RAPPORT
OE LA POrUI.AÏlON
à la lioHe carréo ,
REVEN us.
ARMÉE
70,000 fr.
60 hommes.
Suite de la Description de l'Europe. — Description de l'Italie. — Septième section. — Description du royaume des Deux-Siciles. — Première division. — Provinces continentales.
Seize siècles avant notre ère, des peuples sortis des montagnes de rillyrie établirent des colonies entre les Alpe» et l'Adige. Bientôt, abandonnant un sol marécageux , funeste à l'homme et rebelle à la culture , ils suivirent le littoral du golfe Adriatique, et se retirèrent depuis l'embouchure du Chienti jusqu'à l'extrémité de la Calabre. Ces peuples étaient des Lihurnii^ nation dont les Pœdiculi^ les Apuli et les Calabri formaient les trois principales souches. Quelques unes de leurs peuplades portaient des noms qui ont excité les recherches des érymologistes. Court de Gébelin prétend que celui dies Marrucini, établis sur la rive droite de la Pescara^ dérive des mots mar, haut, et /•«, ruisseau. Les habitaient dans les Apennins : le mot
pal signifie en effet lieu élevé. La dénomination de Frentani dériverait du mot ren^ couler, parce que leur pays était traversé par plusieurs rivières qui descendent à l'Adriatique ; mais ce nom ne viendrait-il pas aussi de l'une de ces rivières que l'on appelait le Frotito, aujourd'hui le Fortore, de même que, dans l'Amérique septentrionale, on a donné à quelques peuplades des noms de rivières et de montagnes On a prétendu aussi que celui de Calabri du mot oriental calab, résine, parce que les pins sont communs dans cette contrée. A l'ouest de ces peuples , le versant qui se dirige vers le golfe de Tarente s'appelait Messapia ou Japy g ia. Mazocchi a fait une remarque assez si
4q6 livre cent douzième.
gulière : c'est que le mot oriental massap signifie ^entj et que le mot hébreu japah veut dire il a soufflé; ainsi la racine de ces deux noms d'un même pays annonce une terre ravagée par les vents : ce que l'on remarque encore de nos jours. Dans les Apennins, aux environs du lac Fucino , qui occupe une partie d'un bassin élevé , habitait un peuple appelé 71/<2m, dont le nom vient, suivant Court de Gébelin, de /war, élévation, et eau; il était limitrophe avec les Peligni.lues Mursi^ les Peligni^ les Marrucini elles Frentani étaient , dit Strabon , peu nombreux , mais pleins de courage : ils opposèrent une longue résistance au joug des Romains (i).
Au sud des Marsi, dans les montagnes et sur les flancs de l'Apennin, s'étendait le Samnium, pays des Samnites; le géographe grec donne pour ancêtres à ce peuple les SabinL Court de Gébelin et Lamartinière voient dans le nom de Sabini, l'origine du mot Samnites : on les aura appelés Salinités^ puis Sannites^ et enfin Samnites. La cause de leur séparation des Sabini n'est point sans quelque vraisemblance : Strabon nous en a conservé la tradition. Selon l'usage de l'antiquité la plus reculée, les Sabini y engagés dans une guerre sanglante contre les Ombri leurs voisins , consacrèrent aux dieux tout ce qui naîtrait chez eux dans l'année courante. La victoire ayant couronné leur entreprise, les animaux et les produits de l'agriculture furent offerts en sacrifice : la disette en fut le résultat. Quelqu'un fit alors remarquer que, pour accomplir rigoureusement le vœu, il aurait fallu l'étendre sur les enfans : ceux-ci furent donc voués au dieu Mars. Devenus adultes , ils durent s'expatrier : ils suivirent la chaîne des Apennins, et ce fut à une vingtaine de lieues de leur patrie qu'ils s'établirent. Ce peuple guerrier devint puissant et nom-
(0 Sirabon, liv. V, ch. \x.
lîUROPE : Italie.— Roy. dus Deux-SicUes. 4^7 breux, puisqu'il pouvait mettre sous les armes 80,000 fantassins et 8000 cavaliers. Long-temps rival des Romains, il ne leur fut tout-à-fait soumis que lorsque le dictateur Sylla , après l'avoir vaincu, eut la barbarie de faire égorger au milieu du Champ-de-Mars les prisonniers qui setaient rendus à lui en se confiant à sa bonne foi. % On cite, ajoute « Strabon, une fort belle loi reçue chez les Samnites, et « bien faite pour exciter les hommes à la vertu. Parmi eux,
• les pères n'ont point la faculté de choisir à leur gré les
• maris de leurs filles; mais, tous les ans, on élit, au « nombre de 10, dans chacun des deux sexes, les jeunes « filles et les jeunes garçons en qui l'on reconnaît le plus « de vertu ; puis, la jeune fille la plus estimée est accordée « au plus estimé des jeunes garçons, et ainsi des autres, « suivant le degré de mérite. Quelqu'un de ces maris, après « avoir remporté le prix, vient-il à changer de mœurs, à
• se corrompre, on le note d'infamie, et on lui ôte l'épouse « qui lui avait été donnée (0- »
A l'est du Samniitm, la Campante [Campania) était célèbre par ses beaux sites et sa fertilité. Là se trouvait Capoue^ déhcieuse cité, dont les plaisirs furent aussi funestes aux troupes d'Annibal que les plaines de Cannes l'avaient été aux Romains. Plus loin, les coteaux de Falerne étaient chéris du dieu des vendanges. Les environs de Baies et de Pouzzole , renommés par leurs bains, étaient couverts de maisons de plaisance , où les Romains venaient étaler leur luxe et leur mollesse. « Au-dçssus de ces lieux , dit Strabon,
• domine le Vésuve , offrant sur toute sa surface , excepté «« vers sa cime, un sol très-agréable. Cette cime, plane dans « sa plus grande partie , mais totalement stérile, semble, à
• la vue , n'être qu'un monceau de cendres ; et 1 on y ren- « contre de longues cavités formées de pierres, toutes de
(0 Strabon, lir. V, ch. Xy^ i, frad, de Laporte- /hitheil.
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« couleur ferrugineuse, comme si elles avaient été cal- « clnées par le feu. De là nous pouvons inférer que ce « mont fut jadis un volcan , et renferma des fournaises de « feux qui se seront éteints lorsque Taliment leur aura « manqué (i) » 11 est assez singulier de voir cet auteur parler du Vésuve comme on parle des volcans éteints de l'Auvergne.
La fertilité de la Campanie y attira tour à tour différens peuples, qui s'en rendirent maîtres : après avoir été habitée par les Opici et les Ausones ^ elle fut conquise par les Osci^ qui furent chassés par les Cymœi^ peuplade grecque venue de l'Eolie douze siècles avant notre ère; ceux-ci, après y avoir fondé douze villes, dont la capitale était Capoue ^ se soumirent aux Samnites^ qu'asservirent les Romains.
Au sud-ouest de la Campanie, la Lucarne [Lucania) se prolongeait depuis le golfe de Salerne jusqu'à celui de Tarente; les Lucani^ qui l'habitaient, étaient une colonie de Samnites. Justin, d'après Trogue-Pompée , les peint dans les termes suivans : « Chez les Lucani ^ dès que les « jeunes gens ont atteint l'âge de la puberté, ils sont mis « hors des villes et envoyés dans les bois parmi les ber- « gers. Là, sans secours, sans vètemens, sans lits, ils s'ac- « coutument de bonne heure à une vie dure et sans be- « soins. Ils n'ont de nourriture que leur chasse , de bois- « sons que l'eau des fontaines ou que le lait. C'est ainsi «« qu'ils se familiarisent dès la jeunesse à ce que les travaux « guerriers ont de plus pénible et de plus fatigant. » A l'époque de leur établissement, les côtes de l'Italie occidentale étaient, comme la Sicile, peuplées de colonies grecques qui leur valurent la dénomination de Grande-Grèce. Lesplus voisines de la Li(canie \unèvtut contre ces nouveaux habi^
(') Strabon , liv. V, eh. x, § i
EUROPE : Italie. — Roj. des Deux -Sicile s. 4^9
tans : leur politique eut toujours pour but de s'opposer à leurs euYahissemens sur les cantons maritimes. C'est probablement dans cette politique qu'il faut chercher la cause de la destruction de ^9,» ^«/'w , ville située à remboucliure du Sybaris, aujourd'hui le Cosale. Son origine paraît être orientale, si l'on admet avec Mentelle que son nom vient d'un mot analogue à sheber, qui en hébreu signifie abondance. Il est assez remarquable que lorsque les Sybarites eurent rebâti leur vilîe à peu de distance de la première, son nom grec, qui fut d'abord TAo^/vb/z, dont les Latins firent Thurium^ et qui reçut ensuite des Romains celui de Copia , conserva toujours la même signification. Thor en chaldéen signifie bœiij\ emblème de l'agriculture, et Copia présente aussi la même idée d'abondance. Le pays des Sybarites était tellement riche et peuplé, qu'on y comptait 25 villes et qu'il pouvait mettre 3o,ooo hommes sous les armes. Mais leurs richesses, leur luxe et leur mollesse furent les principales causes de leur perte : leur nom était devenu synonyme d'efféminés.
Le territoire de la Calabre était appelé Bretium ou Brutium par les anciens: selon Strabon, les Bretii ou Brutii^ qui l'habitaient, étaient venus de la Lucanie; mais Court de (Tébelin a prétendu que cette tradition était difficile à admettre, parce que le nom de Bretium paraît venir du mot celtique Bret., qui signifie forêt. Les Syriens désignent par bruta un arbre résineux : le nom de Brutium indique donc un pays couvert de pins. Nous avons vu que la racine du mot Calabre signifie résine. Nous ne rappelons ces étymologies que parce qu'elles s'accordent assez exactement avec la nature des productions ou du sol des diverses parties de l'Italie méridionale.
La Sicile fut d'abord habitée par les Sicani^ peuple d'origine ibérienne ou basque, qui l'appela Sicania. Asservie par les Siculi ou Sicili nation dalmate, établie dans le
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Latium, l'île reçut ensuite le nom de Sicilia. Ses princes, connus sous la dénomination de tyrans, se rendirent célèbres par leur despotisme et par leurs excursions sur les côtes de l'Italie. Après la mort de Denys, l'un d'eux, la Sicile fut tour à tour soumise par les Grecs, les Carthaginois, les Mamertini , qui faisaient partie des Brutii, et les Romains.
Après la chute de l'Empire, le? 4 provinces qui composaient ce qu'on appelle aujourd'hui le royaume des Deux- Siciles furent dévastées par les Ostrogoths. Narsès les fît rentrer sous l'obéissance de Constantinople , en 553. Trente ans plus tard , Autharis , roi de la Lombardie, s'en empara, et fonda le duché de Bénéuent ^ dont les princes possédèrent Naples^ Salerne ^ Capoue et Tarente.
