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Jes obtenir qu'à titre d'emprunt, à l'exemple de Plladelphe, son père, il en faisoit tirer de superbes copies qu'il renvoyoit, el gardoit les originaux. Reveuant de son expédition de Syrie, il passa par Jérusalem , voulut voir:les céremonies religieuses, et offrit des sacrifices au Dicu d'Israël. Le-collecteur de ses impôts Ctoit un Juif, nommé Joseph, qu'on peut regarder comme le patriarche des traitans.. Il étoit neveu, du grand-prêtre Onias , et venoit. en Égypte excuser son oncle auprès du roi, auquel on avoit porté quelques plaintes. Dans son voyage il fit rencontre de riches financiers qui venoient à la cour se proposer pour adjudicataires de la ferme des impôts .de la Celésyrie. Ils voyageoient somptueusement, ct Jui au contraire marchoit avec beaucoup de simpli- cité. La modestie de son équipage attira leurs railleries, Comme ils le trouvèrent à cet égard de bonne composition, ils l'admirent dans leur compagnie. Joseph les écouta., pénétra leurs projets, découvrit les moyens, les inconvéniens, les ressources, se présenta à l'adjudication, fit son enchère , et obtint la préférence. Il mit apparemment dans la. perception des raffinemens qui ne plurent pas aux contribuables, puisque le roi fut obligé de lvi donner deux mille hommes de garde pour l’appuyer. Il s enrichit prodigieusement, et s’en retourna ensuite dans la Judce jouir de sa fortune loin de l'Ég gypte, sans craindre la malédiction des peuples qu'il avoit ruinés.
[ 2782. — 216. | L'esprit , fatigué des horreurs qui désolent la Syrie, a pu se reposer pendant les
trois 1 ces tr répro( lecteu {or , fait m cle s croyo on lui c'étoit femin frère c fit mor la tête Cléom donné qualite sibe, 1 fit par gas ; dans l' lopato toit m:
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horreurs ndant les
trois règnes des Ptolémées en Égypte ; la conduite de ces trois p'inces n'est cependant pas exempte de tout réproche ; mais les règnes qui suivent préparent au lecteur de nouvelles angoisses. Ptolémée Philopator, cet ami de son père , est soupçonné de l'avoir fait mourir pour régner plus tôt. L'imputation, quand ce seroit mal fondée, est une preuve qu'on ne croyoit pas l'amour filial sa vertu favorite, et que, si on Jui a donné un nom qui lui en faisoit honneur, c'étoit par ironie. On l’a appelé aussi Tryphon ou l’efféminé, et noté d'une mollesse infäme. Il avoit un frère estimable, nommé Magas ; il le craignoit et le fit mourir. Le glaive fut quelque temps suspendu sur la tête de ce malheureux par les remontrances de Cléomène , roi de Sparte, auquel Ævergète avoit donné un asile en Égypte. La prudence et les rares qualités de ce prince le rendirent redoutable à Sosibe, ministre et favori de Ptolémée. Les efforts qu'il fit par les raisons et les prières pour sauver Magas , Offrirent au jaloux Sosibe l’o. .asion de perdre dans l'esprit du roi le monarque réfugié, auquel Philopator avoit promis de s'intéresser. Philopator s'étoit même engagé à rétablir sur le trône de Sparte Cléomène, en l'appuyant du secours d’une puissante armée. Le malheureux Cléomène , ennuyé d'attendre, périt par uñ coup de désespoir; il sortit à la tête d'une poignée de Lacédémoniens dans les rues d'Alexandrie, appela le peuple à la liberté , égorgea les premiers soldats qui voulurent s'opposer à sa fureur; ct se voyant près de tomber entre les mains le 15
mememmstsions
des gardes de Philopator, il se fit tuer par les sicas, qui s'immolèrent ensuite sur le cadavre de leur roi. Une nation entière fut condamnée à la fletrissure el à la: mort par le barbare Phulopator, auquel le grand-prêtre des Juifs avoit refusé l'entrée du temple de Jérusalem.\Ce prince résolut de se venger sur tous les Juifs de ses. états de L'affront qu'il prétendoit lui ayoir été fait en Judée. Ils.étoient en grand nombre, surtout à Alexandrie. I leur ordonna par un édit solenuel , ou d’adorcr les dieux , ou de se laisser marquer d'un. fer chaud qui imprimeroit sur leur front la figure d’une feuille de lierre, symbole de Bacchus. Tous, à trois. cents près, prefcrèrent cette ignominie à l'apostasie. Outre de cette résistance presque générale, il grdonne que tous les, Juifs résidans en Égypte soient chargés dé fers et transportés à Alexandrie. On les renférma, au. nombre de plus de quarante mille, dans le:lieu destiné aux spectacles. On devoit y introduire des éléphans pour les écraser sous-leurs pieds. Le jour et. l'heure. étoient fixés. Le peuple, toujours avide des spectacles sanglans, environnoit l'enceinte. Deux fois les fumées d'une digestion crapuleuse plongèrent Ptolémée dans le sommeil, ct-suspendirent l'exécution. Philopator regarda: cet événement comme un avertissement de la, Divinité. Il renvoya chez eux les malheureux: Jüifs.; convaincus qu'ils. devoient leur délivrance àcuñ miracle opéré en récompense de leur fidélité à la loi-dé leurs pères. Mais ils ternirent leur belle action en. massacrant les: trois cents. dé leurs compatriotss qui avoient fléchi le genou devant les
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EGYPTE. 3% idoles. Malgré cette amnistie | on compte qu'il périt plus de quarante mille Juifs dans la scule Alexandrie.
Malheureusement le roi avoit dans Sosibe un ministre très-propre à servir ses fureurs, quel qu’en fût l'objet. Arsinoë, femme et sœur de Philopator , avoit suivi ce prince dans ses expéditions guerrières , haranguant les soldats, combattant à ses côtes. Après plusieurs années de stérilité, elle donna un fils à son époux. Sa fccondite l'enhardit à demander des grâces ; elle devint importune ; lc roi s'en plaignit et montra le désir d’en être débarrassé. Sosribe avoit un assassin d'office, nommé PAilammon ; il le détacha contre la reine, et elle@t cuce. Les femmes de cette malheureuse princesse profitèrent d’une emeute pour tomber à leur tour sur Ice meurtrier, et le firent perir sous les pierres et le bâton.
. Sosibe tint les rênes du gouvernement pendant soixante ans. Il fut le ministre le plus ruse, le plus corrompu qui ait jamais existé. Il ne se faisoit aucun scrupule d’employer les crimes les plus affreux pour venir à bout de ses projets. L’historien Polybe assure qu'il fut l'auteur des meurtres commis dans les personnes de Lysimaque, fils de Ptolémée, de Magas, frère du roi, d’Arsinoé, fille de Lysimaque , de Cléomène , roi de Sparte, et enfin de la reine Æ#rsinoë. Après un si long ministère, et déshonoré par tant de cruautés, exemple peut-être unique dans l’histoire, il mourut tranquillement dans une extrême vieillesse. ILparoît qu'il quitta ses emplois avant la mort du roi. On croit même que le peuple, indigné du meurtre de
340 ÉGYPTÉ.
la rcine, .exigca la disgrâce de Sosibe, punition bien peu proportionnée à taut de forfaits. Ptolémée traîna une vie.obscure dans la fange des plaisirs infâmes, ct livra.son royaume à des hommes corrompus, à des femmes sans pudeur, qui distribuoient en son nom des emplois civils.et militaires à des gens qui leur ressembloient. Ce méchant prince, par scrupule ou par vanite, fil des aumônes et bâtit des temples. Il laissa un ‘fils Agé de.cinq ans.
