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« anciens feudataires, prévalut. Croyant voir revenir le « temps de Tancien parlement des trois hracci^ et avec lui « les droits de la féodalité, ils contribuèrent à faire ren- 1 verser le nouveau système, sans se douter qu'ils n'y ga- « gneraient rien : comme défait, la constitution fut annulée « par un décret publié à Messine, sans que les privilèges « leur fussent rendus. Le 8 décembre i8i(S, le roi prit le « titre de Ferdinand F"^, roi des Deux-Siciles , et déclara la «Sicile province du royaume (0. Les Siciliens sont déjà « désabusés des illusions qui les ont trompés, mais le réveil « est tardif. Puissent-ils mettre à profit leurs erreurs passées « pour leur conduite future (2) ! »
Les Siciliens, après avoir eu, pendant que le trône de Naples était occupé par un Français, un roi qui relevait l'éclat de la noblesse, une cour nombreuse à Palerme, un commerce intérieur assez actif, se voient avec regret gouvernés par le lieutenant d'un vice-roi, et privés de leur numéraire qui, attiré à Naples, devient chaque jour plus rare dans leur île. Nulle industrie manufacturière ne contribue à faire rentrer l'argent que la cour en retire. Les objets de luxe, les tissus et d'autres produits sont d origine anglaise et française ; et pour satisfaire des besoins factices, et cependant impérieux, elle ne peut fournir que des matières premières dont la production n'occupe qu'un petit nombre de bras : ce sont des soies écrues pour la valeur annuelle de 4,000,000 de francs; des vins, parmi lesquels les plus estimés sont ceux de Syracuse et de Marsala , dont on exporte pour Boston seul plus de 2000 tonnes, et dont le produit total est d'environ 900,000 fr. ; pour 9,000,000 de céréales dont la quantité est cependant bien moins
(0 Par un décret du mois de juillet 1824, Sicile est assujettie aux mêmes lois que les autres Etats napolitains.
Voyez le Manuel du voyageur en Sicile, publié en français à Gotha, i8a6, le comte Fedor de Karaczay.
EUROPE : Italie. — Roy. des Deux-Siciles, 45 r considérable que dans l'antiquité, qui appelait laSardaigne et la Sicile les greniers du peuple romain; des citrons et des oranges pour 1,800,000 fr. ; de l'huile d'olive pour 2,000,000; de la soude dont on fait de grands envois à Marseille; enfin du thon mariné dont le produit s'éîève à plus de 2 5o,ooo fr. La Sicile livre encore au commerce du mercure, du soufre, de l'alun, du nitre et du sel gemme. Mais ces richesses ne font point l'éloge du gouvernement ni du peuple sicilien; elles font plutôt leur honte. Il n'existe pas en Europe une terre plus fertile , et cependant le quart de sa superficie est à peine défriché. Elle renferme dans son sein des trésors : ses mines d'or, d'argent, de fer, de cuivre et de plomb sont complètement négligées. Parmi les roches qui composent ses montagnes, nous citerons des porphyres dont elle pourrait décorer ses édifices; de l'albâtre, des jaspes, des agates et même des émeraudes que l industrie et les arts pourraient utiliser. A l'embouchure de la Giarretta, on trouve du succin plus transparent que celui de la Baltique, et souvent d'un beau rouge violet; près de Messine, il existe une importante mine de houille, et cet élément de richesse demeure stérile entre les mains des Siciliens. Enfin le gypse dont elle abonde, et qui, converti en plâtre, pourrait être si facilement employé dans les constructions, utilisé comme engrais, ou devenir une branche d'exportation, y reste inapprécié.
La culture, l'industrie et le travail, encouragés en Sicile, pourraient y nourrir, comme au temps des Romains , une population triple de sa population actuelle ; mais que d'obstacles à vaincre pour la porter au degré de prospérité dont elle est susceptible ! Il faudrait que la noblesse montrât l'exemple d'une si grande réforme , et ce qui est plus difficile peut-être, qu'elle en sentît tout le prix : la paresse et la fainéantise en souffriraient sans doute; le nombre
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des moines diminuerait, et l'on pourrait juger si quelque» fabriques, dans un pays qui n'en possède pas, ne remplaceraient point avec avantage quelques uns des couvens dont le nombre est hors de proportion avec la population ; en effet, on compte dans l'île 28,000 moines et 18,000 religieuses; en tout 46,000 reclus sur i,65o,ooo habitans; c'est-à-dire i reclus sur 35 habitans. Le clergé séculier ne désapprouverait peut-être point un pareil changement y car on le dit enclin à la tolérance : c'est presque comme si l'on disait qu'il est instruit et éclairé. Son influence est due peut- être plus à ses lumières qu'à ses richesses considérables : il est propriétaire du tiers des biens-fonds. La noblesse, plus riche encore, possède presque les deux autres tiers des terres. Elle se compose de 120 princes, de 80 ducs, de i4o marquis, de 3o comtes, de 36o barons et d'un nombre considérable de chevaliers. L'abolition de ses droits a diminué ses revenus; mais ne pourrait-elle pas, à l'exemple donné aujourd'hui par la noblesse russe, accroître ses richesses par l'industrie, fonder des fabriques, encourager l'agriculture? choses si faciles dans un pays où la nature a tout fait et semble dire à l'homme : Travaille, et je paierai tes soins au centuple.
La situation de la Sicile entre l'Europe et l'Afrique en ferait facilement l'île la plus commerçante de la Méditerranée; mais avant d'en venir là, il serait indispensable de remplacer par de bonnes routes, des sentiers incommodes: tant que le chemin qui conduit de Monréal à Alcamo sera la seule chaussée de l île, les difficultés de communication s'opposeront aux progrès de l'agriculture. Les terres rapportent aux propriétaires moins de 4 pour cent; celui-ci fait les avances des semences au fermier qui, après les lui avoir rendues, paie son fermage en denrées d'après l'estimation faite dans chaque paroisse.
Tandis qu'un hiver éternel règne au sommet de l'Etna ^
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îe reste de la Sicile jouit d'un prinlenips perpétuel. En avril le thermomètre de Réaumur marque à l'ombre, au milieu du jour, I [7 degrés ; mais lorsque le sirocco souffle, le même thermomètre indique 35 à 36 degrés. Les autres vents méridionaux, le libecchio qui vient du sud-ouest, et Y austral qui vient du midi, participent plus ou moins des qualités malfaisantes du sirocco. Les mois de novembre et de décembre sont doux; en janvier on cherche l'ombre avec plaisir; mais en mars les vents froids obligent souvent le Sicilien à se réchauffer près d'un brasier.
Les blés de la Sicile acquièrent une hauteur extraordinaire; leurs épis ne renferment pas moins de 6o grains ; leur couleur dorée en dedans et en dehors est un des caractères qui les distinguent des nôtres. L'aloès s'y élève jusqu'à 3o pieds; le cactier-raquette ycactus opuntia^ ^ dont le fruit en forme de figue et d une couleur purpurine est l'aliment de la classe indigente, borde tous les sentiers f le melon d'eau ou la pastèque, au jus rafraîchissant, y acquiert une saveur exquise; le dattier y voit arriver à maturité ses fruits, dont le suc mielleux est employé dans l'assaisonnement de certains mets, ou qui, séchés au soleil, se servent sur toutes les tables; le grenadier, apporté de Carthage en Italie par les Romains qui lui donnèrent le nom de punica, distille dans ses baies rougeâtres le suc acide et vineux dont la saveur plaît aux peuples méridionaux. La canne à sucre prospère sur la côte en regard de l'Afrique; on prétend avoir reconnu le cafier à l'état sauvage dans les bois de cette partie de l'île. Près des ruines de Syracuse, sur les bords de la fontaine de Cyane, depuis l'endroit où elle prend sa source jusqu'à celui où elle se jette dans l'Anape, croît le papyrus^ qui rivalise de taille et de beauté avec celui du Nil : il y atteint i5 à 1 6 pieds de hauteur. C'est la seule localité de l'Europe où fut trouvé ce végétal jadis si précieux et si utile. Une si grande variété
de végétaux, qui n'exclut point ceux de nos climats, prouve tout le parti que pourrait tirer de son sol l'indolent Sicilien.
