JOURNAUX FRANÇAIS
8° Gazette de Lausanns, deux fois par semaine à Lausanne.
9° Nouvelliste vaudois , deux fois par semaine Ibid.
\o° Journal de Genève h Genève.
11*^ Bibliothèque universelle (journal scientifique), une
fois par mois Ibid.
JOURNAUX ITALIEWS.
12° Courrier suisse ( Corriere suizzero ) , deux fois par
semaine à Lugano.
1 3* Gazette du Tessin ( Gazetta Ticineze ) , une fois par
semaine , Ibid.
198 LIVRE CEI^T CINQUIÈME.
Nombre moyen annuel d'étrangers qui ont fait viser leurs passeports à Genève dans ces dernières années.
Allemands 1,900
Suisses 3,600
Français 3, 100
Anglais 1,600
Piémontais ou Savoyards 3,2oo
Italiens 600
Américains 100
f, Danois et Suédois 5o
Russes 1 5o
Total i4,3oo
Suite de la Description de l'Europe. — Description de l'Italie. - Première section. — Description physique générale de l'Italie,
Les contrées pittoresques de l'Allemagne, les grands événemens dont elle fut le théâtre, les souvenirs historiques qui s'y rattachent, les mœurs de ses habitans, leur caractère particulier, leur amour pour les sciences et la philosophie , ont répandu de l'intérêt dans nos descriptions. Nous n'avons pu voir d'un œil indifférent les belles vallées et les hautes montagnes de la Suisse. L'Italie va nous offrir son ciel azuré, ses sites enchanteurs, ses souvenirs classiques et ses chefs-d'œuvre des arts. A peine arrivés sur le versant méridional des Alpes, nous verrons changer tout à coup la végétation , les hommes et les usages : il semble qu'un climat favorable au laurier, au myrte et à l'olivier, porte l'homme à l'amour de la gloire et aux bienfaits de la civilisation. L'Italie n'a-t-elle point produit le peuple qui fut le maître du monde? Les poètes et les écrivains qui l'ont éclairée; les arts qui y furent portés par les Grecs, n'en ont-ils point fait jadis ie pays le plus civilisé de l'Europe? Et lorsque la barbarie eut étendu son sceptre de fer sur cette partie du monde, ne vit-on point l'Italie, du temps même des croisades, redevenir Tasile des lumières qui se répandirent ensuite sur nos contrées? La superstition, les moines et la misère ont, il est vrai, établi leur empire dans ce pays , mais l'Italie est encore , sous le rapport intellectuel , l'une des plus belles portions de l'Europe.
Considérée dans ses limites naturelles, la partie septentrionale de cette contrée comprend tout le versant des Alpes ^
depuis la branche appelée Alpes cottiennes jusqu'à celle que l'on appelle Alpes juliennes; mais les lignes de démarcations politiques ont modifié ces limites. Ainsi , dans sa plus grande largeur, elle est comprise entre le golfe de Trieste et le Rhône , non loin du lac de Genève ; d'où il suit que ce fleuve, les Alpes pennines et l'extrémité du golfe Adriatique , séparent l'Italie de la France , de la Suisse et de l'Allemagne. Le golfe Adriatique et la Méditerranée baignent les côtes de cette contrée jusqu'aux pentes ^es Alpes maritimes ^ près des frontières de la France. Sa longueur, du nord-est au sud-ouest, est d'environ 3oo lieues; sa largeur, au nord, est de plus de i6o lieues; dans sa partie moyenne, de 5o ; au midi, de 4o; et à l'entrée de la Calabre, de lo à 12 seulement. Sa superficie, en y comprenant la Sicile , la Sardaigne et toutes les petites îles, est de 16,200 lieues; et celle des îles seules, de 2800.
Les principales montagnes de l'Italie sont les Alpes pennines^ qui comprennent la chaîne qui s'étend du mont Rose au mont Blanc; les Alpes grecques ^ comprises entre le mont Blanc et le mont Cenis; les Alpes cottiennes^ entre le mont Cenis et le mont Viso; enfin les Alpes maritimes^ qui, du mont Viso, se prolongent au-delà du Col de Tende. Ces différentes parties|d'une même chaîne serpentent de l'est à l'ouest et de l'ouest à l'est dans la direction générale du nord au sud. A partir du Tanaro jusqu'à l'extrémité de l'Italie , s'étend la longue chaîne des Apennins. Toutes ces montagnes dépendent d'un même système : celui des Alpes, la chaîne Rhétienne et la chaîne Apennine, partent d'une masse principale , le mont Blanc. La chaîne des Apennins , qui doit principalement nous occuper, s'étend sur une longueur de 270 lieues. Elle se divise en trois parties : \ Apennin septentrional se prolonge , en passant près d'Urbin , jusqu'à la mer Adriatique ; \ Apennin central se termine près des bords du Sangro; Y Apennin méridional s'étend, en serpentant, jus-
EUROPE : Description de P Italie. 10 \
qu'au bassin de l'Ofanto où il se bifurque : la branche la moins considérable sépare la terre de Bari de celle d'Otrante ; l'autre, composée de montagnes élevées, traverse les deux Calabres , et se termine par \ Aspromonte.
Du côté de l'Italie , la chaîne des Alpes est beaucoup plus escarpée que du côté de la France , de la Suisse et de l'Allemagne; celle des Apennins., moins élevée, prolonge plusieurs rameaux, dont les plus importans vont former des caps dans la mer Adriatique, celle de Sicile et la Méditerranée. Piombino est bâti sur l'un de ces caps, mais le plus important est celui qui forme la pointe de la Campanellay à l'entrée du golfe de Naples. Sur les bords de l'Adriatique, ces pointes ou ces extrémités de chaînes sont moins importantes; cependant, à l'entrée du golfe de Tarente, le cap de Leuca est formé par les dernières pentes d'un de ces rameaux. La branche principale, qui continue jusqu'à l'extrémité la plus méridionale du continent, ne fait que s'enfoncer dans la mer pour reparaître en Sicile, dont elle forme pour ainsi dire la charpente. Dans l'étendue que parcourt la chaîne Apennine^ elle se range plus près de la côte occidentale de l'Italie que de la côte opposée.
Cette contrée , si remarquable par ses montagnes , ne l'est pas moins par ses plaines. L'une des plus belles et des plus riches de l'Europe, et peut-être du monde, est celle de la Lombardie. Celle qui s'étend entre le golfe de Naples, le Vésuve et les Apennins, moins étendue, est admirable par sa richesse et sa fertilité. Sur le versant opposé de cette chaîne, d'autres plaines moins étendues encore, mais non moins fertiles, se prolongent sur les bords de l'Adriatique, aux environs du golfe de Manfredonia et sur la terre de Bari.
