PRÉFACE DU TRADUCTEUR
Les noms et pronoms du latin et de toutes les langues congénères se déclinent, c'est-à-dire que, suivant les fonctions syntactiques diverses qu'ils peuvent remplir, ils prennent autant de formes diverses.
S'il n'y avait qu'une seule déclinaison, et si les mots déclinés n'étaient pas soumis à la règle d'accord, l'existence delà déclinaison n'aurait rien qui pût étonner l'esprit. Les finales variées que prend le mot décliné seraient autant de postpositions, analogues aux prépositions que le français emploie à les traduire. Sachant que Plauti signifie de Plaute et Plauto a Plautb, on en conclurait simplement que i signifie de et que o signifie a, et que ces deux mots se soudaient dans la prononciation au mot précédent, comme chez nous ils se soudent dans la prononciation au mot suivant.
Mais le mécanisme d& la déclinaison est infiniment plus surprenant que celui des prépositions françaises. D'une part la finale significative, i ou o, se répète deux fois, trois fois, suivant que le substantif est qualifié par une, deux épithètes : Plautt nostrt, Tito Maccio Plauto nostro. Jamais on n'observe pareille bizarrerie dans l'emploi de nos prépositions. D'autre part deux finales difierentes sont équivalentes dans la déclinaison : i au singulier a le même sens génitif que ôruni au pluriel; manui se construit dativement comme bracchio, pedi^ lacertis ou dentibus. Or
le français emploie la même préposition avec un masculin et avec un féminin, avec un singulier et avec un pluriel, avec un mot qui commence par une voyelle et avec un mot qui commence par une consonne.
Ainsi tout indique que les éléments qui forment lés finales des mots déclinés ne sont point des mots auxiliaires indépendants, portant en eux dès le début le sens d'un mot comme de ou a. Ce n'est point ici le lieu de chercher quelle a pu être la valeur primitive de ces éléments mystérieux, et comment chacun d'eux a pu être assez plein de signification pour exprimer tout à la fois un cas, un genre et un nombre, et assez insignifiant pour qu'on fût obligé de répéter dans toute épithète la finale déjà donnée au substantif, dans tout attribut ou prédicat la finale déjà donnée au sujet.
Toutefois, sans aborder d'ensemble un problème si vaste et si difScile, il ne sera pas inutile d'élucider un des miUe problèmes de détail qu'il renferme. Pourquoi plusieurs mots qui ont le même cas, le même genre et le même nombre présentent-ils des finales difierentes (par exemple les datife singuliers masculins scribae, domino, f rat ri, arcûl, dièi)'i En d'autres termes, pourquoi y a-t-il plusieurs manières de décliner? où réside le principe de la distinction des « déclinaisons » traditionnelles?
Ces questions ont reçu une réponse qui paraît satisfaisante et définitive par la découverte du thème ; mais cette réponse s'est fait attendre jusqu'à nos jours.
On lit dans un très-bon livre qui date de plus de deux siècles, la Méthode latine de Port-Royal ^ :
« Les Latins ont cinq déclinaisons, ou différentes manières de décliner les noms, qui naissent de la différence de leurs cas : ce que, pour abréger, Priscien * a réduit d'abord au seul génitif, et les autres grammairiens l'ont suivi.
» Néanmoins il est visible que cette distinction doit être prise de tous les cas en général, puisque le génitif peut être semblable, et la déclinaison différente; car, par exemple, ft^iLX faisait autrefois frugi au génitif, d'où vient encore homo frugi^\ famés faisait fami^ ; et ils n'étaient pas pour cela de la seconde. Dido,