ÉCOLES GRATUITES DU DIMANCHE
TOTAL
Garçons.
Filles.
TABLEAU de la nature du sol dam le gouvernement de Venise (0.
/ Terres labourables 747,261 tornatures (2).
^Prairies , 1 56,704 «
Plaines... <f Pâturages 52,296 »
\ Champs de riz i7,83i »
\Bois 37,571 J>
Cultivables 5 1,274 »
Marais 63,202 »
Collines i86,83i ) -
Montagnes 591,164) 777^995
Landes désertes 486>993 »
Total de la superficie 2,391,117 »
(i) D'après le §ignor Quadri.
(3) La mesure appelée tornalure correspond à Vare français.
Suite de la Description de l'Europe. — Description de l'Italie. — Troisième section. — Description des Etats de la monarchie sarde, — Principauté de Monaco.
Long-temps avant notre ère les bords méridionaux du lac Léman étaient habités par les Nantuates ; ceux de la Dora étaient occupés par les Salassi ^ peuple celte sur lequel Strabon (i) donne quelques renseignemens : il dit que la plus grande partie de leur territoire est dans une profonde vallée; c'est celle d'Aoste. Il ajoute qu'ils possèdent des mines d'or; mais nous sommes portés à croire qu'ils exploitaient ce métal par le lavage dans des terrains d'alluvions; car, selon lui, la Duria^ aujourd'hui la Dora^ leur fournissait l'eau nécessaire pour celte opération ; souvent ils la tarissaient, ce qui faisait naître des querelles sanglantes entre eux et leurs voisins, qu'ils privaient de cette rivière utile à leurs travaux agricoles. Ils eurent fréquemment avec les Romains des combats et des trêves : leurs défilés et leurs montagnes doublaient leurs forces. Ils eurent aussi la hardiesse de taxer à une drachme par tête les soldats de l'armée de Decius Brutus, qui fuyaient de Modène, et de faire payer à Messala le bois de chauffage et les arbres nécessaires à ses soldats campés dans leur voisinage. Ils pillèrent même une fois le trésor impérial ; et sous prétexte de travailler aux ponts et aux chaussées, ils firent rouljer sur des légions, d'énormes masses de pierres. La conduite de ce peuple irrita les Romains, Auguste le détruisit ; 4o,ooo prisonniers furent vendus comme esclaves , 4ooo furent incorporés dans la garde prétorienne, et 3ooo
(«) Strabon , 1 . I V, c. vi , § 5 .
286 LIVRE CENT HUJTMiaTE.
Romains envoyés par Auguste fondèrent la ville ôiAugusta dans le lieu même où Yarron, leur vainqueur, avait fait camper son aimée. C'est cette ville qui a donné son nom à la vallée à' A ouste ou d^Joste.
Les Taurini habitaient entre les Alpes, le Pô et la Dora. Ils étaient d'origine celtique, comme les précédens. Les Statielli^ sur lesquels on a très-peu de détails , occupaient la rive droite du Tanaro ; mais à l'ouest de ces peuples, et au pied des Alpes, était placé celui auquel les anciens donnent indistinctement les noms de Vagienni^ de Vageni ou de Bageni[^). Au sud de ceux-ci, sur le versant méridional des Alpes, la petite nation des //z^e/we/// s'étendait jusqu'à la mer. Enfin sur le versant méridional des Apennins , dans l'espace compris entre Gênes et la Spezzia^ le petit peuple des ^jOMa/2i portait le nom de la ville ^Apaa , aujourd'hui Pontremoli. Le territoire de ces quatre derniers peuples constituait la province romaine de Ligurie. Les autres étaient compris dans la Gaule viennoise et dans la Gaule cisalpine.
C'est vers la fin du IV^ siècle que le pays voisin du lac Léman prit le nom de Savoie {Sapaudia) (2). Ce pays, beaucoup plus considérable alors qu'aujourd'hui, comprenait celui de Vaud , dont une partie appartenait à la contrée appelée Maxima Sequanorum dans la Gaule belgique. Il fut successivement envahi par les Ostrogoths et les Bourguignons; ceux-ci l'incorporèrent au royaume qu'ils fondèrent vers l'an 4o8; mais en 532, ce royaume ayant été conquis par Childebert , roi des Francs, la Savoie appartint à la France jusqu'à l'époque du partage des Etats de Charlemagne , qu'elle échut à Lothaire , et fit partie du corps germanique. Un nouveau royaume de Bourgogne
(0 Silius Italiens en fait mention , 1. VIII. — (2) Le plus ancien auteur qui emploie ce nom est Ammien-Marcellin , qui vécut jusqu'en Sgo. Quelques historiens prétendent que Sapaudia ou Sabaudia dérive de la langue celtique, et signifie pays montai^ iieiix.
EUROPE : Italie. — Monarchie sarde. 387
s'étant constitué en 888 , la Savoie y fut incorporée vers l'an pSo. Rodolphe 111, dit le Fainéant., qui mourut vers l'an io3i, donna son royaume à l'empereur Conrad-le-Salique, après avoir toutefois érigé la Savoie et la Maurienne en comté , en faveur d'un seigneur Berthold ou Berold qui avait rendu de grands services à l'Etat. Conrad confirma Humbert aux blanches mains , fils de Berthold, dans la possession de ce comté qui, en i4i6, fut élevé au rang de duché, par ren:pereur Sigismond, en faveur d'un Victor- Amédée qui en était souverain.