La ville la plus près des côtes de la Calabre est Messine^ fondée, à ce que l'on croit, dix siècles avant notre ère. Elle porta d'abord le nom de Zanclé, que, suivant Thucydide, la forme cintrée de son port lui fit donner par les Siculi^ d'un mot de leur langue qui signifie une /«wjp. Trois ou quatre siècles après sa fondation, Anaxilas, chef de la colonie messénienne établie à Regglo^ chassa les Zanclœi de leur ville, et s'y établit; elle reçut alors le nom de Messana ou de Messhie, Plus tard, elle fut conquise par les Mamertini^ peuple de la Campanie. Cette ville , qui fut entièrement détruite par le trop fameux tremblement de terre de 1788, a été rebâtie sur un plan régulier; mais, malgré la franchise de son port, elle n'a pu recouvrer sa première importance : avant le désastre, elle renfermait plus de 100,000 âmes; aujourd'hui elle en compte à peine 5ojOoo. Elle s'élève en amphithéâtre au pied de ces montagnes qui étendent leurs rameaux sur toute la Sicile, et que nous regardons comme la suite des Apennins. Leurs cimes bleuâtres se confondent avec l'azur du ciel. Mille espèces de plantes toujours vertes s'étendent en longs festons sur leurs flancs décliirés par des ravins, et couronnent les palais de Messine. Sous les murs de la cité se pressent en bouillonnant les eaux du détroit où jadis Carybde et Scylla glaçaient d'effroi les navigateurs. Bâtie sur un terrain inégal, elle occupe une étendue de 3ooo toises. Un promontoire de rochers et de sables qui s'avance en demicercle sur sa droite, forme une rade spacieuse et sûre; une vaste citadelle, plusieurs forts et des batteries à fleur d'eau défendent l'entrée de son port, qui passe pour le plus beau de tous ceux de la Méditerranée. Ses rues sont belles, régulières et pavées de larges dalles en lave; son quai se-
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rait d'une grande beauté si les maisons qui le bordent n'offraient point l'aspect d'édifices rasés à la hauteur du premier étage , où l'on voit des colonnes et des pilastres tronqués, comme si Ton avait voulu diminuer leur hauteur dans la crainte des tremblemens de terre. Quatre à cinq places assez grandes, mais irrégulières, se font remarquer par la profusion plutôt que par le bon goût et le choix des ornemens ; toutes sont décorées de fontaines en marbre et de statues en bronze d'une médiocre exécution. Le palais Senatorio^ ou l'hôtel de ville, est d'une architecture simpie et imposante, mais il n'est point achevé. Les églises sont riches comme toutes celles de l'Italie; les ornemens y sont prodigués sans choix. La cathédrale, bâtie par le comte Roger, est décorée de 26 colonnes antiques en granité égyptien, qui, à côté des ornemens gothiques du XIP siècle, forment le plus bizarre assemblage. L'éducation est fort négligée à Messine : très-peu d'individus des classes inférieures savent lire, et la noblesse n'est pas fort instruite ; les établissemens d instruction se composent d'un collège royal et de six maisons d'éducation gratuite dont deux sont destinées aux gentilshommes; mais il y a un séminaire pour 4oo élèves et 4^ couvens de moines ou de religieuses. La bonne tenue de la banque municipale, du lazaret, du grand hôpital et des trois monts-de-piété, annoncent une administration vigilante.
A 12 lieues au sud-ouest de Messine, Taormina est placée sur une des cimes du mont Taurus au bord de la mer Ionienne. C'est une petite ville d'environ 3,ooo âmes, remplie d'églises, de monastères et de confréries. La voie romaine que l'on gravit pour y arriver, et les vastes débris d'un théâtre antique, annoncent les ruines de Tauromenium^ ville jadis considérable, que les Arabes et les tremblemens de terre ont détruite. L'édifice que l'on y admire a plus de 300 pieds de diamètre; ce théâtre, taillé dans le
roc, donne une idée exacte de ce qu'ils étaient chez les anciens : malgré la grandeur de ses dimensions, la scène n'y occupe qu'un espace de quelques pieds de profondeur à peu près égal à ce que nous appelons \ aidant-scène. Les sculptures qui ornaient ce monument précieux ont servi à décorer les monastères de la ville : leur origine profane ne les a point mis à l'abri du pieux zèle des princes normands. On y remarque aussi les restes d'un aqueduc , d'une citerne et d'une naumachie. Le siège après lequel elle fut prise et détruite en 968 par les Arabes, est le plus long dont l'histoire fasse mention ; il dura 80 ans.
La rivière de Cantam^ qui conserve le nom d'Alcantara que lui donnèrent les Arabes, sépare la plaine que domine Taormina de$ dernières pentes de l'Etna.
Au pied de l'Etna, sur le bord de la mer, Catane ou Catania, l'ancienne Catana^ fondée sept siècles avant notre ère, si souvent détruite par la lave et les tremblemens de terre, n'occupe point le quart de la superficie qu'elle couvrait avant que Hiéron , tyran de Syracuse , lui eût donné d'autres habitans avec le nom à' Etna. Elle est grande et bien bâtie, La beauté de ses constructions, qui lui donnent de la ressemblance avec Turin , n'est point une conséquence de sa prospérité , mais de ses malheurs : dans cette ville antique les bâtimens ne vieillissent point, ils cèdent aux efforts de la lave ou des secousses volcaniques. C'est aux tremblemens de terre de 1693 et de 1788 qu'elle doit sa magnificence : renversée presque de fond en comble, elle fut reconstruite sur un plan plus régulier. Les secousses de Tannée 18 19 ont malheureusement lézardé la plupart de ses édifices. L'un des plus beaux est la cathédrale : les murs de la sacristie sont couverts de peintures à fresque qui représentent les ravages de l'éruption de 1669, durant laquelle on vit un torrent de lave, large de plus d'une Heue,
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franchir les murailles de la ville, hautes de 60 pieds, la traverser et former dans la mer un môle élevé qui ajoute à la sûreté de son port. Le peuple de Catane est cependant persuadé que cette ville doit sa conservation à sainte Agathe sa patronne, martyrisée dans ses murs sous le règne de Décius. Il est vrai qu'il attribue à ses propres péchés les malheurs que la protection de la sainte ne détourne point. Le couvent ou plutôt le palais des bénédictins contraste par la richesse de son architecture avec la simplicité qui convient si bien à la modestie d'un pieux édifice. Ce monastère est un véritable musée d'antiquités : il renferme toutes celles qui ont été découvertes dans les environs ,* on y voit aussi de beaux tableaux, un cabinet d'histoire naturelle, une riche bibliothèque et des jardins construits à grands frais sur une coulée volcanique. L'hôtel de ville [palazzo del Senato) est aussi un des plus beaux édifices de Catane. Le musée Biscari, fondé par un riche seigneur qui employa sa fortune à faire des fouilles sur le sol de la ville, est précieux par le nombre et le choix des objets antiques qu'il renferme : c'est au zèle de cet ami des arts que l'on doit de pouvoir jouir de la vue du théâtre, des murailles, des bains, des temples et de l'amphithéâtre, que l'on trouva sous plusieurs couches de lave et de dépôts d'alluvions; c'est à ses soins que la ville doit plusieurs statues et un éléphant en basalte, portant sur son dos un obélisque égyptien.