La Fouille et la Galabre étaient restées soumises aux empereurs grecs. Au XP siècle , quelques gentilshommes normands, revenant d'un pèlerinage à la Terre-Sainte à cette époque, ces pieuses excursions se faisaient à main armée), s'arrêtèrent à Salerne. Pendant le séjour qu'ils firent à la cour du prince lombard Guimar, les Sarrasins , maîtres de la Sicile, firent une descente dans le port et mirent à contribution le prince et les habitans. Les Normands, peu disposés à voir tranquillement ces infidèles se livrer au pillage, coururent aux armes, et quoique leur suite fût peu nombreuse, leur courage doublant leurs forces, il n'y eut qu'un petit nombre de Sarrasins qui purent échapper à leur fureur. Les habitans, pénétrés de reconnaissance, comblèrent de présens leurs libérateurs. De retour en Normandie, les succès de cette poignée de braves engagèrent leurs compatriotes à aller chercher fortune en Italie : une expédition s'organisa sous les ordres de Ranulphe. Ce chef, après avoir rendu plusieurs services aux princes grecs et lombards, en obtint la permission de fortifier Juersa^ entre Naples et Capoue, et de s'y établir.
EUROPE : Italie. — Rojr. des Deux-Siciles. 4 1 1
Les exploits des successeurs de Ranulphe furent encore surpassés par ceux des fils de Tancrède. Leur alliance était recherchée par les petits princes de la Grande-Grèce, mais la cupidité de ceux-ci amena bientôt une rupture. Manassès , général des troupes grecques , dirigea une expédition contre la Sicile : on ne pouvait vaincre sans les Français; les Français y signalèrent leur courage. Mais pendant qu'ils poursuivaient les Sarrasins dans leurs montagnes, les Grecs se partagèrent le butin enlevé sur l'ennemi. Les Normands leur députèrent Arduin , l'un de leurs chefs , pour leur reprocher leur injustice : celui-ci fut frappé de verges , promené dans le camp et renvoyé tout couvert de sang au milieu des siens. Les soldats, furieux, brûlaient d'assouvir leur vengeance sur les Grecs, lorsque Arduin, voulant qu'elle fût éclatante, conçut le projet hardi d'aller s'emparer de la Pouille. Ses compagnons le secondèrent si bien, que ce fut une conquête facile. Guillaume, surnommé Bras-de-Fer^ fils aîné de Tancrède , et , après lui , Dreux et Onfroy ses frères, fondèrent plusieurs principautés; enfin Robert, que sa grande finesse fit surnommer Guiscard^ quatrième des douze fils de Tancrède, étendit ses conquêtes. Maître de Pouille, de la Calabre, des principautés de Salerne et de Bénévent, il se fit donner par le pape le titre de duc. Roger, son frère, conquit la Sicile avec une poignée de Normands , et prit celui de comte. Son fils Roger, héritier du fils de Robert Guiscard , força l'empereur Lothaire et le piipe Innocent II à le reconnaître pour roi : ses possessions comprenaient à peu près tout ce qui forme aujourd'hui le royaume des Deux-Siciles (i).
C'est ainsi que s'étabht la dynastie normande de Sicile; le
C') Histoire ries républiques italiennes, par M. .SismoncU. — {\\%uAvc fies priD<'«9 de Noiinandie en Sicile, par J. de La Salle.
4ï2 LIVRE CENT DOUZIÈME.
dernier de ces princes fut Guillaume III, fds de Tancrède, surnommé le Bâtard, Trop jeune pour régner, la régence fut confiée à Sibylle, sa mère. L'empereur Henri VI, allié à cette famille qui l'avait choisi pour protecteur, fit enfermer Sibylle, et condamna le fils à une captivité perpétuelle , après l'avoir privé de la vue et de la virilité. Possesseur de la couronne de Naples, son ambition pouvait être satisfaite, mais sa cruauté soupçonneuse avait besoin de sang et de forfaits. Il fit périr tous les partisans des princes normands , et fit exhumer le corps de Tancrède pour le laisser exposé aux oiseaux de proie. Sa cupidité le porta à d'autres attentats. Richard Cœur-de-Lion traversait ses Etats.: il le fit jeter dans une prison afin de lui faire payer sa rançon. Il avait des sicaires à récompenser : il s'empara des biens de l'Eglise et les distribua à ses favoris. Celte usurpation attira sur lui les foudres du Vatican. Il composa avec le pape, et recommença ses cruautés en Italie avec tant de violence, que sa femme se mit à la tête desmécontens et le fit enfermer dans un château. Le repentir parut alors s'emparer de son cœur; il se réconcilia avec son épouse, et se préparait même à racheter ses forfaits par un pèlerinage à la Terre-Sainte, lorsqu'il mourut empoisonné, en 1197, ^^niportant le surnom de Cruel qu'il n'avait que trop mérité. Ses descendans occupèrent le trône de Naples jusque vers l'an 1260, que le pape en donna l'investiture à celui qui chasserait Mainfroy, qui venait de l'usurper.
Charles d'Anjou , frère de saint Louis, s'offrit pour accomplir les intentions de Rome, quoique l'héritier direct, qu'on avait fait passer pour mort, existât. C était une nouvelle usurpation : Charles ne crut pouvoir se soutenir qu'en gouvernant avec un sceptre de fer. Conradin , petit-fils de Henri VI, fit enfin valoir ses droits; mais il fut battu par Charles et décapité. Cet événement contribua à augmenter
EUROPE : Italie. — B^oj. des Deux-Siciles.
la haine des Siciliens pour leur nouveau maître : la sévérité du gouvernement, des garnisons françaises dans toutes les places, leur rappelaient trop le droit de la conquête, lis ne voyaient dans les Français que des rivaux dangereux auprès de leurs femmes. Un proscrit appelé Procida conçut le projet de délivrer son pays; il était soutenu par le pape , Tempereur de Constantinople et le roi d'Aragon. A l'aide d'un déguisement , il parcourait 1 île et entretenait des intelligences avec les mécontens. La cour d'Aragon , attendant le moment d'agir, faisait croiser une flotte sur les côtes d'Afrique, sous prétexte de surveiller les Maures, lorsque la veille de Pâques de l'année 1282, pendant une procession, une dame dePalerme fut insultée par un Français : ce fut le signal de la révolte , a laquelle on a donné le nom de Vêpres siciliennes. Elle n'aurait peut-être pas eu des résultats aussi importans sans la conspiration de Procida: le peuple, enhardi, massacra les Français. Les conjurés appelèrent le roi d'Aragon et sa flotte à leur secours, et le proclamèrent souverain. La conséquence de cet événement fut la séparation de Naples et de la Sicile. INaples continua à être gouvernée par des princes de la maison d'Anjou jusqu'en i382. Au siècle suivant ces deux couronnes furent réunies. La possession de Naples et de la Sicile fut un long sujet de guerres pour la France, l'Espagne et l'Empire. La branche espagnole des Bourbons possédait ces deux couronnes, lorsqu'en i8o5 le dernier roi fut obligé de se retirer en Sicile. Naples alors fut donnée à Joseph Bonaparte par Napoléon son frère , puis à Joachim Murât en 1808. En 181 5, tout fut rétabli sur l'ancien pied.
En commençant notre excursion chorographique par les parties voisines des Etats de l'Eglise, nous citerons d'abord sur les pentes des Apennins, San Germano ^ bâti près des ruines de deux villes antiques, Casinum et Aqui-
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«Mm, dont on voit encore quelques X'estes, tels qu'un théâtre et un amphithéâtre. C'est la première ville de la Terre de Labour qui rappelle des souvenirs récens: le i6 mars i8i5, Murât y fut défait par les Autrichiens. La ville est défendue par un fort; elle est la résidence de l'abbé du Mont-Cassin,
Cette superbe abbaye occupe la cime d'une montagne volcanique escarpée ; on y entre par une longue et sombre grotte qui passe pour avoir été l'habitation de saint Benoît j sa façade présente un développement de plus de 5oo pieds. Son intérieur, richement orné, renferme une belle bibliothèque et une collection d'antiquités. L'un des plus anciens manuscrits est le commentaire d'Origène sur l'épître de saint Paul aux Romains, de l'an 569. L'église possède le corps de saint Benoît , son fondateur, et celui de sainte Scholastique, sa sœur jumelle , dont on voit dans le parvis les statues colossales, ainsi que celle de sainte Abbondanzia leur mère.
Jadis les bénédictins du Mont-Gassin étaient propriétaires et seigneurs de toutes les terres environnantes; aujourd'hui ces terres appartiennent à la couronne, et les environs de l'abbaye sont infestés de brigands. Les cadavres suspendus de distance en distance aux branches des arbres annoncent le châtiment qu'on leur réserve , mais ne les effraient point. Cette partie des Apennins a une physionomie particulière : au mois de juin, le sommet des montagnes est couvert de longues bandes déneiges, auxquelles les rayons du soleil prêtent des reflets argentés, tandis que dans les vallées , des paysans, qui ne les habitent point parce qu'elles sont fiévreuses , récoltent les cerises et s'occupent des autres travaux champêtres. A l'époque de la moisson , une danse assez singulière est leur principal délassement : 8 moissonneurs forment un cercle , entrelacent leurs bras , et 8 jeunes Elles s'élançant sur leurs épaules s'y main-
KBROPiï : Italie. — Roj. des Deux-Siciles. 4*^
tiennent pendant qu'au son de la zampogna ou de la flûte champêtre, ces couples dansent, courent et font mille évolutions en passant tour à tour sous les bras des danseurs; après quoi chaque jeune fille vient danser et chanter au milieu du rond , afin de mériter la gerbe de blé qui est la récompense de ses talens naturels. Enfin , à un signal donné, toutes les mains se désunissent et chaque moissonneur reçoit dans ses bras celle qu'il portait sur- son dos. Ce qui contribue encore à donner à cette danse quelque chose de bizarre, c'est l'extérieur robuste des danseurs et la légèreté des danseuses ; c'est l'élégante bigarrure des vêtemens de celles-ci : deux pièces d'étoffe, l'une rouge et l'autre verte, leur ceignent la taille; une longue épingle d'argent retient leurs longs cheveux noirs qui font si bien ressortir les couleurs de leurs joues et la blancheur de leurs dents.
Nous l'avons déjà fait observer dans cet ouvrage : plus la nature se montre prodigue de ses trésors, plus l'homme se laisse aller à l'insouciance et à la paresse. L'Italie, comparée à d'autres contrées, en offre partout la preuve. Cependant nous ne prétendons pas dire que cette disposition au farniente qui distingue l'Italien, soit due principalement à l'influence du climat. C'est à des causes morales plutôt que physiques qu'il faut avoir recours pour se rendre compte de ce qui a pu changer la masse d'un peuple qui n'a rien conservé de l'activité et de la puissance de ses ancêtres. L'aumône, si sagement érigée en précepte par l'Evangile, mais qui dans son application devrait être dirigée avec discernement par les législateurs et par les interprètes des lois divines, n'a pas peu contribué, dans les pays où l'industrie n'a point reçu du gouvernement l'impulsion nécessaire, à encourager la fainéantise, et à faire naître la dépravation , les vices et les crimes même auxqtitU elle peut conduire les dernières classes du peuple.
l[lG LIVRE CENT DOLlZiEME.
