‹ Précis de la géographie universelle (volume 2)Chapitre 20 sur 73 · VII · texte numérisé non relu

VII

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Trois hôpitaux d'un beau style se font encore remarquer j l'un, par sa magnifique façade, par l'asile qu'y trouvent 2000 individus de tout âge, par les divers métiers qu'on y exerce , est un modèle dans ce genre : on le nomme XAlbergo dei poveri. L'hôpital des Pammatone ^ qui contient environ 700 malades, n'est pas seulement une des plus importantes fondations philanthropiques , c'est aussi l'un des plus beaux monumens de l'art: l'escalier magnifique , les portiques qui environnent la cour, sont en marbre blanc. Jamais , dit M. Valéry, la douleur physique n'eut un plus magnifique séjour. Dans cet hôpital, comme dans le précédent, la bienfaisance a son aristocratie : un don de 26,000 fr. vaut à celui qui le fait une inscription, 5o,ooo fr. un buste, et 100,000 fr. une statue. \j hôpital militaire , dans une belle situation , sur un lieu élevé du faubourg Saint-Théodore, peut recevoir jusqu'à looo malades. Le conservatoire des Fieschine et celui des Brignole sont à la fois des couvens et des maisons de travail. L'Institut des sourds-muets est im des plus remarquables que l'on connaisse.

Aucun des théâtres de Gênes n'était digne d'être cité avant l'année 1828, que fut terminé celui de Carlo-Felice qui, après celui de Saint-Charles à Naples et celui de la Scala à Milan, est le plus vaste de l'Italie.

Le palais de \ Université ^ avec ses portiques, ses colonnes, ses escaliers de marbre d'une blancheur éclatante, a plutôt l'air, dit M. Valéry, d'un palais de l'Orient que d'un collège. Les salles destinées aux cours sont décorées de tableaux de différens maîtres génois; le nombre des élèves ne s'élève qu'à 4oo. La bibliothèque renferme 4^)000 volumes et plusieurs manuscrits chinois et arabes. La ville possède trois autres bibliothèques , au nombre desquelles celle dite Berio, présent d'un particulier, compte i5,ooo volumes et i5oo manuscrits. Les autres établissemens

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d'instruction sont l'école de marine, celle de navigation et l'académie des beaux-arts.

La loggia de Banchi ou la bourse est un édifice remarquable surtout par la hardiesse de la voûte formée de simples mâts de navires. Dans le bâtiment de la douane, on admire les belles proportions de la grande salle de Saint-George , ornée des statues du fondateur de cette célèbre banque. Au-dessus de la porte principale de l'édifice , on voit suspendus quelques morceaux de la chaîne de fer qui fermait le port de Pise et que les Génois conquirent en 1290. A la porte du tribunal de commerce on a placé un monument antique assez curieux : c'est une table en bronze portant une sentence rendue l'an 687 de la fondation de Rome par deux jurisconsultes romains , relativement à la suprématie qu'exerçaient alors les Génois sur les pays limitrophes.

L'enceinte desséchée qui sert de bagne à 700 galériens est l'ancien arsenal où furent construites les fameuses galères de la république 5 le nouvel arsenal est situé dans l'ancien couvent du Saint - Esprit : on y conserve une proue antique , un canon de cuir et de bois pris sur les Vénitiens au siège de Chiozza en 1379, et l'une des 32 cuirasses portées en i3oi par de nobles croisées génoises.

Les seules promenades de Gênes sont les murailles du fort, les allées de Yacqua "verde, celles de Yacqua sola, les môles, la promenade du quai, et le beau pont de Carignano, de 100 pieds de hauteur, qui, jeté par-dessus des maisons de six étages, réunit deux quartiers élevés de la ville.