[2799.—199.] Ilpareît qu'après la disgrâce de Sosibe le peuple et les grands avoient comme forcé le roi à donner le ministère à Tlépalème, alors chargé du soin des finances. Le jeune prince fut remis pour son Cducation entre les mains d'un nommé 4gathocle. Agathoclée, sa sœur, et Ocnanthe, leur mère, demourant dans Île palais, furent les premiers instruits de la mort du.roi, et la cachérent jusqu'à ce qu'ils eussent enlevé L'or , l'argent et les bijoux précieux. De la garde du jeune prince ces personnes voulurent s'élever à la régence du royaume. Æ4gathocle parut en public tenant le jeune prince entre ses bras et versant des larmes. Il harangua les courtisans, implora leur protection pour ce jeune enfant , recommandé, disoit-il, à ses soins par le roi mourant. Il eut même la hardicsse d'assurer que Tlépolème aspiroil au trône. La calomnie retomba sur ses auteurs. Le peuple indigne se souleva. On arracha le jeune roi des bras d’Agathocle; il fut porté dans l'Hippodrome etplacésurletrône. 4gathocle, Agathoclée, sa sœur, et Oenanthe , leur mère, furent amenés devant lui,
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comme pour être jugés. On les condamna à la mort en son nom. Ils furent exécutés sous ses yeux. La populace traîna leurs cadavres sanglans dans les rucs, d'Alexandrie, et les déchira en pièces. Tous les pa= rens et partisans de cette famille subirent le même sort.
Les scigneurs égyptiens-se trouvèrent peu d'accord sur la régence. Dans cet embarras, ils jugèrent à propos de s'en rapporter aux Romains. Le sénat s'empressa de saisir une si belle occasion de se faire hon.neur, et il envoya en Égypte Marcus Lépidus prendre la tutelle de Ptolémée. Ce Romain ne la garda pas long-temps , et la remit à Æristomène, Acarnanien, homme très-expérimente. Le régent gouverna avec l'approbation générale ; et quand Ptolémée eut atteint quatorze ans, qui ctoit l'âge fixe chez les Égyptiens pour la majorité des rois, le ministre lui remit son royaume dans l'état le plus florissant. On cherche en vain pourquoi il fut surnommé £'piphane, l'illustre, car à peine fut-il en possession de l'autorité que les désordres reprirent leur funeste cours. ristomène veut lui donner des avis, il l'empoisonne, Ses sujets se révoltent ; il les apaise à force de promesses; mais, devenu le maître, contre sa parole, il fait expirer les rebelles dans les tourmens. La défiance que eette conduite inspira contribua peut-être à sa mort. Ses courtisans l'entendoient souvent parler d'une guerre qu'il méditoit, et ne voyoient pas d'argent. « Où en prendrez-vous? lui demandèrent- » ils, » il répondit : « Mes amis sont mon argent, »
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Ils entendirent par là que sans doute il comptoit faire la guerre à leurs frais, et ils l'empoisonnèrent.
[ 2025. — 973. ] Il laissa deux fils, Ptolémée Philométor et Ptolémée Physcon, et une fille nommce Cléopatre, sous la tutelle de Cléopätre, leur mère. Cette princesse s'acquitta glorieusement des devoirs attaches à la régence. Physcon fut soupconne d'avoir hâté sa mort. Le peuple furieux se souleva contre lui, et l’auroit exterminé, si Philométor ne J'eût pris sous sa protection. Celui-ci a obtenu ce surnom par son amour et sa reconnoissance pour sa mère. Ce prince soutint une guerre malheureuse contre le roi de Syrie. Il fut fait prisonnier. Les Alexandrins, désespérant de le revoir, firent prendre la couronne à Physcon. Le Syrien, dont le but étoit d'astujettir T'Égypte, y ramène Philométor!, luirend sonroyaume, lui donne même des troupes pour l'opposer à son frère; mais il garde Péluse, clef de l'Égypte de son côte, afin d'y rentrer facilement quand les deux frères se seroient épuisés. Le trompeur fut trompe; ils s'accordèrent par la médiation de Cléopatre, leur sœur, et régnèrent quelque temps en bonne intelligence.
La concorde entre des frères est rare, surtout entre des frères couronnes. Philomélor, le plus doux des hommes, tourmente par Physcon , au lieu de plonger ses peuples dans les horreurs d'une guerre civile, eut recours à l'arbitrage des Romains. Philopator , père de ces princes , élève pour ainsi dire de la république, avoit toujours entretenu une liaison étroite avec elle.
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ÉCYPTE, 343 Les présens qu'il envoya à Rome pendant tout le cours de son règne étoient si considérables et si réguliers , qu'ils pouvoient passer pour un tribut, Philométor y alla lui-même , y arriva à pied, sans suite, couvert d'un mauvais habit, et descendit chez un peintre d'Alexandrie. Aussitôt que le sénat fut instruit de l'arrivée du prince , il le fit loger et servir convenablement à son rang , l'envoya visiter par des membres distingués, et l'admit à plaider sa cause. La décision étoit facile. Le royaume d'Égypte avoit toujours appartenu à l'aîne, par conséquent il devoit être donne toit entier à Phrilométor. Mais le sénat eut cgard à la considération que Physcon avoit déjà régné, et plus encore à la raison politique qu'il convenoit à l'inf:i de la république que le royaume ne fût pas tout entier en une seule main. Ainsi on adjugea l'Égypte à Philométor, et la Cyrénaïque à Physcon. Il désira qu'on y ajoutàt l'île de Chypre , et alla à son tour à Rome demander cette grâce. Ce démembrement pouvoit encore affoiblir le plus fort des deux frères; il fut accordé. ;
Philométor ne se vit pas sans reg "st près d'étre d'pouillé d'une si belle possession. li différa à s'en dessaisir , et temporisa avec d'autant plus d'espérance de garder cette île, que Physcon, occupé ailleurs, n’étoit pas en état de s'en emparer. Ses bébauches et ses cruautés l’avoient rendu si odieux aux habitans de la Cyrénaïque, qu'ils se révoltèrent , l'attaquèrent personnellement, et le laissèrent pour mort sur la
place. Physcon, jugeant de son frère par lui-même, le crut auteur de la révolte tramée contre lui. Il retourna à Rome porter ses plaintes et revendiquer la Chypre. Il revint avec des ambassadeurs chargés de faire fléchir Philométor. Celui-ci éluda la proposition; on mit des troupes sur pied des deux côtés. Les Romains les laissèrent battre l'un contre l'autre. Physcon fut vaincu et pris. Son frère, toujours indulgent, lui rendit non-seulcment la liberté, mais encore le royaume ue Cyrène, et lui donna un dedommagement pour l'île de Chypre, qu'il garda. Il porta ensuite la guerre en Syrie, et mourut de ses blessures au scin de la victoire. Il est étonnant qu'un prince qui est mort en combattant ait laissé une mauvaise idée de $on courage. C'est presque le’scul rcproche qu'on lui ait fait. On le fonde sur ce que dans une bataille il se tenoit éloigné du danger. Il s'ensuit qu’il avoit le courage d'un general , et non celui d'un soldat; mais on ne doit pas conclure qu'il n :n avoit pas du tout, puisqu'il s'exposa assez pour recevoir des blessures mortelles.
À la mort de Philometor, deux partis se montrèrent, l’un pour C/éopätre, qui vouloit mettre sur le trône un fils encore enfant, l'autre pour Physcon: Ou s’accorda à cet arrangement, que Physcon épouseroit sa sœur, veuve de son frère, et régneroit avec elle le reste de ses jours, mais que le fils de Philcmétor seroit déclaré héritier de la couronne. Ici commence le règne de Physcon en Égypte. Nous
même, . Il requer la rgés de rOpOsies. Les l'autre.
urs iny Mais un dé rda. Il de ses tqu'un e maucul rce dans ’ensuit
hilce. Ici Nous
écrirons brièvement les actions de ce tyran, et pour ainsi dire en courant, comme lorsqu'on marche su des charbons ardens.