La maison de Savoie est considérée à juste titre comme l'une des plus anciennes de l'Europe ; mais plus son origine est obscure, moins on doit être étonné de voir le soin que les généalogistes ont pris de la faire descendre de Wittikind. Ce chef saxon est en quelque sorte le Japhet des princes de l'Europe moderne : tous prétendent l'avoir pour aïeul. La maison de Savoie descendant seulement de Berthold , peut prouver une antiquité de plus de 800 ans : c'est une durée assez respectable. Le fondateur de la monarchie sarde est Victor- Amédée 11. Dégoûté des affaires, il abdiqua en 1780 en faveur de Charles-Emmanuel son fils, qui, par son ingratitude, le conduisit au tombeau. Le règne de Charles-Emmanuel fut glorieux , mais ses successeurs perdirent, par suite de l'influence qu'eurent sur la politique européenne les conquêtes de la république française, toutes leurs provinces continentales, et le royaume de Sardaigne, réduit au territoire de cette île, ne reprit son ancien rang que par les traités de 181 5, qui le remirent en possession de ses États.
Ce royaume comprend l'ancien duché de Savoie , moins une petite portion cédée au canton de Genève ; la principauté du Piémont , les duchés d'Aoste et de Monf errât , la seigneurie de Verceil, marquisats de Saluées et d'Y^rée^ les comtés de Nice et d^Asti^ et l'île de Sardaigne. A ces
anciennes possessions le congrès de Vienne a ajouté une petite partie du Milanais, le territoire de l'ancienne république de Gênes et l'île de Caproja.
Sa superficie totale est de 365o lieues géographiques carrées, dont 2o5o pour le continent et 1610 pour l'île de Sardaigne. La population du royaume était en 1826, d'après les recensemens officiels, d'environ 3,8oo,ooo individus : elle paraît avoir augmenté de près d'un dixième depuis cette époque.
Une partie des Alpes qui appartiennent au groupe du mont Blanc , se trouve , ainsi que cette célèbre montagne , sur le territoire sarde. Les principales rivières qui arrosent les provinces continentales sont le Rhône qui borde à l'ouest la Savoie , r/.yèr<? qui en traverse une partie, le J^ar qui arrose l'intendance de Nice , la Magra celle de Gênes; enfin, le Po, qui, avec le Tanaro^ la Stura, la Dora et quelques autres de ses affluens, arrosent les intendances de Turin, d'Alexandrie, de Novare, etc.
Les diverses parties des Etats sardes diffèrent par leurs idiomes. Le savoisien et le vaudois sont des dialectes de la langue romane qui est une des branches de la langue italique. Dans le comté de Nice on parle le provençal qui est un autre dialecte de la même langue. L'italien en usage dans les autres provinces sardes du continent, CvSt loin d'être pur : le piéinontais et le génois sont des dialectes remplis de mots français. Dans la Sardaigne on parle un italien mêlé de mots latins, castillans, grecs, français et même allemands (0. Ce sont autant de traces qui restent des différens peuples qui se sont établis dans l'île.
Les provinces continentales sont divisées en 2 1 évêchés et en 3 archevêchés; le catholicisme est la religion de l'État, les autres ne sont que tolérées; 22,000 Vaudois
(0 Voyez l'Atlas ethnographique du globe, par M. J. Balln,
EUROPE : Italie. — Royaume sarde. 289
vivant dans les vallées des Alpes, et qui depuis douze siècles de date certaine professent un culte analogue au culte réformé, supportèrent en silence, jusque dans ces derniers temps, l'injuste privation de quelques uns de leurs droits de citoyens. Ils ne pouvaient acquérir aucune propriété hors de leurs vallées, ni parvenir aux grades militaires. Mais ces injustes inégalités ont cessé d'exister. Quelques Vaudois ont été nommés officiers par le roi actuel ; leurs ministres reçoivent un traitement de 5oo francs; et cette population intéressante autant qu'industrieuse , qui entretient 73 écoles, et qui, bien qu'elle fournisse principalement des agriculteurs et des bergers, a des fabriques de draps, \i usines, et plusieurs fonderies de fer, jouit enfin de la protection qu'elle mérite à tant de titres. Les juifs , plus malheureux , sont privés de la faculté d'acquérir des propriétés foncières et se sont vus forcés de se défaire de celles qu'ils avaient acquises sous le gouvernement français. Relégués dans les villes, ils ne peuvent exercer leur industrie que dans un quartier particulier, et sont de plus assujettis à porter une marque qui les fasse reconnaître.