Si les maisons religieuses de Catane sont richement dotées, ce n'est point aux dépens de son université. Celle-ci est dirigée par de savans professeurs et fréquentée par 5oo étudians; aussi la classe aisée est-elle en g-énéral assez instruite. La ville possède un lycée, une bibliothèque publique , ainsi qu'un musée. L'académie Giojena s'occupe principalement d'histoire naturelle. C'est dans un couvent de Catane que sont modestement confinés les suc*
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cesseurs de ces chevaliers de Malte , si long-temps la terreur du Croissant. Cette cité, chef-lieu d'intendance, est le siège d'un archevêché et des tribunaux. On y fabrique de la toile, de belles étoffes de soie, des croix et des chapelets en ambre que l'on recueille près de l'embouchure de la Giarretta , jadis le Simethe^ célébré par les poètes de l'antiquité. Sa population est d'environ 45,000 âmes.
Le territoire de Catane produit beaucoup de blé, de vin, de lin, d'olives et de soie. Ses environs offrent plusieurs petites villes, dont quelques unes méritent d'être mentionnées. Nous avons d(^à cité Taormina; mais il y a aussi Agosta^ importante par ses fortifications et par sa population que l'on porte à 10,000 âmes; et petite ville bâtie sur un massif de laves basaltiques.
La route de Catane à Syracuse est loin d'être aussi agréable que celle de Messine à Catane; il faut se frayer un chemin au milieu des sables qui bordent la mer. Cependant le bonnet phrygien dont se coiffent encore les paysans réveille une foule de souvenirs; on marche sur un sol embelli par les brillantes fictions des Grecs! les bords du Siinethe sont encore couverts de ces fleurs odorantes que Proserpine tétait occupée à cueillir lorsque Pîuton , le dieu de l'enfer et de l'Etna, vint l'enlever pour lui faire partager son trône. Au milieu des ruines de l'ancienne Syracuse^ de cette ville aux cinq quartiers que les Grecs appelaient Pentapolis^ on voit jaillir du creux d'un rocher la fontaine Aréthuse, qui rappelle cette nymphe fuyant les amoureuses poursuites de l'Alphée, et dont la métamorphose ne put la soustraire aux recherches de son amant, puisque les anciens prétendaient que ce fleuve parvint à réunir ses eaux aux siennes en passant sous la mer: idée poétique sans doute, mais contraire à la géographie physique, qui démontre l'impossibilité d'une telle communi-
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cation souterraine (0. Cette fontaine, que^Cicéron représente comme si poissonneuse et d'une incroyable grandeur, n'est plus reconnaissable: c'est un des lavoirs delà moderne Syracuse. Celle-ci, peuplée de i5,ooo âmes, occupe à peine un faubourg de l'antique cité qui survécut peu de temps à la décadence d'Athènes. Elle est bâtie sur l'île qu'on appelait Nasos; sa circonférence, y compris le grand et le petit port, est à peine d une lieue. L'enceinte de l'ancienne ville en avait près de huit; on peut juger de son immense population par l'étendue de ses catacombes. Elles sont situées sous la plaine où se trouve la vieille église de Saint- Jean, et taillées dans une pierre calcaire sablonneuse. Leurs longues galeries régulières, mais dirigées dans tous les sens, sont de distance en distance interrompues par de grandes salles circulaires revêtues de stuc et percées au sommet pour laisser entrer l'air et la clarté. Sur les côtés on a creusé des niches et des tombeaux pour y recevoir les corps. Dans quelques unes des niches on a trouvé jusqu'à vingt cercueils l'un devant l'autre, et plusieurs squelettes avaient encore dans la bouche la pièce de monnaie pour le salaire du nautonnier de l'Achéron. On peut encore suivre l'enceinte du mur extérieur que Denys fit construire autour de la ville, et reconnaître les restes d'un vaste théâtre et d'un amphithéâtre taillés dans le roc. Le premier de ces édifices est immense : il pouvait contenir 4o,ooo spectateurs. La fameuse prison appelée \ Oreille de Denys est une immense carrière de 58 pieds de hauteur, de forme irrégulière et contournée, qui par sa disposition est naturellement si sonore, qu'il n'est point étonnant que Denys y ait fait pratiquer au-dessus l'ouverture que l'on y voit, et par laquelle il entendait tout ce que les prisonniers se di-
(0 StraLon combat victorieusement tout ce que l'on disait de son temps sur la prétendue réimion de TAlphée et de l'Aréthuse. Voyez liv. VI , ch. m, i 5.
saient en secret. Le déchirement d'nn morceau de papier y produit autant de bruit que si l'on frappait avec un bâton sur une planche : qu'on juge de l'elïet qui résulte de la détonation d'une arme à feu, expérience dont les guides ne manquent point de satisfaire les curieux.
La moderne Syracuse fut dévastée aussi par les tremblemens de terre : celui de 1693 dura quatre minutes; il détruisit presque toutes les habitations et le quart des habitans. Malgré son peu d'importance, elle possède un théâtre, une bibliothèque, un collège royal, deux séminaires, i5 églises et un musée fort riche, dans lequel on admire une statue de la Vénus Callipyge, que l'on croit être celle qui fut décrite par Athénée et donnée aux Syracusains par Héliogabale. Elle fut découverte en i8io. La cathédrale est l'ancien temple de Minerve, transformé en église vers la fin du IP siècle. L'édifice a été défiguré par différentes constructions de mauvais goût. Ce qu'elle renferme déplus curieux , c'est une madone de grandeur naturelle, en argent massif, que l'on revêt d'une robe resplendissante de diamanset d'autres pierreries à certaines époques solennelles, telles que le jour de la visite annuelle qu'on lui fait faire, en procession et en grande cérémonie, à une autre madone du voisinage.
Le mont Daura , qui s'élève à l'ouest de Syracuse , est l'un des points les plus élevés des trois chaînes qui traversent la Sicile. Sur le versant méridional de celles-ci, à une assez grande hauteur, Caltagirone est une cité industrieuse : les habitaiis s'y livrent au commerce , à l agriculture et aux arts utiles. Il y a un grand nombre d "églises et de prêtres, de couvens et de religieux; un collège royal et des hôpitaux; il s'y tient plusieurs foires par an. On la dit peuplée de 19,600 habitans, mais nous croyons cette évaluation exagérée. Elle occupe l'emplacement di Hfbln Minimal que l'on appelait aussi Herœa ^ mentionnée dans
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ritiiiëraire d'Antonin. Elle est traversée par une mauvaise route venant de Catane et conduisant à Castro- G iov anni , ville de 11,000 âmes, qui, par sa position sur une colline et par quelques restes d'antiquités , paraît être Enna dont parle Strabon, dans laquelle, i5o ans avant notre ère, des esclaves révoltes soutinrent un long siège contre les Romains. Ses environs étaient et sont encore très-fertiles en blé. Elle passait pour avoir été la capitale des Etats de Cérès : le temple de cette déesse était magnifique, et près de ses murs on montrait la grotte par laquelle Pluton rentra dans les enfers en enlevant Proserpine.
En retournant dans la direction de Syracuse nous verrons au sud-est de cette ville celle de Nota, l'antique Nectuniy peuplée de 11,000 âmes, et assez bien bâtie; et plus loin Modica^ jadis Motyca^ avec 18,000 habitans sur la rive droite du Scieli dans une vallée étroite. On y remarque un couvent de franciscains dont l'intérieur est orné de beaux ouvrages en mosaïque. Aux environs de cette ville la vallée d'ipsica est intéressante par ses innombrables grottes creusées dans le roc, et qui paraissent avoir servi d'habitations à l'un des plus anciens peuples de l'île; aussi donne-t-on à cette vallée le nom de vallée des Troglodytes.
