Peau de poisson desséchée
qui, par une série de transformations phonétiques, est devenu lors de la période grecque î'/ôu. Cet élément était un mot, mais par une série de transformations syntactiques il était devenu lors de la période grecque une simple portion de mot. Par conséquent, dans un langage technique tout à fait rigoureux, on n'aurait pas le droit de dire que le substantif dépendant îx^u a été un mot indépendant; on ne pourrait dire cela que d'un certain substantif qui n'était pas encore ?x^u. Et cette précision minutieuse ne serait pas encore suffisante. Il peut se faire qu'à l'époque de l'indépendance des thèmes il ait existé non pas encore une forme destinée à se transformer phonétiquement en Ix^m, mais seulement des éléments aptes à se combiner en une forme qui plus tard deviendrait îx^u.
De même pour la plupart des mots déclinables des langues classiques ou des langues congénères. Prenons par exemple un adjectif d'origine manifestement récente, tel que le latin caesareu-s. Non-seulement, à l'époque de l'indépendance des thèmes, il n'existait pas de thème qui fût prononcé caesarëu, mais il n'existait pas de thème qui fût destiné à devenir caesorrëû : tout ce qui pouvait exister, c'était un type d'adjectifs dont la finale était destinée à prendre avec le temps la forme ëû.
n faut donc bien se garder de l'oublier dans l'analyse des formes fléchies grecques ou latines : conçu comme l'un des éléments de ces formes, le thème n'est qu'une abstraction grammaticale; il n'est plus réel à la façon du thème traité comme vocatif ou comme cas de composition. De là une grande part nécessairement laissée à la convention dans la classification des thèmes. Le thème d'un mot de la 2® déclinaison est appelé par M. Biiche- 1er thème en o, parce que la plupart des finales de cette déclinaison contiennent dans le plus ancien latin la voyelle o. D'autres appellent ces thèmes des thèmes en à, parce que lors de la première séparation des Ariœuropéens il y avait un à partout où le latin archaïque met un ô. Les deux désignations sont également légitimes et également arbitraires. « Thème en o » ne serait une expression juste qu'en latin antéhistorique, « thème en a » qu'en arioeuropéen : au temps où l'on a formé l'adjectif caesareus il n'y avait plus à proprement parler de thèmes ni en a ni en 0. Apis fait au gén. plur. apum ou apium, et nous disons sans scrupule que la première forme suppose un thème ap et la seconde un thème api. U est pourtant certain que l'une au moins de ces deux formes est de date romaine, et que par conséquent à l'époque des thèmes réels il n'existait pas deux thèmes
différents. Ainsi le terme de thème n'a plus de valeur rigoureuse une fois que la déclinaison est formée. Ce n'est plus le nom d'un être vivant et présent, c'est une manière commode de désigner brièvement un élément qui ne peut plus être qu'abstrait, par allusion à un passé qui ne doit jamais revenir.
A l'origine, la déclinaison est créée par l'union des thèmes réels et des désinences réelles. A l'époque où nous observons le langage, il n'y a plus dans la réalité que la déclinaison toute seule, et la déclinaison crée à son tour ce que nous appelons des thèmes, à savoir ces « thèmes » conventionnels ou fictifs que les linguistes en extraient pour avoir un moyen d'abréger le discours.
Le thème est un lorsqu'il est réel, c'est-à-dire indépendant. Alors il remplit à la fois le rôle de vocatif, de cas de composition , et il se joint aux mots auxiliaires qui deviendront plus tard des désinences. Mais une fois la soudure faite le thème n'est plus lui-même. Autant le vrai thème a reçu de fonctions distinctes, autant il y a désormais de thèmes distincts, — et ces thèmes ne sont plus des thèmes que pour le souvenir. La forme, pour nous à jamais inconnue, qui signifiait « nouveau > au temps des thèmes réels, est devenue au temps de la première séparation des Arioeuropéens naua (ou nawa). Ce naua, à cette époque, est encore à la fois vocatif et cas de composition, et en même temps se trouve au commencement de toutes les formes casuelles. Mais il n'a plus d'individualité, parce qu'il n'a plus d'unité. Le rapport de naua cas de composition à naua vocatif n'est plus désormais senti, et les Grecs changent l'un en vso, l'autre en vés. On oublie même que le masc. et le neutre doivent contenir le même disyllabe terminé par la même voyelle, et on dit véa à côté de véci. De même en latin la voyelle thématique est altérée d'une demi-douzaine de façons distinctes dans novv-, novë, novûs, novô, nom, nova.
