‹ Précis de l'histoire universelle ou Tableau historique [microforme]Chapitre 38 sur 38 · SOS · texte numérisé non relu

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assurât aux enfans qu'il avoit eus. d'elle les trônes qu'il leur avoit distribués. Octave ne faisoit que des réponses équivoques. Son but étoit d'avoir les amans en sa puissance. En avançant il-négocioit toujours, sans négliger les moyens de force et de surprise. Peu s’en fallut qu’ Antoine, amusé par des espérances, ne tombât dans. ses filets. Alors, semblable à un animal féroce qu'on poursuit dans son dernier repaire, il se jette en furieux sur ceux qui vouloient l'investir, les écarte et en fait un grand carnage. Ce fut le terme de sa résistance. Outre la négociation qui étoit commune à Octave et à Cléopatre, la reine.en entretegoit une particulière avec Octave, qui lui insinuoit l’idée d'abandonner Æntoine, peut-être même de le livrer. A ce prix il lui promettoit tous les avantages qu'elle pouvoit désirer. En attendant , il demandoit tantôt une ville, tantôt une autre , enfin les meilicures places d'Égypte; et la reine, trompée ou séduite, les remettoit entre ses mains. Furieux d'une trahison dont il croit ne pouvoir plus douter, 4ntoine veut immoler la perfide. Elle s’etoit retirée dans les tombeaux des rois d'Égypte, où elle s'étoit renfermée avec deux femmes et une esclave. De à elle fait dire à son amant qu'elle s'est donné la mort. À cette nouvelle, des transports de la colère il passe à la douleur la plus vive. Incapable de supporter l'idée. de vivre sans son amante, il appelle un esclave dont il connoissoit la fidélité, lui met un poi-

. gnard entre les mains. « Vois-moi, lui dit-il, pour la

» dernière fois : frappe. » L'esclave prend le poi-

gnard, se frappa lui-même, et tombe. #ntorne reprend le poignard, se frappe à son tour, se fait une large blessure, et tombe aussi baigné dans son sang. Ses amis accourent, il les cônjure de l'achever. Tous sont saisis d'horreur et de pitié, et le laissent palpitant auprès du cadavre de son esclave.

Cléopâtre apprend ce désespoir , et qu'#ntoine n'est pas mort. Elle lui envoie son esclave annoncer qu'elle vit et qu'elle désire le voir. A cette invitation, Je mourant se raninté’, laisse panser sa blessure , ct ordonne qu'on le transporte près de son amante. Comme elle n'osoit ouvri de peur d'être surprise par les émissaires d'Octave, elle descend des cordes avec lesquelles on lie Æntoïne ; la reine , aidée de ses deux femmes, l'élève jusqu'à une fenétre. Il lui tend ses bras défaillans , elle l’introduit dans son apparlement. Les gémissemens , les cris funèbres qu'on entendit quelque temps après apprirent aux Alexandrins , arrivés en foule à cc :ctacle, que l’infortuné avoit peu survécu au plaisir de voir encore une fois celle qu'il adoroit.

La reine s'opiniâtra à rester dans son tombeau : elle y avoit fait transporter des matières combustibles, aromates et bois précieux, pour s'y consumer, si on tentoit de lui faire violence. Élle vouloit obtenir la couronne pour ses enfans, et redoutoit plus que la mort d'étre attachée au char d'Octave et traînée en triomphe à Rome. Afin d'obtenir lun et d'éviter l’autre , elle regardoit comme très-important de rester maîtresse de son asile. Elle n'y laissoit

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lave qu'à travers la porte. Mais, pendant qu'un d'entre les négociateurs l'occupoit à cette porte par des propositions , un autre entre par Ja fenêtre qui avoit servi à Antoine. Se voyant surprise , elle arrache son poignard de sa ceinture et veut s’en frapper. On l'arrête , et on prend les précautions necessaires pour prévenir les effets de son désespoir.

Elle demande à voir Octave. On prétend qu’elle avoit dessein de lui inspirer de l'amour : rien en ce genre ne doit étonner dg la part de Cléopätre. Quand il parut, elle se jeta à ses pieds dans un désordre concerté. Il la releva et lui dit froidement : « Madame, » ne vous desesperez pas, on ne vous fera point de » mal. » Tant qu'elle lui parla , il ne leva jamais les yeux sur elle, et les eut toujours fixés à terre. Tant de discrétion , tant de crainte ou de mépris de ses charmes lui firent clairement connoïtre ce qu'elle avoit à redouter. Elle se prépara avec fierté à se sous traire au sort honteux qu'on lui réservoit.