Les Codes français, célèbres par leur clarté, avaient été accueillis avec joie en Piémont et en Savoie ; ces provinces pouvaient les conserver en cessant d'être françaises : ils ont été remplacés par les anciennes coutumes plus ou moins incertaines ou contradictoires qui régissaient autrefois ces pays. Les fils héritent à l'exclusion des filles. La tentative d'émigration est punie d'amende et de peines infamantes ; la confiscation des biens réduit à la misère la famille du coupable de quelque crime ou de quelque défit; les juges nommés et révoqués à volonté fixent à leur gré les frais de procédure ; les grâces mêmes que le prince accorde sont payées sous le titre émolument royal. On a si bien organisé dans ce royaume le système de centrali- VII. .0
a^O LlViUï CEIfT HUITIÈME,
iatioiiy que le gouvernement, dit un voyageur 1»), revient suivant son bon plaisir sur la chose jugée , révoque des transactions librement consenties entre particuliers, annulle des testamens, change à son gré les compétences, et délègue à des commissaires la connaissance des causes des hommes puissans ou protégés. Dans les matières criminelles, l'accusé ni le défenseur ne sont présens à l'audition des témoins; l'instruction, les débats, le jugement, tout se fait en secret; et si, malgré ces moyens accablans pour l'accusé, son innocence est reconnue , il n'est rendu à la liberté que lorsqu'il a payé les frais d'une procédure onéreuse.
Les nobles jouissent de toutes les faveurs du gouvernement ; eux seuls peuvent prétendre aux grades élevés de l'armée; ils sont exempts de toute corvée, dont les autres classes sont surchargées; ils ne sont pas justiciables des tribunaux ordinaires ; un noble qui ne veut pas acquitter ses dettes obtient du roi l'autorisation de ne pas payer pendant lo ou 20 ans les intérêts de ce qu'il doit.
Ges faits indiquent suffisamment la nature du gouvernement sarde : c'est le despotisme dans toute sa pureté. Mais il faut dire aussi que ce qui le rend supportable , c'est que les princes de la maison de Savoie se sont toujours distingués par la réunion de toutes les vertus privées. C'est à leurs lumières que les sciences et les arts doivent les encouragemens qu'ils ont reçus jusque dans ces derniers temps , et que l'instruction publique est arrivée au degré d'avancement qui la distingue ; mais en favorisant tout ce qui tend à répandre les connaissances utiles dans les hautes classes de la population , on paraît avoir totalement oublié le peuple : il languit dans l'ignorance et la superstition ; les écoles primaires sont peu nombreuses et peu fréquentées.
(0 M. ^moiid: Voyage en Italie, t. II, p. 37G.
EUROPE : Italie. — États sardes. 291
Nous commencerons notre excursion ch orographique par le nord de la Savoie. La première ville que l'on traverse en venant de Genève est Bonneville , où Ton remarque , à l'extrémité du pont qui traverse l'Arve , une statue érigée en 1824? au roi Charles-Félix, en mémoire des digues qu'il fit élever pour arrêter les ravages de cette petite rivière torrentueuse. A une lieue au-delà du village de Cluse ^ on fait voir aux étrangers la caverne de Balme qui a 600 à 700 pas de longueur, et dont l'entrée est à 700 pieds au-dessus des eaux de l'Arve. Plus loin on remarque le Nant d'Arpenas, cascade qui, tombant de la hauteur de 7 à 800 pieds , se détache comme une longue écharpe blanche sur un fond de roches noires dont les couches sont d'un côté disposées en zigzag et de l'autre en un grand nombre débandes arrondies et parallèles. De la petite ville de SallencJies que traverse un torrent fougueux , on ne peut se lasser d'admirer la vue majestueuse du mont Blanc. De l'autre côté de l'Arve, le village de Saint-Martin est situé au pied de l'aiguille calcaire de Warens, qui s'élève à 7200 pieds. Sur la rive gauche de l'Arve les bains de Saint- Ger^>ais , au pied du mont Blanc, attirent chaque année une foule d'étrangers , par l'efficacité de leurs eaux thermales , par la magnifique cascade qu'on y remarque et par les sites pittoresques qui les environnent.
Sur le chemin qui par la rive gauche de l'Arve conduit à la vallée de Chamouni , où cette rivière prend sa source, on passe au bord du petit lac de Chede qui, entouré de vertes pelouses, présente une singulière particularité : c'est qu'au fond de ses eaux limpides et tranquilles qui laissent voir le tapis de verdure qui le couvre, on aperçoit çà et là des places du plus beau bleu , que les montagnards attribuent, les uns à des sources qui ne gèlent jamais, les autres à ses cavités profondes. Le village de Seri>oz qui , sous l'administration française, s'enrichissait par l'exploita-
tion des mines de plomb argentifère , offre aujourd'hui le tableau de la misère ; les travaux y sont depuis long-temps abandonnés; les usines n'offrent plus que de tristes ruines. C'est un peu au-delà de ce village que commence la vallée de Chamouni, devenue le rendez-vous des touristes de toutes les nations, depuis qu'en 1741 deux Anglais, dont l'un était le célèbre voyageur Pococke, la signalèrent à la curiosité de leurs compatriotes. Mais on sait que plus d'un siècle avant cette époque le vertueux François de Sales y avait porté, à de malheureux habitans que les éboulemens de deux montagnes avaient réduits à la plus affreuse misère, les consolations de la religion et les secours que réclamait leur indigence.