Qui n'a remarqué avec quelle arrogance le mendiant semble exiger souvent le prix de son importunité? Il croit avoir par sa misère des droits aux faveurs qu'il implore. Cette idée le conduit à une autre : c'est que la mendicité est un métier, une sorte d'industrie; la honte alors n'a plus accès dans son âme, et si l'aumône lui procure de quoi subsister, il la préfère au travail. Mais de l'idée de demander sans honte en suppliant ^ à celle de demander en menaçant, il n'y a qu'une nuance presque insensible pouv l'homme sans morale et sans éducation. Ne nous étonnons donc point que dans les contrées où la mendicité est un métier, le vol sur les grandes routes soit une profession.
Fléaux de l'Italie, la mendicité et le brigandage ne sont guère moins répandus dans le royaume de Naples que dans les Etats de l'Eglise. Entre Terracine, sur la frontière des Etats romains, et Fondi, misérable ville napolitaine qu'habite un peuple demendians, les brigands choisissent ordinairement leur quartier-général. Malgré les postes militaires établis sur la route de quart de )ieue en quart de lieue , il est difficile de se soustraire à leurs attaques : leurs vedettes, placées sur les rochers qui dominent la route, avertissent le chef a l'approche du voyageur; en un clin d'oeil ces hommes, habitués à franchir avec rapidité les monts les plus escarpés , interceptent la roule presque à la vue des soldats chargés de les repousser , et dont la crainte semble paralyser les forces. Malheur au courageux voyageur qui voudrait opposer de la résistance : il serait massacré! Ne rien emporter qui puisse exciter leur cupidité, ne serait point un moyen de sécurité; l'inspection d'un passe-port ou d autres papiers suffit pour indiquer la profession de celui qui les porte : il resterait en otage jusqu'à ce qu'il eut fait remettre, par un ami ou par un correspondant, la somme fixée pour sa rançon.
EUROPE : Italie. — Roj. des Deux-Siciles. 4 '7 Plusieurs exemples attestent que si Ton dépasse les délais fixés pour la remise de la somme indiquée, ils se débarrassent de leurs prisonniers en les égorgeant. Ces hommes, qui vivent du plus affreux brigandage , et qui souvent ont leurs femmes, leurs enfans et leurs champs, obéissent aveuglément à celui que sa bravoure a fait choisir pour chef. Ils sont vêtus d'une manière assez uniforme : des brodequins ou une chaussure retenue par des cordons qui se croisent jusqu'au haut de la jambe; une large ceinture, attachée par des agrafes en argent; un pantalon et un gilet de drap bleu, ornés de boutons du même métal, une chemise ouverte à col rabattu ; un chapeau à forme élevée et pointue, avec des rubans de dii^erses couleurs; un manteau court, mais ample et de couleur brune; un baudrier auquel pendent un sabre, un poignard, une cuiller et une fourchette, forment leur costume habituel. Tous portent un fusil, et suspendent à leur cou une image de la Vierge ou de l'Enfant Jésus. Leur patron favori est saint Antoine : il est assez singulier qu'ils aient choisi ce pacifique ermite. Depuis 1826 les mesures prises contre ces brigands ont été assez énergiques pour en diminuer sensiblement le nombre.
C'est sur la voie Appienne qu'est bâtie la principale rue de Fondi.^ ville ancienne où l'on conserve la maison qu'habita saint Thomas qui y enseignait la théologie. A la sortie de cette triste cité, l'air est parfumé de l'odeur des champs de fèves et des fleurs de l'oranger ; on aperçoit cet arbre à chaque pas à côté des cyprès, des citronniers, de belles haies d'aloès, et l'on est tenté de se dire : tant de richesses sont-elles faites pour un peuple grossier, paresseux et sans mœurs ^
A l'impression que produisent une si belle nature et la vue de la Méditerranée en arrivant à Mola, les souvenirs historiques viennent ajouter de nouveaux charmes. C'est près VII. 57
4l8 LIVRE CENT DOUZIEME.
de ce bourg que Gicéron avait sa maison de plaisance; c'est sur le chemin même que l'on parcourt que l'atteignirent les assassins apostés par Octave. Les restes d'un aqueduc, d'un théâtre et d'un amphithéâtre que l'on remarque entre Mola et les rives du Garigliano, sont ce qui reste de l'antique Minturnes. Ga 'éta, qui s'élève en amphithéâtre au bord de la mer, est cette ville de Cajeta dont le port fut réparé par Antonin-Ie-Pieux, dont les murailles ont été construites par Gharles-Quint, et dans laquelle on voit le tombeau du connétable de Bourbon, dont le corps resta depuis l'année iSaS jusqu'en 1737 privé de sépulture, parce que ce prince avait été excommunié. Capoue n'a de commun avec la délicieuse Capiia des anciens que le nom; elle est à une demi-lieue de celle-ci. Les Lombards la fondèrent en 856. Elle est encore aussi sale que du temps de ces barbares. La nouvelle Gapoue est une petite place forte qui possède une école d'artillerie et du génie ; sur l'emplacement de l'ancienne on trouve les restes d'un amphithéâtre. Caserte^ qui doit aussi son origine aux Lombards, n'a de remarquable que le château bâti en 1752 par le roi d'Espagne Gharles IIL
Mais nous voici à Naples , cette NéapoUs des Romains , cette Parthénope des Grecs, qui, dans leurs brillantes fictions , attribuaient sa fondation à la sirène Parthénope, sans doute pour exprimer la sûreté et l'importance de son port,
Naples est située au fond d'une baie qui a 5o milles de tour. La ville avec ses faubourgs en occupe 8 de circonférence. La largeur et la beauté de ses quais ; le château de YG^nî Castel deW Uovo^, isolé sur le haut d'un rocher escarpé, celui de Saint-Elme, qui s'avance dans la mer; l'île de Gaprée, qui sort de l'onde comme un rocher stérile; la couleur noirâtre du Vésuve qui menace la ville de ses feux destructeurs, et dont les flancs, couverts de la plus belle verdure, sont tachetés de points blancs qui sont
EUROPE : Italie. — Roj, des Deux-Siciles. 4^9 autant de maisons de campagne; les montagnes bleuâtres dont l'extrémité forme le promontoire de Massa; à leurs pieds, Castel- a-Mare ^ bâtie sur les ruines de Stabiœ ^ près de laquelle Pline l'Ancien trouva la mort en contemplant l'éruption qui détruisit Pompeia ; au bord de la mer, Sorrento^ patrie du Tasse, forment un point de vue dont la magnificence surpasse les plus belles descriptions. En voyant se dérouler ce riche panorama, on peut se dire avec le Napolitain : Vedi Napoli e poi WMor// Voir Naples et mourir! Ces quais, animés par la foule qui se presse, annoncent une ville populeuse; mais c'est dans la rue de Tolède qu'on peut s'en faire une idée juste. Aucune rue dans Paris ne présente autant de confusion , ne retentit d'autant de fracas. « Quelle idée allez -vous vous faire d'une ville dont une rue, celle de Tolède^ présente le dimanche l'image de ces parterres de théâtres de province où s'opère le flux et le reflux, tant on s'y presse, tant on se fatigue pour faire un pas. Voilà Tolède^ et pourtant trois cents chars, aux essieux dorés, la traversent aussi prompts que l'éclair, et s'y croisent en tous sens, sans s'inquiéter s'ils trouveront un passage. Il semble voir le soe d'une charrue qui creuse un sillon , et jette doucement la glèbe de chaque côté, car personne ne bouge et jamais aucun accident n'arrive : le Napolitain pressent l'arrivée du char, détourne légèrement l'épaule et reprend ensuite sa première position. » C'est ainsi que s'exprimait un de nos amis à son retour de Naples. « La rue de Tolède, ajoutait-il, est, de toutes les rues du monde, celle où se passent les scènes les plus bizarres et les plus variées : c'est une foire perpétuelle. Aquaiolo y distribue sa boisson rafraîchissante et glacée; le lazzarone y vend ses figues; le bateleur y dresse ses tréteaux, et, mêlant dans ses parades le sacré et le profane, donne à ses auditeurs une idée des béatitudes du paradis, par le plaisir qu'ils éprou-
4aO LIVRE CENT DOUZIEME.
vent à manger du macaroni. Quelquefois, au milieu de la foule, un convoi s'avance processionnellement avec tout l'appareil d'un triomphe, car le coffre qui renferme la bière dépositaire du cadavre est éblouissant d'or et de sculpture, et repose sur une estrade revêtue d'un riche tapis de velours cramoisi. »
Le mouvement et l'activité qui caractérisent Naples ne sont nullement les indices de l'industrie et du travail. Les Napolitains se remuent et se tourmentent sans rien faire, comme ils se querellent et se menacent avec fureur sans jamais en venir aux mains. On comprend que nous ne parlons que du peuple : c'est toujours dans ses rangs qu'il faut observer le caractère national. Dans la dernière classe de Naples il règne un sentiment de haine très-prononcé contre ceux qui tiennent la balance de Thémis; serait-ce que l'on n'y est pas convaincu de l'impartialité des interprètes des lois? Rouez de coups de canne un filou qui vous met la main dans la poche, le peuple approuvera la correction; conduisez-le au corps-de-garde, il murmurera. Un crime est-il commis ^ on pUlint la victime; l'assassin est-il arrêté, c'est lui qui excite la pitié. Qu'on ne confonde point dans ces traits caractéristiques la pitié pour l'homme qui ne peut manquer de subir son châtiment, avec cette sorte de haine jalouse que le peuple a souvent pour les classes aisées ou privilégiées. Il est peu de pays où l'on distribue plus fréquemment des coups de canne qu'à Naples. A Paris et à Londres un individu qui, dans un mouvement d'impatience, frapperait un cocher de fiacre courrait le risque de la riposte; à Naples le plus fier lazzarone reçoit la correction sans murmurer.'
L'existence des lazzaroni s'est sensiblement améliorée; ceux du port surtout semblent avoir renoncé à leur ancienne paresse : ils sont actifs et fort occupés. « Depuis long temps ils ont abandonné la sauvage nudité qui leur
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avait valu le nom de Lazzari (Lazares); ils portent une chemise, un caleçon de toile; et quand il fait froid, un gilet long à manches et à capuchon de grosse étoffe brune; ils ne campent plus perpétuellement comme jadis; ils sont locataires, paroissiens, et ils n'ont plus enfin tout ce pittoresque qu'avaient observé et peint spirituellement mesdames de Genlis et de Staël (0. « Cette portion du peuple, désœuvrée par goût et soumise paT paresse, ne trouble point la tranquillité d'une ville où la police ne fait presque rien pour la sûreté publique. Ce n'est que dans quelques grandes occasions qu'on l'a vue manifester contre le gouvernement des intentions hostiles. Ces hommes, qui pour la valeur de trois sous de notre monnaie se procurent autant de macaroni qu'ils peuvent en manger, qui pour deux liards s'abreuvent d'eau glacée , ont facilement gagné de quoi satisfaire les besoins les plus impérieux.