Les cours d'eaux qui sillonnent l'Italie diffèrent d'importance , suivant qu'ils descendent des Alpes ou des Apennins. IjC Po, le plus grand de ses fleuves, prend sa source au
202 LIVRE CEIVT SIXIEME.
mont Fiso, Grossi des eaux du Tanar'o^ de la Trehia^ du Taro et du Panaro^ qui s'y réunissent sur sa rive droite; augmenté sur sa gauche par la Dora^ VOrca, la Sezia, le Tessùij YAdda et YOglio^ il se jette, après un trajet de 120 lieues , dans la mer Adriatique. La même mer reçoit des Alpes le Tagliamento ^ la Piuve^ la Brenta et XJdige. La chaîne des Apennins fournit à la Méditerranée XArno^ qui se jette dans le golfe de Gênes ^ et le plus petit fleuve de l'Europe , le Tibre , qui se plonge dans la mer près d' Ostie.
Les phis grands lacs s'étendent sur le versant des Alpes rhétiennes; à l'ouest, c'est le lac Majeur^ et dans la direction de l'est on voit successivement ceux de Lugano^ de Corne ^ d'Iseo^ et celui de Garda, le plus important de tous. Que sont, auprès de ces grandes nappes d'eau, les lacs de Pérouse, de Bolzena et de Fucino , qui se succèdent du nord-ouest au sud-est , sur les pentes occidentales des Apennins ?
Le lac Majeur {^lago Maggiore) est le Verhanus lacus des anciens; il a une lieue et demie dans sa moyenne largeur, et i4 dans sa plus grande longueur; mais sa profondeur est extraordinaire : elle est, dit-on, de 800 mètres. Le lac de Lugano, l'ancien Ceresius lacus, n'a que 5 lieues de longueur sur une largeur moyenne d'une demi-lieue. Il est élevé de 870 pieds au-dessus du niveau de la mer, et de i8o au-dessus du lac Majeur, dans lequel il écoule ses eaux. Celui de Gôme, appelé Larius lacus par les anciens, a 6 lieues de longueur en le mesurant depuis son extrémité septentrionale jusqu'à l'extrémité méridionale de la plus longue de ses deux branches. Sa largeur est d'environ une lieue. Il reçoit plus de 60 cours d'eau , dont la plupart forment de belles cascades : ce qui est dû à la hauteur des montagnes qui l'entourent, dont plusieurs ont 8 à 9000 pieds d'élévation , et qui , s'abaissant en gradins , viennent former
EUROPE : Description de V Italie. 2o3
autour de ses rives une rangée de collines de 1200 à 1800 pieds de hauteur. Les points de vue agréables qu'elles offrent, les maisons de plaisance qui se groupent çà et là sur leurs pentes, rendent les bords de ce lac on ne peut plus pittoresques. Ses eaux sont animées par un grand nombre de mauves qui voltigent à sa surface , et dont le nom latin Larus paraît être l'origine de celui du lac. Le lac à'Iseo ou de Sahino [Seçinus laciis), large d'à jieu près une lieue, et long de 5 , a 3oo mètres de profondeur. Il est environné de rochers à pic et de coteaux couverts de vignes et d'oliviers. Le lac de Garda (Benacus lacus) a II lieues de longueur, une lieue de largeur au nord, et 4 au sud. Sa profondeur, qui varie beaucoup, est, dans son maximum , de 8 à 900 pieds. Ce lac, chanté par Catulle et par Virgile , est célèbre par la variété et la quantité de poissons qu'il nourrit.
La beauté du climat de l'Italie a contribué à rendre plusieurs de ses sources minérales aussi célèbres que celles de l'Allemagne. Aux environs de Pw<?, les sources gazeuses de Saiîit- Julien ^ les bains de Montecatini ^ les sources de Saint- Cassian , et les célèbres bains de Lucques^ attirent une foule d'étrangers en Toscane. Dans le royaume de Naples on trouve à chaque pas des sources gazeuses, comme si elles étaient la conséquence des phénomènes volcaniques : les eaux de Santa-Lucia ^ celles de Pisciarelli^ de Pouzzolles ^ et les 4 sources à'Ischia; dans le royaume Lombard- Vénitien , les bains ô^Albano^ près de Padoue; ceux de Rocoaro , dans les environs de Vicence ; les sources thermales d'Jcqui, celles de Vinadio et à^Oleggio, dans le royaume de Sardaigne ; enfin les sources minérales des environs de Parme, prouvent que l'Italie est, sous le rapport des moyens curatifs , favorisée d'Hygiée , la déesse de la santé.
Du nord au sud de l'Italie on compte quatre zones et
204 LIVRE CENT SIXlilME.
quatre climats différens. La zone septentrionale, qui règne depuis les Alpes jusqu'aux Apennins, est souvent exposée à des froids rigoureux : quelquefois le thermomètre y descend jusqu'à lo degrés. Elle ne produit généralement ni l'olivier, ni le citronnier, ni les différentes espèces de ce genre , si ce n'est dans quelques localités abritées contre les vents. Dans la seconde , qui s'étend jusqu'au cours du Sangro , l'hiver est sans âpreté : l'olivier et l'oranger sauvages lui résistent, mais l'arbre qui porte l'orange douce n'y prospère point en pleine terre. C'est dans la région suivante , qui se termine vers les bords du Crati^ qu'il réussit presque sans culture, à côté du cédratier et du bigarradier. Il y gèle pourtant quelquefois, mais rarement dans les lieux peu élevés. La dernière zone enfin jouit d'un climat brûlant, le thermomètre n'y descend point au-dessous de zéro; le palmier, l'aloès et le figuier d'Inde y croissent, surtout dans les plaines et sur le bord de la mer, car les cimes les plus élevées se couvrent de neige en hiver.
Rien n'égale la fertilité de la première région, qui occupe toute la vallée du Pô ; elle produit une grande quantité de riz , diverses espèces de grains , et surtout celle qui sert à faire les pâtes et les macaronis dont les Italiens sont si friands. C'est aussi dans cette vallée et dans celles qui y aboutissent que l'on voit les plus belles prairies de l'Italie et les bestiaux les plus gras. Ses fromages sont un objet considérable de commerce; ses vins sont estimés, principalement ceux du Frioul , du Vicentin , du Bolonais et du Montferrat.
La seconde région a peu de prairies et peu de champs de blé; ses terres cultivées s'élèvent, sur les pentes des montagnes , en terrasses , soutenues par des murs de gazon , dont la verdure, sur laquelle se détachent des arbres couverts de fruits et le pâle olivier , donne aux coteaux l'aspect le plus riant et le plus riche.
EUROPE ; Description de V Italie. 2o5
La troisième région , que plusieurs parties malsaines ont fait appeler pays de mauvais air, est couverte de vastes pâturages, de coteaux et de vergers.