Un repas magnifique fut ordonné. Elle y invita ses amis, en fit les honneurs avec sa gaîte et ses grâces ordinaires. Elle écrivit ensuite un billet à Octave, Chargea le plus incommode de ses surveillans de le porter promptement , et se retira dans le fond de son appartement avec ses deux femmes. Sous des figues qui trompèrent la vigilance des gardes, elle s'étoit fait apporter une espèce de serpent particulier à l'Égypte. Sa morsure introduit dans les veines un venin qui cause un sommeil léthargique , et tue promptc-

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ment sans douleur. La reine d'Égypte se couche sur un lit de repos et se fait piquer. Octave accourt

effrayé par son billet, se fait ouvrir la porte et la -

trouve couverte de riches habits , parée comme pour un jour de fête. Une de ses femmes étoit morte à ses pieds .du même poison, l’autre expiroit. Les horreurs du trépas étoient si peu empreintes sur le visage de Cléopätre, qu'Octave ne la crut qu'assoupie;, mais à fit de vains efforts pour la rappeler à la vie. Il ordonna qu'on lui fit des funérailles royales , et qu'on l’enfermât dans un même tombeau avec 4ntoine , comme ces deux amans l'avoient désiré, Avec elle fut ensevelie la gloire de l'Égypte y qui devint une province romaine, et qu'on verra encore plus .avilie sous les Turcs. :

ARMÉÈNILE.

Les deux Arménies, entre la Mésopotamie, la Cappadoce , l’Ibérie, l'Albanie, la Médie et la Syrie. Terroir et mœurs. Tigrane. Artuasde.

Rhadamiste et Zénobie. :

Les pays situés entre l'Arabie déserte , le Pont- Euxin ;: la Tartarie asiatique et nomade, l'Inde cet la . Perse, étoient peu connus avant Ælxandre , et le seroient encore moins depuis ses conquêtes, si plu- .. sieurs monarques de ces petits royaumes n’avoient

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eu contre les Romains des gucrres qui les ont rendus célèbre.

La grande Arménie est séparce de la petite par le mont Caucase. Toutes les deux sont hcrissées de montagnes d'où sortent le Tigre, l'Euphrate et d'autres grands fleuves. Les bois et les marais rendent ce pays très- froid. Il n'est pas étonnant d'y voir la neige couvrir subitement les campagnes dans les mois

les plus chauds. Cette température nuit à la fertilité.

On croit les anciens habitans descendans de Jephet. Certainement ils sont les premiers du monde, si l'arche de Noë s'est arrêtée sur une de leurs montagnes, comme ils le prétendent. On retrouve chez eux l'usage des sacrifices humains et des prostitutions religieuses. Leurs mœurs étoient agrestes ct sauvages. Celles des Arméniens modernes ont été adoucies par lc commerce , pour lequel ils montrent une singulière habilete. Ce sont les facteurs de l'Orient. Ils emploient les caractères syriaques et parlent deux langues, celle du peuple et celle des savans. La seconde n’a, disent-ils , aucune analogie avec les langues orientales; elle est remarquable par une énergie particulière , et par les termes d’art et de science qu'elle renferme. C'est elle qui.est employée dans la liturgie, On est regardé par ces peuples comme un homme admirable quand on la possède; il faut la savoir pour être

admis parmi les vertabiets ou prêtres, pour lesquels

les Arméniens ont une profonde vénération. Le gouvernement a toujours été monarchique , et il est si nécessaire au pays, que, quand les rois ont manqué,

par mort , expulsion ou autres causes, il s’est toujours trouvé des hommes qui ont relevé ces trônes abattus , s'y sont placés et maintenus.

[2834.— 164.] Les successeurs d’Ælexandre confièrent le gouvernement de l'Arménie à deux chefs. Sous Æ#ntiochus le Grand, Zadriade et Artaxias, qui exerçoient cet emploi, se concertèrent pour lever ensemble l'étendard de la révolte, et se firent rois chacun de leur gouvernement. Ils soutinrent la guerre avec succès, et réunirent à leurs etats beaucoup de provinces voisines qui en firent un royaume considérable. Alors ils le divisèrent entre eux. Une partie échut à Artaxias sous le nom de grande Arménie ; la petite echut à Zadriade. Antiochus ne leur avoit pas tranquillement laisse faire leurs conquêtes et leur partage, mais il fut obligé de céder à leur union. Il les reconnut rois par un traite. Afin de lui ôter toute tentation de les inquicter, ils eurent la précaution de s'appuyer de l'alliance des Romains.