La bourse, si fréquentée lorsque la noblesse génoise faisait le commerce de l'univers, est aujourd'hui bien déchue de son ancienne activité, malgré la franchise dont jouit le port de Gênes. Cette ville n'est cependant point tombée dans la même décadence que Venise; mais lorsqu'on pense que du temps des Carthaginois elle était assez

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puissante par son commerce pour faire ombrage à ce peuple qui la brûla ; que , rebâtie par les Romains , elle redevint florissante; que plus tard elle répara les pertes causées par les invasions des Huns , des Gotlis et des Hérules, par les conquêtes des Lombards et de Charlemagne; qu'au XIP siècle elle fut la première ville commerçante qui fonda une banque, célèbre encore dans ces derniers temps sous le nom de banque de Saint-George, et qui fut rétablie en i8i4; que, rivale de Venise au XIP siècle, elle était maîtresse du faubourg de Péra à Constantinopîe ; que devenue la capitale d'une république puissante , elle conserva plus long-temps que Venise la forme primitive de son gouvernement; que, bien qu'elle ait été plus d'une fois obligée de chercher contre ses divisions intestines un refuge dans la protection étrangère, l'amour de l'indépendance fut toujours la principale cause de ses succès; que ce fut par accommodement et non par force qu'elle céda la Corse aux ministres de Louis XV, qu'enfin elle était encore indépendante lorsqu'elle reçut du gouvernement républicain de France une constitution et le titre de république ligurienne , jusqu'à ce que l'Empire l'enveloppât dans ses filets , en donnant à son territoire le nom de département; on est presque disposé à regretter qu'à l'époque de la restauration de tant de trônes européens , Gênes n'ait pas été réintégrée dans son antique indépendance.

On est frappé à Gênes de l'extérieur d'aisance et de propreté du peuple, de Tobligeance et de la politesse de la classe supérieure, et des manières simples de la noblesse. On n'y voit point, comme à Turin, ces seigneurs poudrés et frisés comme nos marquis de théâtre, ni cette morgue, ni cette étiquette qui régnent dans les villes où les nobles sont riches et puissans : et c'est sans doute aux occupations commerciales qu'il faut en attribuer la cause. Les femmes mettent beaucoup de recherche et d'élégance dans leur

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toilette; elles portent avec une grâce particulière, quand elles vont à pied, un ample voile blanc, appelé mezzaro^ dont elles couvrent plutôt qu'elles ne cachent une partie de leur visage, les épaules et les bras. Cet ajustement, qui descend jusqu'aux pieds, ajoute à l'élégance d'un bas de soie bien tiré et d'une chaussure légère. Toutes les femmes de la haute classe ont leurs sigisbés ; mais cette mode qui, hors de l'Italie, passerait pour scandaleuse, est regardée à Gênes comme tellement indifférente en elle-même, que l'on est tenté de croire qu'elle est aujourd'hui presque sans conséquence. L'amour des arts, la culture de l'esprit, une certaine liberté dans les idées, distinguent les Génois de la plupart des Italiens méridionaux. La nation, portée vers le commerce, excelle encore dans plusieurs genres d industrie : Gênes a des manufactures de soieries, de velours et d'étoffes d'or; l'orfèvrerie y est portée à un haut degré de perfection; ses parfumeries et ses fleurs artificielles sont recherchées. Parmi les productions de son sol, ses huiles sont plus estimées que ses vins.

Cette ville a conservé assez de causes de prospérité pour augmenter de population : il y a peu d'années on lui donnait 80,000 habitans, aujourd'hui elle en a plus de 100,000.

Ce qu'on nomme à Gênes le Port franc est une réunion de huit beaux édifices uniformes, enfermés dans une enceinte de murailles où l'on emmagasine, sans les imposer à aucun droit, toutes les marchandises qui arrivent de l'étranger. C'est un véritable entrepôt , il fait la richesse du commerce génois. Les seuls porte-faix qu'on y emploie sont connus sous le nom de carauani; ils sont tous Bergamasques et se recrutent dans les communes de Piazza et de Zugno , aux environs de Bergame. L'organisation de cette corporation remonte à l'an i34o; à cette époque, ils n'étaient que 12; depuis i832 le nombre en est fixé à aoo.