Dans la dernière on cultive le figuier , l'amandier , le cotonnier, !a canne à sucre et la vigne qvii donne les vins brûlans de la Calabre. La végétation y rappelle celle des plus belles contrées de l'Afrique. Le bombix , qu'on y élève , produit une soie moins fine et moins brillante que dans les autres parties de l'Italie : on en attribue la cause à sa nourriture, qui consiste principalement en feuilles de mûrier noir. C'est dans cette région que l'œil se promène avec plaisir sur ces pampres dont les rameaux flexibles s'enlacent aux peupliers. On a remarqué que les vins que l'on obtient des vignes basses sont d'une qualité supérieure à ceux que produisent celles qui forment d'élégantes guirlandes à la cime des arbres. Souvent le raisin des premières est mûr avant que celui des secondes se soit coloré. Le mélange de ces deux raisins ne donne qu'un vin aigre-doux , en dépit du climat.
L'Italie produit tous les arbres fruitiers des contrées tempérées de l'Europe, et de plus quelques végétaux qui ne peuvent croître qu'à la faveur d'une haute température. Tels sont : le plaqueminier (^diospjros lotus) ^ dont les fruits jaunes, acides et de la grosseur d'une cerise, ne sont mangés que par les enfans et par les pauvres; Xazédarac bipinné (^melia azedarach)^ arbre dont les fleurs, d'un bleu tendre et d'une odeur suave , tombent en grappes élégantes; le grenadier j apporté de Carthage en Italie par les Romains ; Xazeroliêr {^crotœgus azarolus)^ espèce de néflier dont le fruit plaît par sa belle couleur rouge , et dont le suc rafraîchissant le fait rechercher dans l'Italie méridionale ; le caroubier i^ceratonia siliqua)^ dont la gousse est aimée des Napolitains; le pistachier lentisque^ qui fournit une huile bonne à brûler et à manger; enfin le frêne a feuilles rondes
{^fraxinus rotundifoUa) , arbre précieux de la Calabre , dont 1 ecorce entaillée suinte la manne.
Plusieurs animaux de l'Italie sont communs à différentes parties de l'Europe; d'autres sont particuliers à son climat et à ses montagnes : celles-ci servent de retraite au lynx , au chamois, à la chèvre sauvage, au furet, au loir et au lemmingj petit rat de Norvège célèbre par ses migrations. Dans les Apennins on trouve communément le porc-épic. Un bœuf auquel on donne le nom de hufjle vit apprivoisé dans le midi de la contrée. Les chevaux napolitains sont estimés pour leurs formes et leur vigueur; l'âne et le mulet y sont d'une très-bonne race , et les moulons rivalisent avec ceux d'Espagne. Les oiseaux y sont très-nombreux : dans les seules Alpes maritimes on en compte 3o6 espèces; quelques reptiles du midi appartiennent à la partie septentrionale de l'Afrique; deux grandes couleuvres, l'aspic et la vipère , y distillent leurs poisons.
Les poissons et les mollusques sont extrêmement nombreux dans la Méditerranée. Les profondeurs de cette mer sont habitées par les alépocéphales ^ les pomatomes ^ les chimères et les lépidoVepres . Dans la région supérieure se trouvent les molves , les merlans^ les castagnolles ^ etc.; à 3oo mètres au-dessous de la surface des eaux, les raies ^ les lophies ^ les pleuronectes et tous les poissons à chair molle. A i5o mètres plus haut s'étend la région des coraux et des madrépores ; au milieu d'eux vivent les halistes^ les lahres ^ les trigles et autres poissons. Au-dessus végètent des algues et des caulinies ; cette région est fréquentée par les murènes^ les avives les stromatées , etc. Au-dessus s'élèvent les rochers couverts de tarées et de fucus ^ qui servent de retraite aux hlennies ^ aux clines , aux centrisques et à tous les poissons de rivages. Enfin les plages couvertes de galets et de sables sont la résidence ordinaire des spares ^ des anchois y des
EUROPE : Description de t Italie. 207
muges et de divers mollusques (i). C'est au sein de la Méditerranée qu'habite la sèche communie ^ qui rejette, lorsqu'on la poursuit, une liqueur noirâtre dont on fait une couleur appelée sepia; c'est là que demeure également ce mollusque de la famille des poulpes^ décrit par Aristote et par Pline, et connu sous le nom à' argonaute papiracé ; singulier animal dont la coquille transparente et fragile , en forme de nacelle élégante, semble avoir donné à l'homme l'idée des premiers navires, comme il paraît lui avoir donné les premières leçons de navigation. Doué de la prudence nécessaire à sa conservation, qualité indispensable au navigateur, dès que la tempête commence à agiter les flots , il se renferme dans sa coquille et se laisse descendre au fond des eaux; mais lorsque le calme a reparu, il étend ses bras hors de sa barque légère et reparaît à la surface de l'onde. Il introduit ou rejette à volonté l'eau qui lui est nécessaire pour son lest; le mouvement donné à ses bras, qui lui servent de rames, le fait voguer, et si la brise qui agite les flots n'est point trop forte , il élève deux de ses bras, présente au vent la membrane qui les unit, et s'en sert comme d'une voile propre à accélérer sa course, tandis qu'un autre bras, plongeant dans l'eau derrière la coquille, agit comme gouvernail.
Les vents du midi sont très-incommodes dans le royaume de Naples et dans la Sicile; mais celui du sud-est, ou le sirocco^ est celui dont le souffle est le plus accablant. Lorsqu'il règne, la lueur du jour est obscurcie, les feuilles des végétaux se roulent comme si elles étaient piquées par un insecte destructeur, et Ihomme est accablé d'un malaise et d'une nonchalance qui lui font perdre ses forces. Heureusement ce vent règne plus fréquemment l'hiver que l'été. L'Italie offre aux observations du géologiste une foule de
(0 Histoire naturelle des principales protliicf ions de l'Europe méridionale, par ^I. P, i<i so ,iom. HT.
ao8 LIVRE CENT SIXIÈME.
localités intéressantes pour qui sait les explorer. Le terrain jurassique commence au nord de Bellune : il montre dans sa partie supérieure les calcaires oolithiques en couches horizontales d'où l'on voit sortir le grès rouge (i). Dans la vallée de CadorCy les calcaires donnent issue à des sources imprégnées d'hydrogène ; la montagne de Jiau , également calcaire, renferme du plomb argentifère; celle de Grigne contient de l'oxide dp fer et du plomb sulfuré. On connaît dix-neuf mines dans cette vallée. Sur le territoire de Vicence on voit des calcaires analogues à la craie, des dépôts de sédiment supérieur et des roches volcaniques anciennes : ces derniers produits offrent aux recherches du minéralogiste des globules de calcédoine remplis d'air et d'eau. Dans la montagne de Monie-Bolca on voit la lave alterner avec le calcaire schisteux rempli de poissons fossiles. Des grès verts forment le noyau de toutes les colUnes calcaires qui s'étendent dans le Frioul et les collines basses d' Oltre-Piave.