La glace est de première nécessité à Naples, comme le pain l'est dans les régions tempérées : le gouvernement met tous ses soins à la tenir à bas prix. On a dit qu'un jour sans glace ferait soulever le peuple napolitain; cette expression est moins exagérée qu'on ne le pourrait croire.
La mendicité prend dans cette ville toutes les formes pour tromper les étrangers ou pour émouvoir les passans; mais le vol y est tellement fréquent, que, sans de grandes précautions, on est à chaque instant exposé à se voir enlever sa montre son mouchoir. N en déplaise aux archéologues, on dirait que l'antique Parthénope a été fondée par une colonie de Spartiates.
A Naples, la révolution qui remplaça le souverain légitime par Joseph Bonaparte, puis par Joachim Murât, eut, comme toutes les catastrophes du même genre, l'inconvénient de déplacer quelques favoris du pouvoir, et d'im-
(') M. Fa/er/ •• Voyages hislor. et littér. en Italie, ^om. 111, p. 391.
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primer une nouvelle direction à la faveur; mais elle eut pour le pays l'avantage d'accorder de l'influence à quelques esprits supérieurs, ou du moins animes des meilleures intentions. L'usurpation a su donner de sages leçons à la légitimité. De belles routes ont été construites; le commerce et l'industrie ont été encouragés; l'ordre a régné dans les finances, et des lois uniformes ont remplacé des coutumes souvent contradictoires. Le peuple n'a point apprécié dans un parvenu, et surtout dans un étranger, tout le bien que son administration a tenté de faire, mais quelques institutions ont résisté aux commotions politiques, et l'ancien gouvernement, rétabli dans ses droits, a eu le bon esprit de conserver les établissemens d'éducation. Dans la classe du peuple la nouvelle génération sait lire et écrire. Il est vrai que ce degré d'instruction ne s'étend point hors des murs de la capitale. Les collèges ne sont fréquentés que par les enfans de la bourgeoisie; la noblesse confie les siens à des précepteurs, et les jeunes demoiselles à une école royale , fondée par la reine Caroline Murât , sur le plan de l'école d'Ecouen.
Dans les classes au-dessus du commun , l'orgueil et la vanité sont le mobile de toutes les actions : les femmes ne vont point à pied , et celles qui n'ont pas d'équipage restent chez elles; les dames du bon ton se font accompagner à l'église par un valet à livrée , qui porte les heures et le coussin ; celles qui n'ont point de domestique en louent un, et l'on assure même que des maris complaisans ont quelquefois, par économie, endossé la livrée afin de faire passer leurs femmes pour des dames de qualité (i). Le luxe des riches se fait ici remarquer dans le nombre et la beauté des chevaux et dans l'élégance des équipages. Quant aux mœurs, les hautes classes ne paraissent point chercher à
(0 Voj'age en ftalie , par M. Simofid.
FUROPE : Italie. — Rof. des Deux-Siciles. l^iZ
sacrifier la réalité aux apparences : une femme parle avec autant d'indifférence de ses liaisons , de ses intrigues que de ses devoirs, et de ses amans que de son mari.
Des cinq faubourgs de Naples le plus beau est celui de Chiaja^ qui s'étend à l'ouest et que décorent de superbes hôtels. Il est terminé par un long quai ou plutôt une promenade plantée d'orangers et de citronniers, ornée de fontaines et de gazons. C'est à coup sûr le plus beau point de réunion de la ville; c'est là que sont établis les glaciers les plus renommés, à la porte desquels s'arrêtent tous les soirs les équipages et les promeneurs. Les différens quartiers sont embellis par des fontaines. Un aqueduc conduit en abondance les eaux du pied du Vésuve à la ville.
Vers le centre de Naples, les rues, étroites et obscures, sont bordées de maisons fort élevées; la plupart sont construites en pierres et couvertes de terrasses. Partout le pavé est uni , mais noir : il est formé de dalles en laves du Vésuve, Cette ville renferme un grand nombre de beaux édifices. Le Palais royal est un des plus vastes, mais il est sans noblesse. La façade présente une étendue de 600 pieds, avec 22 croisées et 3 portes ornées de colonnes en granité; ce qui le rend surtout remarquable, c'est sa position réellement merveilleuse et la richesse des appartemens qui offrent divers chefs-d'œuvre des peintres les plus célèbres. Aux extrémités de cet édifice s'en élèvent deux autres : d'un côté c'est celui que le roi destine pour le logement des princes étrangers; dè l'autre c'est le palais du prince de Salerne. Ces constructions font de la place du Palais royal l'une des plus belles de Naples. Au milieu s'élève la statue équestre de Charles III par Canova, qui devait être primitivement celle de Napoléon et qui fut un moment celle de Joachim (i).
(') M. y alery : Voyages historiques et littéraires en Italie, Tom. 1 1
Le Castel Nuo^o, bâti par Charles d'Anjou, est url grand et lourd édifice qui ressemble à la Bastille ; mais l'entrée offre le bel arrc de triomphe d'Alphonse d'Aragon, ouvrage du XV® siècle. « La J^illa Reale^ bordée pa;r la mer, avec ses vases, ses fontaines, ses allées d'acacias, ses bosquets de myrtes et d'orangers , son temple circulaire de marbre blanc, sa vue admirable , est peut-être la plus délicieuse des promenades publiques. » Ce jardin n'est ouvert au peuple qu'une fois par an , le 8 septembre. A la place du célèbre Taureau Farnese^ on y voit depuis 1826 un bassin de i8 pieds de diamètre d'un seul bloc de granité oriental.
Le théâtre Saint -Charles, qui communique au palais du roi, est un des plus vastes qui existent : on ne doit vanter ni son architecture ni ses ornemens intérieurs , mais la salle offre un aspect véritablement enchanteur les jours de grandes représentations, lorsqu'elle est complètement illuminée. Le joli théâtre del Fondo est un diminutif de celui de Saint-Charles; celui des Florentins est le plus ancien des théâtres de Naples : les deux premiers sont consacrés au chant et à la danse, celui-ci est destiné à la comédie et à la tragédie. Celui de Saii-Carlino ou de Polichinelle est surtout fréquenté par le peuple : on y joue deux fois par jour, le matin et le soir. Ce n'est point un théâtre de marionnettes, et les acteurs s'acquittent de leurs rôles avec beaucoup de zèle et d'intelligence.
La cathédrale porte les noms de Vescovado et de San- GennarOy ou de saint Janvier, personnage en vénération parmi le peuple, et dont le sang, conservé dans deux petites fioles, excite la joie ou le désespoir de la populace, selon qu'il se liquéfie ou qu'il reste coagulé le 19 septembre, jour de la fête patronale. L'église, d'une architecture gothique, est bâtie sur les ruines et avec les restes d'un temple d'Apollon. On y remarque un vase antique servant de fonts baptismaux, le tombeau de Charles d'Anjou, et
EUROPE : Italie. — Roj. des Deux-Sictles. 4 «^5
celui du roi André, Tépoux de la célèbre Jeanne, qui fut assassiné, comme le dit M. Valéry, plutôt du consentement que par l'ordre de celle-ci. L'église de Gesu-lSoi^o est l'une des plus belles de Naples. Celle du couvent de Sainte- Claire en est la plus élégante; elle ressemble, dit-on, à une salle de bal plutôt qu'à un temple ; elle est destinée à recevoir les dépouilles des membres de la famille royale. Celle de Saint- François de Paide^ malgré les défauts de son arcbitecture, surpasse toutes les autres sous plusieurs rapports. Mais il faut avouer que des 200 églises de Naples il n'en est aucune dont le portail soit digne de l'Italie.
L'édifice appelé les Studj [les Etudes) est à la fois l'un des plus vastes de Naples et l'un des plus dignes d'être visités ; c'est là que se trouvent la bibliothèque royale et le musée. Cette bibliothèque renferme •i5o,ooo volumes et environ 3ooo manuscrits. On se plaint, dit-on , que la communication des livres n'y est pas très-facile ; cependant il est à remarquer qu'elle est privilégiée pour les aveugles, d'ailleurs assez communs à Naples où une lumière éblouissante «semble enivrer les yeux » : une salle est destinée aux personnes aveugles , auxquelles on fait la lecture moyennant une certaine rétribution. Le musée des Studj est au premier rang des collections de chefs-d'œuvre antiques. On y remarque la Vénus callipyge^ \ Hercule colossal du sculpteur athénien Glycon, et le Taureau Farnese qui ne lui est point inférieur. Le Musée des petits bronzes est le plus complet qui existe en meubles, instrumens et ustensiles. La collection des verreries s'élève à 1200 objets, et celle des vases en diverses matières à 25oo. Les ustensiles de cuisine ont à peu près la forme des nôtres; mais un vase surtout attire l'attention par sa ressemblance parfaite avec une théière anglaise. Les alimens antiques, parmi lesquels se trouve un pâté, sont parfaitement conservés. On remarque aussi une masse de cendre solidifiée par l'eau, qui présente l'empreinte gracieuse
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et parfaite de la partie antérieure d'un corps de femme sur lequel il s'est moulé. Ce musée, enrichi dés précieux restes trouvés à Herculanum, possède plus de 2000 peintures antiques, ainsi qu'un nombre considérable de manuscrits sur papyrus dont près de i4oo ont été déroulés, mais dont une soixantaine seulement sont entiers. La collection des médailles et des mosaïques antiques est aussi très-précieuse. Enfin le palais des Studj renferme une galerie de tableaux de l'école napolitaine et des principaux peintres de l'Italie.
La bibliothèque royale n'est pas la seule qui soit publique à Naples. La plus ancienne est la Bramacciana, fondée par le cardinal François Bramaccio : elle renferme i5o,ooo vohimes. Les autres sont la bibliothèque ministérielle, celle de l'Université et celle du marquis Taccone qui est devenue la propriété du gouvernement. On cite encore celle du couvent de Saint-Philippe de Neri, qui a paru à M. Valéry au-dessous de son ancienne réputation. Le vieux palais de^ Trihunali renferme les précieuses archives du royaume.
Les principales places publiques de Naples sont celle du Castello^ celle de l'archevêché, celle du marché et celle du mont Calvaire. La ville est divisée en 12 quartiers, et sa population en i834 était de 35g, 000 habitans; mais en y comprenant 26,000 étrangers, elle s'élevait , sans la garnison, à 385,000 âmes.
Naples, outre une université, possédait dans ces dernières années 4 5 écoles secondaires, 55 écoles primaires et près de 1600 maîtres publics, deux écoles militaires, une académie nautique, une école vétérinaire, une école royale de musique, un observatoire, un jardin botanique et des collections d'histoire naturelle; plusieurs sociétés savantes et littéraires dont la principale est Xacadémie bourbonique , divisée en trois sections : celle des anti-
EUROPE : Italie, — B.oy. des Deux-Siciles. 4^7
quités, des sciences et des beaux-arts, et plus de 60 établissemens de bienfaisance.