[2914.—84.] Ces alliés étoient souvent dangereux. Tigrane, qu'on a surnomme le Grand, grand à la vcrité dans le bonheur, mais petit dans l’adversité, conçut, en montant sur le trône, le hardi projet de former une confédération pour mettre des bornes à l'ambition de ces dangereux républicains. Il trouva dans Mithridate, roi de Pont, un prince très-disposc à le seconder. Un décret du sénat venoit d'adjuger à Ariobarzane la Cappadoce, que Mithridate avoit revendiquée. Ce fut le sujet de la guerre dont les rois de Pont et d'Arménie réglèrent ainsi les conditions ,

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que le premier auroit les conquêtes, le second les esclaves et les dcpouilles. La main de la fille de Mithridate, donnée à Tigrane, scella cet engagement. Le succès ne se fit pas beaucoup acheter. Ariobarzane s'enfuit à Rome, abandonnant ses états. Un des fils de Mithridate fut mis à sa place, et Tigrane ewmporta un butin immense.

On a vu que pendant l'anarchie qui désola l'empire expirant de Syrie Tigrane fut engagé par les peuples à en recevoir le sceptre. Il le porta dix-huit ans avec gloire; pendant ce temps il augmenta son royaume d'Arménie des parties qui échappoient à la Syrie. Mais Mithridate perdit la Cappadoce ; les Romains la lui enlevèrent, et la rendirent à Æ#ri0barzane, Tigrane la reconquit, et la remit à son beau-père. Il conduisit ses troupes victorieuses contre Les Grecs d'Asie, dont il tira de grandes richesses, et trois cent mille prisonniers, qu'il employa à bâtir Tigranocerte, dont il fit sa capitale,

Mithridute , toujouts ardent à susciter des ennemis aux Romains, envoya à son gendre 1 ::: ambassade dont le but étoit de leur faire, non pas une gucrre indirecte comme auparavant, en inquiétant leurs allies, mais de les attaquer eux-mêmes. À la tête de cette ambassade il avoit mis Métrodore, son conseil, plus son ami que son sujet, en qui il avoit une entière confiance. Tigrane, avant de se décider, voulut avoir avec lui une conférence particulière. Il le pria de lui dire ce qu'il pensoit de cette guerre. Métrodore se laissa gagner par ses instances, et il lui dit :

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« En qualité de chef d'ambassade, je dois vous en- » gager à embrasser le parti de Mithridate contre » les Romains; mais en qualité de particulier, je » pense que vous ne sauriez agir plus prudemment » que de conserver l'amitié d’un peuple puissant ct » redoutable. » Tigrane fut charmé de la sincérité de l'ambassadeur. Croyant que Mithridate, en étant änstruit, l'en estimeroit davantage, il lui fit part de la conversation. Métrodore mourut subitement en xctournant dans les états du roi son maître. On a soupçonné qu'il fut empoisonné. D'où l’on peut conclure deux choses : la première, qu’on ne doit jamais charger d’une négociation un homme qui n'est pas bien convaincu de ce qu'il va dire; la seconde, qu'il est dangereux de croire que ce qu'on trouve avantageux pour soi sera regardé de même par leÿ autres.

“Tigrane profita de l'avis et ne voulut point prendre part à cette guerre, du moins ouvertement; mais, à la sollicitation de son épouse, il laissa passer quel- ‘ques-unes de ses troupes au service de son beau-père. Le roi de Pont fut vaincu et forcé de se retirer chez son gendre. Celui-ci ne lui refusa pas un asile, ni même tous les agrémens qu'on peut procurer à un malheureux réfugié; mais il affecta de ne pas le voir, et se remit à faire des conquêtes. Il soumit la Mesopotamie, la Phénicie et les pays maritimes d'Asie jusqu'aux frontières d'Égypte. Soit que ses victoires inquiétassent les Romains, soit plutôt que les trésors de l'Arménie, grossis des richesses de tant de contrées

opulentes subjuguées, tentassent la Cupidité de Lucullus, ce général romain, qui avoit envahi le royaume de Pont, jugea à propos de chercher querelle au roi d'Arménie sur l'asile qu'il donnoit à Mithridate, et demanda qu'il lui fût livré. Cette prétention révoh tante rapprocha le gendre du beau-père.