Le Véronais présente la même disposition : ses calcaires sont remplis de corps organisés fossiles. Au pied des Apennins s'étendent , dans les duchés de Parme et de Plaisance, des montagnes coquillières dont les sommets s'élèvent jusqu'à 1600 pieds, et dont les couches sont inclinées au nord de 10 à 20 degrés; elles dominent le cours du Pô. Ce fleuve, qui traverse une grande étendue de terrains supercrétacés supérieurs, charrie, comme tous les grands fleuves, les débris des montagnes qui l'entourent et du sol qu'il sillonne. L'action journalière de ses eaux accumule à son embouchure des dépôts qui chaque jour reculent les limites de la mer. Des recherches savantes ont servi à constater que depuis i%)4, époque à laquelle on a cherché à le contenir par des digues , ce fleuve a tellement amoncelé les débris qu'il en-
(0 Mémoire de M. Catullo : Giornale di fisica cliimica.
EUROPE : Bescript. physique de V Italie. 209
traîne, que dans sa partie la plus basse la surface de ses eaux est maintenant plus élevée que les toits des maisons de Ferrare (i). A partir de la même époque ses atterrissemens ont reculé la mer de plus de 3 lieues. L'antique Hatria, aujourd'hui Adria, était dans les temps anciens un port célèbre , puisqu'elle donna son nom à la mer Adriatique : elle est aujourd'hui à plus de 8 lieues du rivage. On a sans doute exagéré (2) en évaluant à 120 mètres les envahissemens annuels de ces atterrisseraens ; mais ce qu'il y a de certain , c'est que les travaux des hommes n'ont pas peu contribué à les augmenter. On peut mesurer leur marche avec assez de précision : au XIP siècle, la mer était éloignée d'Adria de 9 à 10,000 mètres j à la fin du XVP, lorsqu'on eut ouvert une nouvelle route au fleuve, les promontoires de ces atterrissemens les plus avancés dans la mer se trouvaient à i8,5oo mètres d'Adria, ce qui donne à leur marche moyenne 25 mètres par an. En considérant que l'extrémité de ces atterrissemens est aujourdhui à 32,5oo mètres du méridien d'Adria, leurs envahissemens peuvent être évalués à 70 mètres par an. Jadis le Pô était sujet à des crues qui se renouvelaient tous les 4o ou 5o ans. Elles sont devenues plus fréquentes. La marche des atterrissemens de la Brenta menace Venise du même sort qu'Adria.
Au milieu de ces vastes plaines d'alluvions , à l'orient de l'Adige et de la ville à' Este, s'élève un groupe de montagnes volcaniques : ce sont les monts Euganéens et les monts Berici qui forment des mamelons arrondis, dont le plus élevé n'a pas plus de 1800 pieds au-dessus du niveau de la mer. On remarque dans ces montagnes, non seulement des bancs de roches ignées, mais des cou-
(0 Voyez le travail de M. de Prony sur le système hydraulique de rilalie. — (^) Bieislak, Instructions géologiques. VU
IlO LIVRE CENT SIXIÈMK.
oh es argileuses et calcaires qui renferment des poissons fossiles.
En descendant du mont Rose ou Rosa au val de Sesia , ainsi nommé de la petite rivière de la Sesia qui va se jeter dans le Pô, la principale roche que l'on remarque est la serpentine. Dans la vallée de Macagnaga , en Piémont , on trouve des schistes aurifères. Dans la vallée de la Doire ou Doria , près d'Ivrée , et dans celle de Bielle, on remarque le granité, le porphyre, le calcaire jurassique, la craie, et le terrain supercrétacé supérieur. Le majestueux mont Blanc, ce colosse des Alpes, montre dans le groupe qu'il forme des alternances de granité et de roches à débris organiques qui appartiennent au terrain jurassique. Non loin de Turin, la montagne de Superga présente un exemple frappant du terrain supercrétacé qui a été soulevé et redressé par la même cause qui a fait surgir les cimes du mont Blanc. Sur les bords de la Scrivia, près de Tortone, on voit des dépôts de terrains supercrétacés moyen et inférieur, et dans celui-ci se trouve du gypse qui l'a pendant long-temps fait confondre avec les terrains parisiens.
Le sol de la Lombardie et celui du Piémont abondent en coquilles fossiles , mais les terrains meubles qui recouvrent les dépôts marins sont remplis d'ossemens d'élans, de mastodontes , d'éléphans , de rhinocéros et d'autres grands quadrupèdes; dans les collines des environs de Plaisance, et principalement au val d'Arno , on a trouvé des os de cétacés. Des animaux aujourd'hui perdus habitaient donc les versans des Alpes et des Apennins, avant que l'homme y eût établi son empire.
La chaîne des Apennins présente deux massifs : l'un se compose de granité, de gahbro (roche que les minéralogistes français appellent euphotide ) et de serpentine qui constituent le noyau de ces montagnes. L'autre est formé
EUROPE : Descript. physique de V Italie. i\\
de calcaires saccharoïdes et de calcaires compactes, auxquels succèdent des couches siliceuses , et la roche sablonneuse appelée macigno. Ces calcaires saccharoïdes , que l'on a regardés long-temps comme primitifs, offrent au ciseau du statuaire de très-beaux marbres blancs , dont le principal est celui de Carrare , sur le versant occidental de \ Apennin septentrional. En remontant vers le nord , ces calcaires anciens, entourés de calcaires jurassiques, supportent des terrains de la dernière formation , auxquels appartiennent des argiles remplies de coquilles et d'autres dépôts de sédiment contenant des fragmens de bois et des fruits de divers arbres conifères (i).
Les bords de la Méditerranée, depuis Vintimille jusqu'au bourg d'Alassio , présentent des dépôts arénacés et calcaires appartenant au terrain jurassique supérieur ; d'Alassio à Savone le même terrain , mais modifié par l'action des feux souterrains 5 à Codibona , des poudingues et des lignites, avec des ossemens anthracothère ^ animal perdu. A Gênes, on voit le terrain jurassique supérieur renfermant des plantes marines fossiles^ et recouvert par le terrain super crétacé supérieur. A la base de \ Apennin central s'étendent les mêmes terrains tertiaires ; ils forment des collines composées en grande partie de marne argileuse , de sable calcaire et siliceux dans lesquels on trouve du soufre, de la poix minérale et du sel. Le nombre de dépouilles organiques y est si considérable qu'il surpasse peut-être celui des animaux qui peuplent la mer (2). Les roches granitiques de l'Apennin méridional , depuis les montagnes de Conegliano jusqu'à l'extrémité de l'Italie, sont plus visibles que dans le reste de la chaîne : leur couleur est
(0 Mémoire sur les bassins tertiaires de Gênes et de ses environs, par M. Pareto , Ann. des sciences nat. , tom. I , pag. 86.
(2) ^msZa^ ; Institutions géologiques, tom. II, pag. 206.
212 LIVRK CENT SIXfF.MK.
jaune et leur texture grenue et demi-cristalline; ils paraissent faire partie de la formation intermédiaire. Près du bord de la mer, les collines calcaires qui s'élèvent çà et là appartiennent aux dépôts de sédiment supérieur. Dans la Calabre orientale, au bas des pentes de V^sp?vmo?ite ^ on trouve de grands dépôts salifères : l'exploitation de Lungro est la plus considérable.