De Castro-Giovanni, un chemin conduit d'abord à Caltanisetta^ chef-lieu d'intendance, assez grand et assez bien bâti; puis à Naro dont les environs abondent en soufre, et enfin à Girgenti; mais en suivant le cours du Salso on arrive à Alicata ^ ville de 12,000 âmes, bâtie sur le bord de la mer, protégée par deux petits forts et renommée en Sicile par ses pâtes et ses macaronis. Son port est peu étendu, mais très-fréquenté. Les ruines que l'on aperçoit sur le mont Serrato dans ses environs sont, suivant l'opinion de quelques antiquaires, celles de Gela^ patrie du poète Apollodore, du philosophe Timagoras et du tyran Gélon, et près de laquelle se trouvait le tombeau d'Es-
chyle. A l'est de cette ville on voit , sur le bord de la mer, Terranova^ CallipoUs chez les anciens, ville de 9000 âmes, qui renferme 8 couvens et plusieurs belles églises, et dont le petit port est défendu par un château-fort.
Girgentt^ dont les maisons s'élèvent en gradins sur une des plus hautes montagnes delà côte , est sale, mal bâtie et peu industrieuse. Elle possède un hospice d'orphelins, un lycée où l'on voit une bibliothèque et un cabinet de médailles; mais elle renferme un séminaire, un palais épiscopal , 46 églises, i5 monastères et 17 confréries, et avec tout cela une population de 1 5,000 âmes. Sa cathédrale et le couvent de Saint-Nicolas sont ses principaux édifices. Elle s'élève sur la place même de la citadelle que Dédale bâtit à la demande du roi Cocalus pour défendre Agrigente. Les ruines de celte antique cité se voient à une demi-lieue au sud-est, à GirgeiitL- V^ecchio ; plusieurs couvens occupent son enceinte, composée de rocliers naturels taillés en forme de murailles. Agrigente, que Strabon appelle Jcragas , du nom d'un ruisseau qui la traversait et qui coule encore, fut fondée 600 ans avant notre ère, détruite 200 ans plus tard par Amilcar, rebâtie ensuite, et prise par les Romains. Sa population était de 20o,ouo âmes; elle était encore considérable lorsque les Arabes ou les Sarrasins la saccagèrent en Ses habitans, qui ne surent jamais résister à leurs ennemis, passaient leur vie dans les plaisirs et la mollesse. Il a fallu la longue tyrannie de Phalaris, ses cruautés et l'affreux spectacle des malheureux qu'il fiiisait cuire dans un taureau d'airain, pour les porter à secouer son joug. Au temps de la splendeur de Carthage, ils furent menacés d'une attaque par cette puissance maritime : les magistrats arrêtèrent que l'on veillerait la nuit sur les remparts, et que, pour que ce service ne causât pas trop d'encombrement, chaque citoyen en faction n'aurait avec soi qu'une tente, une couverture de laine et deux
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oreillers; cette discipline parut trop dure et excita un niécontentement général. Le philosophe Empédocle qui, né à Agrigente, trouva la mort dans le cratère de l'Etna, disait de ses compatriotes qu'ils se livraient à la bonne chère comme s'ils devaient mourir le lendemain, et qu'ils bâtissaient comme s'ils devaient tou jours vivre. Rien n était en effet plus somptueux que les édifices de cette ville. On y admire encore le temple de la Concorde dont il ne manque que la toiture et quelques portions de murailles; celui de Junon Lucine, et les restes de ceux de Jupiter Olympien, de Cérès et de Proserpine, d'Hercule, d'Apollon, de Diane, de Castor et Pollux, et d'Esculape. A 2 ou 3 lieues au nord de Girgenti la petite ville ^Aragona renferme un vieux château où l'on voit une belle collection de tableaux et d'antiquités. C'est dans son voisinage que se trouvent les salses ou volcan d'air de Macaluba.
Nous nous abstiendrons de décrire quelques villes de l'intérieur de la Sicile, telles que Corleone dont la population est agricole, Salemi qui possède d'anciennes fortifications, et JSicoUa ^]iYhs de laquelle se trouve une riche mine de sel. C'est sur ses côtes que l'on voit un peu de mouvement et d'industrie; c'est aussi là que l'esprit trouve dans les souvenirs historiques des sujets de méditations. Au-delà delà rivière du Platani et de la Calatabellota^YWwse. de 12 lieues de cours que les anciens honoraient du titre pompeux de fleuve du Crimisus^ et près duquel Timoléon à la tête de 6000 Syracusains défit une armée de 70,000 Carthaginois, on traverse une plaine aride qui s'étend jusqu'au bord de la mer, où l'on voit s'élever dans une position agréable la ville de Sciacca , qui étonne d'autant pl us par son aspect misérable, qu'elle est peuplée de 12,000 Ames, et que son petit port exporte beaucoup de grains à l'étranger. Elle n'offre plus de vestiges delà ville appelée les Bains de Sélinonte ( Thermœ Selinuntiœ) ^ célèbre par ses eaux minérales
chaudes, par la beauté de ses poteries improprement appelées étrusques, et pour avoir donné naissance au fameux Agatliocle , qui, de simple potier, devint par ses taîeiis roi de Syracuse.
Sur le territoire de Castel-Vetrano , sur la rive droite du Beliciy ville de i4,ooo âmes, où l'on travaille l'albâtre et le corail, d'énormes monceaux de ruines dont quelques unes ont appartenu à des temples et à des édifices si considérables que les gens du pays les appellent piliers de géans [pilieri de giganti) , sont tout ce qui reste de l'antique Sélinonte. Souvent, dit un. voyageur (0, la tempête déblaie les sables qui ont envahi les ports de Sélinonte , et laisse voir encore pour quelques instans des quais, des colonnes, des anneaux, tristes vestiges que la fureur des vagues cache ensuite de nouveau sous un gravier mobile.
Au-delà de ces ruines majestueuses , ornées de touffes d'aloès et peuplées de lézards et de serpens, la plaine déserte, mais fertile, s'étend jusqu'à Mazjzaixif ville de 8000 habitans, dont la cathédrale est remarquable par sa coupole et ses tombeaux. On franchit une colline et l'on arrive sur le bord de la mer à Marsala , dont les environs , plantés de vignes apportées de Madère, produisent un vin recherché. La beauté de son port lui fit donner par les Sarrasins le nom qu'elle porte et qui signifie poH de Dieu; mais ce port a été comblé en i532. Elle est bâtie sur les débris de Liljhœum , ville carthaginoise qui soutint un siège de plus de 5 ans contre les Romains, et dans laquelle, après la ruine de Garthage, ceux-ci entretenaient, au rapport de Tite-Live, une garnison de 10,000 hommes. Au nord de Marsala, 7>'a/?a/i«, jolie ville au bord delà mer, occupe une presqu'île sur laquelle s étendait jadis Drepanum; on y voit les restes d'un temple dédié à Vénus. Les femmes y
(0 M. le comte Fedor de Kamczay.
EUROPE : Italie. — Roj, des Deux-Siciles, Zj^fï
sont dune beauté rare. De ses remparts on aperçoit à peu de distance de la côte les îles de Favignano , de Levanzo et de Maretimo., près desquelles le consul Glaudius Pulcher, avant de livrer la bataille navale qu'il perdit contre les Carthaginois, fit jeter à la mer les poulets sacrés, en disant : « Qu'ils boivent , puisqu'ils ne veulent pas manger » ; mais ce fut ensuite dans les mêmes parages que Caïus Lutatius remporta sur Cartilage la victoire qui mit la Sicile au pouvoir des Romains.