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La partie orientale de la côte qui borde le golfe de Gênes est désignée depuis long-temps sous le nom de rivière du Le^^aw^; c'était une des divisions du territoire de l'ancienne république. La Spezzia^ jo^i^ "ville de 7 à 8000 âmes, en est le principal port. Il est capable de contenir une importante armée navale. A 5 lieues de la Spezzia l'on voit Sarzana^ ville à peu près de la même population , et le siège d'un évêclié; elle est la patrie du sage et savant pape Nicolas V; sa cathédrale est un bel édifice, construit en marbre de Carrare. On voit dans ses environs les ruines de l antique et célèbre Luni^ capitale de la Lunigiane, qui passe pour avoir été détruite par Alaric , ainsi que les restes de deux tours, d'un amphithéâtre et d'une église. Chiai^ari, plus peuplée, bien bâtie et industrieuse, fabrique des toiles et des chaises qu'elle expédie jusqu'en Amérique. Cette ville possède une bibliothèque de 7000 volumes, des écoles publiques, une maison de travail pour les pauvres et une société d'encouragement. A 2 lieues de Gênes, on voit dans l'église de la petite ville de Nervi le tombeau du comte Corvetto qui fut ministre des finances en France sous le règne de Louis XVIIL

A l'ouest de Gênes, l'ancien territoire de la république portait le nom de rivière du Pone?it, La petite ville de Voltri a de la réputation pour ses papiers et son vermicelle. Le village de Cogoleto prétend à tort disputer à Gênes l'honneur d'avoir vu naître Colomb. Savone tire un grand secours de ses fabriques de faïence , de porcelaine et de potasse; mais elle redeviendrait commerçante si son port, comblé depuis long-temps, était creusé de nouveau. On voit encore dans cette ville les restes du palais de Jules IL Sa cathédrale est un bel édifice. Alhenga^ vieille ville noire et insalubre, renferme quelques restes d'antiquités : le baptistère est un petit temple antique qui remonte, dit-on, à un empereur Proculus du dernier -temps

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de l'Empire; le ponte-longo est attribué à Adrien ou à Constance. La jolie Oneille ou Oneglia est la patrie d'André Doria. San-Remo est l'antique Fanurh Romiili; et Kintimille ^ siège d'un évêché, est XAlhium Intemelium dont parlent Tacite et Cicéron. Plus loin, en suivant la côte, Nice est une ville de 3o,ooo âmes, chef-lieu de province et siège d'un évêché; son petit port reçoit des bâtimens de 3oo tonneaux; à son entrée s'élève une statue en marbre du roi Charles-Albert. Cette ville jouit du plus beau climat de l'Europe : l'hiver y est sans frimas; aussi le pays est-il le rendez-vous , pendant la froide saison , d'un grand nombre d'étrangers et surtout d'Anglais, attirés par la douceur de sa température. On voit à Cimier., dans ses environs , les restes de l'antique Cenemanium : ce sont des bains, des temples et un amphithéâtre.

N'oublions point de mentionner, à 2 lieues à l'est de Nice, la petite ville de Monaco^ peuplée de 1 100 habitans. Bâtie sur un rocher qui brave la fureur des flots, et sur l'emplacement du temple Hercule Monœcus, dont parle Virgile (i) , son territoire a le titre de principauté depuis le X® siècle , et appartient à la maison de Grimaldi sous la protection du roi de Sardaigne.