Celui qui n'a point encore parcouru les Alpes ne peut voir sans une sorte d'admiration cette longue vallée profondément encaissée entre deux rangées de hautes montagnes : à gauche le mont Brevent , à droite les rameaux du mont Blanc, qui forment une suite d'obélisques élancés dans les airs comme les flèches d'un gigantesque édifice gothique; ici l'Arve qui serpente en roulant avec fracas ses eaux écumeuses sur son lit rempli des débris des montagnes; là ces trois amas énormes de glaces, appelés le glacier des Buissons ou des Bossons , le glacier des Bois et le glacier de T Argentière , qui , commençant dans la région des neiges perpétuelles , descendent jusqu'au fond de la vallée, au milieu des prairies ou des champs en culture. C'est le glacier des Bois qui forme près du sommet du Montanvert, à 25oo pieds au-dessus de la vallée, ce que l'on nomme la merde glace ^ longue de 1 lieues sur une largeur d'environ une demi-lieue ; mais ce que ce glacier offre de plus remarquable c'est vers son extrémité, au milieu de la vallée ^ une caverne de 100 pieds de diamètre et de 60 pieds de hauteur, creusée naturellement dans la glace et du fond de laquelle se précipite l'Arveiron. On croit voir le pa-
EUROPE : Italie. — États sardes. 293
lais de cristal qui sert d'asile à la nymphe des torrens.
A i4 lieues à l'ouest du village de Cliamouni ^ la petite ville Ôl Annecy ^ agréablement située au bord d'un lac, est le siège d'un évêché. Le vieux château qui appartenait aux anciens comtes de Genève , le palais où réside Tévêque , la cathédrale où l'on conserve les reliques de saint François de Sales, l'église du couvent de la Visitation, bâtie par le roi Charles-Félix, et la salle de spectacle sont ses principaux édifices. Cette ville de 6000 âmes possède des filatures de coton, une importante verrerie et des usines.. Le lac qui la baigne a trois lieues de longueur sur une dè largeur; à quelque distance de sa rive orientale on vt)it le château de Menthon , qui , à en juger par une inscription placée sur la porte, a la prétention d'être antérieur à la naissance dè Jésus-Christ; et plus loin le bourg de Talloire où naquit le chimiste Bertholet. Au nord du lac, le village Annecy-le-Vieux paraît être l'antique Dinia : on y a trouvé des inscriptions romaines.
Chambéry est encore plus agréable par sa position au milieu d'un bassin entouré de hautes montagnes, qu'intéressante par ses édifices; cependant elle n'est pas dépourvue de belles constructions. Quelques unes de ses rues sont larges et bien alignées ; on doit surtout citer celle à arcades qu'a fait bâtir le général de Boignes , qui , né dans cette ville , amassa dans l'Inde une fortune considérable ; c'est à sa générosité que Chambéry doit le bel hospice de Saint-Benoît. La cathédrale est un édifice du commencement du XV® siècle, où l'on voit des fresques de cette époque ; le portail de l'église dite de la Sainte - Chapelle , est orné des statues de plusieurs princes de la maison de Savoie; la chapelle royale est remarquable par ses vitraux; le théâtre est d'une construction élégante et simple ; la caserne peut loger, dit-on, plus d'un régiment; la place de Lans, la plus belle
de la ville, est décorée d'une fontaine d'assez mauvais goût; mais la promenade de Verney, plantée en quinconce, est jolie et agréable. Chambéry, qui n'a que 10 à 12,000 âmes, siège d'un archevêché, possède une société royale académique, une bibliothèque où l'on remarque quelques beaux manuscrits, entre autres une bible du IX® siècle, enfin^[un musée riche en médailles antiques et en bons tableaux. Les environs de cette ville sont aussi pittoresques que riches et bien cultivés; la campagne est parsemée de magnifiques mûi'iers qui indiquent que l'industrie des habitans tire un grand produit des vers à soie.
Aiœ, à 3 lieues au nord de Chambéry, au fond d'un entonnoir formé par de hautes montagnes , est célèbre par ses bains. On y remarque les restes des thermes romains, et ceux d'un temple que l'on croit avoir été érigé en l'honneur de Diane. Au sud-ouest, la route des Echelles^ qui communique de la France dans la Savoie, est une des constructions les plus remarquables en ce genre : elle porte ie nom de la vallée et du bourg des Échelles qu'elle traverse. Pour la tracer il a fallu scier, sur une largeur d'environ 3ooo toises , des rochers d'une hauteur excessive. Elle a été commencée sous l'administration française et terminée par le gouvernement sarde. Le bourg des Echelles , aujourd'hui très-fréquenté , a pris le titre de ville.
En remontant le cours de l'Isère on arrive à Conflans^ petite ville qui , malgré sa fonderie royale et son école des mines, a perdu de son importance depuis que la route de la Tarentaise , au lieu de la traverser , tourne le rocher sur lequel elle est bâtie. \] Hôpital au contraire, qui n'en est séparé que par un pont , a changé en vingt ans son rang de simple village en celui de bourg considérable. Moutiers possède, depuis 1822, une école des mines où l'on voil une riche bibliothèque et une belle collection minéralogiq^ie. Cette ville, aux environs de laquelle il existe des anti-
EDROPE : Italie. — Etats sardes. agS
quités , est fort ancienne : elle a porté successivement les noms de Darentasia^ de Cwitas Centronum^ et enfin celui de Monasterium.
La province de Maurienne comprend le bassin de la rivière d'^rc, affluent de l'Isère. La petite ville de Saint- Jean-de- Maurienne ^ qui en est la capitale, est triste et mal bâtie. Elle est le siège d'un évêché ; sa cathédrale renferme les tombeaux de plusieurs comtes de Maurienne. Ces! dans cette ville que Charles-le-Ghauve mourut empoisonné. En suivant le cours de la rivière jusqu'au grand village de Lans-le-bourg ^ on remarque le fort de Bramans qui de ce côté défend l'entrée de l'Italie. Les deux côtes de la vallée sont bordées de montagnes, les unes arides et les autres couvertes de forêts, dont les sommités sont creusées de cavernes qui servent de retraite aux ours.