Naples n'avait point, avant le siècle dernier, un nombre d'institutions de bienfaisance proportionné à sa population. On y compte aujourd'hui 11 grands hôpitaux : 8 civils et 3 militaires. L'hôpital des incurables est le plus vaste et le mieux tenu. On y soigne près de mille malades, et il peut en contenir le double. Quatre cliniques, dépendant de l'université, y sont établies; l'une concerne la médecine, l'autre la chirurgie, une troisième est pour les accouchemens, et la quatrième pour les maladies des yeux.
L'industrie napolitaine consiste en fabriques d'étoffes, de rubans, de bas de soie, et principalement en macaronis et en diverses pâtes. Ses savons parfumés et ses cordes d'instrumens jouissent d'une grande réputation ; enfin ses confiseurs excellent dans la fabrication de certaines friandises, et surtout de ces <^^<a!t^o/i>i/ recherchés par les tempéramens froids.
Nous avons parlé des catacombes de Rome ; celles de Naples leur sont bien supérieures par leur étendue : on dit qu'elles ont deux milles de longueur. Elles occupent les cavités d'une montagne nommée Capo di Monte ^ située au nord de la ville à l'entrée d'une gorge. En 1788, on construisit dans cette gorge une église et un hôpital destiné aux malfaiteurs repentans. Cette église, située sur une grande place, est le vestibule des Catacombes. D'autres églises sous l'invocation de Santa Maria délia Santa , de Santa Maria délia Vita^ de Santo Seçero de Cinesi ^ et même celle de Poggio reale ^ qui est à 2 lieues de Naples , avaient autrefois des communications souterraines avec ces catacombes, ce qui confirme l'opinion de leur grande étendue. Aujourd'hui on a muré toutes ces communications, soit pour mettre fin aux rendez-
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VOUS scandaleux qui s'y donnaient, soit pour priver les malfaiteurs d'un refuge nocturne. Cependant la plus grande partie de ces catacombes a été conservée , et est ouverte pour satisfaire la curiosité des étrangers. Ce sont des galeries souterraines taillées dans une roche sablonneuse volcanique, qui fut exploitée à une époque très-reculée. Elles se croisent dans tous les sens et offrent des salles, des chapelles et des rotondes. Ces galeries , ces chambres , ces carrefours, ces culs-de-sac, ces piliers ou massifs, destinés à soutenir les terres, annoncent d'antiques carrières, mais qui ont subi des changemens dans leurs formes, pour le but pieux que les chrétiens se sont proposé en les consacrant à leur culte et à leurs sépultures. Vers l'entrée on aperçoit à droite la chapelle souterraine , qui , du t^mps de Constantin , servit de sépulcre à saint Janvier; on y voit l'autel et le siège épiscopal, l'un et l'autre taillés dans le tufa volcanique. De là on passe dans un haut et vaste vestibule, dont les issues latérales conduisent à des galeries et à des escaliers qui vont, les unes au premier, les autres au second étage, et d'autres dans des caveaux au-dessous des galeries. Partout on ne voit que des tombeaux ou des niches creusés dans la roche, et que des ossemens humains. Au second étage, on arrive à une vaste église, dont les arcades, les piliers, les autels, la chaire et les fonds baptismaux sont taillés dans la roche. Enfin les statues des apôtres, qui se trouvent dispersées çà et là, semblent témoigner de l'usage qu'on fit de ces antiques galeries.
Le meilleur cours d'antiquité que l'on puisse faire, c'est d'aller visiler Pompeia et Herculanum^ cités qui furent détruites l'an 79 de notre ère, par les déjections du Vésuve. Ce qui distingue ces deux villes, c'est que la première a été engloutie sous une pluie de cendres , et que la seconde la été par des courans de laves. On croit généralement que
EUROPE : Italie. — Roy, des Deux-Siciles. 4-^9
les cendres qui recouvrent Pompeia ne l'engloutirent point d'abord; que ses habitans n'y furent point ensevelis; qu'ils eurent le temps de sauver les objets précieux qu'ils possédaient, ou qu'ils revinrent après la catastrophe pour enlever leurs richesses. La plus basse des 8 ou lo couches qui la recouvrent, et qui paraît avoir été remuée, le petit nombre de squelettes et le peu d'argent monnayé qu'on y a retrouvés; serviraient de preuves à cette assertion. On peut se promener dans les rues de Pompeia et pénétrer dans ses maisons; on suit encore la route garnie de larges trottoirs et bordée de tombeaux. La trace antique des chars sur la chaussée, pavée de larges dalles en laves, conduit à la porte de la ville. Ses murailles sont debout; quelques caractères gravés sur les pierres ont fait reconnaître qu'elles ont été bâties par les Osques^ long-temps avant la fondation de Rome. Les casernes , parfaitement conservées, portent sur leurs murs des dessins incorrects, fruits du désœuvrement des soldats romains. Deux théâtres, un amphithéâtre et la plupart des maisons de cette ville sont maintenant à découvert. On y voit que l'usage des anciens était d'écrire au-dessus delà porte de la maison les noms des locataires. Il serait trop long de relater tous les monumens précieux qui existent à Pompeia ; chaque jour voit en quelque sorte la découverte d'une antiquité nouvelle': en i83i, au coin de la rue Mercure, on a déblayé un palais qui paraît être celui du préteur; en i835, on a trouvé dans une maison d'une modeste apparence de la même rue , quelques belles fresques , 29 médailles en or du temps des premiers empereurs, et i4 vases en argent d'une grande dimension et d'un travail admirable. Mais il est fâcheux pour l'archéologie que le gouvernement napolitain ne consacre à ces importantes fouilles qu'environ 25,000 fr. par an : avec de si faibles moyens, Pompeia ne pourra être complètement déblayée que vers le milieu
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du XX® siècle. Cette ville a été découverte en 1759.
Herculanum fut enseveli sous des torrens de laves, audessus desquels est bâti Portici; l'existence de cette cité antique n'a été constatée que par une circonstance purement accidentelle : en creusant un puits en 171 3, on arriva juste sur le théâtre, et bientôt les statues d'Hercule et de Cléoputre furent trouvées. Cette ville n'a été explorée que pour en retirer les objets précieux qui donnent tant d'intérêt au musée du palais royal de Portici. Le Forum, le temple de Jupiter et d'autres édifices importans ont été comblés à mesure que les ouvriers avançaient dans leurs travaux, à cause de la difficulté d'enlever les matériaux à la profondeur de 70 pieds où ils sont enfouis. Le théâtre seul est resté ouvert, encore ne peut-on le voir qu'avec le secours de torches. Il est à regretter qu'on n'ait pu rendre cette ville à la lumière. Plus riche et plus importante que Pompeia, sa vue offrirait un plus grand intérêt.
Après avoir vu Naples du château de Portici^ après l'avoir contemplée du haut du Capo di Monte, d'où l'on peut compter ses palais et ses églises, apprécier son imposante étendue , et voir se perdre à l'horizon la mer et les îles qui s'élèvent à l'entrée de son golfe, il faut l'admirer encore du jardin des CamaldoU, situé au sommet d'une colline volcanique de 1200 pieds de hauteur, où l'on voit un couvent dont les religieux savent si peu apprécier la magie d'un point de vue magnifique, qu'ils sont tout étonnés de la peine qu'on prend d'arriver jusqu'à leur demeure pour en jouir. Au nord, l'œil se perd dans les vastes plaines de la Campanie, bornées par les montagnes des Abruzzes. Ici, Naples s'étend entre Pouzzole et le Vésuve; et l'on voit le lac Averne^ dont les eaux n'exhalent plus ces vapeurs empoisonnées dont parle Virgile, cette solfatare, connue jadis sous le nom de vallée de Phlegra ou de Forum Fulcanij le lac iïJgnano, d'où l'eau,
EDROPE : Italie. — Roj, des Deux-Slclles. 43 1
sans chaleur, soulevée par le gaz hydrogène, bouillonne à sa surface; le Fusaro^ ri\.chéron des poètes, que l'on peut traverser impunément depuis que Caron n'en est plus le batelier; enfin Baïa ou Baies , dont le sol est aujourd hui aride et brûlé, et dont les sites enchanteurs étaient célèbres alors que César et Néron faisaient construire des palais près des temples de Diane , de Vénus et d'Hercule.
Descendons des Camaldoli et dirigeons-nous vers la colline que l'on appelle le mont Pausilippe : c'est un promontoire qui sépare la ville de Naples des champs phlégréens. La colline est percée d'outre en outre par une route souterraine, que l'on peut regarder comme le plus ancien ouvrage de ce genre. « Cette route, dit Strabon, traverse « dans l'espace de plusieurs stades la montagne située ena tre Neapolis (Naples) et Dicœarchia (Pouzzole). Sa îar- « geur est telle que les voitures qui s'y rencontrent n'éprou- * vent aucun embarras , et le jour y pénèti'e en beaucoup « d'endroits par des ouvertures percées intérieurement « depuis la surface de la montagne dans une grande épais- « seur (i). w Cette description convient encore parfaitement à la grotte de Pouzzole. On lui donne 80 à 90 pieds de hauteur, 24 à 3o de largeur, et 2180 de longueur. Elle a été d'autant plus facile à creuser, que la montagne est entièrement composée de tuf a volcanique ou de pépérine. Quoique pavée, elle est toujours remplie de poussière; le jour y pénètre aux deux extrémités et par deux trous percés vers le milieu. Les personnes riches la traversent en faisant porter des torches devant elles , mais les piétons se contentent de la faible lueur du jour et des lanternes. A deux époques *de l'année, en octobre et en février, les derniers rayons du soleil s'y prolongent dans toute sa longueur. De cette route au cap Misene, la côte est parsemée
(0 Liv. V, ch. X, § i.
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de temples, d'amphithéâtres et d'autres restes antiques; à Pouzzole^ petite ville qui, après avoir éprouvé les ravages des barbares depuis le jusqu'au VHP siècle, fut renversée en i538 par un tremblement de terre, la cathédrale est bâtie sur les débris d'un temple dédié à Auguste. Il reste encore de son amphithéâtre d'antiques ruines, et le reste du prétendu temple de Sérapis,
Sur le revers du mont Pausilippe, un monument composé d'une large base carrée, en pierres et en briques, sur laquelle s'élève une espèce de tour circulaire, attire les regards et commande le respect et le recueillement : c'est, dit-on, le tombeau de Virgile. L'intérieur du monument consiste en une chambre carrée et voûtée; le tombeau est couvert de terre où croissent mille arbrisseaux : il est ombragé par des chênes verts, mais on n'y voit plus le laurier planté par Pétrarque. On prétend que ses racines existent encore, et que, comme s'il était devenu immortel près des cendres du poète divin, il reverdit dès qu'il a été humecté par les eaux pluviales , mais que les voyageurs s'emparent de ses feuilles à mesure qu'elles poussent. Cette opinion, qui sent un peu trop le merveilleux, n'a pas empêché un poète français (0 de renouveler de nos jours le célèbre laurier de Pétrarque.