L'île de Sardaigne a été appelée par les Grecs Sardon et Ichnusa., et par les Romains Sardinia. Le nom de Sardo lui vient, dit on, de Sardus, prétendu fils d'Hercule, qui, parti de la Libye, s'y établit avec une nombreuse colonie. Le nom àUchnusa paraît lui avoir été donné du mot grec Ichnos., par la ressemblance grossière que les anciens trouvaient entre sa forme et celle de l'empreinte d'un pied d'homme. 11 paraît que les premières sardoines y furent

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trouvées; car le nom de sardonjx^ que les Grecs donnaient à cette variété d'agate , vient en effet de Surdon. Suivant Dioscoride, il croissait dans cette île une plante de la famille des renonculacées , que les anciens nommaient pour cette raison sardonia^ et qui donnait la mort à ceux qui en mangeaient la racine, en produisant aux nerfs de la face une contraction semblable au rire et que l'on appelle rire sardonique. Enfin le petit poisson du genre Clupé, appelé sardine^ doit son nom à Tîle deSardaigne, parce que les anciens en péchaient une grande quantité sur ses côtes, comme font encore les modernes.

La Sardaigne fut conquise d'abord par lesPélasges, puis par les Phéniciens, les Etrusques et les Carthaginois qui en restèrent possesseurs jusquà l'époque de leur première guerre avec les Romains, qui les en chassèrent, et dont elle devint un des greniers. Peu de temps après, elle ne fit avec la Corse qu'une seule province. Sous ces maîtres du monde , sa population était plus considérable qu'aujourdhui : elle renfermait 4^ villes, elle n'en compte plus que lo qui méritent ce titre. Les Vandales, devenus possesseurs de l'Espagne et des côtes de l'Afrique, les Goths , les empereurs d'Orient et les Arabes furent successivement maîtres de la Sardaigne. Au XP siècle , les Pisans et les Génois leur succédèrent; 200 ans plus tard, les papes, qui n'ont jamais négligé d'étendre leur domination temporelle, cherchèrent à la réunir aux domaines de l'Eglise; deux fois les Pisans se virent contraints de la leur céder, et Rome en investit la couronne d'Aragon; mais ce fut au XIV^ siècle seulement que Jacques II, roi d'Aragon, parvint à s'en rendre maître. Elle resta soumise à l'Espagne jusqu'en 1708, que les Anglais s'en emparèrent au nom de l'empereur d'Allemagne, qui la céda au duc de Savoie en échange de la Sicile.

Depuis le moyen âge les Sardes étaient regardés comme des espèces de sauvages peu susceptibles de civilisation ;

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mais, à force de soins, la maison de Savoie améliora leur sort. Elle fit fleurir chez eux les arts et les sciences, et put dès lors reconnaître l'avantage que les gouvernemens retirent d'une marche légale et de la propagation des lumières. Peut-être même les malheurs de cette maison n'ont ils pas peu contribué à ces améliorations : lorsque les conquêtes de la France eurent réduit la monarchie sarde à la seule possession de cette île, la présence du souverain dut y faire plus que les gouverneurs les mieux intentionnés. Il y a 4o ans, les revenus de la Sardaigne atteignaient à peine le quart de leur terme moyen actuel.

L'habitant doit à son long isolement les traits qui le distinguent des autres peuples de l'Italie, et pour le peindre en deux mots, le Sarde est d'une constitution robuste, d'un caractère gai, d'un courage qui va jusqu'à la témérité. Exalté dans ses passions, il aime avec constance, il hait avec fureur; doué d'une imagination vive, enthousiaste dans ses goûts, ami du merveilleux, il se livre avec ardeur à la poésie et aux beaux- arts.

La Sardaigne est divisée en ii provinces ou diocèses, dont 6 forment l'intendance générale de Cagliari et 5 la vice-intendance générale de Sassari : cette sous-intendance reconnaît la suprématie de l'intendance générale.