A peine a-t-on traversé \ Arc ^ qui descend des Alpes grecques , que l'on voit s'élever la superbe route tracée en zigzag sur le revers septentrional du mont Cenis, par laquelle on peut arriver à cheval ou en voiture au point le plus élevé du col , c'est-à-dire à plus de 63oo pieds. C'est de là qu'avant la construction de cette nouvelle route, se faisait le voyage en traîneau appelé la ramasse, et que l'on franchissait en quelques minutes , au milieu des neiges et des précipices , tout l'espace qui s'étend jusqu'à la NovaVese^ village aujourd hui ruiné.
« Suse^ malgré la beauté de son nom oriental, comme « le dit M. Valéry, n'a de curieux que son arc de triom- « phe de marbre, dédié à Auguste, remarquable par le « bas-relief de la frise, offrant un triple sacrifice, mo- « nument qui rappelle les arcs antiques de Rome, et qui « semble une noble entrée ou une sortie convenable de •< l'Italie. » Cette ville de 2000 âmes est le siège d'un évêché. Rivoli^ qui renferme 6000 habitans , est bien bâti €t dominé par un château royal qui n'a jamais été achevé,
'^9^ LIVKK CENT HUITlÈxME.
OÙ naquit en i562 Charles-Emmanuel P"", et on fut enfermé Victor- Amédée II, qui , après avoir abdiqué en faveur de Charles-Emmanuel son fils, avait tenté de reprendre le pouvoir.
Turin ou Torino occupe l'extrémité des belles plaines qu'arrose le Pô. Cette ville est au confluent du fleuve et de la Dora ou Doire. Il ne faut point confondre cette petite rivière avec celle qui descend de la vallée d'Aoste. L'origine de cette capitale est fort ancienne; elle était la principale cité des Taurini^ comme l'indique son nom à'Augusta Taurinorum. Elle est formée de deux villes : le "vieux Turin ^ qui ressemble à toutes les cités anciennes et gothiques, et le nouveau Turin ^ qui a toute l'élégance des villes modernes. Ses rues bien larges, bien droites, et l'on peut dire aussi bien tristes^ ne sont animées que les jours de fêtes ; les principales sont celle de la Dora grossa , celle du P6^ et la rue Neuve. Deux grandes places séparent l'ancienne et la nouvelle ville : Tune est celle de San-Carlo ^ et l'autre celle du Castello , ou du château. Turin peut passer pour la plus propre des cités italiennes; elle doit cet avantage à l'abondance des eaux qui, pendant l'été, coulent dans toutes les rues, les nettoient, les rafraîchissent, et, pendant l'hiver, les débarrassent de la neige. Pour cette opération, du château-d'eau de la porte Suse, ouvert pendant deux heures, sort un torrent qui entraîne la neige et toutes les immondices de la ville. Une rue longue d'une demi-lieue, formée de maisons bâties sur le même modèle, ornées de portiques qui garantissent de la pluie et du soleil, conduit à la place du château. La demeure royale en occupe le centre, et présente d'un côté une façade gothique, et de l'autre l'élégance de l'architecture grecque. Cet édifice, bizarre dans son ordonnance, est cependant imposant et digne de sa destination ; on monte dans l'intérieur par un escalier magnifique. Les appartemens sont
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ornés de tableaux; mais on n'y trouve rien des grands maîtres de l'école italienne. Les différens palais qui décorent cette ville sont en général des édifices d'assez mauvais goût, sans en excepter le vaste palais Carignan, bâti en briques. Celui des ducs de Savoie, réuni au palais du roi par une galerie, rappelle par sa façade certaines parties du Louvre. Celui qui est construit avec le plus de goût, est l'ancien palais du comte Birago de Borgaro, aujourd'hui l'hôtel de l'ambassade de France. Le palais de Madame, bâti en i4i6 et situé aujourd'hui au centre de la ville , était alors sur les remparts. Il ne reste plus des anciennes fortifications que la citadelle. On compte à Turin iio églises ou chapelles; la plus vantée est celle de Saint-Laurent : elle est entièrement revêtue de marbre et surmontée d'une belle coupole. L'une de ses chapelles est celle du roi. Pendant les t^uerres d'Italie, les Français enlevèrent les candélabres et les lampes d'argent qui décoraient cette église, mais ils respectèrent celle du Saint-Suaire, attenante à la cathédrale et au palais du roi, et où l'on conserve dans une châsse d'argent ornée de pierreries le linceul de Jésus-Christ, objet de la vénération du peuple. Cette relique est regardée comme authentique ; cependant Rome, Gênes, et en France Besançon, en possèdent aussi, qui passent pour ne l'être pas moins. La cathédrale, dédiée à saint Jean, est d'une belle architecture; une inscription y indique la sépulture du savant historien Seissel. L'église de Sainte-Christine est décorée d'un majestueux portail ; celle de Saint- Charles -Borromée est riche, mais d'une architecture médiocre; celle de la Trinité est une des plus belles de la ville; mais la plus remarquable sous tous les rapports est celle de Saint-Philippe de Neri.