Entre Trapani et Alcamo le pays devient encore stérile, comme pour préparer l'œil à la contemplation d'un des plus beaux monumens de l'antiquité, seul reste de la ville de Segeste ou d'Egeste. Il est placé sur une hauteur qui s'élève au pied du mont Erya:, célèbre par le temple de Vénus Erycine, déjà désert et à moitié ruiné au temps de Strabon (i). Les voyageurs qui l'ont examiné tout récemment s'accordent sur sa beauté. « L'élégant profil de ce temple antique et son noble fronton se dessinent dans les vapeurs diaphanes de l'atmosphère ; en s'approchant graduellement, on se familiarise avec le grandiose de sa structure. Telle est la magie de ses proportions, tel est le prestige de ses formes, que de quelque côté qu'on l'envisage, à quelque distance qu'on le considère,- il charme toujours les regards et enchante toujours l'imagination (2). » Il a bravé l'influence du temps : il n'y manque que le sanctuaire et la toiture. Ses colonnes, d'ordre ionique, ont 7 pieds de diamètre à la base, une élévation de 28 pieds qui, avec le fronton, forment une hauteur totale de 58 pieds. Sa longueur est de 3o toises et sa largeur de 12. Il y a 6 colonnes sur la façade et i4sur chacun des côtés.
Les environs d^ Alcamo sont fertiles et variés; le nom de
(0 Liv. VI , ch. m , 8. — (=») Voyez le Manuel du Voyageur en Sicile, par le comte Fedor de Karoczay , et le Voyage en Italie et en Sicile , par M. Simond.
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cette ville indique son origine arabe: elle fut fondée en 828 par un prince sarrasin nommé Alkamah. Du bas de la montagne qu'elle couronne, l'architecture de ses tours et de ses murailles lui donne l'aspect d'une ville mauresque. Les femmes ont conservé une tournure orientale : elles ne sortent qu'enveloppées d'un large manteau noir, dont elles cachent une partie de leur visage. Alcamo renferme 1 3,000 habitans; ils ne connaissent rien de plus célèbre que leur madone, à laquelle ils attribuent une foule de miracles.
Monréal ou Morreale^ ville de 8000 âmes, est située aussi sur une montagne. Les habitans sont cultivateurs et fabricans de macaroni. L'église et le couvent de bénédictins, qui ont, pour ainsi dire, servi de noyau à cette ville, par les habitations qui se sont successivement groupées autour, ont été fondés au XIl^ siècle par le prince normand Guillaume II, surnomme le Bon. L'abbé de ce monastère a le titre et le rang d'archevêque ; les moines du mont Cassin en forment le chapitre. La cathédrale , dont on admire la porte en bronze ornée de bas-reliefs , est l'un des plus beaux inonumens de la Sicile. En 181 1, elle fut endommagée par un incendie. Elle est ornée de colonnes de granité ; ses murailles ^nt incrustées de mosaïques, et le pavé est formé de porphyre et de marbre de toutes couleurs. On y voit les mausolées de Guillaume-le-Bon , et de son père Guillaume ou le Méchant. On y conserve les entrailles du roi saint Louis. Le couvent renferme le chef-d'œuvre de Pietro Novelli , le Raphaël de la Sicile.
De Monréal à Palerme , on descend par un beau chemin en zigzag, bordé de maisons de campagne, dans une vallée magnifique présentant avec des rochers arides entassés les uns sur les autres, et qui semblent sortir du sein de la mer, des bouquets d'aloès et de cactus. Des palmiers , des bambous, balancent dans les airs leurs cimes verdoyantes,
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pendant que la brise qui se promène sur les champs de blés agite doucement leur surface ondulée; le brillant îeuillage des orangers et des citronniers , les rameaux polis et mats de l'olivier, la large feuille de la vigne et le feuillage gracieux du laurier-rose forment un rideau de verdure de la plus agréable variété. La capitale de la Sicile, l'antique Panormus, que fondèrent les Phéniciens, est entourée de murs et disposée circulairement au fond d'un golfe ; son port est petit, mais animé par un commerce considérable. La ville ne paraît point aussi grande qu'elle l'est réellement. Deux rues qui se coupent transversalement la divisent en 4 parties à peu près égales. Elles sont larges de 4o à 45 pieds, longues de 1200 à i4oo pas, et garnies de belles maisons et de boutiques. La plus belle s'appelle la rue del Gassaro, du mot arabe cassât^ qui signifie palais; l'autre porte le nom de Macqueda ou de Strada-Nuova. L'endroit où ces deux rues se croisent forme une petite place octogone ; un peu plus loin , on en voit une plus considérable appelée la place Prétorienne, au milieu de laquelle s'élève une fontaine d une somptuosité qui fatigue l'œil, et d'une dimension qui ne permet point d'en saisir l'ensemble de l'extrémité de la place, qu'elle obstrue : elle est formée de plusieurs bassins placés au-dessus les uns des autres, séparés par des galeries, et surchargés de statues et d'animaux qui jettent de l'eau dans différens vSens. La place de Bologni est ornée d'une statue en bronze de l'empereur Charles-Quint, roi de Sicile , chef-d'œuvre du Sicilien Volsi. La ville a plusieurs portes que l'on ferme la nuit : les deux plus belles sont la porta Felice^ qui forme un arc de triomphe, et sous laquelle on passe en venant du port, et \a porta iV^ot^a , placée à l'extrémité de la rue del Gassaro, et contiguë au palais royal. Gelui-ci, malgré son importance, ne donne point une haute idée du bon goiit desPalermitains en fait d'architecture; c'est une énorme niasse
dont les parties, construites à différentes époques, ne sont nullement enharmonie. Les deux bastions qui s'élèvent aux deux côtés, et qui sont garnis de pièces de canon destinées à contenir un peuple familiarisé avec la révolte, sont les deux argumens les plus forts contre la répugnance qu'éprouve le gouvernement à répandre les bienfaits de l'éducation. Ce qu'il y a de plus remarquable dans cet édifice, c'est la chapelle bâtie par le roi Roger en 1129; toutefois elle n'est curieuse que par la profusion de ses arabesques et de ses mosaïques grossières , et par son architecture , où le style gothique est mêlé au style grec du moyen âge. La partie la plus élevée du palais est l'observatoire qui fut construit en 1791, et d'où le célèbre abbé Piazzi découvrit, en 1801 , la planète qu'il nomma Gérés. Dans le grand hôpital on va voir une des plus anciennes peintures à fresque que l'on ait faites depuis le commencement de notre ère. Elle est du IV® siècle (1) et représente le triomphe de la mort : le sujet de cette peinture ne doit pas donner beaucoup de confiance aux malades. La Vicaria^ ou le palais de justice, est à la fois le tribunal et la prison; on y entasse pêle-mêle des coupables et des innocens, des criminels et des prévenus, et souvent ils restent enfermés pendant 10 ou i5 ans sans que la justice s'occupe de constater leur innocence ou leur culpabilité. « Voici , dit M. Simond, un exemple de la manière dont les prisons se remplissent : je suis certain du fait. Deux hommes se querellaient dans la rue, armés de couteaux. Un passant, en cherchant à les séparer, fut poignardé ; les meurtriers prirent la fuite ; des shirri survenant saisirent à l'aventure trois des spectateurs et les conduisirent en prison. Il s'est écoulé deux mois depuis cet événement; ils y sont encore : pas l'ombre de preuves contre eux ; mais enfin ils étaient
(0 Manuel du voyageur en Sicile, par le comte F. de Karaczay.