Au fond d'un golfe, à l'extrémité méridionale de l'île, Cagliari^ la capitale, occupe la pente d'une colline rapide que domine un château-fort, bâti par les Pisans. Sa population est de 28,000 habitans; c'est la résidence du viceroi et des principales autorités. Ses maisons sont mal construites, et ses rues sont étroites et tortueuses. Outre sa cathédrale, elle a 38 églises, 21 couvens, un séminaire, une université, une société royale d'agriculture, un musée d'antiquités et d'histoire naturelle , une bibliothèque, un théâtre, un hôtel des monnaies et un hôpital; mais le palais du vice-roi est le seul édifice remarquable. Elle est le

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siège d'un archevêché, de la cour suprême de justice de l'île et du parlement. Cette ville, qui fut fondée par les Carthaginois sous le nom de Calaris^ fait un grand commerce. Les produits de son sol consistent en blé, en huile, en vin, en coton et en indigo.

La plus importante après celle-ci est Sassari^ dans une belle vallée au nord -ouest de l'île, peuplée de 20,000 âmes; elle est le siège d'un archevêché, et la résidence du viceintendant et du gouverneur de la division. Bâtie sur la pente d'une colline, les coteaux qui l'environnent sont couverts de citronniers, d'orangers, d'oliviers et de vignes; la vue délicieuse dont on jouit, et la salubrité du climat, en font un séjour agréable. Elle est entourée de murailles gothiques percées de cinq portes principales, et dominée par un vieux château flanqué de tours et défendu par des fossés. Ses maisons sont en général bien bâties; ses plus beaux édifices sont le palais du gouvernement, celui de l'archevêché, celui du duc d'Asinara, et la cathédrale dont on admire le portail. Outre celle-ci, il y a 4 églises paroissiales, 10 couvens d'hommes dont un de jésuites, et 3 de religieuses. Elle possède un séminaire, un collège de nobles, une école de mathématiques appliquées, et une université où 3 chaires sont consacrées à la théologie, 5 au droit, 3 à la médecine et 2 à la philosophie, et où l'on compte 2 à 3oo étudians. Sa bibliothèque publique est assez belle : l'ancien palais de l'inquisition a été transformé en caserne. La population de cette ville est industrieuse ; on y fait un grand commerce , principalement en huile d'olive et en tabac. Parmi les belles promenades qui entourent la ville on cite celle de Rosello, ornée d'une fontaine de ce nom que, pour son architecture et l'abondance des eaux , on compare aux plus belles de l'Italie.

Oristano ou Oristagni^ près du golfe de ce nom, sur la côte occidentale , est le siège d'un archevêché. On y

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fait le commerce du thon, poisson qui abonde dans ces parages; elle est peuplée de 10,000 habitans. On récolte dans ses environs l'excellent vin de Vernaccia. Bosa., petit port à lembouchure du Terno , sur le même côté de Fîle, a une belle rue, une ancienne cathédrale et plusieurs couvens; la ville, entourée de murailles qui tombent en ruines, est peuplée de 6000 habitans : on y pêche le corail, ainsi qu'à Alghero ^ autre siège d'évêché sur la même côte. Cette dernière ville est la plus commerçante en blé. Sa population est de 7000 âmes ; son port ne peut recevoir que de petits bâtiniens; mais à trois lieues à l'est, celui de Porto-Conte., vaste et bien défendu, peut donner asile à des flottes considérables. Celui de Castel Sarclo , au noïd de l'île , est défendu par des fortifications importantes. Ozieri est un village où réside l'évêque de Bisarcio , mais ce village est plus peuplé que certaines villes de la Sardaigne : il a environ 8000 habitans. Tempio est un bourg à peu près aussi peuplé, où réside l'évêque d'^/?2/?mr<2^.