Le grand théâtre de Turin est l'un des plus beaux de l'Italie; il suffit de dire qu'il a servi de modèle pour celui de Naples , et qu'il est le chef-d'œuvre du comte Alfieri. La
salle Carignan, récemment restaurée avec goût, est; due au même artiste.
L'un des édifices qui doivent être mis en première ligne est le bâtiment de l'université : on y entre par une grande cour carrée entourée d'un rang d'arcades à double étage , dont les murs sont incrustés de bas-reliefs et d'inscriptions antiques. La fondation de cet établissement remonte à l'an i4o5 ; on y compte environ 2000 étudians. Sa bibliothèque, formée principalement de l'ancienne collection des livres et manuscrits des ducs de Savoie , contient plus de 1 1 2,000 volumes et 2000 manuscrits 5 parmi ceux-ci se trouvent plusieurs palimpsestes de Gicéron qui ont été publiés, et l'Imitation de Jésus-Christ dont la date n'est pas moins incertaine que son auteur. Le musée des antiques renferme plusieurs objets remarquables; le médaillier, l'un des plus riches de l'Europe, prend son rang après ceux de Paris, de Londres et de Vienne.
Le musée égyptien est sans contredit, dans son genre, la plus belle collection qui existe. Il est triste de penser qu'après avoir été formé en Egypte par le consul de France Drovetti pour orner le Louvre , le gouvernement français n'a pu, par un singulier motif d'économie, en faire l'acquisition, et que la cour de Turin s'est trouvée assez riche pour pouvoir en doter sa capitale. Parmi les richesses de cette collection on distingue la statue colossale du roi Osymandias, celle de Toutmosis et de Toutmosis II, d'Aménophis II, connu sous le nom de Memnon, et de Rhamsès IV ou du grand Sésostris , regardée comme la plus belle statue égyptienne que l'on connaisse. On y voit aussi une riche suite de stèles ou tableaux peints et sculptés sur pierre, dont les couleurs ont conservé toute leur fraîcheur; de nombreux ustensiles destinés aux divers usages de la vie ; des instrumens d'agriculture et des armes ; une immense quantité de momies et de manuscrits : parmi ces
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derniers se trouvent les fragmens d'un tableau chronologique de plus de cent rois antérieurs à la i8® dynastie.
Sans toutes ces richesses, Turin serait encore au premier rang parmi les villes savantes et littéraires de l'Italie. Outre son université dont l'enseignement est confié à des hommes du premier mérite, elle possède sous le titre d'académie militaire une école où l'on instruit les jeunes officiers, trois collèges et un institut des sourds-muets. Outre la bibliothèque et le musée dont nous venons de parler, elle renferme des collections d'histoire naturelle et de physique, un édifice hydraulique^ établissement unique dans son genre, où l'on fait des cours d'hydraulique accompagnés d'expériences faites sur de grandes masses d'eau ; des laboratoires de chimie, un jardin botanique regardé comme un des plus beaux de l'Italie ; et un jardin expérimental destiné à des expériences d'agronomie, et accompagné d'une collection d'instrumens aratoires et d'une bibliothèque relative à la botanique et à l'agriculture. Parmi les sociétés scientifiques se trouvent l'académie royale des sciences, celle des beaux-arts, la société royale d'agriculture et l'académie philharmonique.
Les établissemens de bienfaisance se font remarquer par leur belle tenue; l'hôpital Saint-Louis est un modèle dans son genre.
Tels sont les monumens de la munificence du gouvernement sarde qui recommandent Turin à la curiosité de l'artiste, du savant et du philanthrope. Cette capitale a pris un tel accroissement depuis i8i5, que sa population, qui ne s'élevait qua 78,000 âmes, dépasse aujourd'hui n 6,000.
Hors de son enceinte , on voit au bord du Pô le grand château royal, appelé le Valentin, précédé de plusieurs allées plantées de grands arbres et qui forment l'une des plus belles promenades de la ville. Au pied d'une vaste
3oo Livre cent HuiTrÈME.
colline couverte de maisons de campagne, s élève la magnifique église de la Mère de Dieu, qui semble être une copie du Panthéon de Paris. A l'extrémité de Turin , le pont sur la Doire est un de ceux qui méritent d'être cités en Europe pour leur hardiesse et leur légèreté. Le palais de Stupinùj rendez-vous de chasse du roi, peut être regardé comme l'un des plus splendides qu'il y ait en Europe. Sur le sommet de la montagne de la Superga , on aperçoit cette magnifique église que Victor-Amédée fit élever en 1706, en commémoration de la levée du siège de Turin par les Français. Les caveaux de ce temple servent de sépulture aux rois.
Nous avons laissé au nord de la province de Turin quatre autres provinces qui ne doivent pas être passées sous silence : ce sont celles d'Ivrée, d'Aoste, de Bielle et de Novare. Leurs chef-lieux seuls méritent d'être nommés. J^rée est une ville épiscopale de 8000 âmes; son aspect est de loin assez agréable, mais son intérieur est fort laid. La Doire Baltée (Z)ora Baltea) y est traversée par un pont romain. Cette ville fut fondée sous le consulat deMarius; c'est l'antique Eporedia, On y fait un assez grand commerce en fromages. Aosie, l'ancienne Augusta Salas siorum ^ est aussi le siège d'un évêché; elle possède plusieurs restes de constructions romaines et un arc de triomphe érigé à Auguste.
