre 26 sur 38 · ÊTE · texte numérisé non relu

ÊTE

quand ils sortoient de leur île pour attaquer ou se défendre , ce n’étoit qu'avec des vaisseaux pour ainsi dire isolcs, et non en flotte, comme il. convient à un peuple lie par des intérêts communs.

[2929.—69.] Les Crétois préferoient la guerre de corsaire à toute autre; ils infestoient la Méditerranée , et troubloient la navigation jusque sur les côtes d'Italie. Cette conduite fournit aux Romains un prétexte spécieux d'attaquer la Crète, qui avoit toujours été parfaitement indépendante. Mais la vraie raison du sénat etoit la situation de cette île très-commode, dans quelque partie du monde, Europe, Asie ou Afrique , que les Romains portassent le thcâtre de la guerre. Ils changèrent son gouvernement , lui imposèrent un tribut , et en firent une province de l’empire. Les Ottomaus, qui, dans presque toutes les îles de ces mers, ont succéde aux Romains après les Grecs, sont devenus-maîtres de Candie, arrachée aux Veniticns , non sans peine, comme on le verra,

grande ile de la Méditerranée, vis-à-vis la côte de Cilicie. Habitans, Gouvernement. Rois.

Cyene , Où J’énus , formée de l'écume de la mer, aborda sur une conque marine, escortée des Ris et des Amours, ctoit aussi favorisée de Bacchus. Flle

donnoit et donne encore d'excellens vins, du miel, de l'huile, et suffisamment de ble. Le cuivre de Cypre étoit fort estimé. Il coula de lui-même lorsqu'on mit le feu aux forêts de l'île pour la rendre propre à la culture.

On croit que les Phéniciens la découvrirent les premiers, et y établirent une colonie qui la peupla. Plusieurs nations, Athéniens , Macédoniens, Arcadiens, et jusqu'à des Éthiopiens, y abordèrent et y portèrent leurs différentes mœurs. Ce mélange ne contribua pas à les rendre pures.

Le gouvernement étoit monarchique, mais l'île étoit partagée en plusieurs royaumes; de sorte que presque chaque ville avoit son roi.. Quelquefois, mais rarement, ces royaumes se sont réunis, et ont formé de toute l'ile une seule monarchie, qui s'est ensuite démembreée. Il a éte facile aux nations voisines de subjuguer chaque partie distincte, Les Perses , à ce qu'il paroît, sont la puissance qui a le mieux profité de

cette division. Ils y dominèrent tranquillement jusqu’à ce qu'un roi de Salamine, nommé Onésile, formât

une confédération de tous les rois de l'île , qui étoient auparavant comme vassaux des Perses, et à la tête de ses forces réunies se rendit redoutable aux oppresseurs.

Trahi et abandonné par deux rois, ses collègues , il fut tue dans un combat. Ses successeurs portèrent patiemment le joug des Perses , cependant sous la pfotection des Grecs, qui les abandonnèrent tout-à-fait à la paix d'Antalcide.

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Il y avoit alors neuf rois dans lie. Evagore 1J, roi de Salamine , se lassa d'être tributaire des Perses, Aidé de grandes richesses qu’il avoit amassces , il leva une forte armée, équipa une flotte, fut puissamment secouru par les Atheniens, et cependant n'obtint la paix qu'en se soumettant encore à un tribut. Sous les successeurs d'Alexandre, Cypre passa d'Antigone aux rois d'Égypte. Vicoclès, un des petits rois de Cypre, devint suspect au monarque égyptien. Sans autre préalable, celui-ci envoya en Cypre des assassins. Ils environnèrent Vicoclès, de sorte que, ne voyant aucun moyen d'échapper, il se Lua lui-même, Æxiathée, sa femme, instruite du sort de son mari , tua ses filles de’ ses propres mains, et se perça ensuite d'un poignard. À la nouvelle de ce massacre, les frères de Vicoclès furent pénétrés d'un telle douleur , que chacun mit le feu à son palais, et périt dans les flammes avec sa famille.

[2741.—257.] On s'attend qu'à la fin la république romaine engloutira l'île de Cypre, mais ce ne fut point par conquête. Elle jugea à propos d'employer plutôt le droit de succession bien ou mal fondé. Un Alexandre, chassé du trône d'Égypte, qu'il avoit usurpé, s'étoit retiré en Cypre, qui faisoit partie de la domination égyptienne, et fut encore expulsé de cette partie de son royaume par les Ptolémée , deux frères, dont l'un prit le sceptre d'Égypte, ct l’autre celui de Cypre. Ainsi dépouille, Alexandre , pour se venger, fit, en mourant, les Romains ses h&itiers. Probablement le moment n'étoit pas favorable pour

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faire usage du droit que la disposition testamentaire leur donnoit, ils laissèrent les Ptolémée tranquilles, chacun sur leur trône, et contractèrent même alliance avec eux. Mais le Ptolémée Cypriote eut la maladresse de refuser de l'argent au tribun Clodius dans un pressant besoin. Le magistrat romain imagina de faire revivre le droit de testament presque oublié. En le présentant au peuple, il eut soin de faire connoître qu’il y auroit de grandes richesses à partager. Cette considération étoit très-puissante auprès des ciloyens qui vivoient à Rome des depouilles des nations. Il leur parut très- juste que l'île de Cypre, si opulénte, appartînt à la république. Ainsi, quoique le Ptolémée régnant fût reconnu alliéet ami de Rome, quoiqu'il n’eût jamais rien fait qui pût lui attirer la haine de l’impérieuse république , le royaume de ce prince fut déclaré, par un décret, appartenir au peuple romain.