La petite province de Naples renferme tant de lieux célèbres qu'on a de la peine à la quitter ; il faut cependant l'abandonner comme nous avons fait de la Terre de Labour, et voir dans la Principauté Citérieure l'antique Salerne que les Romains fortifièrent pour retenir dans l'obéissance les Picentes qui avaient embrassé le parti d'Annibal W. Une partie de la ville s'étend sur le bord de la mer, et l'autre s'élève en amphithéâtre jusqu'au château qui la domine. Sa cathédrale, environnée d'un portique dont les
(0 M, Casimir Delavigne. Strabon, liv. V, ch, x, § 3.
EUROPE : Italie. — Roy. des Deux-Siciles,
colonnes antiques enlevées aux temples de Pœstum sont en porphyre, renferme le tombeau du pape Grégoire VII, et les reliques de saint Matthieu l'Evangéliste j ce monument est dû au roi Robert Guiscard. Le port, placé au fond d'un golfe, a été construit par le fameux conspirateur Jean de Procida, dont le nom rappelle les Vêpres siciliennes, et qui était médecin à Salerne. Ce port était le plus fréquenté de la côte , avant que celui de Naples eût acquis de l'importance. Salerne était surtout célèbre au XP siècle par son école de philosophie et de médecine , dont plusieurs préceptes ont été long-temps considérés comme des oracles. Elle possède un lycée où l'on étudie les sciences^exac tes, une maison d'orphelins, un théâtre. Son palais de Tintendance, monument moderne, passe pour le plus beau palais de ce genre que possède le royaume de Naples.
C'est près de Capace ou Capaccio^ petite ville épiscopale de 2000 âmes, que l'on voit les restes des trois temples de Pœstiun^ antérieurement Possidoma^2iU]0\HTà'\\\ii Pesto^ qui furent construits par les Sybarites et détruits par les Sarrasins, et peut-être aussi par Robert Guiscard, lorsqu'il construisit le dôme de Salerne. Ces célèbres ruines se composent des murs dé deux temples, l'un consacré à Neptune et l'autre à Gérés, d'une basilique qui doit avoir été un temple , et d'un amphithéâtre qui paraît être du temps des Romains. Des fouilles faites en i83o ont fait découvrir une rue entière, une longue colonnade et un autre vaste temple. Policastro^ l'antique Buxentum^ qui prit au moyen âge le nom de Palœocastrum^ est située à l'extrémité d'un golfe auquel elle donne son nom. Cette ville épiscopale, autrefois florissante, ne renferme plus que 5oo habitans : on y remarque quelques inscriptions romaines.
La Principauté Ultérieure renferme une partie des Apennins; sa capitale est Avellino , que les Romains appelaient AhelUnum H irpinorum.. Ses rues sont larges, mais irrégu- VII. 28
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lières; on vante ses promenades. C'est le siège d'un evéché et du tribunal civil et criminel de la province. Elle est importante par son collège royal , et surtout par son industrie et son commerce. La grosse noisette appelée aveline doit son nom à cette ville : elle est, avec les châtaignes, un des produits de son territoire. Dans ses environs, le V^nl di Gargano occupe l'emplacement des fourches caudines où les Romains passèrent sous le joug des Samnites. Arianoy plus considérable qu'Avellino, est situé à une plus grande hauteur dans les Apennins.
En suivant le faîte de ces montagnes, on arrive auprès ^Aquila^ chef-lieu de la province de \ Ahruzze Ultérieure seconde; il s'y fait un grand commerce de safran , et tous les ans il s'y tient 4 foires considérables. Cette ville, que plusieurs tremblemens de terres ont endommagée, n'a conservé de ses anciennes fortifications qu'un petit fort. Elle possède quelques antiquités découvertes dans ses environs sur l'emplacement (X Amiternum , patrie de l'historien Salluste.
Au nord-est, dans \ Ahruzze Ultérieure^ Teramo^ au milieu d'une plaine élevée entre les Apennins et la mer Adriatique, a des manufactures de tissus de laine et de chapeaux, et fait le commerce de grains. C'est une place de guerre de quatrième classe, le siège d'un évêché et du tribunal civil et criminel de la province. Sa cathédrale est un monument remarquable. Dirigeons-nous vers le sud, nous arriverons sur les bords de la Pescara^ rivière qui des Apennins descend vers l'Adriatique, où elle arrose près de son embouchure une petite ville à laquelle elle donne son nom, et qui est l'antique Aternum.
Sur la rive droite delà Pescara on voit Chieti^ chef-lieu Ahruzze Citérieure; elle est agréa Mement située, bien bâtie et remplie de beaux édifices au nombre desquels il faut citer un vaste séminaire et la cathédrale. Elle possède
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un collège royal et une société d'agriculture et des arts. Sa population est de i3,ooo âmes. C'était la capitale des MciTTucini., le Téate des Romains ^ et c'est de ce nom antique qu'un célèbre ordre religieux a pris celui de Théatins y fondé en 1024 par Caraffa , son archevêque, qui fut plus tard le pape Paul IV. Lanciano.^ ville épiscopale , fait un ofrand commerce de vin muscat.
Dans la province de Molise^ Campohasso .,\e, chef-lieu, est renommé pour sa coutellerie. Isernia^ l'antique OEsernia y présente encore des traces du tremblement de terre de i8o5, qui la détruisit en partie. Maicone^ ville de 5ooo âmes, fabrique des étoffes de laine.
La province de la Capitanate ^ limitrophe de la précédente , est formée de la plus grande partie de la Fouille , elle est divisée du sud-ouest au nord-est par une chaîne de montagnes calcaires qui se termine au mont Gargano (^Garganus Mons), dont les pentes et les collines environnantes forment un vaste promontoire dans l'Adriatique. Leurs sommets sont couverts de forêts où l'on recueille , comme au temps des anciens, de la manne, delà térébenthine et de la poix. Au sud de cette chaîne, une grande plaine sablonneuse s étend jusqu'à la mer. Manfredonia est le port le plus important de cette province , quoiqu'il ne puisse pas recevoir de grands bâtimens ; la ville fut bâtie en 1256 par un fils naturel de l'empereur Frédéric II, Mainfroy, qui lui donna son nom. Foggia^ le chef-lieu de la Capitanate, fut ruinée en 1^32 par un tremblement de terre, mais elle a été rebâtie avec élégance et régularité. Elle renferme environ 22,000 âmes; la douane est son principal édifice. Le Candelaro , qui coule sous ces murs, favorise son commerce de céréales; depuis long-temps cette ville a l'habitude de conserver les grains dans des magasins voûtés et souterrains qui rappellent la construction des silos.
Près des limites de la Terre de Bari, non loin du cours de XOfanto, on traverse une plaine qui porte le nom de Campo di Sangue : c'est là que se donna la célèbre bataille de Cannes; et sur la droite de la rivière, le village de Garnies occupe l'emplacement de l'antique Canna. Un bourg, Canosa^ l'ancien Canusium^ fondé par Diomède, était une ville que détruisit le tremblement de terre de 1694. Le pape y avait un palais devant la porte duquel l'empereur Henri IV vint pieds nus, pendant trois jours, au milieu de l'hiver de l'année 1077, demander son pardon à Grégoire VII qui l'avait excommunié.
Nous sommes sur la Terre de Bari ^ province dépourvue de bois, mais abondante en sel, et dans laquelle une partie de l'ancienne Fouille est comprise. Au-delà de la chaîne apennine qui la traverse, la principale ville est Altamura, peuplée de 16,000 âmes et fière de sa riche cathédrale. Sur le côté oriental de la chaîne, à l'exception de Bitonto , ville connue par son vin délicieux appelé zagarello , les principales cités sont des ports de mer. L'une d'elles est Trani, jolie ville archiépiscopale, dont la cathédrale a l'une des plus hautes tours de l'Italie; ses maisons forment une enceinte autour du port qui contient à peine assez d'eau pour les bateaux ordinaires. On raconte que sous les murs de cette ville, en i5o2, époque où l'amourpropre national était beaucoup plus chatouilleux que de nos jours , il se livra un combat entre 1 1 Français et autant d'Espagnols qui soutenaient la prééminence de leur nation. Six Espagnols restaient contre quatre Français; ceux-ci mirent pied à terre et se défendirent derrière leurs chevaux, jusqu'à ce que la nuit mit fin à un combat dont l'issue laissa la question indécise.
Barletta, sur la côte, est à 2 lieues au nord-ouest de Trani; elle a été fondée au W siècle par un des chefs normands qui conquirent la Fouille. Son port est commode,
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défendu contre les flots par plusieurs môles, et contre une attaque étrangère par une vieille citadelle. Le chef-lieu de la province est Bari trois fois détruit et trois fois rebâti. La ville , mal construite, ne justifie que par un beau théâtre nouvellement construit son rang de capitale, mais elle a un port qui, malgré sa petitesse, offre un asile sûr aux navires. Sa population est d'environ 20,000 âmes.
La Terre cUOtrante^ qui fait suite à celle de Bari, forme ce que les anciens géographes appellent le talon de la botte de l'Italie. Près du cap Caçallo, Brendusium ^ aujourd'hui Brendisi^ est le port dans lequel Jules César alla bloquer son antagoniste Pompée, qui se fraya un passage au milieu des assiégeans et se réfugia en Grèce. La ville a beaucoup souffert par les tremblemens de terre; mais le port, parfaitement placé au fond d'un golfe, a été détruit , au XV® siècle, par le système de défense qu'adopta le prince de Tarenle qui voulait en fermer l'entrée à la flotte vénitienne. 11 fit couler bas quelques vaisseaux dans le milieu du chenal ; les sables arrêtés par cet obstacle se sont accumulés, et le port , transformé en un marais fétide, engendre tous les étés des vapeurs fiévreuses qui ont réduit la population au tiers de ce qu'elle était jadis : aujourd'hui elle n'est plus que de 6000 habitans. Entre Brendisi et Otrante, Lecce^ l'antique Aletium^ à 3 lieues de la mer, est la plus jolie, la plus considérable ville et le chef-lieu de la province. Ses habitans ont à Naples la réputation qu'avaient les Béotiens à Athènes. Avant d'arriver à Otrante^ on traverse une vallée qui est le paradis terrestre de la contrée. La petite ville et le port, qui donnent leur nom à la province, occupent l'emplacement à' Hydruntum^ qui reçut avec les lumières de la civilisation les premières leçons de philosophie que donna Pytliagore. En doublant le cap de Leuca et en suivant la côte , le premier port que l'on trouve dans le golfe de Tarente est celui de Gallipoli^ qui doit
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son activité à la pêche du thon , et dont les principales branches d'industrie sont la fabrication des bas de coton et celle de la mousseline; on dit que ce qui fait aussi rechercher ses huiles pour les manufactures de draps, c'est la qualité quelles acquièrent en séjournant dans ses caves.