Sur le versant occidental de \ Apennin central^ le séjour des mers, auxquelles ont succédé des lacs d'eau douce, est attesté par la nature du sol , et les produits volcaniques s'y sont amoncelés à une époque antérieure aux temps historiques. Là sont des macignos ^ ici les plus modernes des roches calcaires appelées trwertins^ dont la formation paraît être due à des sources minérales contenant de l'acide carbonique ; ils ont servi à la construction de la plupart des monumens de l'ancienne Rome ; ils se présentent en bancs puissans dans les environs de cette ville. D'autres calcaires qui se forment encore indiquent la marche qu'a suivie la nature aux époques les plus reculées ; on doit les distinguer sous le nom de calcaires incriistans. Les eaux qui descendent de la chaîne du mont Velino tiennent en suspension du carbonate de chaux qui se dépose dans le lac Velino , aux cascades de Terni et à celle de Tivoli, Le témoignage d'un savant estimable servira mieux que nous ne pourrions le faire à donner une idée de la manière dont ce calcaire se dépose. « Les chutes d'eaux ou cascades célèbres de Tivoli ne sont « pas dues à des escarpemens du calcaire compacte qui « forme la masse de ces montagnes ( celles qui dominent « Rome), mais à un barrage de la vallée, produit par les a dépôts des eaux qui en sortent, et qui étaient dans les « derniers temps beaucoup plus chargés de cklcaire qu'elles « n'en contiennent actuellement. Cette agitation des eaux « donne à ce dépôt* des ondulations qu'on ne lui voit pas « dans la plaine , et sa précipitation , moins abondante ,
EUiioPE ; Descript. physique de V Italie.
« permet au calcaire de prendre une texture et un aspect « cristallin qui l ëloignent du travertin pour le rappro- « cher des albâtres. Cette même disposition , due aux « mêmes causes, s'observe dans tous ces détails aux belles « cascades de Terni. On trouve d'abord dans les environs « et dans les parties basses du travertin, un calcaire d'eau « douce compacte , et après Rieti^ au confluent du Velino et « de la Nera , cette petite rivière se précipite en cascade a d'un barrage de calcaire concrétionné cristallin , formé « par la même voie et sur le même sol fondamental de « calcaire compacte qu'à Tivoli (i). »
Ce calcaire est fortement coloré, sa teinte est d'un brun rougeâtre ; quelquefois on y trouve des coquilles d'eau douce, mais dans d'autres localités il est de la plus grande blancheur. Sur une colline évidemment moderne , au nordouest de Radicofani ^ près des frontières de la Toscane , les eaux de Saint-Philippe, utilisées comme moyen curatif, le sont encore par la propriété dont elles jouissent de déposer un sédiment très-fin et du plus beau blanc. On les fait tomber en pluie sur des moules en creux, et l'on obtient ainsi par voie d'incrustation de très-jolis bas-reliefs.
A Radicofani on voit le terrain tertiaire supérieur et des dépôts volcaniques. Le lac de Bracciano paraît avoir été jadis un cratère. Près de Viterbe on voit une ancienne coulée de lave.
Les lacs dans lesquels se sont déposés les travertins antiques des environs de Rome ont formé le Quirinal^ X Aventin et les monts Marins et Cœlius^ mais le Janicale et la roche du V atican attestent par leurs mollusques la présence des eaux marines. D autres roches, et des déjections volcaniques agglomérées par un ciment calcaire, constituent le
(0 M. /Il Erongniart:T)e quelques terrains d'eau douce , poslërieurs au calcaire grossier lior.s tlu bassin de Paris, i. II, seconde partie, p. 55 2 ; dans l'ouvrage intitule :Picclicrclies sur les ossemens fossiles, par G. Cuvier>
2l4 LIVRE CENT SIXIÈME.
sol de la ville antique. Quelques uns des sédimens de ses environs renferment des ossernens d'animaux terrestres dont les espèces sont perdues.
Des bords du Pô jusqu'aux extrémités de l'Italie, on a reconnu deux traînées de matières volcaniques : l'une s'étend sur le versant oriental des Apennins, depuis le territoire de Ferrare jusque dans les Abruzzes, non loin des rives du Sangro; l'autre, sur le versant opposé, se prolonge jusques dans la Sicile. Aux deux extrémités de ces produits des feux souterrains, se développe le phénomène des salses^ ou pseudo-uolcans dans lequel le gaz hydrogène est le principal agent. Dans celle de Sassuolo , aux environs de Modène, un bâton plongé détermine l'eau à s'élever en forme de jet. Près de Pletra-Mala , en Toscane , une source d'eau froide, YAcqua biija, s'enflamme à l'approche d'une lumière, et le Fuocco ciel legno, toujours allumé, a la flamme bleue le jour et rouge la nuit.
Au bas du versant des Apennins qui se dirige vers le golfe de Naples , des cratères de diverses dates se sont accumulés sur le sol même que l'homme foule aujourd'hui, et la décomposition des laves a contribué à fertiliser ses champs. Toute la plaine de la Campanie est couverte de déjections volcaniques ; Naples est bâtie sur des courans de laves. Spallanzani a reconnu le premier que les lacs Averno^ Agnano et Lucrùio , étaient d'anciens cratères.
Cette plaine , qui s'étend depuis les bords du Sebato et du Sarno jusqu'à la Méditerranée, est connue depuis les temps anciens sous la dénomination de champs Phlégréens : tout y retrace en effet les ravages des feux souterrains. L'Averne, que les Grecs nommaient Aornos ^ parce que les oiseaux fuyaient ses rives d'où s'exhalaient des vapeurs pestilentielles, les attire aujourdhui par l'abondante nourriture qu'il leur offre. Il a dans certains endroits i8o pieds de profondeur , mais il n'offre plus laspect sombre et lugubre sous
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lequel nous le peignent les historiens et les poètes de l'antiquité. Les vieilles forêts qui couvraient ses bords escarpés sont remplacées par des taillis et des buissons qui conservent leur verdure toute l'année; les marais insalubres qui l'environnaient ont été convertis en vignobles. On remarque encore sur ses bords, d'un côté les restes d'un temple d'Apollon , de l'autre la célèbre grotte de la Sibylle de Cumes ; enfin rien n'est plus romantique que l'aspect de ce lac que les anciens regardaient comme l'entrée des enfers.
Le lac Lucrino ou Licola (^Lucrinus lacus)^ voisin du précédent , avec lequel il communiquait par un canal que fit construire Agrippa , gendre d'Auguste , pendant que d'un autre côté il communiquait aussi à la mer , ne nourrit plus les huîtres qui le rendaient célèbre chez les anciens. L'éruption du 29 septembre i558 forma dans son sein un petit volcan qui, pendant sept jours, rejeta des matières enflammées, et dont la lave forme aujourd'hui une colline de 8000 pieds de circonférence à sa base, et de ^00 de hauteur: il est connu sous le nom de Monte-Nuovo. Depuis l'éruption subite de cette colline, le lac Lucrino, considérablement diminué, n'est plus qu'un étang dans lequel on ne pêche que des anguilles.