Ils convinrent d'un plan d'attaque et de défense ; mais leurs mesures furent déconcertées par la promptitude de Zucullus. 11 tomba comme la foudre sur l'Arménie. De ce moment Tigrane ne fut plus ce grand général qui subjuguoit les empires. On le vit non-seulement se retirer devant les Romains, mais encore donner souvent lui-même à ses soldats l'exemple de la fuite. 11 fut battu dans des rencontres : il perdit des batailles. Ses villes, sa capitale même, furent prises, ses trésors pillés. Quoique encore maître de disposer d’armées immenses, jetant son manteau royal, arrachant et cachant son diadème, il fuyoit devant des troupes si peu nombreuses, que lui-même un jour plaisanta de leur audace. Comparant ses deux cent mille hommes avec les onze mille du général romain, les voyant venir à lui tête baissée, il dit : « Si » ce sont des ambassadeurs, ils sont en trop grand » nombre; s'ils viennent pour nous combattre, ils » sont trop peu. »

La frayeur s'étoit tellement emparée de Tigrane, et avoit tellement suspendu toutes les facultés de son âme, qu'il ne songea même pas à profiter de la mésintelligence qui se mit dans les troupes de Zucullus Elles s'aperçurent que ce général ne songeoit qu'à sa

fortune particulière, et qu'elles n'étoient que les in« strumens de sa cupidite. Après beaucoup d'expéditions imfructueuses pour ses soldats, un jour qu'il voulut les faire marcher à une nouvelle conquête, pour tonte réponse ils montrèrent leurs bourses vides. Cependant il les apaisa, et il marchoit, non à de nouvelles victoires, mais à de nouveaux trésors, lorsqu'il apprit que Pompée venoit le remplacer. Les deux généraux se virent. Zucullus reprocha à Pompée son ambition. Pompée veprocha à Lucullus son avarice, et tous deux, disent les auteurs, avaient raison.

On convient que, dans l’état d'afloiblissement où se trouvoit Tigrane, réduit presqu'à quelques villes , il ne restoit plus à Pompée que des expluits peu dignes d'un si grand général. La facilité de son expédition fut encore augmentée par un malheur qui survint au roi d'Arménie, Un de ses fils, du même nom que lui, se révolta si ouvertement, qu'il mena à Pompée des troupes contre son père. Ce dernicr coup accabla le malheureux Tigrane, et lui fit prendre la résolution de se remettre entre les mains de Pompée et de s'abandonner à sa générosité.

Ce fut un spectacle bien flatteur pour les Romains de voir ce roi d'Arménie qui se faisoit servir par des rois, qui , en donnant audience, avoit à chaque côté de son trône deux monarques auxquels la posture la plus soumise étoit prescrite, de le voir arriver sans gardes dans leur camp. Deux licteurs lui firent mettre pied à terre, sous prétexte qu'il n'étoit pas permis d’y entrer à cheval. Il leur remit son épée. Pompe

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venoit à pied au-devant-de lui; Tigrane, l'apercevant , arrache son diadème , et se prosterne. Pompée , touché et ému , le reçoit dans ses bras , et replace la couronne sur sa tête. Son fils étoit présent à l'entrevue. Pompée , dans le dessein de tenter une réconciliation , l'invite à souper avec son père. Mais, soutenant, la ferocité de son caractère, le fils ne s'y trouva pas. Cette conduite plus qu'indécente disposa Pompée eñ faveur du père. Le lendemain il les entendit l'un et l'autre, plaidant devant son tribunal. Le juge rendit à Tigrane l'Arménie et la Mésopotamie, à condition de payer une somme stipulée pour les frais de la guerre. Quant au fils, il n'eut que deux provinces peu considérables , qu'on dépouilla auparavant des richesses qui y étoient accumulées. Le vainqueur les destina à acquitter une partie des sommes imposées au roi.