A l'extrémité septentrionale du golfe, Tarente n'est plus cette ville dont Strabon vante la grandeur et la beauté du port , elle n'occupe plus que l'espace sur lequel s'élevait la citadelle d'où les Romains résistèrent à Annibal. C'était principalement dans le golfe de Tarente que les anciens péchaient le mollusque dont ils tiraient la pourpre. L'animal porte dans un réservoir placé au-dessous du col la liqueur dont on fabriquait cette couleur : chaque individu en renferme si peu, qu'il n'est point étonnant qu'elle ait toujours été d'un prix excessif. Tarente a donné son nom à la tarentule (^fycosa tarentula)^ si connue par le récit populaire des effets de sa piqûre. On a cru long-temps que ceux qui étaient blessés par cet aranéide éprouvaient les symptômes les plus opposés : les uns riaient, les autres pleuraient, ceux-ci ne cessaient de chanter, ceux-là étaient mornes et silencieux, ceux-ci restaient assoupis, ceux-là dansaient sans relâche, tous avaient besoin des secours de la musique pour obtenir leur guérison. Ces récits ne sont que des contes. Le venin de la tarentule n'est point à la vérité sans danger, mais l'art du médecin en arrête facilement les effets. La tarentule est noire, avec le dessous de l'abdomen rouge traversé par une bande noire; sii longueur est d'environ un pouce. Le tissu qu'elle file ne lui sert qu'à envelopper ses œufs et à tapisser son habitation, toujours creusée dans la terre. Elle se place en embuscade à l'entrée de son terrier, et s'élance sur les insectes qu'elle aperçoit, et pour lesquels seulement sa piqûre est mortelle; elle fait souvent des excursions dans
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les champs, quelquefois même dans les maisons, mais elle rajDporte toujours sa proie au gîte. Ses œufs , dit un habile naturaliste (i), ressemblent à des graines de pavots blancs; lorsqu'ils sont éclos, elle déchire l'enveloppe qui les contient, et porte ses petits sur son dos jusqu'à ce qu'ils soient assez forts pour chercher leur nourriture. Chez cet insecte, les deux sexes vivent séparés; hors le temps de l'accouplement, ils se font une guerre à mort. On ne peut qu'avec peine lui faire quitter son habitation, et si, après en avoir été chassé, il parvient à y rentrer, il se fait tuer plutôt que d'en sortir.
Au pied des Apennins, Potenza, ville épiscopale, est la capitale de la Basilicate ; cette ville et Matera^ située à 12 lieues au sud-est, sont, malgré la faiblesse de leur population, les deux plus importantes de cette province, qui paraît avoir pris, au siècle, son nom de Basile II, empereur d'Orient, auquel elle dut probablement quelques privilèges. Elle est aujourd'hui l'une des plus pauvres du royaume de Naples.
Le mont Pollino sépare la Basilicate des deux provinces de Calabre^ pays peu peuplés et sans villes importantes. Baignées à l'est, à l'ouest et au sud par la mer, les Calabres sont traversées par une branche de l'Apennin; elles forment une contrée découpée par de larges golfes, rafraîchie par des brises maritimes, et humectée par des rosées abondantes, par des sources et des rivières qui ajoutent à la richesse d'un terrain noir, et fertile. Dans la Calabre Citérieure^ qui se termine au mont Calistro et au cours de la rivière du ISeto^ les plus considérables cités, telles que Cassano et Rossano ^ dont presque toute l'industrie est la fabrication et le commerce d'huile d'olive; Bisîgnano, où l'on élève beaucoup de vers à soie; Castrovillari importante par ses plantations
(0 LatreilU , de 1 Académie des science».
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de cotonniers et de mûriers et par son fameux fromage appelé Caccio cavallo; Cariati^ dont les environs produisent la meilleure manne de la Calabre, ne renferment aucun édifice remarquable , et la plus peuplée compte à peine 9000 habi^ans. La capitale même, Cosenza^ l'antique Cosentia, ville archiépiscopale, au confluent du Crati et du Bussento, n'a que des rues tortueuses, à l'exception de la plus grande, qui la traverse; cependant elle renferme plusieurs beaux établissemens, des hôpitaux, un collège et deux académies, une belle cathédrale et un magnifique palais de justice, édifices que l'on est étonné de voir dans une ville de 8 à 10,000 âmes. Le tremblement de terre qui se fit sentir la nuit du 12 au i3 octobre i835, a renversé la petite ville de CastigUone dans le district de Cosenza. Sur un millier d'habitans, plus de 100 ont perdu la vie.
Les villes de la Calabre Ultérieure ^eco/z^/e sont plus considérables; quelques unes d'entre elles étaient célèbres dans l'antiquité : on voit sur la côte orientale les murs de la fameuse Crotona^ dont les ruines entourent la moderne cité de Cotrone. Grotona, riche et populeuse, pouvait, dans ses murs et sur son territoire , recruter une armée de 100,000 combattans : Cotrone renferme à peine 6000 âmes. Sans parler du robuste Milon, on sait que les habitans de Grotona étaient renommés, les hommes par leur taille et par leur force, et les femmes par leur beauté : leurs descendans sont bien dégénérés. Ses jeux gymnastiques et ses écoles de philosophie fondées par Pythagore, la plaçaient à la tête de toutes les colonies grecques; Cotrone renferme 6 églises, 2 hôpitaux, 1 couvens et un séminaire, mais rien qui puisse fixer l'attention. Catanzaro est plus considérable : les femmes y sont célèbres par leur beauté.
Sur le revers occidental des Apennins, au fond du golfe de Sainte-Euphémie, on voit Pizzo^ petit port où Joachim
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Murât débarqua le 8 octobre i8i5, lorsqu'il tenta de reconquérir un trône occupé par un prince qui ne l'avait point usurpé. Pris et maltraité jDar ceux qui l'avaient longtemps salué du titre de roi, condamné comme un vil criminel, entei ré dans l'église même qu'il avait fait restaurer, sa mort peut être considérée non seulement comme une de ces catastrophes qui naissent des révolutions politiques, mais comme un trait caractéristique chez une nation qui prouva plus tard qu'elle n'était point digne des institutions qu'elle semblait désirer.
Dans la Calabre Ultérieure première^ la misérable ville de Gerace , qui ne renferme pas ^ooo habitans , est bâtie sur les ruines de la seconde ville de Locres, et à quelques lieues de celle de l'antique cité des Locri. Bot^a, plus petite encore, avait été détruite par le tremblement de terre de 1783; mais elle a été rebâtie depuis dans le meilleur goût, par les soins de Ferdinand IV.
Reggio, dont les environs sont renommés pour les figues et les ananas , est la capitale de la province. Ses habitans font un grand commerce d'essences de citron, d'oranges et de bergamotes. II5 lui donnent aussi le nom de santa Agata délia Galline. Cette ville est assez bien bâtie, mais elle ne renferme rien de remarquable; c'est le siège d'un archevêché; elle possède une bibliothèque publique considérable, et passe pour une des places de commerce les plus riches du royaume. Son enceinte est formée de vieilles murailles flanquées de tours, autour desquelles s'étendent ses faubourgs. On porte sa population à 16 ou 17,000 âmes. Son noj^i de Reggio rappelle qu'elle occupe l'emplacement de Rffegium^ dont Strabon parle comme d'une cité puissante qui fut détruite de fond en comble par Denys l'Ancien. Les tyrans de Syracuse étaient redoutés sur les côtes de l'Italie : les habitans de Rhegium formèrent une ligue contre celui-ci; mais lorsqu'un traité de
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paix eut terminé leurs querelles, Denys fit annoncer aux magistrats de cette ville qu'il avait le désir de choisir une femme parmi les jeunes filles des familles distinguées de Rhcgium; ceux-ci, ne voulant point d'alliance avec leur ennemi, répondirent qu'ils ne pouvaient lui offrir que la fille du bourreau (i). Furieux de cette réponse, Denys mit le siège devant Rhegium; et après des combats et des cruautés dont Diodore rapporte des détails qui font horreur^ la vengeance de ce prince fut si complète, que, malgré les soins de Denys-le-Jeune , cette ville ne put jamais recouvrer sa splendeur. Celle qui s'éleva sur ses ruines tomba plus tard au pouvoir des Romains. Un tremblement de terre la détruisit et César la rebâtit, ce qui lui fit donner le nom de Rhegium Julii. En i543) Barberousse la réduisit en cendres; depuis cette époque jusqu'en 1 598, elle fut deux fois saccagée par les Turcs et les tremblemens de terre, mais ce fut celui de 1783 qui y causa le plus de désastres : le temps et Ferdinand IV les ont beureuseme«t réparés.
Ce funeste événement, qui ravagea toute la Calabre, fut, par sa durée et par ses effets, si épouvantable, que nous ne pouvons nous dispenser d'en donner une courte description. Les premières secousses se firent sentir le 5 février à midi trois quarts, et se renouvelèrent à de courts intervalles pendant plusieurs mois. Elles ne furent précédées par aucun des symptômes ordinaires : en deux minutes toutes les plaines montueuses de la Calabre ultérieure furent ravagées. Ceux qui observèrent cette affreuse catastrophe disent que les oscillations furent si violentes et si diversifiées, que rien ne leur résista : ni les plus solides ouvrages de l'homme , ni les monumens de la nature. Les édifices furent renversés et leurs débris dispersés au
(') Sti abon , VI , cli. xi.
EUROPE : Italie. — Roy- des Deux-Siciles. 44'^ loin; les matériaux de la petite ville de Sciglio^ bâtie sur le promontoire de Scylla, écrasèrent 2700 personnes rassemblées sur la côte; des villages en ruines roulèrent du haut des montagnes; quelques unes de celles-ci s'ouvrirent; d'autres s'affaissèrent; la terre soulevée forma de nouvelles collines. Ici, des plaines se transformaient en lacs dont les eaux anéantissaient les récoltes; là, des rivières sortaient de leurs lits et changeaient la direction de leurs cours. En quelques endroits la terre agitée offrait à sa surface les mobiles ondulations des flots ; ailleurs, de violentes commotions soulevaient des morceaux de terrains, les détachaient, et ils retombaient comme s'ils avaient été minés et dispersés par la poudre; sur certaines plages la mer sortie de son lit engloutit les malheureux qui cherchaient un refuge sur le rivage ou sur les vaisseaux- On vit un ami presser contre son sein le corps de son ami expirant, et attendre tranquillement la chute d'une muraille qui termina ses jours; on vit des amans se précipiter dans le gouffre qui venait d'engloutir l'objet de leur tendresse; on vit des mères rappelées à la vie par les soins de leurs parens et de leurs amis , aller chercher la mort au milieu des décombres chancelans sous lesquels leurs enfans étaient restés ensevelis. Dans les deux Galabres, plus de 3oo villes ou villages furent renversés, et toutes les villes dont nous venons de parler furent cruellement ravagées; 4ojOoo individus périrent, et 20,000 furent victimes des maladies contagieuses que causèrent les exhalaisons des cadavres dispersés dans les eaux ou sous les décombres; et pour comble de malheur, le feu resté dans les maisons renversées, communiquant aux matières combustibles, se manifesta subitement, et la flamme acheva de détruire ce que le tremblement de terre avait épargné. Enfin ce qui échappa à ces deux fléaux devint la proie des brigands qui , au milieu de l'effroi géné-^
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ral, égorgeaient les habitans et pillaient tous les lieux où ils pouvaient pénétrer. L'inhumanité et l'intrépidité de ces hommes qui se dirigeaient de divers points du royaume sur la Calabre pour y assouvir leur cupidité, n'ont rien qui étonne lorsqu'on connaît les brigands napolitains; mais plusieurs traits de courage et de désintéressement ont, dans cette triste circonstance, honoré les Calabrois et le reste de la nation. Des populations éloignées du théâtre de ces infortunes rivalisèrent de zèle, de soins et de sacrifices pour contribuer au soulagement d'un peuple décimé; les douaniers de Naples et les lazzaroni employés au chargement des denrées que le gouvernement envoya en Calabre, refusèrent de recevoir le salaire de leurs peines.