Le lac d'Agnano a une demi-lieue de circonférence ; ses eaux sont poissonneuses , ses bords sont garnis de châtaigniers. Les rives et le fond de ce lac sont formés de pépérine ponceuse renfermant des fragmens de lave ; on n'y découvre aucun filon : ce qui fait présumer avec raison, ainsi que l'a remarqué Spallanzani, que ce cratère n'a produit que des éruptions boueuses. Malgré la beauté du site , l'œil ne découvre aux environs que des habitations éparses. Les habitans riverains sont faibles et languissans.
Sur les bords de ce lac les curieux ne manquent point d'aller visiter la grotte du Chien -, mais elle a beaucoup perdu de sa réputation, depuis que l'on connaît dans plusieurs
2l6 HVRB CENT SIXIEME.
contrées volcaniques d'autres cavernes d'où s'exhale l'acide carbonique. Sur le côté opposé à celui où l'on voit cette grotte, on remarque les étuues de San-Germano ^ et la célèbre source des ' P isciarelles ^ dont on vante les effets salutaires.
Sur le côté du sud-ouest du lac on voit la célèbre Solfatare^ connue jadis sous le nom de ^vallée de Phlegra et de Forum Vulcani^ reste d'un cratère de forme elliptique, dont le grand diamètre est de 1200 pieds, et qui est environné de collines formées de laves qui furent jadis les parois de cet entonnoir volcanique. Le fond du cratère est à 3oo pieds au-dessus du niveau de la mer. Aux environs, le sol caverneux retentit sous les pas du voyageur. Le soufre et l'alun que l'on en retire semblent être une inépuisable richesse pour l'industrie. Il est à remarquer que les exhalaisons sulfureuses de la Solfatare ne cessent que lorsque le Vésuve est en éruption.
Non loin du lac Agnano est Astroni^ autre cratère formé en même temps que celui d'Averne. Sa profondeur est de 102 pieds; il est rempli d'arbres grands et majestueux, formant le seul bois des environs de Naples qui rappelle les belles forêts du Nord.
Suivant le docteur Forbes, l'Achéron ou le lac Fusaro, qui communique avec la mer, est au milieu d'un sol alluvial. Au sud s'élève le monte di Procida^ composé d'un conglomérat porphyrique. Il contient des fragmens de granité et de syénite, et se termine dans la mer par le Scoglio délie piètre arse , qui est formé d'une roche de rétinite couverte de lave terreuse.
Toute la partie des champs Phlégréens, depuis le château de rOEuf , près de Naples , jusqu'au cap Misène . à l'extrémité occidentale de la baie de Pouzzole, est composée de roches volcaniques. Le mont Pausilippe est formé de pépérine ponceuse qu'il a été facile de percer pour la route
EUROPE : Descript, physique de H Italie. 2 1 7
souterraine appelée Grotte de Pouzzole , parce qu elle conduit de Naples à cette ville. Dans la caverne de Misène , creusée par l'art, un peu au-dessus du niveau de la mer, dans une roche analogue à celle de Pouzzole, on voit des efflorescences d'hydro chlorate d'alumine en tapisser continuellement les parois.
Le Vésuve est le chef de tous les petits volcans modernes du territoire de Naples. Aussi actif qu'il y a dix-huit siècles , il passe pour être le seul en Europe qui rejette des roches de différentes natures sans les altérer. Dans l'éruption qu'il éprouva en 1822, sa hauteur diminua d'environ 100 pieds; le point le plus septentrional de sa cime a 38oo pieds d'élévation absolue ; les parois de son cratère offrent la succession d'un grand nombre de couches de lave qui pourraient presque servir à calculer celui de ses éruptions. Dans cette cavité conique on a plusieurs fois observé des laves prismatiques presque aussi régulières que les plus belles colonnes de basalte. Le mont Somma ^ qui était le sommet du Vésuve au temps de Strabon, l'entoure aujourd'hui en partie, et n'en est séparé que par la colline volcanique de Cantaroni. Cette longue ceinture, appelée Somma, paraît être formée de roches d'origine ignée qui, au lieu d'avoir été vomies par un cratère , sont sorties par l'effet d'un soulèvement ancien. Près du cratère, la lave retentit sous les pas : il semble qu'elle soit prête à s'engloutir dans le gouffre qu'elle recouvre ; des vapeurs brûlantes sortent d'un grand nombre de petites crevasses tapissées de soufre en efflorescence, et dans lesquelles la flamme se manifeste lorsqu'on y présente une matière combustible. Ce qui complète avec la Somma la ceinture de la cime du Vésuve, c'est la Padimentina qui, à l'est, se rattache à la Somma, et à l'ouest se termine à peu de distance du Cantaroni. Entre la Somma et le cône du Vésuve se trouve une sorte de vallée appelée atrio del Ccwallo (Vestibule du Cheval), parce que les voya-
geurs y laissent leurs montures. La base entière du Vésuve présente des cratères et des vallons plus ou moins considérables : tels sont la costa délia Tofa et la costa del Gaiido, le 'vallone délia Paliata^ le uallone delï Angelo et le a)allone di Constant inopoU. Il serait inutile de décrire le cône du Vésuve, car sa forme change à chaque éruption; nous nous bornerons à rappeler que depuis l'an ^9 que date la première dont les hommes aient conservé le souvenir, on en compte 81 jusqu'à la dernière, qui eut lieu au mois d'août i834(i).
Cette montagne volcanique est isolée au milieu d'une plaine; elle n'est formée que de matières vomies du sein de la terre, en sorte que sa masse donne la mesure exacte de la cavité d'où elles sont sorties. Sa base est divisée en propriétés de peu d'étendue, mais très-fertiles : on peut juger de la richesse du sol que forme la lave en se décomposant, par la quantité d'habitans comparée à sa superficie : chaque lieue carrée nourrit 5ooo individus. On est d'abord étonné de la sécurité de cette population, qui semble être menacée d'une destruction subite et complète ; mais on est bientôt tranquillisé par l'idée que chaque éruption est annoncée à l'avance par des indices certains : la terre est ébranlée , un bruit sourd fait retentir ses entrailles , les puits tarissent , et les animaux errent épouvantés. Averti du dan-
(0 Voici le nombre de ces éruptions distribuées par siècle :
En 79 I
Au Ille siècle 1
Au Ve I
AuVI« I
Au Vile 1
Au IX« I
AuX« 2
Au Xle 2
Au Xlle 2
Ci-contre la
Au XIII« 1
Au XlVe 1
Au XVe 1
Au XVIIe 5
AuXVIIle 35
Depuis le commencement du
XIXe 26
Total 8i
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ger, rhomme a le temps de s'échapper, et de mettre à l'abri ce qu'il a de plus précieux. Dans les intervalles de ses éruptions, ce volcan rejette sans cesse des tourbillons de fumée.