Au-delà du mont Rose, l'admiration qui se portait un instant avant sur les beautés de la nature, se concentre sur un des plus beaux monumens de l'industrie et de la patience humaine : la route du Simplon surpasse tout ce que les Romains ont exécuté de plus beau en ce genre ; ce n'était point assez d'avoir fait sauter à l'aide de la poudre une portion delà chaîne des Alpes, il a fallu percer ces montagnes pour construire un chemin praticable à toutes les voitures. Napoléon avait franchi les Alpes comme An-
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nibal et Bernard, oncle de Gharlemagne : cette action glorieuse pouvait être imitée plus tard; mais c'est à lui que l'on doit un travail inimitable qui unit à jamais la Suisse et l'Italie, et qui me'riterait d'être mieux entretenu.
Le lac Majeur forme la limite des possessions sardes ; la route qui descend du Simplon la côtoie et va traverser l'ancienne et jolie ville de Novare^ défendue par un vieux château et quelques fortifications. On y remarque une belle place d'armes, un théâtre nouvellement construit, une cathédrale ornée de quelques beaux tableaux , une belle église dédiée à saint Gaudence, et quelques restes d'antiquités romaines. Au nord de cette ville Oleggio est recommandable par ses bains. Ferceil ^enïisWenFercelli ^et en latin Fercellœ^ passe pour avoir été fondée par Bellovèse six siècles avant notre ère. Elle est intéressante par ses monumens. Sa cathédrale ou le dôme est un magnifique édifice moderne, où l'on conserve les reliques de saint Eusèbe ; l'église de Saint- André est une construction gothique; celle de Saint-Christophe est ornée de peintures, et celle de Sainte-Marie-Majeure d'une superbe mosaïque représentant l'histoire de Judith : on montre dans le trésor de la cathédrale un évangile manuscrit copié de la main de saint Eusèbe. C'est dans les plaines qui entourent cette ville que les (timbres furent taillés en pièces par Marins.
Au sud de Turin et sur le bord de la Stni^a , Cojii ou CuneOj qui fut démantelée par les Français après la bataille de Marengo, ne mérite point, quoiqu'elle renferme 18,000 âmes et une société littéraire, que eous nous détournions pour l'examiner. Il en est de même de Casale sur le Pô, à l'est de Turin ; sa population est à peu près égale à celle de la précédente, mais les beaux édifices y sont en plus grand nombre : ce sont principalement ses églises, son théâtre et son collège. Dirigeons plutôt nos pas sur Gênes.
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La belle route qui conduit à cette ville traverse d'abord Asti ^ jadis Hasta Pompeia^ célèbre pendant le moyen âge par ses cent tours, comme Thèbes 1 était chez les anciens par ses cent portes. Ses vieilles murailles tombent en ruines , ses tours ne sont plus qu'au nombre de trente , et sa population éprouve une diminution sensible : sur une superficie à peu près égale à celle de Turin , on y compte à peine 22,000 âmes. On remarque dans cette ville l'hôtel où naquit Alfieri , et la cathédrale, bel édifice gothique. Son commerce, peu important, consiste en vins rouges et blancs, estimés les meilleurs du Piémont. Les lieux environnans sont remplis d'antiques souvenirs. A quelques lieues au sud-ouest, on voit u4!ba, jadis A Iba Pompeia, ville épiscopale, qui rappelle le père du grand Pompée qui la restaura; et Chierasco, l'empereur Pertinax qui y reçut le jour. D'Astî, la route longe les sinuosités du Tanaro et conduit à Alexandrie.
De loin celle-ci ressemble à un village au milieu d'une plaine, et de près ce n'est qu'une ville triste, bâtie en briques, mais l'une des plus importantes places fortes de l'Italie par sa citadelle, autre ville d'un aspect superbe, qui fut construite par les Français , et dont l'entrée est interdite aux étrangers. On sait qu'Alexandrie doit son origine aux querelles des papes et des empereurs pendant le XIP siècle. Elle fut fondée en l'honneur à' Alexandre III ^ et long -temps elle eut le nom à' Alexandrie de la Paille^ parce que ses maisons étaient couvertes de chaume. Alexandrie est impoïtante aussi par sa population que l'on évalue à près de 35,ooo âmes. Le palais royal, l'hôtel de ville, quelques unes de ses églises, le mont-de-piété, le bâtiment où se tient la faire , et son nouveau théâtre, méritent d'être vus. C'est le siège d'un évêché. Elle possède une bonne bibliothèque publique , et une société littéraire qui prend le singulier titre à' académie des immobiles. A la sortie de
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cette ville, une route traverse le village de Marengo^ devenu célèbre par la victoire que Bonaparte y remporta en 1800 sur les Autrichiens. La colonne érigée au lieu même où Desaix fut tué ne se voit plus. La route conduit ensuite à Torione et à Voghera. La première , grande et jadis bien peuplée, n'a que 9000 habitans; la seconde, qui en renferme 1I5000 , possède une belle cathédrale dans le style grec.