Clodius trouva trois avantages dans ce décret; le premier de se vengcr ; le second de plaire au peuple dont il avoit besoin ; le troisième d’éloigner Caton , dont la présence nuisoit à ses desseins ambitieux. Sans que Caton s'en doutât, le préteur lui fit donner le département de Cypre, et alla lui annoncer la décision du sénei en ces termes : « Le vice règne » en Cypre, ct le trône même en est souillé. Rome » a fait choix d’un homme d’une conduite irrépro- » chable pour y rétablir l'empire de la vertu. Allez

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» tion des mœurs. » Caton apercut le piége , et répondit : « La patrie elle-même est exposce à de bien » plus grands malheurs. Il ne m'est pas possible de » la quitter. — Puisque vous vous refusez , répliqua » Clodius , aux sollicitations de vos amis , il faudra » donc vous contraindre:-» Sur-le-champ il fit assembler le sénat , et Caton reçut ordre de partir incessamment et d'aller détrôner le roi.

Sans arinée , sans gardes, Caton se jette sur le premier vaisseau , aborde à Rhodes , écrit de là au foible roi , l'exhorte à se retirer paisiblement , et lui offre en dédommagement d’une couronne la souveraine sacrificature du temple de Yénus à Paphos, dont les revenus étoient fort considérables. Le moparque, effrayé de la seule idée d'une guerre avec les Romains, embarque ses richesses avec lui, et part dans le dessein de percer son vaisseau et de périr avec tous ses trésors. Mais les voir engloutir ! ce spectacle passe ses forces. Il revient à terre | remet précieusement ses chères richesses dans leurs coffres, et avale du poison: Caton prend possession de l’île de Cypre au nom de la république , et s'empare pour elle. des trésors du roi, qui montoient à près de trente millions.

Quand Clodius cessa d'être préteur , Cicéron proposa de casser les décrets rendus pendant sa magistrature. Cafon s'ÿ opposa , parce qu'il faudroit , dit-il , restituer aux Cypriotes les trésors qui avoient été emportés de leur île. Ainsi ce Cuton d’une vertu si sévère opina, en républicain avide , qu'il conve-

noit de ne point rendre à ces insulaires leur liberté, afin de pouvoir garder leur argent. Cypre a encore depuis tenté la cupidité de nouveaux républicains , aussi peu délicats sur la justice que les anciens.

île de la Méditerranée, entre le continent de P Asie

et l’Icarie. Habitans. Gouvernement. Polycrate. Méandre. |

Samos peut avoir trente lieues de tour. Le sol en est fertile, l'air sain. On y faisoit autrefois de la poterie recherchée. Il reste des ruines qui attestent la beauté de quelques villes , entre autres de Samos , la capitale. Près d'elle étoient un superbe temple dédié à Junon , la déesse tutelaire de l’île ; un acquéduc qui traversoit une montagne et portoit des eaux saines à Ja ville; un môle de cent pieds de haut qui s'avancoit de deux stades dans la mer. Un ouvrage si extraordinaire dans des temps fort reculés prouve le goût des Samiens pour la navigation. On dit qu’ils construisirent les premiers des vaisseaux propres à transporter la cavalerie.

Des Cariens et des insulaires voisins ont été. les premiers habitans de Samos. L'île étoït de la conféderation ionienne. Le gouvernement a été monarchique , ensuite républicain sous un sénat démocratique , oli-

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garchique, et sans doute souvent anarchique, puisque les insulaires furent agités par des troubles domestiques. La guerre civile la plus remarquable fut occasionnée par des nobles nommés Géomores , qui privèrent le peuple de ses terres, et les partagèrent entre eux. Dans une guerre qui survint ils confièrent le commandement des troupes à neuf généraux , dont ils n'avoient pas sans doute éprouvé les dispositions ; car ses commandans, se trouvant à la téte des troupes , passèrent les Géomores au fil de l'épée , et retablirent la démocratie, à laquelle succéda bientôt la tyrannie, qu'un nommé Sylason eut l'adresse d'établir , en attirant le peuple hors de la ville, sous prétexte d'une procession, et ne le laissant rentrer dans ses maisons que désarmé et soumis. Le peuple reprit son, empire, ct fut ensuite remis sous le joug par Polycrate , fameux tyran de Samos.