La richesse minérale de l'Italie consiste plutôt en substances pierreuses qu'en substances métalliques ; toutefois elle n'est pas sans importance. N'a- 1- elle point la serpentine du revers méridional des Alpes , le porphyre des Apennins , le marbre de Carrare , l'albâtre de Volterra , le marbre brèche de Stazzema ^ composé d'une réunion de fragmens de diverses couleurs ; le marbre noir de Pistoja , le vert de Prato^ les brocatelles de Piomhïjio^ la pierre calcaire de Florence, dont les plaques polies représentent des ruines ou d'élégantes arborisations, formées de molécules de manganèse; la baryte sulfatée du mont Paderno , dont on fait, par la calcination, la pâte appelée phosphore de Bologne ; les jaspes de Barga^ les calcédoines de la Toscane , le lapislazuli des environs de Sienne^ le jargon du f^icentin^ le grenat du Piémont^ l'hyacinthe du Vésui^e et les mines de la Sicile et de la Sardaigne , qui fournissent un peu d'or, quelques centaines de kilogrammes d'argent, quelques milliers de quintaux de plomb, et 5 ou 600 mille quintaux de fer?
De nombreuses îles forment une partie intéressante du territoire de l'Italie; les plus importantes sont: la Sicile^ la Sardaigne , et nous pourrions même dire la Corse, puisque, considérée physiquement, celle-ci n'est qu'un démembrement de l'autre. Celles qui viennent ensuite, classées d'après leur importance, sont, au sud de la Sicile, Malte, Gozzo et Pantellaria; puis, entre la Sicile et le continent, les îles ô^Eole ou de Lipari;kVeui\ée du golfe de Naples Ischia et Capri; l'île ô^Elhe^ entre la Toscane et la Corse.
La Sicile^ située entre l'Europe et l'Afrique, est la plus grande des îles de la Méditerranée. Sa longueur, du sudest au nord-ouest, est de 66 lieues; sa largeur moyenne,
.2 20 LIVRE CEÎNÏ SIXIEME.
de 25, et sa superficie d'environ i63o lieues carrées. Une chaîne de montagnes qui fait suite aux Apennins s'y divise en trois branches , dont les extrémités se terminent par trois caps principaux : celui de Rasocolmo au nord-est, celui de Sau'Vito au nord-ouest, et celui de Valo au sud-est. Ces trois branches partagent la masse triangulaire de l'île en trois versans : celui du nord, celui de l'est et celui du sudouest. Ils donnent naissance à un o^rand nombre de cours
d'eau; les plus importans sont : au midi, le Belici^ le Platani et \e Salso ; à l'est, la Giarrettaj le versant septentrional , étroit et rapide , n'est sillonné que par des ruisseaux.
La roche principale qui sert de charpente aux montagnes de la Sicile est , suivant Spallanzani (i) , un granité qui se décompose facilement ; mais les caractères qu'il lui donne nous portent à croire que cette roche est du nombre de celles qui se sont souvent fait jour au milieu des roches à débris organiques, c'est-à-dire qui rentrent dans la catégorie des syéiiites^ des diorites et des protogynes. Sur ce noyau granitoïde s'appuient des calcaires remplis de madrépores, de mollusques marins et de poissons fossiles.
Nous pouvons, d'après les observations de M. Constant Prévost, préciser un peu mieux les terrains de la Sicile. Les roches anciennes sont feldspathiques et micacées : elles tiennent le milieu entre le gneiss et le granité; celui-ci forme des filons entre des roches feuilletées , sortes de schistes qui alternent avec des calcaires. Les plus anciens de ceux-ci présentent plusieurs des caractères du calcaire jurassique ; au-dessus se trouve une sorte de craie , sur laquelle repose un calcaire de la même époque que le calcaire tertiaire du midi de la France; enfin des calcaires plus récens, quelquefois tra-
(0 Voyage dans les Deux-Siciics , lo'.n V".
EUROPK : Descript. physique de r Italie, in
versés par des roches volcaniques, renferment des marnes gypseuses , souvent siliceuses et pénétrées de soufre.
Spallanzani observa sur les bords de la mer des poudingues et des grès, dont les cailloux et les grains de sable sont réunis par un ciment calcaire qui se forme tous les jours sous les eaux; ils sont visibles surtout aux environs de Messine. Des témoins lui assurèrent qu'on avait souvent trouvé dans les sables qui leur donnent naissance, des fers de flèches, des médailles et des ossémens humains ; ainsi la nature peut encore être prise sur le fait dans la formation de certaines roches.
C'est sur le versant oriental de la Sicile que s'élève le mont Gibel ou VEùia^ volcan si considérable, que le Vésuve ne serait qu'une colline auprès. Sa hauteur est d'environ ii,ooo pieds au-dessus du niveau de la mer; sa base a 36 lieues de circonférence ; mais si l'on y comprend tout l'espace sur lequel la lave s'est étendue j sa circonférence est de plus du double. Il est divisé en trois régions végétales : la première est celle de la canne à sucre et du blé, elle porte le nom de région fertile [regioiie cuit iç cita) la seconde, celle des vignes, de l'olivier, du hêtre, du chêne et du châtaignier, se termine par des arbres résineux et porte dans le pays le nom de région boisée {^regione selvosa ) ; la troisième, celle des plantes boréales et des neiges, est appelée région stérile (^regione scoperta). On voit qu'elles représentent les élémens et la végétation des trois grandes zones de la terre : aussi pourrait-on les appeler zone torride ^ zone tempérée et zone glaciale,
La lave et les scories de l'Etna ne sont pas moins susceptibles d'être fécondées que celles du Vésuve : sa base , sur une circonférence de loo lieues, nourrit 180,000 habitans. Les végétaux y acquièrent une vigueur prodigieuse. Près du promontoire d'Aci , qui rappelle la fable d'Acis et Galatée , d'antiques châtaigniers, témoins muets des révolutions po-
ai2 LIVRE CENT SIXIEME.
litiques et des convulsions de la nature, qui depuis tant de siècles agitent la contrée , étendent leurs gigantesques rameaux. Plusieurs de ces arbres ont 12 à i5 pieds de diamètre ; l'un d'eux est appelé castagno dei cento cwalli^ dénomination d'autant plus exacte , que 100 chevaux peuvent se mettre à l'abri sous son ombrage , et à la rigueur dans son intérieur. Il est creux , et a 112 pieds de circonférence.
Au milieu de la seconde région , se trouve sur la pente méridionale la grotte des Chèvres {grotta délie Capriolé) , ainsi appelée parce que ces animaux viennent s'y réfugier dans les mauvais temps. Près de cette caverne , on voit les deux plus belles montagnes qu'ait enfantées l'Etna : le Monte-New et le Monte- Capreolo. Sur la même pente, mais près du sommet, dans la région stérile, la tour du Philosophe {torre del Filosofo ) attire l'attention, parce que l'opinion vulgaire est qu'elle fut érigée par Empédocîe, qui en fit son habitation pour mieux étudier les éruptions du volcan, tandis que plusieurs personnes pensent qu'elle est un reste d'un temple de Vulcain, et que d'autres croient que ce fut une vedette construite par les Normands pour observer au loin les mouvemens de l'ennemi. Quelle que soit son origine , tout porte à croire que cet édifice est d'une époque fort ancienne.