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là ; les preuves viendront peut-être , on ne se met pas en peine de les chercher : pourquoi le ferait-on? les prévenus sont bien heureux qu'on les oublie ; c'est merci que de les laisser vivre un peu plus long-temps avant que de les pendre ; et c'est ainsi qu'ils pourront passer en prison la moitié de ce qui leur reste de vie. « Une telle indifférence sur le sort des prisonniers ne peut-elle point favoriser les persécutions et les haines de l'homme puissant ? Le nombre des détenus dans les prisons de la Vicaria était, en 1818, d'environ 1700. Sur une population neuf fois plus considérable que celle de la province de Palerme, les prisons du ressort de la cour royale de Paris n'en renfermaient pas à la même époque plus de i3oo à i4oo.
La galerie de tableaux que l'on forme dans les bàtimens de l'université paraît devoir être un jour d'une grande utilité pour les élèves de l'académie des beaux-arts. Le musée des antiquités et le cabinet des médailles possèdent des objets d'un grand prix.
On voit dans les faubourgs de Palerme deux édifices d'architecture mauresque, qui rappellent la domination arabe : l'un est le palais Ziza, propriété particulière, et l'autre le palais Cuba, changé en caserne de cavalerie; ils ont été construits par un émir qui leur donna les noms de ses deux filles. Outre les édifices que nous venons de citer, la ville renferme 27 églises principales, 67 couvens des deux sexes, 4 grands hôpitaux, un hospice pour les enfans trouvés, 8 maisons d'éducation, un séminaire, 3 bibliothèques publiques, 4 casernes, 2 théâtres et 1 monts-de-piété. Le dôme ou la cathédrale est l'un des plus beaux monumens gothiques de la Sicile. Sa fondation date de l'an 1166; on le compare aux plus beaux édifices de Cordoue et de Grenade; l'intérieur, malgré sa richesse, ne répond pas à l'extérieur: le marbre, le granité, le porphyre, le jaspe, l'albâtre et le lapis y sont prodigués comme dans
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la plupart des églises de l'Italie. Après la cathédrale, l'église de Jésus est aussi remarquable par son architecture et les substances précieuses qui la décorent que par les bas -reliefs et les tableaux.
Des catacombes taillées dans le roc au-dessous de l'église des Capucins ont la singulière propriété de convertir en momies les corps que i on y dépose. Ils sont placés dans des espèces de niches, debout, tout habillés, les bras pendant le long du corps ou croisés sur la poitrine; les seuls cadavres de femmes sont dans des coffres couverts. Les personnes de la noblesse tiennent beaucoup à ce genre de sépulture , et paient très-cher le droit d y être admises : ce qui est une source de richesses pour les capucins. Le jour des Morts, ces corps à moitié desséchés sont revêtus de leurs plus beaux habits; les parens, les amis, quelquefois même les amans, vont alors, moyennant quelque offrande qu'ils portent au couvent , visiter ceux qui leur étaient chers. Mais qui peut considérer sans un sentiment pénible, sous des ajustemens élégans, sous des habits somptueux, ces morts dont la peau retirée par le dessèchement découvre les dents , fait faire à leurs figures une grimace repoussante, ou donne à leurs physionomies l'expression du sourire Ne semble-t-il pas voir la mort regardant en pitié les plaisirs passagers et les vaines grandeurs de ce monde?
Palerme, glorieuse d'être la patrie de sainte Agathe qui cueillit la palme du martyre au IIP siècle, eut, il y a 200 ans, l'honneur de fournir un nouveau personnage à la légende, un nouvel objet de vénération à la crédulité du peuple. Sainte Rosalie a été mise par quelque poète sicilien au-dessus de tous les saints du paradis, au-dessus de la Vierge même. Suivant ce qu'on en raconte, elle était nièce de Guillaume-le-Bon ; à i5 ans, elle renonça au monde et vécut dans une complète solitude. Elle s'était
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retirée dans les montagnes ; elle y mourut ignorée. Pendant les ravages de la peste en 1624, un homme d'une vie austère annonça qu'il avait eu une vision, et que Dieu lui avait révélé que l'on trouverait les os de sainte Rosalie dans une caverne du mont Pelegrino, et que, portés en procession autour des murs de Palerme, leurs vertus sacrées délivreraient la ville du fléau qui la ravageait. Jamais on n'avait entendu parler de cette sainte; rien ne constatait qu'elle eût jamais vécu ; il était un peu hardi de prétendre retrouver sa dépouille cinq siècles après l'époque prétendue de son existence. Les magistrats firent d'ahord peu d'attention au récit d'un visionnaire; mais le peuple y eut beaucoup de confiance, et pour l'apaiser il fallut taire des recherches à la place indiquée. On trouva les ossemens annoncés; la peste se dissipa ; et maintenant renfermés dans une châsse magnifique , au fond de la caverne où ils ont été déterrés , ils attirent les visites et les offrandes des pèlerins. Une église a été construite près de cette grotte vénérée. Tous les ans, au 1 5 juillet, la châsse, promenée en grande pompe dans les rues de Palerme, est le sujet d'une fête qui dure plusieurs jours, et qui, d'après l'opinion de ceux qui en ont été témoins , surpasse la magnificence de celles de la semaine sainte à Rome. Sur un char de 70 pieds de longueur, de 3o de largeur et de plus de 80 de hauteur, supportant un orchestre nombreux, garni d'orangers, de bouquets et de guirlandes , et traîné par 56 mules richement caparaçonnées, s'élève un dôme supporté par 6 colonnes d'ordre corinthien sous lequel est placée la statue gigantesque de sainte Rosalie , en argent massif. Le char, avec tout le cortège et la cavalerie qui l'accompagnent, rentre le soir, à la clarté des flambeaux et d'une illumination éblouissante. La fête se continue au milieu des feux d'artifice; à minuit, le corso ^ou. la promenade des plus riches équipages, marchant sur deux files, commence
dans la rue del Cassaro , et finit à deux heures du ïiiatin. Le second jour, les réjouissances recommencent par les courses de chevaux dans la grande rue : cette fois , ce n'est point comme à Rome; ils sont montés par d'élégans jockeys; mais c'est au milieu de la foule qu'ils tâchent de mériter le prix et qu'ils atteignent rapidement le but. Le soir, les illuminations éclairent encore le char et sa nombreuse escorte. Le troisième jour, mêmes amusemens, mêmes illuminations, qui se terminent par de brillans feux d'artifice. Le quatrième jour , trois courses de chevaux se succèdent; le soir, la cathédrale, éclairée par 20 ou 3o,ooo bougies, se remplit de curieux qui viennent y jouir du spectacle le plus éblouissant qu'il soit possible de voir, et qui surpasse tout ce que les fêtes précédentes avaient d'imposant et de varié ; la soirée se termine encore par la promenade en voiture. Enfin , le cinquième jour, aux réjouissances succède une procession plus brillante et plus nombreuse que la précédente, dans laquelle on voit le char, escorté cette fois de tous les prêtres et religieux de la ville, et la châsse d'argent renfermant les reliques de sainte Rosalie. Le cortège, avant de rentrer, fait le tour de la place Prétorienne , dont la fontaine se change tout à coup en une fontaine de feu. Cette fête, qui attire dans la capitale presque un quart de la population de l'île , coûte à la municipalité environ 60,000 ducats. L'intérêt que prennent à ces fêtes les Palermitains de tous les rangs , de tous les âges , le luxe qui y préside, l'importance que chacun y attache, n'indiquent-ils pas qu'il coule encore dans les veines du peuple sicilien du sang de ces anciens Grecs, si avides de cérémonies et de fêtes religieuses ?
La plus belle promenade de Palerme est celle de la Marina^ sur le bord de la mer; elle se termine à la Flora ^ vaste jardin public planté avec goût et bien entretenu , qui s'étend jusqu'au jardin botanique^ où l'on compte
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4ooo plantes exotiques , et qui renferme un bâtiment construit par un architecte français (0 et destiné aux cours d'histoire naturelle.