Les tremblemens de terre ne sont pas les seuls maux auxquels les Calabres soient exposées : il en est de périodiques, comme le souffle du sirocco^ qui, pendant les quatre mois qu'il règne, produit des maladies et flétrit la végétation; et les miasmes des eaux stagnantes qui, durant l'été, font déserter les plaines basses pour le séjour des montagnes.
La végétation des deux provinces de Calabre varie selon l'exposition des terrains. La vigne donnerait un vin excellent si les habitans la cultivaient avec plus de soin ; la. réglisse hérissée (^glycjrrliiza echinata) ^ qui sert aux mêmes usages que la réglisse officinale, y croît naturellement ; le mûrier y nourrit un nombre immense de vers à soie; l'olivier, cultivé partout, est si fécond et l'huile si abondante, qu'on la conserve dans de vastes citernes; le frêne à manne {^fraxinus rotundifolia) ^ indigène de ces provinces , se multiplie sans culture dans tous les bois et sur le penchant des collines : c'est pendant les plus fortes chaleurs de l'été qu'il donne le sucre concret si utile en médecine; le palmier, le cotonnier, la canne à sucre y réus-
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sissent parfaitement; les fruits de l'oranger et du citronnier rendent plus considérables les exportations, tandis que des céréales de toute espèce suffisent à la nourriture des habitans. Des mélèses et d'autres arbres résineux qui produisent une poix célèbre dès la plus haute antiquité sous le nom de brétiane^ occupent encore sur la crête des Apennins l'emplacement de cette forêt de Sila à laquelle Strabon donne 700 stades ou 23 lieues de longueur (i). L'aloès aux feuilles épaisses et dentelées, aux racines grêles et rares, couronne les rochers arides; le laurier-rose ombrage les rivières et mêle ses fleurs d'une nuance tendre, son feuillage d un vert mat, aux longues feuilles de Varrimd inaria ^ utile graminée dont on tresse des cordages , des nattes, des filets et des paniers. Des chevaux pleins d'ardeur, des mulets d'une belle race, d'immenses troupeaux de gros et de menu bétail, une grande quantité de porcs , des bois remplis de gibier et de buffles sauvages : voilà les avantages qu'offrent les deux Calabres. Les anciens disaient que la rosée de la nuit y faisait renaître l'herbe que les troupeaux avaient broutée pendant le jour : la métaphore n'est point aussi outrée qu'on serait disposé à le croire lorsqu'on ignore que la nature y fait plus que la main de l'homme. Ce qui ajoute encore aux richesses naturelles de la Calabre, ce sont ses côtes poissonneuses peuplées de thons qui rendent la pêche si lucrative, et d'espadons [xiphias gladius) qui servent de nourriture aux Calabrois. Ce poisson, dont le museau est armé d'une sorte de lame solide qui lui a valu le nom à'épée de mer^ et dont il se défend contre ses ennemis , atteint quelquefois la longueur de 18 à 20 pieds et pèse jusqu'à 400 livres. L'agilité dont il est doué, l'arme dont il est pourvu, rendent sa chasse difficile et même dangereuse; souvent il
(«) Strabon, liy. VJ , cli, ii , § 2.
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brise les filets des pêcheurs : aussi sont-ils obligés de le harponner comme la baleine. Sa chair, assez bonne, se conserve salée ; les morceaux les plus estimés sont ceux du ventre et de la queue et ceux qui environnent les nageoires. LesCalabrois ne négligent point les coraux qui tapissent les baies et que leur belle couleur lait rechercher pour la parure des dames; ni la pinna nohilis ou la pinne marine, le plus grand de tous les mollusques bivalves, qui porte cette longue soie rougeâtre, si douce, si fine, avec laquelle on tisse à Rcggio des étoffes d'une légèreté admirable.
Le Calabrois se plaît dans une oisiveté complète : son ^il vif, son teint brun, le large manteau dont il s'enveloppe lui donnent beaucoup de ressemblance avec 1 Espagnol. Soupçonneux et vindicatif, il ne marche jamais sans être armé. On voit rarement chez ce peuple des hommes d'une belle taille et des femmes d'un physique agréable. Celles-ci, mariées de bonne heure, ont bientôt perdu leur fraîcheur : elles sont d'ailleurs très-fécondes. Cependant la Calabre est peu peuplée, ce qu'il faut probablement attribuer ïi l'usage répandu chez les Calabrois de ne se marier que dans un petit rayon autour d'un village ou d'une ville : tous les paysans d'un village sont proches parens. Mais cette consanguinité perpétue dans les famille les maladies et affaiblit les générations , tandis que le croisement des races leur donnerait de la vigueur. La dot d'une paysanne consiste en une pièce de terre, en un quartier de vigne, et quelquefois même en un seul mûrier. L'existence des paysans est malheureuse : ils ont peu de biens; leur condition est celle de fermiers ou de journaliers; toutes les terres appartiennent à des seigneurs, à des ecclésiastiques et à quelques bourgeois qui les afferment à des termes très-courts. Il en résulte que l'agriculture, sans encouragemens, y reste dans un état d'enfance et d'imperfection, et qu'un soi fécond y nourrit une po-
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pulation pauvre et maladive, éparse dans de misérables habitations, dans des villages, ou des villes mêmes d'un aspect repoussant.
Le peuple d'origine incertaine dont nous avons parlé en traitant de la Hongrie, où on lui donne le nom de Zigueune , se retrouve en Calabre, où il est connu sous celui de Zingari. Au milieu d'une population pauvre on le reconnaît encore à ses haillons, à sa misère et à sa malpropreté. Les hommes coupent leur barbe, mais ils laissent croître leurs cheveux sans jamais les peigner; les femmes sont d'une saleté non moins dégoûtante. Les hommes vivent de leur industrie , qui consiste à trafiquer sur les ânes et les chevaux qu'ils achètent ou qu'on les charge de vendre; à façonner la ferraille à divers usages; à jouer des gobelets et à faire des tours d'adresse sur les places publiques; mais le plus souvent à s'adonner au vol, dont ils s'acquittent avec beaucoup de dextérité. Les femmes parcourent le pays en disant la bonne aventure. Sans demeures fixes, habitant sous des tentes où ils s'entassent pêle-mêle, hommes, femmes, enfans et animaux, ils ne contractent jamais d'alliance avec les Calabrois et se marient toujours entre eux. On dit qu'il est difficile de se faire une idée de leur ignorance et de la dissolution de leurs mœurs. Leur idiome particulier indique par certains mots une origine orientale, mais ils parlent aussi l'italien; leur religion est un mélange de pratiques superstitieuses et de croyances chrétiennes : ils admettent la divinité de Jésus-Christ, mais n'ont aucune vénération pour la Vierge. Ils se conforment volontiers aux cérémonies catholiques pour les mariages, les enterremens, les baptêmes; mais lorsqu'ils ont quelques difficultés avec les ministres du culte, ils ne se font point scrupule de se passer de leur ministère, et alors ils y suppléent par des cérémonies qui rappellent celles du paganisme.
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Les provinces continentales du royaume de Naples occupent dans leur plus grande longueur iio lieues, dans leur largeur moyenne 20 à 3o, et dans leur plus grande largeur 70.
Les deux côtes du détroit qui sépare Reggio de Messine sont le théâtre d'un phénomène analogue à celui du mirage dans les plaines de l'Afrique, et qui ne peut être attribué qu'à l'effet de la réfraction. Au cœur de l'été, quelques instans avant que le soleil sorte du sein des flots, si des rivages-de Messine on jette un coup d'œil du côté de Reggio, on aperçoit dans les airs des forêts, des tours et des palais, dont l'ensemble représente Messine, ses montagnes et ses habitations. Sur la côte opposée, l'observateur qui regarde du côté de Messine voit aussi dans les nues l'image d'une cité semblable à Reggio. Cette illusion, encore mal expliquée, serait moins surprenante si le spectateur apercevait en l'air la ville qui borde l'horizon, au lieu de voir celle près de laquelle il est placé. Les peuples de la Calabre et de la Sicile , qui ont conservé des Grecs l'amour du merveilleux et des brillantes fictions, ont bâti sur cet effet physique la fable suivante : Une puissante fée [la Fata Morgaiia) étend son empire sur le détroit de Messine; elle fait apercevoir aux jeunes navigateurs ses palais aériens, afin que, trompés par l'illusion, ils aillent, en croyant s'approcher de Messine et de Reggio, échouer sur la côte où , nouvelle Circé, la fée s'apprête à les enlever.
Suite de la Description de l'Europe. — Description de l'Italie. — Huitième section. — Description du royaume de Naples. — Deuxième division. — Description de la Sicile.
Nous allons parcourir l'une des plus grandes îles de la Méditerranée, île qui forme une portion considérable des Étals napolitains, puisqu'elle constitue à peu près le tiers de la superficie et de la population du royaume des Deux- Siciles.
La Sicile a plus de 23o lieues de côtes et plusieurs ports importans, tels que ceux de Messine, Palerme, Syracuse et Catane. Elle est divisée en 7 intendances et en 20 districts. Chère aux arts dans les temps anciens, et si puissante que la population de la seule ville de Syracuse était presque égale à celle que renferme aujourd'hui l'île tout entière, elle fut, à l'époque de la plus grande puissance de Napoléon, le seul coin de l'Europe qui restât sous le gouvernement d'un prince de la maison de Bourbon. Elle avait conservé son ancienne organisation féodale et son parlement des trois bras {^tre bracci)^ lorsque le commissaire britannique sir William Bentinck détermina le roi, en 181 2, à fonder une constitution sur le modèle de celle de l'Angleterre. « Ce nouveau pacte politique avait en vue le « bien-être, il limitait les droits d'une classe privilégiée, dans « le but d'en étendre les devoirs; cette noble pensée aurait « dû la consoler, et unir au lieu de désunir!... L'époque des '< cent-jours, le traité de Paris, le renversement de Joachim « par les armes autrichiennes, remirent le roi Ferdinand « sur le trône de Naples. L'égoïsme des barons siciliens^