A l'embranchement de la route de Tortone et de celle de Gênes le pays prend un aspect particulier : on entre dans les Apennins j le chemin se change en une gorge étroite, tantôt ombragée par des forêts, tantôt bordée par des prairies solitaires. Entre Alexandrie et Novi on remarque la belle abbaye de dominicains del Bosco ^ qui renferme quelques bons tableaux et le tombeau que le pape Pie V, fondateur de ce couvent, s'y était réservé et qui est resté vide. No^i est une ville de 7 à 8000 âmes dont les plus belles maisons sont habitées pendant l'automne par de riches Gé^ nois j il ne reste de son vieux château qu'une tour bien conservée et d'une grande élévation. C'est près de cette ville que l'armée austro-russe, sous les ordres de Souwaroff, gagna contre les Français une bataille dans laqueWe périt le jeune général Joubert.
Nous laissons à l'ouest la route de Savone où se trouve Âcquiy petite ville épiscopale, dont le nom indique qu'il y existait du temps des Romains un établissement d'eaux thermales : celui que l'on y voit aujourd'hui est très-fréquenté. On remarque à Acqui les restes d'un aqueduc antique.
A partir de Novi, deux routes conduisent à Gênes : l'une nouvelle par Arquata, Ronco et Ponte-Decimo ; l'autre par la Bocchetta. Cette dernière offre des difficultés, mais est admirable par ses points de vue : c'est une suite continuelle de montées et de descentes, de gorges et de ravins ç
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on est dans le cœur des Apennins. Les habitations, d'abord rapprochées, deviennent plus rares et bientôt disparaissent; enfin on arrive au col de la Bocchetta. Gênes se présente au bas de ces montagnes, et la Méditerranée se perd à l'horizon. Ordinairement celle-ci se confond avec le brouillard qui obscurcit ce passage ; mais par un temps clair sa surface , brillante comme le cristal , prend la teinte azurée du ciel. Il faut voir Gènes du côté de la mer pour en avoir une idée favorable : bâtie en demi-cercle sur une étendue de plus de 1800 toises, elle s'élève en amphithéâtre au pied d'une montagne aride et brûlée ; deux môles imposans par leur masse défendent l'entrée du port, dominé par un fanal gigantesque. Dans un circuit de 4 lieues, la ville est entourée d'une double enceinte de fortifications, devenues célèbres par le siège qu'y soutint Masséna contre les Autrichiens en 1800, et par la courageuse résistance des habitans, qui souffrirent pendant 69 jours toutes les horreurs de la famine.. Elles sont entretenues avec soin. Les rues, pavées de dalles, sont étroites et tortueuses, à l'exception de trois : la rue Balbî^ la rue JSuova et la rue Novissimay les seules dans lesquelles les voitures puissent circuler. Cette dernière est formée d'une réunion de palais magnifiques. Rien ne produit un plus singulier effet, surtout vues de loin , que les terrasses couvertes de jardins remplaçant la toiture des palais et des maisons. On ne se borne point à y cultiver des arbustes et des plantes grimpantes : elles sont construites de manière à pouvoir supporter une épaisse couche de terre, d'où s'élancent dans les airs des orangers de 26 pieds de hauteur. A l'exception de plusieurs riches habitations, telles que les palais Philippe Durazzo , Carrega^ Wîaximilien Spinola^ André Doria^ Balbi^ Brignole^ Lercari- Impériale et plusieurs autres, on ne peut citer que l'ancien palais ducal et quelques édifices religieux. Le premier de ces palais est réellement
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monumental ; le second est remarquable par la richesse de ses ornemens ; le troisième se dislingue par l'heureuse proportion des portiques de la cour et l'originalité de ses voûtes en arcs de cloître; celui d'André Doria porte sous l'entablement des croisées une longue inscription qui rappelle que cet intrépide marin fut amiral du pape, de Charles- Quint, de François et de Gênes; le palais Balbi se distingue par ses portiques et ses jardins; le palais Brignole par sa belle galerie de tableaux ; le palais Le j^cari- Impériale passe pour l'une des plus élégantes constructions de Galéas Alessi. Le palais ducal, ancienne résidence des doges, aujourd'hui occupé par le sénat de la ville, est le plus vaste de Gênes. Nous ne devons point passer sous silence le magnifique palais Marcel Durazzo^ devenu celui du roi: c'est le seul dans lequel les voitures peuvent entrer.
L'éghse de Saint-Laurent est la plus vaste de Gênes et l'une des plus belles cathédrales de l'Italie; on y voit le fameux Sacro Catino^ large cuvette hexagone en verre de couleur, qui fut regardée comme ayant été taillée dans une énorme émeraude, comme ayant été donnée à Salomon par la reine de Saba, et comme ayant servi aux noces de Cana. Conservé pendant long-temps à la bibliothèque royale de Paris, ce vase n'avait été apprécié que d'après sa valeur vénale; c'est un vénérable trophée de la conquête de Césarée par les Génois en iioi. L'église de Y Annonziada fait regretter que sa façade ne soit pas terminée : dans son intérieur l'œil est fatigué de la profusion des dorures; celle de tS'tt/z-C/ro, l'ancienne cathédrale, est ornée de fresques et l'une des plus riches en marbres de différentes couleurs. \J Assomption de Carignan est, en petit, Saint-Pierre de Rome : on y remarque un saint Sébastien et un Alexandre Sauli , chef-d'œuvre du Puget; enfin l'église de Sainte-Marie de la Consolation renferme quelques peintures et sculptures estimées.