Ces observations permettent de juger dans quelle mesure il y a lieu de faire intervenir la notion du thème dans l'étude de la déclinaison. Si par les thèmes nous entendons les formes uniques d'où sont sorties les formes multiples de tel substantif ou de tel adjectif, nous parlons de choses qui ont existé réellement et qui, si nous avions pu les étudier directement, auraient été susceptibles d'une définition rigoureuse. Mais ces thèmes sont inaccessibles à nos instruments d'observation ; nous manquons entièrement de prise sur l'époque où ils ont existé. Si nous appelons du nom de thèmes des groupes de sons, extraits des formes complexes
— xin —
où sont ensevelis les thèmes véritables, ce seront là des objets moins rebelles à l'observation. Seulement ce seront des objets âcti&, plus ou moins analogues aux objets réels suivant le plus ou moins de science et d'habileté des linguistes, mais à jamais flctifis en dépit de toute habileté et de toute science.
Dans de telles conditions, il est légitime :
1** D'expliquer que la déclinaison en général est née de la soudure de divers types de thèmes avec diverses désinences, mais sans prétendre déterminer ni la forme qu'avaient les types de thèmes ni celle qu'avaient les désinences, au moment de la soudure ;
2® De classer les déclinaisons d'après ce qui, dans les formes casuelles connues, subsiste du thème primitif; en latin par exemple, d'après la voyelle dominante qui se retrouve dans le plus grand nombre des finales casuelles :
Paradigmes : Voyelles dominantes :
equa a
equâs (plus tard equûs) o
soror Point de voyelle dominante.
securis i
arcus u
dies e
mais à la condition de ne pas chercher à retrouver la voyelle dominante dans toutes les finales sans exception ; par exemple un dans le vocatif eque;
3** Pour être bref dans le détail, d'expliquer une bonne partie des formes casuelles par addition de deux éléments cités sous leur forme latine (rosam = rosa^m, arcvhus = arcu-\'bus, equâs=zequâ-\'S), mais en n'oubliant jamais que c'est là un artifice de langage et que les éléments ajoutés pouvaient avoir au moment où l'addition s'est opérée des formes très différentes de toutes celles qu'il nous est donné de connaître ;
4** D'expliquer, également par raison de brièveté, les changements de déclinaison (tels que la substitution de compluria à complura), par des substitutions de thème (compluri pour complur), mais en se souvenant que le thème nouveau substitué à l'ancien n'a aucune espèce d*existenc6 réelle dans la nature et n'est qu'une abstraction.
Pour ne pas se payer de mots sur ce point il faut étudier le mécanisme des changements de déclinaisoii avec une précision extrême. On m'excusera si j'emprunte aux mathématiques certains termes qui pourront étonner, mais qui seuls me permettront de rendre ma pensée avec une entière rigueur.
S'il était juste de dire, autrement que pour la commodité du discours, que le néologisme compluria contient deux éléments définis, un thème compluri et une désinence a, rapprochés l'un de l'autre et soudés peu à peu par le temps, une formation de ce genre serait faite par addition. Or l'addition est le moins employé de tous les procédés du langage. Il y a addition par exemple quand les langues romanes forment un futur par la soudure d'un infinitif latin avec le verbe avoir, ou quand le français forme un mot unique du avec la préposition de et l'article le. Mais il n'y a pas d'addition quand du primitif à la fois masculin et féminin fort = fortein le français tire un dérivé exclusivement féminin forte.
Dans ce cas comme dans bien d'autres, la seule force en jeu est l'analogie. Le procédé analogique auquel le langage a recouru dans la formation du féminin forte, et auquel il recourt d'ordinaire, est invariablement conforme à lui-même et se reproduit avec une grande rigueur. Il correspond à ce qu'on appelle en mathématiques la recherche d'une quatrième proportionnelle à trois quantités connues. De même qu'étant données les quantités a, b, c, les mathématiques enseignent à calculer une quantité œ, qui soit à c comme b est à a, de même l'instinct linguistique des Français du moyen âge a cherché un féminin qui fût, au masculin fort, comme le féminin morte est au màscuUn mort.
Il y a eu ici de fait allongement du mot foy^t au moyen d'un e; mais pourtant il n'y a pas eu ^addition. La quatrième proportionnelle s'obtient tout aussi souvent par substitution ou par raccourcissement. Étant donné le couple viginti vigesimus et la forme unus et viginti, on en tire par substitution de esimus à inti la quatrième proportionnelle unu^ et vigesimus. Etant / donné le couple marteler martel et la forme appeler, on en tire par raccourcissement la quatrième proportionnelle appel; étant donné vider vide et quitter^ on en tire quitte, et ainsi de suite.