[2858.— 140]. Physcon épouse sa sœur. Le jour même des noces il égorge son neveu sur le sein de sa mère. Îl en eut cependant un fils qu’il nomma Memphitis. parce qu'il étoit à Memphis occupé à des actes religieux quand sa femme accoucha. Déjà chargé du surnom de Physcon, gros ventre, qui notoit sa difformité, il fut encore flétri de celui de Cacoëgète, homme enclin au mal, qu'il ne mérita que trop. Il fit mourir tous ceux qui Jui avoient été contraires lorsqu'i prit.la couronne. Cette barbarie n'étonne pas dans un pareil monstre; mais il traita de méme ceux qui lui avoient été favorables, parce qu'ayant été infidèle à son neveu , ils pouvoient l'être à lui-même. Ce n'est pas une exagcration de dire que les rues de ses deux capitales, Alexandrie et Cyrène, regorgèrent souvent de sang. Ses ordres berbares ctoient executés par des soldats étrangers, gens féroces qui ne connoissoient que lui, et qui, étant bien payés, obeissoicnt aveuglément. Ses éraintes et ses soupcons lui inspiroicnt des reéso- Jutions atroccs. } avoit fait tant de mal à la ville d'Alexandrie, qu'à tout moment il en appréhendoit des révoltes. Peur lui ôter en ce cas sa principale force, il fit massacrer la jeunesse la plus distinguée pendant qu'elle se trouvoit rassemblece dans l'Hippolrome pour ses exercices. Les pères, les mères, {es parens s'enfuirent et désertèrent.en foule, 11 epycla à leur
LR 10.
place les premiers venus, et les mit en possession des meubles ct de tout ce qui appartenoit aux fugitifs. Ces nouveaux hôtes reconnurent à leur tour, par la rigueur des impôts et par les vexations de toute espèce, quelle confiance on peut prendre aux bienfaits d'un scélcrat.
La reine avoit une fille de Philometor, nommée Cléopätre comme elle-même. Cette princesse eut le malheur d'inspirer de la passion à PAyscon. Il lui fit d'abord violence, et ensuite l’épousa, après avoir répudié sa mère. Après le massacre d'Alexandrie, il se retira en Chypre avec sa jeune épouse, pour laisser amortir la fureur du peuple, qui força la reine répudiée de reprendre la couronne. Le roi, à cette nouvelle , croit déjà voir son fils Memphitis appelé par sa mère et mis à sa place. Il se hâte de le faire venir auprès de lui, et le fait mourir. Aussitôt que le forfait est connu à Alexandrie, la rage du peuple eontre le tyran redouble. On le maudit, on brise ses statues, on le déclare irrévocablement déchu du trône. Les Alexandrins, touchés de la douleur de la mère, se font un devoir de l’adoucir par des temoignages éclatans d'affection. Physcon apprend ces transports d'amour pour elle et de haine pour lui. H se persuade que c'est à sa vieille épouse qu'il doit l'indignation si marque du peuple. La naissance de Cléopätre devoit se célébrer précisément dans ce temps. Comme s’il eût voulu se réconcilier avec elle, le roi lui envoie une caisse qu'on disoit contenir un riche présent. Elle l’ouvre : spectacle effrayant ! c'é-
ÉGYPTÉ. 347 toient les membres de son fils, surmontés par sa tête.
On croiroit que la nature s'étoit étudiée à faire de Physcon un monstre en tout genre : taille courte , ventre d'une excessive grosseur, tête enorme, regard farouche : aussi, quoiqu'il eût montré deux fois à Rome sa hideuse laideur, des ambassadeurs romains envoyés à sa cour ne purent le.voir sur son trône sans un étonnement mêlé d'horreur. La république les avoit charges de visiter la Grèce et la Maccdoine, soumises à sa domination; ils devoicnt ensuite passer successivement dans les cours d'Égypte, de Syrie, de Pergeme, de Bithynie, pour examiner dans quelle situation se trouvoient les aflaires de chacun de ces royaumes. Les Romains tiroicent plus d'un avantage de ces missions. Dans le nombre des ambassadeurs il y avoit toujours des jeunes gens qu'on accoulumoit ainsi aux affaires. Le sénat, instruit par leur rapport, jugeoit des événemens de ces royaumes comme s'il eût été sur les lieux , et prenoit sôn parti avec sûreté. Ces envoyés, par leurs manières nobles et honnêtes, leur esprit conciliant, les offres de scrvice quelquefois suivies de la réalité , propagcoient l'estime pour le peuple romain , ct façonnoient en quelque manière les nations au joug qu'elles devotent porter. Physcon fit aux ambassadcurs une réception distinguce. Il se plut peut-être trop à leur faise remarquer sa richesse et :æ beauté de son royaume. Îls le parcoururent eu cu:icux intéressés, et furent convaincus que l'Égypte pouvoit ue un des plus
348 ÉÊGYPTE.
puissans ctats de la terre, s'il avoit été gouverné par un meilleur prince.
Il ne faut pas beaucoun d'esprit pour étre mcchant ; mais , etant méchant à l'excès, il faut de à’usprit pour réussir. Physcon en avoit beaucoup. Dans
les courts intervalles de ses débauches, il cultivoit ks sciences et les beaux-arts, On rapporte qu'il étoit très-savant ; il parloit avec facilité sur tous les s:1jets. Une histoire de son temps, qu'il écrivit, étoit très-estimée : il commenta Homère, augmenta ja bibliothèque d'Alexandrie, et par des gratilications et des pensions il fit éprouver sa générosité à plusieurs savans; mais, par un contraste singulier, ce fut sous son règne que les sciences commencèrent à fuir l'Égypte. Lorsque, effrayées par les guerres des successeurs d'Alexandre, elles abandonnèrent l'Asie, la Grèce et les îles de l'Archipel , elles trouvèrent un asile chez les Ptolémées. Grammairiens, médecins , peintres, architectes, poëtes, philosophes , accoururent à Alexandrie, où s'ouvroit une magnifique bibliothèque, où les vastes portiques d’un superbe musée rassembloient les homines avides de s'instruire, et facilioient la communication des connoissances. Mais sans liberté ces avantages deviennent inutiles. Physcon, tyran soupçonneux , voulut non- seulement
captiver la parole, mais encore maîtriser la pensée.
Cette contrainte dépeupla les académies d'Alexandrie, et frappa l'Égypte, cette patrie des arts et des sciences, d’une stérilité qui n'a fait que s'accroître jusqu'à nos jours,
aimoit ilnes gcoit c intrigu Alexa Alexa siner € ils le c tue en nomm.
ctnel rénice On action:
des gui
[2887.—111.]Péyscon, ce monstre de cruauté, vécut soixante-treize ans, et mourut de mort naturelle au milieu d'Alexend:ie qu'il avoit inondée de sang. Il cut de Cléopatre, sa nièce , deux fils, La thyre (pois chiche), et Alexandre; trois filles, Cléopätre, Sélène et Tryphène. On pourroit faire en peu de lignes l'histoire de cette famille, en disant : Physcon laisse le trône à sa veuve avce la liberte d'y faire asseoir auprès d'elle celui de ses deux fils qu'elle voudra. Elle choisit le cadet , Alexandre , comme le plus aisé à maîtriser. Luthyre se réfugie en Chypre. Le peuple, mécontent de l'injustice de sa mère , la force de rappeler Lathyre; elle ne lui laisse partager le trône qu'en l'obligeant de répudier Cléopütre , sa sœur aînce, qu'il aimoit, et d'epouser Sélène, la cadette, pour laquelle. il ne sentoit que de l'indiflérence. Mais sa mère jugcoit celle-ci propre à ses desseins. Par de nouvelles intrigues elle chasse Lathyre du trône et y replace Alexandre. Les deux frères se font la guerre, Alexandre découvre que sa mère veut le faire assassiner et la prévient. Cetie action revolte les Égv:: iens ; ils le chassent et rappellent Lathyre. Alexandre est tue en voulant rentrer en Chypre, et laisse un fils, nommé comme lui 4lexandre. Enfin Lathyre meuit, et ne laisse qu'une fille, nommee Cléopritre ou Bérénice.