Le golfe de Palerme n'offre point un aussi beau coup d'œil que le golfe de Naples : les montagnes brûlées par un soleil ardent annoncent le voisinage de l'Afrique. Le mont Pelegrino, XEveta des Romains, est la plus haute de toutes celles qui se groupent en amphithéâtre autour de la ville. Sur leurs flancs les plus rapprochés se succèdent des jardins et des maisons de plaisance, au milieu desquels on remarque le beau parc royal de la Fworita , peuplé d'une innombrable quantité de lièvres et de faisans. La position que l'Itinéraire d'Antonin assigne à la petite ville (ÏHyccara.^ dont parlent Thucydide et Plutarque, la fait reconnaître dans le village de Carini. C'est sur ce sol que naquit la célèbre courtisane Lais.
A 7 lieues à l'est de Palerme, la misérable ville de Termini^ célèbre en Sicile par son riche et beau couvent de bénédictins bâti par le pape saint Grégoire, ainsi que par son port, ses fortifications, son collège royal et son école de navigation, occupe, sur le bord de la mer, une partie de l'emplacement à'Himera, fondée 65o ans avant notre ère, par une colonie envoyée de Messine ou de Sanclé. Amilcar avait été défait sous ses murs par Gélon; Annibal vengea la défaite de son aïeul en faisant raser la ville après avoir fait égorger les habitans. En continuant à suivre le rivage, nous ne trouverions que des villes ou des villages sans importance; Milazzo ou ik/e/rt^^o seul , bâti sur un cap à 8 lieues de Messine, a le rang de place forte, et 6 à 7000 âmes; c'est l'antique Mylœ, d'où l'on vit les Romains remporter la première victoire navale sur la flotte carthaginoise.
Notre tournée sur les côtes de la Sicile est terminée :
(') M. Dufourny.
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il nous reste à compléter le tableau politique des possessions napolitaines, par un coup d'oeil sur les petites îles qui en dépendent. Pantellaria^ au sud-est de la Sicile, renferme une ville de 35oo âmes, que l'on appelle Oppidolo o\i'Pantellaria, Ustica^ au nord du golfe de Palerme, a la plus grande partie de sa population réunie dans le bourg ou la ville de Sainte - Marie ^ que domine une forteresse. Felicuri a 800 habitans, Alicudi ou Alicuri ^ un peu plus petite, n'en a que 260; Salina^ dont nous avons déjà parlé, renferme une population de ^000 âmes; celle de Lipari est évaluée à 18,000 : la ville du même nom est fortifiée j rîle produit un excellent vin de malvoisie; Panaria^ nourrit 200 habitans. Stromholi Ye,i\îeYmix\l^ il y a 25 ans, 200 habitans, aujourd'hui elle en compte environ 2000 réunis dans une seule ville. Les autres îles qui environnent la Sicile ne sont point habitées.
Le soleil de la Sicile répand son active influence jusque sur le moral des habitans; les têtes siciliennes sont volcanisées comme le sol, brûlantes comme le climat. Le Sicilien est vif, gai, spirituel, doué d'un génie actif, d'une imagination exaltée, de passions fougueuses et d'un ardent amour pour son pays; il est hospitalier, généreux, fidèle observateur de ses promesses. S'il commet un assassinat, ce n'est point par cupidité , mais par vengeance ; il la considère comme un droit, et presque comme un devoir. Plus fier que sur le territoire napolitain, le bas peuple sicilien n'endurerait pas l'outrage d'un coup de canne : il s'en vengerait par un coup de couteau. Malgré son inertie physique, son activité morale offre tant de ressources , que l'éducation en ferait un peuple peut-être supérieur aux autres peuples européens. Les hommes influens n'ont point laissé établir en Sicile la méthode d'enseignement mutuel , ils regardent l'instruction comme im bien funeste et dangereux. Ils n'ont point encore compris qu'instruire le peu-
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pie, ce n'est point l'initier aux sciences, mais aux vérités morales ffui s'allient si facilement avec les vérités religieuses. L'instruction élémentaire, en répandant l'usage de l'écriture, inspire plus facilement l'amour de Tordre et de l'économie, met le peuple à même de profiter de quelques lectures à sa portée, entretient en lui le sentiment de ses devoirs, et dispose l'agriculteur et l'artisan à s'instruire des meilleurs procédés employés dans leur état. Un changement si grand dans les mœurs populaires est-il donc si dangereux ? les bastions qui défendent le palais contre les émeutes sont-ils donc des moyens de répression infaillibles et sans danger? un peuple instruit dans le respect des lois n'est-il pas plus facile à diriger et à maintenir dans une sage obéissance, que celui qui ne connaît que l'empire de la force et la soumission de la crainte?
Nous avons vu le Sicilien ardent spectateur des fêtes religieuses : ce peuple a besoin d'un cuite qui parle à ses sensj il lui faut des fleurs, des parfums, une musique bruyante et des images. En embrassant le christianisme , il n'a fait que transporter dans la religion du Christ le polythéisme de ses ancêtres. Il a conservé de ceux-ci cet amour-propre national qui le porte à se regarder comme supérieur aux autres peuples, et qui entretient entre les principales villes de la Sicile celte jalousie de prééminence qui fait naître mille rivalités : Messine dispute à Palerme le rang de capitale , comme jadis Athènes et Lacédémone revendiquaient la suprématie politique.
Le peuple sicilien a presque la sobriété du Spartiate : chez lui, l'ivrognerie est regardée comme un vice honteux. Dans les mœurs champêtres on trouve encore quelques traces des usages grecs : les pâtres aiment à disputer le prix du chant, consistant en quelques objets à leur usage, que distribue celui qu'ils choisissent pourjuge;les paysan-
nés ont conservé, de l'habillement grec, le long voile et la large ceinture.
Le principal but de réunion dans les villes est ce qu'on appelle en Italie les conversazioni : ce sont des assemblées chez des particuliers, ou dans des lieux ouverts à ceux qui , par une souscription , ont acquis le droit de s'y présenter; on y trouve des salons de jeux et d'autres réservés au seul plaisir de causer. Un usage qui paraîtrait fort singulier en France, c'est qu'une dame en couche ne manque point de tenir chez elle la comersazione : le lendemain même de sa délivrance, sa chambre devient le salon de réunion de tous ses amis. En Sicile, on ne connaît point les douleurs par lesquelles les femmes achètent le bonheur d'être mères : cet avantage et la fécondité dont elles jouissent sont de ces bienfaits que la nature répand dans les climats brùlans.
La Sicile a des savans et des écrivains distingués : la littérature est le sujet principal de toutes les conversations ; la poésie est le langage adopté par l'amour et la galanterie: il n'est pas un soupirant qui n'exprime en vers son douloureux martyre. Les intrigues amoureuses sont le passetemps de toutes les dames : celles-ci ne sortent jamais à pied, on ne les voit qu'aux spectacles, à la messe ou chez elles. Elles ont un goût prononcé pour la parure, et suivent les modes françaises avec beaucoup de recherche et d'élégance; elles savent avec art relever la beauté de leurs traits et la vivacité de leurs yeux. Elles sont généralement mieux que les hommes , ce qui est le contraire de ce qui se voit sur le territoire napolitain. Quelques villes sont en réputation pour la beauté du sexe : à Messine , les femmes sont plutôt agréables que belles; à Palerme, elles sont plutôt belles que jolies; à Syracuse, on admire la fraîcheur de leur teint; à Trapani, on retrouve la régularité des profils grecs.