Ce jugement déplut au prince , si mal payé de sa rébellion. Du camp , d'où il ne lui étoit pas permis de sortir , il envoie des personnes de confiance pour engager les provinces de son partage à ne pas laisser sortir leurs trésors. Pompée le fait charger de chatnes. Dans cet état il fomente encore des troubles, excite sous main le roi des Parthes, dont il avoit épousé la fille, à fondre sur les Romains. On sut méme qu'il avoit tramé une conspiration contre la vie de son père. Le général romain, justement indigne de ces perfidies, le fait partir pour Rome comme un vil prisonnier. Zigrane resta toute sa vie fidèle aux Romains. Ce ne fut pas un attachement de poli-

tique, il paroït avoir été sincère. Ille poussa jusqu'à refuser un asile à Mithridate lorsqu'il fut vaincu par Pompée; ligrane promit même une récompense à ‘ceux qui lui apporteroient sa téte. Étoit-ce envie d'obliger les Romains , ou vengeance des malheurs dans lesquels son beau- père l'avoit précipité ? Il mourut dans une longue et heureuse vieillesse, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans.

[ 2962. — 36. | Le règne d'A#rtuasde, son fils, fut très-court. La gucrre se déclara contre lui et contre un autre 4rtuasde , roi de Médie , et il réussit à y faire centrer le triumvir Marc-Antoine, Mais les deux rois font ensuite la paix. Celui d'Arménie n’en avertit pas le général romain , son allié; au contraire , il l’engage à atiaquer la Médie, et s'offre à lui servir de guide pour pénétrer dans le royaume d'Ariuasde. Apparemment cette perfidie étoit concertée entre les deux monarques, comme une condition de leur accommodement. En conséquence, Artuasde YArménien se met avec ‘une nombreuse escorte, en qualite de guide , à la tête de l'avantgarde d'Antoine, forte de vingt mille hommes, commandée par Sfatien , son lieutenant , et la mène par des pays si affreux, que bagages el machines de eucrre, tout reste dans les chemins. Arrivée en M£die, dénuée de tout ét harassée , cette avant-garde se trouve en tête les Parthes et les Mèdes, qui en font un horrible carnage. Æntoine vole au secours de ses soldats, ramasse ce qu'il peut de fuyards, échappe lui-même avec peine aux vainqueurs, ct

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ramène son armée en Arménie après une marche désastreuse.

Artuasde vint au-devant de lui avec une armée florissante. Ce n'étoit pas le moment de témoigner son ressentiment. Æntoine dissimule et le comble d'amitiés. A force de caresses et de promesses, il obtint des quartiers d'hivers en Arménie, Quand ses troupes y sont bien établies , il retourne en És pte. De là il écrit à #rtuasde, et le prie de venir le trouver pour concerter ensemble la campagne prochaine. Celui-ci , écoutant une juste défiance, que malheu-

reusement il ne poussa pas assez loin , répond qu'il

ne peut quitter son rogaume, que des affaires importantes l'y retiennent nécessairement. Æntoÿre ne se rebute pas, et propose lé miâriage d'Ælexandre, qu'il avoit eu de Cléopatre, avec. la fille du roi d'Armc-

nie, Les pourparlers:se multiplient. Æntoine rejoint

son armée, renouvelle ses instances, ses confidences, ses prières à Artuasde.de venir l'aider de ses conseils. Ærluasde cède, se rend au camp , est sur-lechamp arrêté , et forcé , pour éviter des traitemens plus rigoureux , d'indiquer de dieu où.etgicnt caches

‘cs trésors. Le général romain s'en empare ; traîne lé malheureux monarque , sa femme et ses enfans,

chargés de chaînes d'or. aux pieds de Cléopatre dans Alexandrie. Il leur avoit donne ordre de l'appeler la reine des rois. Mais ni Ærtuasde , ni aucun des pri

*sonniers de sa nation, ne voulurent la saluer de ce

tie, Antoine douna la couronne d'Arménie à son

fils Ælexandre , et fit trancher la tête à Ærtuasde, justement puni de sa perfidic. | |

[ 2967. — 31. | Les rois d'Arménie devinrent si petits devant les généraux romains qui gouvernoient l'Orient, qu'on peut les regarder comme de vrais fantômes de royauté. Les empereurs se jouoicnt de leur sceptre. Auguste fit succéder à Tigrane troisième son neveu Artuasde. Les Arméniens le chassèrent , parce qu'il étoit du choix des Romains, qu'ils détestoient. Caius, fils adoptif d’ Auguste ; le rétablit, fut contraint de l'abandonner, accorda à l'Arménie Ariobarzane ; qu'elle demandoit. Les Parthes la subjuguèrent. Tibère soutint contre eux Mithridate Ibère:; frère de Pharasmane , roi d'Iberie. Caligula renver$a du trône ce Mithridate, et le fit conduire à Rome chargé de chaînes. Claude le délivra, et lui donna des troupes pour chasser de son royaume les Parthes, qui s’en étoient emparés. Son frère Pharasmane l'aida puissamment dans cette entreprise, mais lui fit payer cher ses services.