On pourroit remplir ce cadre, non par de belles actions , il ne s'eu faisoit plus en Égypte , Mais par des guerres dans lesquelices Les Juifs joueroient un gran.
rôle. Cléopätre aimoit cette nation. Elle avoi! pour principaux ministres deux Hsraélites. grand: exacteurs. Lathyre les haïssoit. Ce fut par vengeance de cette aversion que Cléopatre provoqua cuntre sou fils la haine du peuple ci le ut ci sis d'Égypte; et voici pa: quelle ruse infernale. Elle détermina deux de ses eunuques à se laisser blesser et ensanglanter. Ils parurent dans Ja place pabiique, criant qu'ils avoicat été mis en cet état en défendant leur maitresse, à laquelle son fils voulait faire violcnce. Quelqre accoutumé que l'on fût au crime en Fuvpie. celui-ci excita une indignation générale dou Lathkre fut victime.
Dans la guerre qu'il fit aux Juifs on raconte une action atroce. Ses troupes cantonnoient dans des villages dont la soumission lui étoit suspecte. Il ramasse des femmes et des enfans, les fait mettre en pièces et bouillir dans des chaudières, comme si son armée devoit en faire un repas : le tout afin d'inspirer une telle frayeur, que les habitans ne fussent pas tentés de rien oser contre de si terribles hôtes. Zuthyre n'épargnoit pas davantage ses sujets. Pour une révolte arrivée à Thébes, la plus belle ville de son royaume après Alexandrie, il la détruisit de fond en comble. Tels furent les enfans légitimes de Physcon : des deux fils, l'un tua sa mère, l'autre évorgea indistinctement étrangers «t sujets. Les trois filles se massacrèrent l'une l'aut:: ‘Jn seul enfant illégits… , pion, fils d'u: acubine nomme Irène, ue ressembla pas à :04 ere, I se renferma
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1! pour £ exac-
hgeancec à Cie Cii Sy €. Elle blesser biique , tendant de Vo ime en encrale
ite une ns des Il racttre en * si son d'inspient pas s. Lu- . Pour ville «le nsit de mes de l'autre es trois
enfant Lommce »nfC:ma
ÉGYPTE, 351 dans la Cyrénaïque , dont Physcon l'avoit fait roi , et ne se méla en rien des affaires d'Égypte. Ce petit royaume fleurit sous le gouvernement de ce prince. On y comptoit cinq villes principales , bien bâties, bien peuplées et bien commerçantes. Près de l'une d'elles, nommée Bérénice , mais dont le premier nom avoit été ZZespérie, se trouvoient le jardin des Hespcrides , fameux par la beauté de ses fruits, ct un fleuve Lethe : le jardin et le fleuve, sources abondantes de fictions pour les poëtes. Après un règne de vingt ans, pion, croyant faire le bonheur dexscs peuples, laissa par testament son royaume aux Romains. Son vœu ne fut pas rempli. La republique ne prit queles parties qui se trouvoient à sa bienséance, et laissa le reste à la merci des tyrans qui s’en emparèérent , et des factions que l'anarchie produisit. Les Romains eurent quelque pitié de ces malheureux , ct envoyèrent Lucullus y mettre l’ordre. Les habitans lui demandèrent un plan de gouvernement. ZLucullus leur fit cette réponse, faite aussi par Platon à leurs ancêtres : « Un peuple aussi riche que vous étes » ne pourra jamais se soumettre à l’autorite des lois. » [ 2923. — 75. | Lathyre ne laissa qu'une fille légitime , nommée Cléopätre. Les Alexandrins la mirent sur le trône. Mais elle avoit un cousin, fils d'Al: randre, Srère de Lathyre, nomme Alexandre comme son pèrc. Quand Cléopatre , sa mèe, fut contrainte de lui laisser ‘nlever la couronne d'Egypte, elle envoya le jeune Ælexandre avec de grandes richesses à Cos , île renommée pour la cul-
ture des sciences, comme le licu où il pourroit reccvoir la meilleure éducation. Mithridate prit Cos, et emmena le jeune prince avec ses richesses dans son royaume de Pont. 4lexandre fut témoin de la facilité avec laquelle Mithridate se défaisoit de ses propres enfans sous le moindre prétexte, à plus forte raison Craignoit-il pour lui-même à cause de ses richesses. Il se sauva dans le camp de Sylla, qui l'envoya en Égypte quand on eut appris à Rome la mort de Lathyre. 11 y avoit dejà six muis que sa cousine portoit la courorne. Elle n'avoit que dix-sept ans. Ils se réconciliérent selon la coutume usitée entre leurs ancêtres, c’est-à-dire qu'ils s'épousèrent ; mais aussi le dénouement ne démentit pas les anciens usages. Le dix - neuvième jour après les noces , Alexandre fit mourir sa femme , soit qu'il ne trouvât pas la princesse à son gré, soit qu'il ne voulât pas d'epouse qui eût le titre d'associée au trône. Ce crime occasionna une révolte dans Alexandrie : des historiens disent que les habitans tuèrent le meurtrier; d'autres prétendent qu'il échappa de leurs mains, et qu'il régna encore plusieurs années; mais qu'il exerça tant de cruautés , se livra à tan. de dcréglemens , que ses sujets le chassèr:nt, et qu'il alla mourir à Tyr, où il s'étoit sauvé , avec la précaution de s'y faire préceder par de grandes richesses. [2928.— 70. } Cette dernière opinion est la plus vraisemblable. Certainement .{lexandre survccut assez de temps à l'assassinat de sa femme pour se voir en tête un concurrent que les Égypti:::: lai don-
nérent.
tard de de flûte mais il fait un main S blique « testame success comme pion ] ment d aussi À et leur les ricl à son 1 donne Le!
faire re négocis grosse de dett nécess:
Moyer d'allié thyre de Ch:
Aulit par ut dema!
ÉG YPTE. 353 nérent. Faute de prince légitime , ils prirent un bâtard de Lathyre, nommc Ptolémée Aulite, joueur de flûte. 4lcxandre en porta ses plaintes à Rome ; mais il mourut avant d’en savoir le succès. Il avoit fait un Lestament par lequel il nommoit le peuple romain son héritier , moins par affection pour la république que pour susciter des embarras à son rival. Ce testament excita de grands débats dans le sénat. La succession tentoit violemment les Romains; mais comme ils venoicnt d'acquérir par le testament d’4pion la Cyrénaïque, et la Bithynie par le testament de Vicomède, s craignitent , en acceptant aussi l'Égypte , de laisser trop pénétrer leur cupidilé et leur ambition. Il fut donc décidé qu’on feroit venir les richesses déposées à Tyr par Ælexandre. Quant à son royaume, On laissa Æulète s'y installer, sans donner ni consentement ni improbation.