Ce terrible volcan, dont le cratère, dominé par un rocher pyramidal, a plus d'une lieue de circonférence et 700 pieds de profondeur , est souvent visité par les curieux; mais rarement on peut parvenir jusqu'à sa cime glacée, tant les dangers augmentent après avoir passé la première région des neiges.
La plu's importante de ses dernières éruptions est celle de 181 2, qui dura 6 mois; celle de 1819 fut considérable. Un voyageur, qui en fut témoin, vit sortir la lave sous ses pieds; elle formait un courant de 60 pieds de largeur sur la montagne , et de 1200 à sa base. Elle ravagea une éten-
EUROPE : Descript. physique de V Italie. 2^3
due de 2 lieues , embrasant les arbres qu'elle touchait. Audessus de la bouche qui la vomissait, un cratère lançait des pierres à 1000 pieds de hauteur (i).
La dernière éruption de l'Etna, celle de i83o, est une des plus désastreuses que l'on puisse citer. Le 16 mai, 7 nouveaux cratères se formèrent au sommet du volcan ; la lave détruisit 8 villages situés à une distance qu'elle n'avait point encore atteinte; toutes les habitations disparurent sous des monceaux de cendres brûlantes et de pierres calcinées. D'effroyables détonations avaient annoncé la catastrophe; mais les habitans de ces villages étaient tellement rassurés par leur éloignement du foyer de l'incendie, qu'ils restèrent paisibles dans leurs maisons : aussi le nombre de victimes fut-il très-considérable. Huit jours après , les édifices fumaient encore. Jamais calamité ne fut plus terrible, plus imprévue, plus générale (2).
On connaît dans l'île plusieurs salses semblables à celles de Modène : l'une est celle de V alanghe délia Lalomha, l'autre celle de Terra Pilata^ et la troisième celle de Macaluba. La première est la moins importante; elle cesse d'être en mouvement pendant les grandes chaleurs. La seconde consiste en une éminence divisée par plusieurs fentes;
(0 Lettres de M. Al. de Sehenberg à M. le docteur Schouw , Journal encyclopédique de Naples , n" 8.
(2) Le silence que garde Homère sur les feux de TEtna fait présumer que de son temps il était dans le même état de calme que le Vésuve au temps de Strabon. Depuis l'époque historique la plus reculée, le nombre
de ses éruptions s'élève l\ gS ;
savoir
Ci-contre.
Au I^"" siècle de rettf èrp
Au XVe
Au IlJe ,
Au XVI« ,
Au IXe
Au XII«
Au XVIIP
Au XlIIe
Depuis le
commencement
du
Au XIV"
Total
un grand nombre de petits cônes y lancent à 6 ou 7 pieds de hauteur de la fange et du gaz, d'autres du gaz hydrogène seul ; plusieurs cônes profonds de 5 pieds rejettent constamment de l'hydrogène, qui s'enflamme dès qu'on en approche une substance incandescente. La salse de Macaluha, située sur un monticule de 5o pieds de hauteur, produit des phénomènes un peu différens : Dolomieu lui donne le nom de volcan d'air. De ses petits cratères s'exhalent des bulles de gaz qui, rompant l'argile qui les recouvre, produisent un bruit semblable à celui d'une bouteille que l'on débouche. Ce monticule renferme une source d'eau salée; sur le sol calcaire de ses environs s'élèvent d'autres monticules d'argile grisâtre , qui contiennent du gypse. Le terrain de Terra Pilata doit le nom qu'il porte à sa stérilité : il n'y croît aucun végétal.
Les terres de la Sicile sont douées de la plus grande fertilité : l'olivier y est plus grand et plus robuste que dans les autres parties de l'Italie; le pistachier y est abondant, et le cotonnier cultivé avec beaucoup de soins; mais les forêts y sont depuis long-temps épuisées, au point que le bois y est extrêmement rare. La culture des fèves y remplace l'usage des jachères; l'abeille est une des principales richesses du pays : le miel de Sicile est justement estimé. Les animaux n'y diffèrent point de ceux de la Calabre , et parmi les oiseaux, le plus fidèle au sol et le plus recherché pour son chant plein d'harmonie , est le merle solitaire ( turdus syaneus ).
Ne quittons pas la Sicile sans examiner une question sur laquelle plusieurs savans ont été divisés : la Sicile a-t-elle fait partie jadis du continent? Dans cette question, ceux qui nient la possibilité de cette séparation ont peut-être passé trop légèrement sur les traditions rapportées par les anciens. Pline (0 et Pomponius Mêla {2) l'ont admis comme
(0 Liv. III, ch. vin.— (2) Liv. II, cli. vu.
EUROPE : Descript. physique de ritalie. ii5
un fait incontestable. Les poètes décrivirent cette catastrophe : Firgile (0 et Silius Italiens (2) en fournissent la preuve. Une tradition populaire peut n'être point d'un grand poids aux yeux des savans, lorsqu'elle est opposée au témoignage de la raison et aux faits qui forment la base d'une science; mais lorsqu'elle s'accorde avec ces témoignages et ces faits, elle doit être considérée comme une preuve de quelque importance. Il est vrai qu'au premier abord l'autorité de l'histoire a droit à plus de confiance qu'une simple tradition qui se perd dans la nuit des temps; mais en y réfléchissant, on sent que, pour peu que l'on remonte à une certaine antiquité , l'histoire même se confond avec les fables; et l'imagination peut facilement se transporter à une époque où les peuples ignoraient l'art de fixer les idées par le moyen de l'écriture , où l'histoire ne reposait que sur des traditions. Une objection importante en apparence a été faite par Clwer (3) contre la possibilité de la catastrophe dont nous nous occupons ; il dit que le cours des rivières sur les dernières pentes de l'Italie , du côté de Messine, indique une inclinaison générale et ancienne du terrain vers la mer; mais en admettant que la chaîne apennine^ minée par les feux souterrains, s'est rompue à l'endroit même où une dépression séparait deux sommets; en admettant surtout qu'au moment de cette rupture les eaux de la mer se seront précipitées avec violence dans le détroit de Messine, elles auront dû contribuer à adoucir les pentes qui terminent l'Italie d'un côté, et les caps de Messine et de Rasocolmo de l'au» tre. Voilà ce qu'on peut répondre aux objections relatives à la configuration actuelle du terrain : mais que répondrat-on aux observations géologiques qui prouvent que les
(0 Enéide, liv. III, vers4»4- — Liv XIV, vers 10 etsuiv. (5) Sicil. ant., lib. I.