Pharasmane avoit un fils, nommé Rhadamiste, prince de la plus grande espérance, plein de valeur et de courage. Il joignoit à ces qualites brillantes une ambition dont son père craignit les effets. Ces sortes de caractères ont besoin d'un objet sur lequel ils puissent s'exercer. Pharasmane tourna l'ambition de son fils sur l'Arménie : « Ce royaume , disoit-il , » que j'ai conquis sur les Parthes, j'ai eu tort de le » remettre à Mithridate, mon frère ; c'est à vous,

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» mi fils, qu'il doit appartenir. » Pharasmane et Rhadamiste concertent la mamière la plus facile de parvenir à leur but. Ils font éclater une espèce de division entre eux. Le fils sc plaint de son père, des artifices d'une belle-mère qui le tourmente, et demande à son oncle un asile pour vivre tranquille. Le crédule Mithridate récoit ce serpent ; et le rechaufte dans son sein. Rhadamiste , durant son sejour , emploie le temps à fomenter les mecontentemens de quelques seigneurs ; et à préparer une rébellion. Quand tout -est concerté , il se dit réconcilié avec son père , et retourne auprès de lui.

* Alors, sous un de cés prétextés qui ne manquent jamais | Pharasmane centre en Arménie. En même temps la révolte éclate. Mithridate, troublé, croyant ne voir autour de lui que des traîtres, se renferme dans une forteresse sous la garde d'une garnison romaine. Rhadamiste l'assiége; l'oncle est obligé d’en venir à une conférence avec son neveu hors dés murs. Rhadamiste ‘jure par tous les dieux que Mithridate n'aura à craindre ni le fer ni le poison. Près du lieu de l’entrevue se trouvoit un bosquet sacré ; le neveu y ‘entraîne son oncle pour consacrer son serment par la cérémonie usitée en Arménie. Elle consistoit à lier fortement ensemble les pouces des contractans ; à les piquer et à sucer le sang l'un de l’autre, Au moment que Mithridate presentoitrläimain à la ligature , ilest‘renversé et garrotté de cette même corde qui devoit servir au rite rélisicux. Sa famille,

qui ctoit présente , est arrêtée avec lui. Pharasmane , instruit du succès de la perfidie , arrive ; il reproche à son frère d'avoir empêché les Romains de le secourir dans une guerre contre les Albaniens : en punition de ce prétendu crime , il le condamne à la mort. Rhadamiste se.rend executeur de cette cruelle sentence, Mais, comme il avoit par serment garanti son oncle du fer et du poison, il le fait étoufter sous.ses' yeux. La femme de Mithridate , fille de Pharasmane, et par conséquent. sœur de. Rhadamiste, et plusieurs enfans qu'elle avoit, subirent le même sort,

Cette barbarie ne resta pas impunie. Pologèse, roi des Parthes , prétendoit avoir des droits sur l'Arménie. Ayant appris la mort funeste de Mithridate, et les troubles qui en étoient une suite, il crut le moment propre à les.faire valoir. Il donna la couronne d'Arménie à son frère Tiridate, et appuya le nouveau roi d’une armée qu’il commandoit en personne. Rhadamiste défendit mal ce trône si horriblement usurpé. Il fut chassé par le roi des Parthes jusqu'en Illyrie , où il se réfugia auprès de son père. Des malheurs arrivés à l'armée de Vologèse par l'intempérie des saisons le forcèrent d'abandonner à son tour l'Arménie. Rhadamiste y revient : furieux d'avoir été abandonné par les Arméniens , il appesantit spn scepttesur eux , et les gouverne avec tant de dureté , qu'il 8e forme contre lui une conspiration si secrète, qu'il est surpris dans son palais. Ses

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gardes étoient désarmés avant qu'il eût rien appris de ce qui se passoit. Il n'eut que le temps de monter à cheval et de fuir.