Le premier soin de ce prince fut de travailler à se faire reconnoître par la république roi d'Égypte. La négociation qui eut lieu à ce sujet produisit une trèsgrosse somme à Jules-César, aiors consul , et chargé de dettes, et une autre à Pompée, dont le credit etoit nécessaire pour faire passer la décision dans le sénat. Moyennant vingt-six millions .dulèie acquit le titre d'allié du peuple romain. Un autre bâtard de Lathyre , nommé Alexandre , qui s'étoit emparé de l'île de Chypre, n'ayant pas eu l'habileté d'acheter comme Aulète le consentement des Romains, fut déclaré, par un écret du sénat, déchu de son royaume. Il demar 2 ‘u secours à son frère ; celui-ci le refusa,
ve €"
pour ne pas déplaire aux Romains. Les Égyptiens,
indignés de cette lâchete, le chassèrent lui-même du
trône d'Ésvpte et y placèrent Bérénice, sa fille. Ils
Jui cher" 1 44 mari capable de la soutenir ; mais
ils renconirerent mal. Séleucus, son plus proche
pareut , prince de la famille des Séleucides , qu'ils
Jui donnèrent , étoit si laid , si dégoûtant , qu'on lui
donna le surnom de 5 :./:04. L'âme en lui répon-
doit au corps. Il viola Le tombeau d'Ælexandre-le-
Grand. Au cercueil d'or qui soutenoit le corps il en
substitua ur de verre. Ce souverain devint si odieux,
si insupportable à la reine , qu'elle le fit étrangler.
C'étoit un monstre ; mais ce n'etoit pas à sa femme
à en purger la terre. 11 fut remplacé par Ærchélais,
qu on disoit fils du grand Mithridate, mais quin'c- |
toit fils que de son premier lieutenant , gr: nd-prêétre ñ bulus,
de Comane dans le Pont, excellent capitaine, et douc Alexa
de vertus vraiment royales. leur és Pendant que ces choses se passoient cn Écsypte ; te
Aulète alloit solliciter des secours à Rome. Il ar- ns Ù
prit, étant à Rhodes, que Caton s'y trouvoit. Le JuEcs
moyen de s'insiruire de l’état des choses et des me- pb
sures à prendre ne pouvoit se présenter plus à pro- Sc
pos. Le roi fait avertir Caton qu'il désire lui parler. bon
Il s'imaginoit que le Romain iroit le trouver avec ratiol
empressement. « Qu'il +'-anc », repond Caton. Au- vale
lète approche, vo ‘nm homme très-simplement ha- | (reso
billé et dans le pius modeste équipage. Le républi- aide
cain recoit le monarque sans se déranger plus qu'il de ri
ne l'eût fait pour un homme ordinaire : il l'écoute
Micns , me du le, Ils , mais proche
qu'ils on lui “ponre-lesilen dieux , ngler, femme élaiis, inc prétre t dou
ypte, [Lay - It. Le meproarler, "avec , Au t haju bliqu'il
coute
ÉGYPT! 29 attentivement. Caton oflrit de l'accompagner et d'employer tous les moyens auprès des Égyptiens pour les engager à recevoir leur prince. Une rcsolution si noble et si généreuse n'étoit pas faite pour Aulète. I hésita cependant; mais il continua son voyage pour Rome.
Ou jugeroit par la conduite de l'Égyptien que ce qui le toucha le plus dans celle de Caton, c’est ce qu'il lui dit de la vénalité triomphante à Rome. Il se proposa de profiter de ces lumières, et le succès passa les espérances de Ptolémée, Qu'on se figure ce monarque arrivant à Rome précédé par le bruit qu'il apporte avec lui toutes les richesses de son empire, Pompée le reçoit magnifiquement dans sa maison. Les sénateurs des plus grands noms, Gabinius, Bibulus, Marcellinus, s'empressent autour de lui. Les Alexandrins envoient des ambassadeurs pour plaider leur cause. L'orateur est emprisonné , le chef assassiné avec plusieurs de ses coilègues. Les coupables sont poursuivis devant les tribunaux et absous : les juges imiques , accusés à leur tour, sont déclarés innocens. Mais il faut de l'argent pour salarier tous ccs crimes : les trésors s'épuisent ; alors les usuricrs s'annoncent clandestinement , et proposent des opérations financières, Le sénateur est caution du chevalier ; celui-ci tire intérêt de l'argent qu'il prend au tresor public confie à sa garde. Pompée lui-même aide aux emprunts, s’oblige pour le roi, sans courir de risques, à la vérité, puisque cet argent ne faisoit
que passer par les mains d'Æulète pour rester dans les siennes. César étoit alors dans les Gaules.
La corruption étoit publique ; mais tant de personnes y avoient intérêt, qu'on n'osoit s'en plaindre. Ptolémée se voyoit au moment d'obtenir une armee ; et déjà les grands capitaines de la république, Pompée entre autres, en briguoïent le commandement, comme une source inépuisable de richesses , quand quelques honnêtes gens du sénat, faute d'autres moyens, mirent en œuvre la superstition. Porcius Caton ouvrit le livre de la Sibylle et lut ou feignit de lire ces mots : « Si un roi d'Égypte vous demande » du secours, aidez-le, mais ne lui fournissez point » de troupes. » Cet oracle renversa tout d'un coup les espérances d’Æulète. Moins riche de cinquante millions, il repartit poursuivi par ses créanciers ; et, ne sachant où se réfugier, il se cacha dans un asile, Mais la cupidité, toujours active et vigilante , travailla pour lui. Ses partisans de Rome , ceux qui avoient prêté et ceux qui ne vouloient pas perdre leurs avances , écrivirent aux généraux de la république voisins de l'Égypte qu'une fortune étoit assurée à celui qui pourroit rétablir Ptolémée. On leur indiquoit les mayens d'éluder l’oracle, et d’employer à cette expédition les armées de la republique, sans crainte d'en étre repris. Plusieurs refusèrent. Gabinius, commandant en Syrie, s'en chargea pour environ soixante millions , qui lui seroient paycs quand il auroit remis .4ulète sur le tronc. Il entra
en Égypte, a furent rapide l'Égyptien vo de l'épée. Le
vaincu en bat nius pouvoit mais il fut te lui offrit : ens échappé sans lémée de nou FRabirius, ch camp avec sc considérable , les mains du nouvelle vigu laquelle #rcl
Aussitôt qi immola à son:
osé porter la < cût ete forcce ches, sous pr ct confisqua | nius. Rabiri duins, pilles quelque envi romaines la:
ainsi que les Cependant cc
rm nn LL fm +
ÉCYPTE. 357
en Égypte, ayant le roi dans son armée. Ses succès furent rapides. Péluse fut la première ville qu'il prit. l'Égyptien vouloit en faire passer les habitans au fil de l'épée. Le général romain s'opposa à cet acte cruel et impolitique.
Archélais , mari de la reine, se présenta, fut vaincu en bataille rangce, et fait prisonnier. Gabinius pouvoit sur-le-champ mettre fin à la guerre ; mais il fut tente par une forte somme qu’ #rchélaiis Jui offrit : ensuite, sous prétexte que ce prince s’étoit échappé sans qu'on s’en aperçût , il demanda à P?t0lémée de nouvelles sommes pour continuer la guerre. Rabirius, chevalier romain, étoit tout prêt dans le camp avec ses fonds. 11 prêta au roi, à un intcrêt considérable , l'argent que le monarque versa dans les mains du général. La guerre fut reprise avec une nouvelle vigucur ct terminée par une bataille , dans laquelle Ærchélaüs fut tue.
Aussitôt qu'Æulète se vit maître d'Alexandrie, il immola à son ressentiment sa fille Bérénice, pouravoir osé porter la couronne pendant son exil , quoiqu'elle ÿ cût été force. II fit aussi mourir tous les citoyens riches, sous prétexte qu'ils avoient soutenu les rebelles, ct confisqua leurs biens , qui servirent à payer Gabinius. Rabirius recut de forts à-comptes. Les Alexandrins, pillés, ruinés, étoient au désespoir ; mais, quelque envie qu'ils eussent d'éclater, des troupes romaines laissées par Gabinius les surveilloient , ainsi que les autres villes, également tenues en bride. Cependant ces Alexandrins, que l'ombre d'un Romais
358 ÉGYPTE, faisoit trembler quand il s’agissoit de défendre leurs biens, devinrent des lions déchaînés parce qu'un soldat avoit tue un chat par mégarde. Hs mirent en pièces le malheureux.