[2431.—567.] Il parvint à la souveraine puissance par un complot forme avec ses frères, auxquels il promit de partager l'autorité avec eux. On dit qu'ils commencèrent leur entreprise seulement au nombre de dix , qui semparèrent de la citadelle , et soutintent les premiers efforts des Samiens. Le tyran de Naxe , Île voisine , envoya à propos du secours à ces frères. Polycrate monta sur le trône , mais il n’y voulut pas de collègues , et se défit de ses frères , des uns par la mort, des autres par le banuissement , et traita de même les grands qui lui avoicnt été contraives. Ainsi il fut maître chez lui , et le devint bientôt chez les autres. On sait le trait d'Amasis ,

roi d'Égypte , son allié , qui lui conseilla de se pro=

eurer quelque malheur pour rompre le cours d’une prospérité trop constante , craignant pour lui un fàcheux retour de la fortune. Polycrate ne put obtenir ce malheur nécessaire à sa prospérité. Il devint un conquérant redouté de ses voisins. Son alliance étoit recherchée : s’il éprouvoit quelques petits échecs, défisitivement ” ; tournoient à sa gloire. Trop de confiance le perdit. Accoutumé à réussir dans toutes ses entreprises , il donna dans un piége que lui tendit un gouverneur perse, piqué de se voir effacé par le roi d'une petite île comme Samos. Ce gouverneur l’attira dans son gouvernement et le fit erucifier. Au titre de tyran pris, Polyerate fut un grand prince , bon général , politique habile. Jamais Samrs ne fut aussi florissante que pendant son règne. Ænaeréon vivoit de son temps. Une cour qui goûtoit ce poëte ne devoit pas être dénuée de plaisirs.

[2496.—522.| Méundre, secrétaire et ministre de Polycrate, lui succéda. Il eut dessein de rendre aux Samiens leur liberté. Pendant qu'il en faisoit ka proposition dans: l'assemblée du peuple, Télescarque, un des principaux habitans, se leva, et lui dit qu'il feroit bien mieux de commencer par rendre compte des deniers publics qu'il avoit maniés. Sur ce propos , Méandre se dit à lui-même : « Si on me tient ». un pareil discours maintenant que j'ai l’autorite en » main, que sera-ce quand j'aurai abdiqué? » et il

garda la couronne. Elie ne lui resta pas long-temps.

‘Un des frères de Polycrate, quirn'avoit été qu'exilé,

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SAMOS. 10 la lui cnleva, Plusieurs de ses successeurs regnèrent, les uns peu connus, les autres avec quelque réputation, sous la protection des Perses, et alliés tantôt des Atheniens, tantôt des Lacédémoniens. Cet état, déjà dégencré, fut suivi d'un état pire encore, sous les rois de Macedoine, de Syrie, de Pergaine. Les Samiens étoient entraînés dans les grandes révolutions, sans être presque remarques. Ils tombèrent ainsi entre les mains des Romains, comme faisant partic des ctats d'Eumène, légucs à la république. Auguste leur rendit la liberté et l'usage des lois dont ils avoient joui un moment pendant leur alliance avec les Atheniens , mais #’espasien enveloppa Samos dans Îles îles grecques, dont il fit une province romainc.

Cyclades et Sporades, dans l’ Archipel. Proconèse. Ténédos. Lesbos. Chio. Cos. Théra. Céos. Sériphe. Mélos. Siphano, l'Argentière. Anti- Paros. Naxe. Paros. Syros. Délos. Lemnos.

Samothrace. Corcyre. Leucade. Cythère. E gine. Salamine. Eubée.

Les îles grecques sont partagées en deux divisions générales : les Cyclades, ainsi nommées du mot grec qui signifie cercle, sont celles qui en forment un autour de Delos, l'île d' Apollon. Les Sporades s'ap-

pellent ainsi du mot grec qui signifie semer, parce qu’elles sont loin du cercle de Délos , semées comme confusément sur la surface de la mer. Il ÿ en a qu'il seroit même inutile de nommer, s’il n'en étoit pas quelquefois mentien dans l'histoire grecque.

La Proconèse , sur la côte de Thrace, vis-à-vis Cysique, connue par ses beaux marbres; ce sont eux qui recoivent le poli. le plus fini. Constantin n'en vouloit pas d'autre pour embellir sa nouvelle ville.

Ténédos, vis-à-vis l'ancienne Troie, peut avoir neuf lieues de tour. C'est de cette île que partirent les serpens à longs replis tortueux qui vinrent dévorer Luacoon et ses fils; derrière elle se cachèrent les Grecs, quand ils feignirent de lever le siège de Troie. Ses habitans aimoient beaucoup la justice. On disoit en proverbe la justice ténédienne, pour dire une justire sévère. L'île produit le vin muscat le plus délicieux du Levant. Justinien en fit un entrepôt pour les bles qui se transportoient à Constantinople. Elle a appartenu aux Perses, aux Atheniens, aux Lacédémoni. 55, aux Romains, et enfin aux Turcs.

Lesbos peut avoir cent vingt lieues de tour; elle a produit Arion, qu'on regarde comme l'inventeur de la lyre; Thcophraste, chef de la philosophie péripatcticienne , après Aristote; Pittacus, un des sept sages de la Grèce; lcée, poëte lyrique ; Sapho, la dixième muse; Terpandre, qui donna une septième corde à la lyre; Hellanicus, historien celèbre; Callias, laborieux commentateur d’Æ/cée et de Sapho; Diophane, fameux rhéteur, et beaucoup

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