Zenobie, sa femme , grosse de plusieurs mois, ne voulut pas l'abandonner ; mais sou état ne lui permettant pas d'aller aussi vite que lui, et craignant de tomber au poûvoir des ses sujets révoltés , elle prie Rhadamiste de la tuer. Le barbare , attendri pour un moment , tâche de ranimer le courage de la fugitive; mais, voyant que les forces lui manquoient , dans la crainte de la laisser dans la possession d’un autre, il la blesse de son épée. Elle tombe. Il la traîne dans une rivière voisine, et l’abandonne au courant. Des bergers, la voyant flotter sur l’eau où ses habits la soutenoient, l'en retirent: Elle n'étoit pas morte. On pansa sa plaie. Tiridate la fit venir à sa cour, où elle fut reçue avec les plus grands honneurs , sans doute peu empressée de retourner avec son mari, dont l’histoire ne parle plus.

Les guerres qui suivirent présentent un chaos presque inextricable d’expeditions militaires et d’intrigues. Les Romains y jouent le principal rôle, tantôt comme agresseurs , tantôt comme auxiliaires ; quelquefois Romains contre Romains , semblables à des animaux carnassiers qui se disputent leur proie. Les malheureux Arméniens, pillés, tourmentés , déchirés par des protecteurs avides, et par des voisins non moins ardens pour le butin, demandent des maîtres aux empereurs. Véron leur donne 4lexandre , petit-fils d'Aérode , roi de Judée. Mais Tiridute ,

toujours appuyé par F’ologèse , n'abandonnoit pas ses prétentions. 11 se soutint avec grandeur contre Corbulon , vainqueur , et traita avec cgards Prétus, vaincu. Ceite conduite noble lui mérita l'estime des Romains. :Véron abandonna son fantôme de roi Alexandre. 11 voulut mettre lui-méme la couronne sur la tête de Tiridate. Cette cérémonie se fit à Rome avec la plus grande magnificence. Tiridate rendit l'Arménie heureuse. Les princes qui lui succédèrent furent moins des rois que des vassaux de Fempire. L'Arménie resta cependant royaume , jusqu'à ce que Trajan, y ayant réuni la Mésopotamie , en fit une province romaine. Dans la décadence de l’empire , il reparut des rois reconnus feudataires de Constantin et de ses successeurs. Les Armeniens ont été assujettis par les Sarrasins , ensuite par les Turcs, après par les Tartares ; sous toutes ces dominations , on voit en Arménie des traces de royauté. On en trouve jusque sous la domination des Perses, qui, sous le règne de Sha-4bas , ont cause une énorme dépopulation en transportant un grand nombre d'Ar: méniens à Zulpha, faubourg d'Ispahan, leur capitale. Il se sont partagé ce royaume avec les Turcs, qui nomment leur division Turcomanie. Mais jusqu'à nos jours il a reparu des rois ou princes d’Arménie qui ont inquiété les despotes conquérans. Quant à la petite Arménie , la plus agréable et la plus fertile des deux , abondante en fruits , en huile, en vins estimés, elle n’a pas été long-temps séparée de la grande. Après avoir eu trois rois successeurs de

succéc d'Arm sœur

un rOi Bosph Granc V'esp:

suite

Turcs nech.

ARMÈNIE. 389 Zadriade , elle se trouva enveloppte dans tous les malheurs de la grande Arménie, livrée comme elle aux déprédations des rois voisins , ou des Romains, qui se la disputèrent. Pompée , dans le temps de sa grande puissance , la donna à Déjotare , voi de Ga-: latie. La reconnoissance que le monarque devoit à ce géncral lui fit embrasser le parti de son bicnfaiteur dans la guerre contre César. Celui-ci lui pardonna à la prière de Brutus. Quand ce Romain eut tué le dictatcur, Déjotare envoya des troupes à ses meurtriers. Les triumvirs lui firent payer par une grosse amende et la distraction de quelques provinces son attachement au parti qui fut malheureux. 11 se soutint avec dignité pendant les factions , ami intime de Cicéron, et cependant considéré par Octave. Déjotare parvint à une extréme vieillesse. Dans son fils qui lui succéda s'éteignit sa famille. Leur couronne, tant d'Arménie que de Galatie , passa à des enfans de la sœur du dernier, de là à un roi de Médie , puis à un roi de Pont , à des princes de Cappadoce et du Bosphore , à Æristobule , petit-fils d'Hérode le Grand , à Tigrane , et devint province romaine sous V'espasien. Elle fut attachée à l'empire d'Orient , ensuite aux Persans. Elle leur a été enlevée par les Turcs , qui la possèdent encore sous le nom de Géncch.

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