Toutes les concussions d’Æ/ulèle ne suffisoient pas pour satisfaire Rabirius. Il pressoit le roi. « Je ne » vois , lui dit ce prince, d'autre moyen de vous » satisfaire que de consentir à administrer vous- » même mes revenus et de vous rembourser ainsi » peu à peu par vos mains. » Rabirius ue sentit pas le picge. De chevaler romain il se fa collecteur d'impôts. Quand il fut devenu comptable, .4ulète trouva assez de prétextes pour le faire arrêter. Rubirius cria à l'injustice : Pompeée, qui lui avoit servi de caution à Rome, fut très-pique du procédé du roi, mais, comme il avoit peu à espérer et tout à craindre d’un prince avare et crucl, Rabirius s'estima encore heureux qu'on le laissät évader de prison ct sortir de l'Égypte. C'est ainsi qu'Aulète paya ses dettes. Ce fut le dernier acte d'un règne de trente ans, beaucoup trop long pour ses peuples, ignomipieux pour lui, ct peu honorable aux Romains. IL est vrai qu'ils voulurent faire justice de deux coupables. Gabinius et Rabiri:s, revenus à Rome, essuyèrert un procès cihninel, L'éloquence de Cicéron sauva Rabirius de la peine, et non pas de la honte. Gabinius fut banni, mais ceux qui les avoicnt mis en action, qui avoient profité de leurs déprédations, continuèrent à marcher téte levée dans Rome : impunité criante, présage ordinaire de laruine des empires.
[294 tous de Clévpa noc. Il } aîncs, >, avoit d comma 1 par tes cepta c à Pom ministr
Ces | ‘ qui mo D paslais 1 menace Cléopd pes en :
à senter | 2 Les mur NU voient } quiesp D demand d'entrer scil ces à dcplair À traindr:
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ÉGYPTE. 339 :[2966.—32.] Aulite avoit deux fils, nommés tous deux Ptolémée; et deux filles, l'aînée nommée Clévpätre, qui s'est rendue si célèbre, autre #rsinoc. 11 disposa de la couronne en faveur des deux afucs , à condition qu'ils s'épouseroient. Ciéopatre
, avoit dix-sept ans, et son frère treize. Æulète ve-
) commanda ses enfans au peuple romain, et le pria
par testament d'en prendre la tutelle. Le senat accepta cette charge honorable, et en confia l'exercice à Pompée. L'eunuque Photin fut nomme premier ministre, et Æchillas commandant des troupes. Ces deux bommes se revoltèrent contre une reine
D “qui montroit des dispositions non-sculement à ne se D pas laisser gouverner, mais encore à commander. Par
menaces Ou par mauvais traitemens ils obligèrent Cléopatre à quitter sa cour. Elle alla lever des troupes en Syrie et en Palestine, et revint fièrement presenter la bataille à son mari ct à ses ministres sous les murs de Péluse. Pendant que les armées s'obser-
1 voient parut en mer Pompée , vaincu à Pharsale, M qui espcroit trouver un asile en Égypte. Il envoie D demander à Prolémce, son pupille, la permission & d'entrer dans son royaume. On examine dans le con-
à scil ces questions, si on le recevra, au hasard de 1 déplaire au vainqueur; si par un refus on le contraindra de porter ailleurs son infortune, qui pourroit cesser et être remplacce par des proies de ven- F geance, ou si on le tuera pour se faire un ami de ) César. Le dernier sentigent prévalut : Pompée est assassin. Ce fut un crime, une lâcheté, une ingrati-
tude de la part du successeur d’Aulète, que Pompée avoit mis sur Je trône. Cependant on diminue beaucoup Ja haute opinion qu'on peut avoir des services de Pompée, quand on se rappelle combien ils avoient été intcressés. César, qui poursuivoit de près son rival, arriva dans le même temps à Alexandrie. Achillas crut lui faire plaisir en lui présentant la tête de son ennemi; mais il en détourna les yeux avec horreur, et versa des larmes sur le sort de son rival.
Il trouva toute la ville d'Alexandrie indignée du meurtre de Pompée, et peu disposée en faveur des Romains, mais il sut calmer le ressentiment des habitans par de belles paroles, sans cependant oublier ses intérêts; car il exigca avec rigueur le reste de l'argent que lui devoit encore Æulète lorsqu'il avoit procuré à ce prince le titre d'allie du peuple romain ; César en avoit apporte les obligations. Photin ," qui auroit voulu voir bien loin ce créancier incommode, profita de cette occasion pour tâcher de le rendre odieux. Il fit paroître l’exaction encore plus rigoureuse qu'elle ne l'étoit, enleva aux temples l'or et l’argent qui s'y trouvoient, réduisit le roi et tous les seigneurs à manger dans la vaisselle de terre ou de bois, pour insinuer que César s'étoit emparé de toutes les richesses. Le peuple, une fois disposé au murmure, se prévint facilement contre César à l'occasion de l'ordre que ce géncral donna à Ptolémée et à Clécpätre de venir plaider leur calise devant lui, et même de licencier leurs troupes. Les Alexandrins s'iritè-
rent de royale.
sant li donuoi:
que, ct ment cl lite d'a prits, e
Cléo quence secrètei bateau, drie. E étre rec arrêtee Apollo reine di parencc épaules fardeau
Cette auprès qui en | Jais en rache 1 rasseml mais le:
le ramè r'conci le cade
mpée pcauvices oient son dric.
nt la yeux e son
e du r des s haiblier le de avoit ai ; ’qui ode, ndre ou l'arseibois, s les ure,
de léc— ême ité—
ÉGYPTE, 361 rent de cet ordre, comme ä un attentat à l’autorite royale. Cependant César les apaisa encore en faisant lire publiquement le testament d'Æuiète, qui
donioit la tutelle de ses enfans à la république. 11 dit que, comme dictateur, il s’en trouvoit per sonnellement charge, mais qu’il ne prétendoit agir qu’en qualité d'arbitre. Cette explication tranquillisa les esprits, ct l'on nomma des avocats de part ct d'autre.
Cléopatre , plus sûre de ses attraits que de l'eloquence des avocats qu’elle pouvoit choisir, quitte secrètement son armée , s'embarque dans un petit bateau, arrive au soleil couchant aux portes d'Alexandrie. La difficulté étoit d'entrer dans la ville sans étre reconnue, car les troupes de son mari l'auroient arrêtée ; il falloit penétrer ensuite dans le palais. Apollodore, homme très-robuste, enveloppe cette reine dans ses habits de manière à lui donner l'apparence d’un paquet de hardes, la charge sur ses épaules, eutre partout sans difficulté, et dépose son fardeau aux pieds du juge.
Cette manière de se présenter à César valoit mieux auprès de lui qu'une entrée triomphante. Ptolémée, qui en fut instruit, en prévit les suites. Il sort du pa- Jais en furieux, crie qu'il est trahi, condamné, s’arrache le diadème, le foule aux picds. Le peuple se rassemble autour de lui, le plaint, court aux armes ; mais les soldats romains saisissent le jeune prince , le ramènent, et le lendemain César, non-seulement r'concilie les deux épôux , mais il marie Ptolémée le cadet, âgé de onze ans, avec 4rsinoé, sa sœur,
LE 16
un peu plus Âgce, et leur donne le royaume de Chypre : démarche uniquement destinée à en imposer au peuple, car il n’étoit pas à présumer que la république se dessaisiroit &e cette possession.
