‹ Précis de la déclinaison latineChapitre 5 sur 289 · Peau de poisson desséchée · texte numérisé non relu

Peau de poisson desséchée

qui, par une série de transformations phonétiques, est devenu lors de la période grecque î/ôu. Cet élément était un mot, mais par une série de transformations syntactiques il était devenu lors de la période grecque une simple portion de mot. Par conséquent, dans un langage technique tout à fait rigoureux, on n'aurait pas le droit de dire que le substantif dépendant lx^\j a été un mot indépendant ; on ne pourrait dire cela que d'un certain substantif qui n'était pas encore ?x^u. Et cette précision minutieuse ne serait pas encore suffisante. Il peut se faire qu'à l'époque de l'indépendance des thèmes il ait existé non pas encore une forme destinée à se transformer phonétiquement en îx^^i niais seulement des éléments aptes à se combiner en une forme qui plus tard deviendrait fx^u.

De même pour la plupart des mots déclinables des langues classiques ou des langues congénères. Prenons par exemple un adjectif d'origine manifestement récente, tel que le latin caesareus. Non-seulement, à l'époque de l'indépendance des thèmes, il n'existait pas de thème qui fût prononcé caesarëu, mais il n'existait pas de thème qui fût destiné à devenir caesorrëù : tout ce qui pouvait exister, c'était un type d'adjectifs dont la finale était destinée à prendre avec le temps la forme eu.

n faut donc bien se garder de l'oublier dans l'analyse des formes fléchies grecques ou latines : conçu comme l'un des éléments de ces formes, le thème n'est qu'une abstraction grammaticale; il n'est plus réel à la façon du thème traité comme vocatif ou comme cas de composition. De là une grande part nécessairement laissée à la convention dans la classification des thèmes. Le thème d'un mot de la 2® déclinaison est appelé par M. Bûche- 1er thème en o, parce que la plupart des finales de cette déclinaison contiennent dans le plus ancien latin la voyelle o. D'autres appellent ces thèmes des thèmes en à, parce que lors de la première séparation des Ariœuropéens il y avait un à partout où le latin archaïque met un ô. Les deux désignations sont également légitimes et également arbitraires. « Thème en o » ne serait une expression juste qu'en latin antéhistorique, « thème en a » qu'en arioeuropéen : au temps où l'on a formé l'adjectif caesareus il n'y avait plus à proprement parler de thèmes ni en a ni en 0. Apis fait au gén. plur. apum ou apmm, et nous disons sans scrupule que la première forme suppose un thème ap et la seconde un thème api. Il est pourtant certain que Tune au moins de ces deux formes est de date romaine, et que par conséquent à l'époque des thèmes réels il n'existait pas deux thèmes

position, l'un des deux perd son accent. Bref, il n'y a pas à douter de l'identité primitive du cas de composition et du vocatif, du moins d'après les raisonnements qu'on peut tirer de la forme.

Le sens conduit naturellement à la même conclusion. Dans îxOuv SéSopxa la finale de l'accusatif exprime la dépendance où se trouve le substantif par rapport au verbe dont il est le régime. Dans Ix^'JZTrffiq la dépendance du premier élément par rapport au second est logiquement la même : mais nous sommes certains que cette fois elle n'est pas exprimée, puisque {/.Ou- peut prendre le sens d'un cas quelconque aussi bien que celui de l'accusatif. Dans une phrase comme l/fih^ aip-Zj^w ce, entre le substantif et le verbe il n'y a plus même de dépendance logique. Donc, la dépendance du vocatif étant nulle et celle du cas de composition étant sans exposant, les deux cas ont ceci de commun (et de trèscaractéristique par rapport au nominatif, au génitif, à l'accusatif, etc.), qu'ils ne portent aucune marque de dépendance. De même que le vocatif, le cas de composition est grammaticalement indéterminé.

Sur tous les points l'histoire du vocatif devient plus nette, quand on l'identifie au cas de composition. Un mot n'a qu'un cas de composition ; il n'a donc aussi qu'un vocatif. Voilà pourquoi nos langues n'ont pas de vocatif véritable au duel ou au pluriel.

En somme, le vocatif et le cas de composition ne sont qu'une seule et même chose : le thème. Qui dit cas de composition dit thème enchaîné dans une combinaison, et qui dit vocatif dit thème resté libre.

Aux yeux de la grammaire historique moderne, le thème est surtout important sous un troisième aspect, c'est-à-dire en tant que partie constitutive des formes casuelles.