Dans l'intendance de Cagliari il existe un petit pays appelé Barhagia qui tire son nom d'une émigration de Berbères ou habitans de la Barbarie qui s'y réfugièrent à l'époque de l'invasion de leur patrie par les Vandales. Ce pays, couvert de montagnes et de forêts j se divise en quatre parties : la Barhagia proprement dite, le Scalo qui a pour chef-lieu un village de 1200 habitans; le Behi et XOllolài,

La Sardaigne, qui a été subjuguée par tant de peuples différens , doit nécessairement renfermer beaucoup de monumens qui rappellent leur domination. Ceux qui ont le plus exercé la sagacité des antiquaires sont surtout ceux que Ion nomme JSuraghes et qu'un savant, M. Petit- Radel, attribue aux Pélasges, et fait remonter à environ i5 siècles avant l'ère chrétienne : ce sont donc les plus anciens de tous ceux que renferme 1 île. Ils offrent le même

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caractère de construction que les monumens dits cyclo' péens dont on trouve de nombreux exemples en Italie. On en a signalé plus de 600. Ce sont des espèces de tours, quelquefois hautes de 5o pieds et de 90 de circonférence, dont le sommet se termine en cône surbaissé; ils sont formés de blocs d'environ un mètre cube, réunis sans ciment; leur intérieur est divisé en trois étages, ayant chacun une chambre; une rampe en spirale, pratiquée dans l'intérieur, sert de communication entre les différens étages; mais ce qu'il y a de remarquable dans la construction de ces chambres , c'est qu'elles sont vovitées en ogive. Quelques uns de ces Nuraghes sont flanqués de tours au nombre de 3 à 7, dont la hauteur est d'environ 6 pieds, et qui ont une ouverture à la partie supérieure. On croit que ces monumens ont servi de sépultures. D'autres constructions antiques, que l'on trouve dans l'île, appartiennent principalement aux Romains : ce sont des restes d'aqueducs, de bains et d'autres édifices. Dans la direction de Gagliari à Sassari , on remarque les restes d'une voie romaine (i).

La Sardaigne est environnée de petites îles : les principales sont, au nord-ouest, l'île Asinara ^ et au sud-ouest celles de Plana ^ de San-Pietro et de Sant-Antioco; à l'est celles de Serpentaria^ de Chirra^ à' Ogliastra et de Pedrami; au nord-est, celles de Spargi^ de la Madeleine, de Saint- Etienne , de Caprera et de Tavolara,

Cette dernière est un bloc énorme de roche calcaire qui a 18 milles de tour et qu'on peut rapporter à la formation secondaire ; ses flancs sont coupés à pic et quelquefois même en talon renversé, ce qui la rend inaccessible de tous les cotés. Elle n'est habitée que par des chèvres sauvages. Les anciens allaient y pêcher le mollusque dont ils tiraient le pourpre.

(0 D. Jos. Manno : Storia di Sardegna. Turin, 1825.

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Asinara, Xlnsula Herculis des anciens, longue de 4 lieues et demie, large de 2, est montagneuse, fertile, couverte de pâturages, et cependant ne renferme que quelques cabanes de bergers et de pêcheurs.

San-Pietro, divisée du nord au sud par une chaîne de collines, est l'ancien Hieracwn ; sa circonférence est de 8 à 9 lieues. Ses habitans pèchent le corail et cultivent un sol fertile. Elle renferme des salines.

Sant-Antioco, qui comprend 9 lieues de tour, est VEnosis des Romains. Elle a des salines et des terres fertiles.

Caprera récolte beaucoup de grains et abonde en pâturages. Les autres îles ne sont que des îlots sans importance.

Le royaume sarde se compose de provinces en général pauvres, si l'on en excepte le territoire de l'ancienne république de Gênes. Mais il est administré avec économie. Le peuple y serait même peu chargé de contributions, puisqu'il ne paie que 16 fr. 25 c. par tête, tandis qu'en France la contribution donne 19 fr. 26 c. par individu, s'il n'était rigoureusement soumis à l'ancienne coutume rétablie depuis la restauration de payer la dîme au clergé. Il est vrai que plusieurs taxes, telles que celle des portes et fenêtres, celle des patentes, le timbre, l'enregistrement, et l'impôt universitaire, ont été abolis et n'ont point été remplacés par d'autres. Le produit des impôts directs et indirects est évalué à environ 65 millions de francs , et la dette publique à i5o miUions.

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