La bonne intelligence re dura pas long-temps. Photin , artisan de la première discorde, avoit intcrêt de la renouveler, tant pour n'en étre pas puni que pour jouir libremen: de l'empire qu'il avoit toujours sur son élève. Il s'entend avec Æchillas, qui ‘eommandoit l’armce. Le dictateur se trouve assicze dans le quartier qu'il occupoit avec la famille royale. Jamais ce général ne courut d'aussi grands dangers. Il avoit peu de troupes, non-seulement contre une armée entière, mais encore contre toute une ville révoltée. C'est dans un de ces combats que fut brûlée la fameuse bibliothèque d'Alexandrie. Photin, veste près du roi, donnoit secrètement avis à Achillas des mesures qui se concertoient. Sa trahison fut découverte et punie de mort. Ganymède, eunuque du palais, auquel la jeune Ærsinoé ctoit confiée, et complice de Photin , craigait de subir le méme sort. Il se sauva dans le camp d'Æchillas , et emmewa son lève. Les Égyptiens furent charmés d'avoir dans Jeux armée une personne de la famille royale qu'ils
ussent mettre à leur tête, Ils la proclamèrent reine, et Ganymède fut nommé général à la place d'Æchillus, qu'il t:ouva moyen de faire périr. Cet cunuque étoit en effet très-propre à être premier ministre; : çar il avoit , disent les au‘aurs, de l'activité, de l'adresse, de la pénétration , sans aucune probilc.
fallut et toi.
l'eau de cor à Ale rcusen multip il y eu On cor doient à le rc de boi et l’av sincère le jura vit ho:
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Les le dict POr«a 1 se noy:
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et lui f La jeu amant et de | chaînes avec dé relira €
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intcpuni t tous, qui ssicgé oyale.
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fe une > ville brûlée , reste us des Lécouu pacombrt. Il a son
dans qu ils reine, 4chilnuque istre ; e l'a-
1 suscifa: beaucoup d'embarras à César. Peu s'ert fallut qu'il ne-le fit mourir de soif avec toute la cou et tous ses soldats par l'adresse qu'il cut d'introduire l'eau de la mer dans les citernes de son quartier , et de corrompre ainsi l’eau du Nil, la seule qu'on eû$ à Alexandrie. César fit creuser des puits qui'heu+ reusement fournirent de l'eau douce. Ganymède multiplia les attaques par terre et par mer. Quand il y eut bien du sang de répandu , selon l'ordinaire , on conféra. Les Alexandrins dirent qu'ils ne deman+ doient qu'à posséder leur roi. Le dictateur consentit à le rendre. Ïl le laissa aller , après lui, avoir donné de bons avis sur le gouvernement de sou royaume, et l'avoir exhorte à finir la guerre par une réunion sincère avec son épouse , Le jeune prince le promit le jura les larmes aux yeux; mais, aussitôt qu'il se vit hors des mains de César, il recommença la guerre avec plus de fureur qu'auparavant... 0:
Les renforts arrivant de tous côtés aux Romains ; le dictateur se vit en élat de livrer bataille , ‘et rempora une victoire complète. Le jeune roi, en fuyant se noya dans’un bras du Nil. César entra sans difieulté dans Alexandrie, replaça Cléüpatre sux le ttôue, et lui fit épouser son jeune frère, âgé. de, onzé, anss, La jeune Arsinoé fut prise après, la défaites César, amaut de sa sœur, eut ia dureté de la mener à Rome, et de la, faire marcher à son triomphe ayaut, des, chaînes d'or aux mains. 1j la mit : asuie en liberiére, avec défense de retourner: jamais en É:ypte.. Elle se, retira en Agic, où clle n'éloit pas encore assez loiu.
de sa cruelle sœur, qui la fit mourir. Cléopatre se débarrassa aussi de son jeune époux par le poison , et se trouva ainsi seule souveraine de l'Égypte. L'amour y reünt le vainqueur de Pharsale plus longtemps que son intérêt n'auroit dû le lui permettre, L'ambition en rompit enfin les chaînes ; il s’arracha des bras de l’enchanteresse , et lui laissa un fils qu'on nomma Césarion.
Cléopätre, après la mort de César , prit ouvertement le parti des triumvirs. On la soupconna cependant d'avoir envoye des troupes à Cussius, pour ie: ménager sntre les factions. Ce grief, les plaintes de ses ‘sujets et des princes voisins la firent citer à comparoître au; tribunal d'Antoine, qui venoit en Asie affermir l'autorité des triumvirs. Elle avoit vingtcinq ans , âge aussi propre aux affaires qu'à la galanterie. L'esprit . la finesse, la gaîté, les grâces accompagnoient les char mes piquans qu'elle avoit reçus de la nature, La surprise que cétte reine prépara à Antoine ne ressembloit ÿas à celle qui terrassa César; mais, pour être moins brusque , elle n’en fut pas moins victorieuse. Le triumvir: tenoit son tribunal à Tarse ville de Cilicie. Cléopatre, arriver à l'embouchure du Cydnus, quitte son vaisseau , et remonte le fleuve'sur une galère qu'elle avoit fait preparer. La poupe étoit éclâtante d'or , les voiles étoient de pourpre, les cordages de soie: Une douce symphonie régloit les ouvemens des rameurs, qui laissdietit tomber en cadence léurs avirons garnis d’ar-
gent. L'atr étoit embaumé des parfums qu'on brüloit Ï
tre se poison , te, L'as longmettre, arracha s qu'on
uverte= na ces, pour plaintes “citer à noit en t vingtla gaes ac- It reçus répara errassa en fut on triarrivée au , et it pré-
étoient
| sym-
i lais-
d’ar-
brüloit
en abondance sur les deux rives. Un pavillon d'un tissu riche et brillant, élésammnent rattaché , couvroit le tillac. La reine ÿ patoissoit à demi couchée ; autour d'elle foñtroient de jeunes Égyptiennes , Icgèrement vétues en grâces et en néréides. F’énus, dont elle rappeloit les attraits, dont elle avoit emprunté le cortège et imite la parure, Fénus dans son triomphe n'auroit pas éte plus belle.
À ce spectacle le peuple abandonne le tribunal du triumvir et se précipite sur le rivage. Il envoie la prier à souper. « Dites-lui, répondit-elle avec un » souris flatteur, dites-lui que je l'attends sous mes » tentes. » Le repas étoit splendide : soldats, capitaines, Romains, auxiliaires, tous furent loués, caressés ; chargés de présens avec ces égards qui écartent le refus. Le général, objet des attentions les plus délicates, s'enivre d’admiration et de plaisir. On presume bien qu'il ne fut plus question ni d'accusations ni de reproches. Cléopatre prit un empire absolu sur le malheureux Æntoine. Chaque jour elle inventoit des plaisirs nouveaux; nouvelle Circé, elle l'abreuvoit sans cesse de voluptés dont elle tenoit à la main une coupe inépuisable. Il ne songeoit de son côté qu'à imaginer des fêtes qui pouvoient plaire à son amante.
Pès-lors il ne vit plus que par ses yeux, ne se conduisit plus que par ses conseils. Elle le voulut , et il mit avec elle sur le trône d'Égypte Césarion, qu'elle avoit eu de César. Il ajouta à ce royaume la Cyré-
naïque, lle de Chypre, la Célésyrie, la Phénicie, et la plus grande partie de la Cilicie. Aux trois enfans qu’ Antoine eut d'elle il assigna des royaumes entiers, les uns conquis, les autres qu'il se flattoit de conquérir ; mais elle ne put obtenir de lui qu'il fit mourir quelques rois des états promis.