Que l'on compare les formes indiennes navas, patis, paraçics, on voit que chacune d'elles est le total qu'on aurait en soudant une consonne s au cas de composition nava, pati, paraçu: si donc le nominatif est un cas déterminé, c'est qu'au cas omnibus

cet accent est sans aucun rapport avec l'accent des autres cas, et se place invariablement sur la première syllabe du vocatif, c'est-à-dire de rhémistiche. Ce nouvel accent tient donc au vers, ou si Ton veut à la phrase, plutôt qu'au mot lui-môme. En grec l'avancement do l'accent dans TcaTTQp icàTsp ne peut s'expliquer que par une perte totale de l'accent spécial (lu mot et par la naissance d'un accent nouveau, accent non solidaire du premier, et qui à son origine était moins un accent du mot qu'un accent de la phrase.

il a joint un élément déterminatif s. Dans les accusatifs navam, patim, paraçum on retrouve de même le cas général nava, pati, paraçu et un élément déterminatif m. De même en grec le premier élément de veoTzevÔifiç, xoXiTcépOoç, icsXexuçépoç est contenu intégralement dans véoç et véov, zdXiç et xéXtv, icéXsxuç et -îréXeituv, et reçoit toujours au nominatif l'adjonction d'un ç, à l'accusatif l'adjonction d'un v. De même encore en latin sacruficium contient ce qui reste de sacrum si Ton en retranche Tm. La loi est commune à toutes les formes casuelles de toutes les langues congénères : elles ont toujours pour premier élément le cas de composition, ou plutôt un équivalent du type commun d'où sont déjà sortis le cas de composition d'une part et le vocatif de l'autre. Par exemple magnus et magnum ont pour premier élément une forme m^gnû, qui à l'origine ne différait ni du vocatif magne ni du cas de composition contenu dans magnîloquentia.

Les aspects du thème sont donc en résumé :

L L'aspect indépendant, où il sert de vocatif.

L'aspect à demi dépendant, où il sert de premier membre dans un composé et conserve ainsi une certaine

IL l individualité, et

l'aspect dépendant, où U est soudé à une désinence casuelle pour former un mot fléchi.

Magnë est un thème indépendant. — Magnî- est un thème à demi dépendant et magnû- un thème dépendant.

Entre l'aspect à demi dépendant et l'aspect dépendant il y a un aspect mixte qui forme transition. De même que le thème se soude dans magnîloquentia à un substantif loquentia qui est un mot véritable, dans magnùr-s à une consonnes qui n'est qu'une désinence casuelle, il peut se souder aussi à quelque chose d'intermédiaire entre un mot et une simple désinence : à un suffixe dérivatif. Le résultat de la soudure est alors un mot dérivé : exemples magnïtas, magnîties, mxignïtudo. Il résulte de là qu'il n'y a proprement d'aspects bien tranchés que l'aspect indépendant (thème-vocatif) et l'aspect plus ou moins dépendant (thème de composition, de dérivation et de flexion).

Les Hindous ont l'honneur d'avoir reconnu l'unité de ce dernier, c'est-à-dire de s'être rendu compte qu'il y a au commencement de tous les cas, dérivés et composés d'un même mot une forme invariable. Mais ils n'ont jamais considéré le langage au point de vue historique, et ils n'ont pas su éclairer leurs analyses par la chronologie.

On ne saurait au contraire avoir sur ce point d'hésitation sérieuse lorsqu'une fois on cherche à se représenter le langage comme construit peu à peu par l'industrie inconsciente de l'homme : l'aspect dépendant du thème ne peut exister qu'à la condition d'avoir été antérieurement indépendant. En d'autres termes, de même que tout thème employé comme vocatif est un mot, tout thème employé comme simple portion de mot a été un mot ; et naturellement il faut admettre que les suffixes ou désinences que nous voyons soudés au thème ont aussi été des mots.

'IXOù, atpT^ffo) (je n'est pas un mot, c'est une phrase. Il y a eu un temps où un mot composé comme ^x^uxxf/iç était une phrase, où un mot dérivé comme r/Oua^ était une phrase, où un mot fléchi comme lyj^jq était une phrase. La structure syntactique est encore parfaitement nette dans le composé, parce que chacun des deux éléments y conserve intégralement son sens propre ; elle est obscure dans la forme dérivée et dans la forme flexionnelle, parce que le sens du second élément s'est altéré et émoussé. Mais c'est là une différence qui tient à l'âge plutôt qu'à la nature : les « phrases > (x^ua et Ix^uç ont subi les injures du temps longtemps avant la phrase {x^^^^T^Çi parce que les « mots » a et ç que l'on trouve dans ces deux formes, soudés au mot Ix^^, se sont éteints alors que le mot TdiYvu|i.i restait indéfiniment vivace.

On ne peut échapper à la nécessité de reconnaître, en décomposant les formes fléchies^ dérivées, composées, des thèmes d'une part, et d'autre part des désinences, des suffixes, des éléments terminaux de composition. On est aussi obligé de considérer les portions de mots que l'on isole ainsi comme ayant été autant de mots indépendants. Mais en le faisant il faut se rendre compte de ce qu'un tel procédé d'analyse a de conventionnel et se méfier des illusions qu'il pourrait engendrer.

D est clair que ces « mots » indépendants, îx^u, a, ç, et peutêtre même l'adjectif non isolable ica-pQ?» n'ont jamais été indépendants en grec, et qu'ils ne l'étaient nullement à l'époque où la nation arioeuropéenne a commencé de se partager en Êimilles distinctes. L'indépendance de ces éléments remonte à une période infiniment plus ancienne. Quand l'élément initial tx^u était un mot, il ne se prononçait pas encore tx^u; quand il s'est prononcé fx^u, ce n'était déjà plus un mot. Ce qui existait primitivement, c'est un élément dont la forme ne nous est pas connue, et

Page 1