Veut-on avoir la mesure des mœurs publiques de la Si-
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cile: un dédale inextricable des lois, une nuée d'avocats et de gens de robe y entretiennent plus que partout ailleurs la manie des procès. La justice y est vénale et les magistrats n'en rougissent point; les agens du gouvernement font la contrebande; les moines dirigent l'éducation, gouvernent les familles, et ils n'ont point une conduite plus régulière qu'au XVP siècle.
La corruption avait, jusque dans ces derniers temps, encouragé le brigandage en Sicile comme il l'est sur le territoire de Naples, et quelques parties de l'île passaient pour de véritables coupe-gorges; le gouvernement est enfin parvenu à assurer la sécurité des voyageurs. Dans chaque district on nomme un capitano élu parmi les plus riches propriétaires; on met à sa disposition i4 cavaliers bien montés, bien payés, et choisis pour plus de sûreté parmi les brigands les plus intrépides. Avec ce secours, le capitaine doit pourvoir à la tranquillité publique. Il répond personnellement des vols qui pourraient se commettre. Cette mesure a été couronnée de succès : 345 hommes protègent la libre circulation dans l'île.
Sous un gouvernement éclairé les Deux-Siciles présenieraiffnt un spectacle bien différent de celui qu'elles offrent: il serait possible de détruire ce germe de paresse qui répand la misère chez le peuple et multiplie dans le royaume les couvens des deux sexes. Dans ces dernières années on portait le nombre de religieux à 1 1,600 , celui des religieuses à 9300, et celui des ecclésiastiques à 26,3oo, pour une population qui en 1 834 ne s'élevait qu'à 7,492,000 individus.
En Sicile et dans toute l'Italie, excepté à Turin, à Parme et à Florence, la manière de désigner les heures est pour les étrangers difficile à comprendre. On compte une heure jusqu'à vingt-quatre , depuis un soir jusqu'à l'autre, et la 24% que l'on nomme Ai^e Maria ^ sonne 3o minutes après le coucher du soleil. A l'époque de l'ëquinoxe, ce qu'on
appelle midi dans le reste de l'Europe, est la i^*' heure pour les Italiens ; à 7 heures ^ ils disent qu'il est une heure. L'un des inconvéniens de cet usage, c'est que les horloges des églises se règlent à midi , et qu'il faut les avancer ou les retarder selon que les jours croissent ou décroissent. Un autre embarras pour les Italiens même, c'est que leurs montres, faites en pays étranger, ont des cadrans qui ne s'accordent point avec leur manière de compter, qu'ils soutiennent cependant être préférable à celle qui est généralement adoptée.
L'Italie, berceau d'anciennes colonies florissantes, centre de la puissance la plus formidable de l'antiquité, théâtre des plus puissantes républiques du moyen âge, est-elle destinée à languir sans prospérité, sans influence réelle et sans gloire, au milieu des changemens politiques auxquels l'Europe est encore exposée? Divisée en royaumes et en principautés de deuxième et de troisième ordre, elle ne possède aucun point central: chaque partie est conséquemment vulnérable. Depuis i4 siècles, elle est un objet d'envie pour les puissances situées au-delà des Alpes , et les événemens ont prouvé que ses différens Etats peuvent facilement devenir la proie d'un prince ambitieux. Quelques victoires ont suffi à Napoléon pour s'en rendre maître. S'il avait assuré son indépendance en lui donnant un chef, au lieu de la diviser en préfectures, gouvernées sous son influence par des princes de sa famille, elle lui eût été d'un grand secours pour maintenir son propre pouvoir. Il l'a bien senti, mais trop tard. Les peuples de l'Italie auraient, sous un sceptre indépendant, recouvré leur antique énergie et leur esprit national. Ce que la politique d'un homme n'a point essayé, le temps et l'intérêt même de l'Europe l'exécuteront peut-être un jour. L'influence des mœurs , de la religion et du langage, tend à réunir en une seule masse tous les peuples de l'Italie. Les intrigues de quelques princes, Tambi-
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tion de plusieurs grandes puissances , s'opposeront longtemps encore à l'accomplissement de cette fusion; mais si les agrandissemens successifs de la plus formidable couronne de l'Europe faisaient naître chez les gouvernemens occidentaux des craintes légitimes sur leur indépendance, ils sentiraient l'importance que doit avoir dans la balance européenne un Etat qui se composerait de tout le territoire italien; ils comprendraient combien ils pourraient trouver de ressources dans l'alliance d'une contrée qui offre sur une surface de iDoo lieues carrées une population de 20,000,000 d'individus , population qui , par le commerce et l'industrie , par l'influence d'une étonnante fertilité et d'un climat sans rival, parviendrait aisément à 25,ooo,ooo d'habitans. La nation italienne, défendue au nord par les Alpes, au centre par les Apennins, et sur les autres points par la mer; pouvant ajouter à ces retranchemens naturels des places fortes et des arsenaux, mettre sur pied une armée imposante, agrandir ses ports , se créer une marine , profiter de ses îles pour acquérir une supériorité maritime , prendrait rang, parmi les plus puissantes nations de l'Europe. L'un des trônes actuels de l'Italie est probablement appelé à dominer un jour toute cette contrée; mais si, poussée par des intérêts locaux ou par des causes imprévues, elle devait dans la suite devenir une république fédérative , Milan , Venise , Florence , Rome , Naples, Cagliari et Palerme, seraient les six principaux chefs-lieux de ces nouveaux Etats-Unis, et peut-être un jour offriraientils, à l'extrémité de notre continent, le tableau de la richesse et de la prospérité de la confédération américaine.
11 nous reste encore à décrire en Italie quelques îles qui appartiennent aux Anglais , et dont nous n'avons parlé que sous le point de vue physique : ce sont Malte , GozzoçX. Comino.
Elles sont séparées de la Sicile par un bras de mer que
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Ton nomme Canal de Malte. D'après les recensemens les plus rëcens, Malte renferme 90,000 âmes, Gozzo 24,000, et la petite île de Comino n'a qu'une forteresse, une garnison et quelques habitans. Les deux premières seules méritent donc quelques détails.
La Valette est la capitale de Malte; ses principaux monumens ont été construits sous l'influence de ses anciens chevaliers, et donnent une juste idée de leur puissance passée. Le palais du Grand-Maîitre offre de vastes salles ornées de colonnes en marbre et des portraits des chevaliers les plus célèbres et de tous les grands-maîtres. L'église de Saint- Jean renferme les tombeaux de ces nobles défenseurs de la croix, et est décorée des dépouilles des Mahométans. Dans cette ville, qui fut fondée en i566 parle célèbre grand-maître dont elle porte le nom, on remarque encore 19 autres églises, 4 hôpitaux, de belles casernes, une riche bibliothèque publique, et un jardin botanique. Le port est partagé en deux , le grand et le petit , par une presqu'île sur laquelle est bâtie la principale partie de la ville. Citta- Vecchia ^ \i\[e épiscopale plus ancienne que la précédente, est importante par ses fortifications; au-dessous de sa belle cathédrale se trouve une grotte qui passe pour avoir été habitée par l'apôtre saint Paul. Dans les environs de cette ville on remarque un grand nombre de catacombes taillées dans le roc.
Malte est par ses travaux de défense Tune des possessions les plus importantes des Anglais. Mais sa population est dans un tel état de misère et de décadence , qu'elle est obligée à de fréquentes émigrations. Les villages de l'intérieur sont bâtis en pierre détaille, et décorés de jolies maisons bourgeoises.
Gozzo , environnée d'écueils , ne renferme que le bourg de Rabalto et plusieurs villages.
Les habitans de ces îles ont conservé leurs anciens usages, et le droit d'élire leurs magistrats.
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TABLEAUX STATISTIQUES
DU ROYAUME DES DEUX-SICILES , Comprenant 644 'billes , 599 bourgs et 2,1 56 villages et hameaux.
SUPERFICIE