En latin aussi compluria est une quatrième proportionnelle à trois quantités données, non le total de deux quantités. Ce que fortia est à fortis ou fortibus, compluria l'est à complwHs ou compluribus. Le génitif partus (§ 149) n'est point à proprement parler tiré d'un thème part, car ce thème n'est rien ; partus est la quatrième proportionnelle à patribus patrus et partibus. Pecoris (§ 2) n'est point formé d'un ihhme pecor : c'est une quatrième proportionnelle à corpus cof^poris et pe--
cics *. Domus = 8é|i.oç et nurus = vudç passent de la seconde déclinaison dans la quatrième. Il n'y a pourtant jamais eu de thème domu (ou nuru)y qui pût allonger sa voyelle, et se souder à une désinence s, pour former le génitif domûs (ou nurûs) : ce génitif est une quatrième proportionnelle aux trois quantités manus manûs et domûs (ou nurûs) *.
Le jour où le thème commence d'avoir une histoire, il n'est plus thème : il est vocatif, cas de composition, premier élément d'un cas proprement dit. Il n'y a donc point d'histoire du thème : il y a une histoire du vocatif, une histoire des cas, une histoire du cas de composition.
Dans une étude sur la déclinaison le cas de composition pour^ rait prétendre à un chapitre à part. Comme M. Biicheler a laissé le cas de composition de côté, je ne crois pas inutile de réunir ici quelques indications très-sommaires sur ce sujet.
Les cas de composition que nous présentent les plus anciens textes latins sont loin d'être étymologiquement aussi purs que ceux du vieil indien. Comme le grec, le latin a opéré dans les cas de composition des changements de déclinaison très-fréquents ; il a substitué presque partout la finale de la seconde déclinaison à celle des autres^.
Ainsi le grec dit TeX£é[jLYîvoç à côté de TeXecjç^poç, ?x^uo<j>iYoç à côté de ly^Màpoq : Yo de ces formes est emprunté aux composés comme Xu^voçipoç, ai'vo<fi'^oç. De même le latin archaïque forme
i. Le mot est primitivement de la 4" déclinaison, comme le prouve le sanskrit paçu,
2. Pour être tout à fait exact, il faut donner un exemple plus complexe, qui permette de comprendre Finlluence du genre féminin sur le changement de déclinaison. Étant donnés le couple manus magna et manûs magnae d'une part, de l'autre la forme domus magna (ou nuHb magna) y il en sort naturellement la quatrième proportionnelle domûs magnae (ou nurûs magnae), La même observation s'applique aux noms d'arbres comme laurus qui ont des formes de la 4« déclinaison.
3. Pendant des siècles l'ace, sing. et le gén. plur. ont eu dans la déclinaison des thèmes à consonne les mômes finales que dans les thèmes en c^ (en grec irôSa n'est plus pareil à 666v, mais icoSûv a encore la même finale que 68ûv). De là sans doute le changement en question : 6Sûv : TTodûv = 6So- : iro6-o-.
— XTI —
pontufex {pont)ufici^ , h rimitation de aw*ufex*j Crassupes^ recuperare^.
Là même où il 0*7 a pas changement de déclinaison le cas de composition subit des altérations graves. Dans la seconde déclinaison la forme la plus ancienne de la voyelle finale est ô comme en grec. Cet persiste dans les composés de deux adjectifs (albogilvus), dans Ahenobarbus^, etc. Mais le plus ordinairement il passe au son u, de même que dans les nominatifs en us, les accusatif en um, les dat.-abl. pluriels en bus, que dans les génitifs comme patrus = ^aiTpiç, que dans septumus = if^cpLoç, que dans quaesumus en regard de a65',jl£^. On a ainsi aurufeXy Crassupes , formes archaïques, recuperare, forme classique (cf. locuples, vituperare). Plus tard encore Tu passe à l'i comme dans quuerimus, septimus, patris, et Yi subsiste dans la plupart des mots à travers tout l'âge littéraire: exemple Crussipes *. Quand par suite de ces altérations deux î sont en présence ils se contractent en i : *medîdies metndies.
L'adjectif bonus subit un accident particulier. L'adverbe dérivé de cet adjectif est benë pour boné : la voyelle linguale de la seconde syllabe a iait substituer, dans la première syllabe, la voyelle linguale e à la voyelle labiale o''. De la même façon Jrfn?- devient bënî : bénigne^, benifici^, benivolentiae^^. Mais l'adverbe benë, ayant un e bref, agit sur ces formes par une sorte de contagion et Ton a, par un e, benevolen{tiamy\ benevolae^^, beneficium; de même maiè amène maîeficium, malevolus au lieu de malificium et de nialivolus.
Dans certains mots Yî subit une syncope : comparer purgo ]^\iv purigo, sur go ^\yr surrigo, pono ^\xv *possino, pars
1. C. L L. 1 no* 1122 et 620 [an 706 ou 708], 1458 (no 474 pontuff)