Cette distribution de royaumes se fit après un triomphe dans lequel Æntoine traîna à son char, dans les murs d'Alexandrie, 4rtabaze, roi de Médic, sa femme ct.ses enfans. Il les présenta ensuite à Cléonitre, qui étoit élevée sur un trône d'or placé sur une estrade d'argent. La nouvelle de ce spectacle deplut fort aux Romains, qui croyoient que le privilége du triomphe appartenoit exclusivement à leur ville. Leur mécontentement étoit fomenté par Octave. Instruit de la mauvaise conduite de son collègue, ce triumvir, moins brave, mais plus habile et plus rusé qu'Æntoine, songeoit à usurper pour lui seul l'empire du monde, qu'ils possédoient en cor1mun. Ils eurent des débats sur des limites de domination. Leurs amis les apaisèrent, et s’imaginèrent qu'ils couperoïent la racine de toute discorde en les unissant par le mariage d'Octasie, sœur d'Octave, avec Antoine. Mais cet expédient fut precisément ce gui les brouilla sans espérance de réconciliation. ‘Cléopatre frémit à la nouvelle de ce mariage, qui alloit [ui enlever son amant. Elle fit tant par ses ruses , que d'abord il suspendit l’arrivée de son <pouse qui approchoit, et qu'ensuite il envoya à
specue Île
ent à LÀ e par
n colile et ur lui cortdomiren n les lave , nt ce tion.
, qui r ses
son ya à
Octavie une lettre de divorce, et au frèie une déclaration de guerre.
Il auroit fallu 2"puyer ces violens procédés d'uné brusque attaque. ‘)-fave n’ctoit pas encore prêt; Antoine À étoit, et il avoit encore, malgré ses foiblesses , l'amour des soldats et l'estime de ses amis; mais il perdit dans les délices un temps précieux. L'histoire n'a pas dédaigné &e nc: : faire connoître Fhabilete de Cléopätre à varier les amusemens de ce Romain. La pêche sur !: N'l fournit à cette reine l'occ: sion d'une plaisanterie assez piquante. Æntoine se faisoit un point d'honneur de prendre les plus gros poissons. Pour cela, il avoit des plongeurs qui alloient en attacher à son hamecon. La reine, op posant la ruse à la ruse, envoie aussi des plongeurs; Antoine jette la ligne, tire et amène un beau poisson sale. Un rire universel déconcerte le pécheur.. Cléopätre s'aperçoit qu'il goûte médiocrement le badi-
‘nage, elle se jette à son cou, et lui dit : « Mon gé-
» néral, abandonnez-nous Ja ‘5ne à nous’ autres » rois ou reines du Phase ou de Caïope. Votre pé- » che, c'est de prendre des villes, des royaumes et » des rois. »
Il arriva à cette reine fastuense et prodigue, probablement dans une de ces orgies où la raison se perd, de détacher de ses oreilles une perle dont la paire étoit estimée deux ou trois millions, de la faire fondre dans du vinaigre, et de '. valer. Elle en alloit faire autant de l’autre, lorsqu'un des convives l'arrêta et obtint la perle. Scice en deux , elle parut
encore assez belle pour servir d'ornement à une célèbre ::-iue de F’énus.
Sans doute ces sacrifices bizar:es étoient faits pour captiver l'amant crédule, et lui persuader qu'on le préferoit à tout ce qu'on pouvoit avoir de plus précieux. Mais, soit par des insinuations étrangères, soit par ses propres réflexions sur le caractère perfide de sa maîtresse, Antoine témoigna quelques soupçons. Au lieu de s'amuser à le rassurer par des protestations , elle l'invite à dîner. Dans un instant de gaîté folâtre, elle détache négligemment une fleur de la couronne qu'elle avoit sur la tête, et la jette dans la coupe de son convive. Il la prend avec empressement et veut la porter à sa bouche. Cléopatre l’arréte, et fait venir un criminel condamne. I] boit, et tombe mort. La fleur étoit empoisonnée. « S'il » sa'étoit possible de vivre sans vous, lui dit-elle, » +üu$ VOyez que je ne manqueroïis pas de moyens » de réaliser vos soupçons. »
la prudence conseïlloit de fuir une si adroïte empoisonneuse ; mais la passion raisonne autrement. Cette preuve de fidélité assez équivoque resserra plus que jamais les nœuds de leur union. 4ntoine paroissoit ne pouvoir souffrir un moment le tourment de l'absence de cette reine, Cléopatre, de son côte, ne le quittoit ni le jour ni la nuit, l'accompagnoit dans ses voyages, à l'armée, et jusqu’à son tribunal , quand il jugeoit des causes. Également égarés par leur présomption , ils se repaissoient ensemble des plus brillantes espérances. Quand cette reine am-
fleur jette empatre boit, « S'il -elle, )yens
> emnent.
plus
ment A LA cote, onOit nal, par des am
ÉGYPTÉ. 360
bitieuse vouloit affirmer quelque chose, son serment ctoit : Comme j'espère donner la loi dans le Capito!e. têve flatteur, dont le réveil fut terrible !
Après plusicurs combats peu décisifs entre les lieuterans d'Antoine ct d'Octave, les deux armées qni devoient décider de l'empire d monde se rencon-
trérent, commandées par leur Celles de mer dans le golfe d'Ambracie, c rre rangées sur le promontoire d'Actium , : les unes des autres. Antoine ctoit sur la flotte. Malgré les remontrances de ses capitaines, il sctoit laisse accompagner par la reine d Égypte, et ce fut la cause de sa perte. Cléopätre, que les remords poursuivoient , voyant la victoire balancer, et craisnant de tomber entre les mains d'Octwe, qu'elle avoit cruellement offensé en faisant répudier sa sœur, prit la fuite avec toute son escadre, et décida la défaite d'Æntoine. Il pouvoit se jeter dans son armée de terre, et tenter de nouveau fortune avec ces légions qui l’avoient fait plus d'une fois triompher, et qui le chcrissoient autant qu'elles estimoient sa valeur. Mais , funeste enchantement! il suit sa perfide amante. Tristement assis à la poupe de son vaisseau, la tête appuyée sur ses deux mains , peut-être, tant est grande la force de la passion! s'occupant encore plus d'elle que de ses malheurs, il jure de ne la plus revoir, mais il la suit ct il arrive au port avee elle. Il tâche de s'affermir dans le dessein de l'éviter; la sirène obtient de se faire écouter, elle fait entendre des regrets, laisse couler des larmes. I succombe.
Il, 16.
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IL fallut pourtant s’arracher aux douceurs de la réconciliation pour ramasser des forces contre l'en- * nemi qui âpprochoit. Æntoine en auroit trouvé, s’il avoit voulu céder lui-même. Il étoit aimé plus qu'Octave, et ce n'etoit qu'à regret qu'on lui retiroit l’estime dont il avoit autrefois joui. Hérode, roi de Judée, vint lui offrir ses services, et voir lui-même si cette âme qui, dans des temps difficiles , avoit montré de la grandeur et de la force, étoit encore susceptible de quelque énergie. Il ne trouva que langueur et foiblesse, et le vit toujours dominé par une malheureuse passion à laquelle Æntoine rapportoit toutes ses vues et toutes ses actions. Ceux qui/ntuine sollicitoit, ses anciens capitaines, ses amis, en jugèrent comme Hérode , et l'abandonnérent. Il ne vit plus d'autre ressource que de retourner en Egypte. La reine avoit des vaisseaux, des soldats, des trésors.
« Je m'en servirai , se disoit-il à lui-même, mais je » ne la verrai ni ne l'écouterai. » Étoit-ce à Alexan- -drie, dans le palais de Cléopätre, qu'il pouvoit se flatter de remporter une pareille victoire sur luiméme? Antoine se logea hors de la ville, dans une - maison agréable qu’il avoit fait bâtir sur le bord de la mer. Il y eut des messages de Ja part de Cléopätre, des pourparlers par intermédiaires. Ensuite des intc- : rêts communs occasionnèrent des entrevues. On s’occupa de traiter avec Octave qui avançoit. Après plusieurs propositions rejetces, Æntoine se réduisoit à demander que le vainqueur lui permit de vivre à Atlsènes en simple particulier avec la reine, et qu'il
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