‹ Précis de la géographie universelle (volume 2)Chapitre 38 sur 73 · VII · texte numérisé non relu

VII

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Les vins de ce royaume sont fort estimés; on connaît celui du haut Douro, vendu sous le nom de vin de Porto, si recherché par les Anglais; le muscat de Carcavelos et de Setubal, et les vins blancs de l'Algarve, principalement ceux de Farô et de Sines. Parmi les vins rouges, on doit citer, dans la province de Lisbonne, ceux de Torres-Yedras, plus légers que ceux de Porto; dans le Tras-os-Montès, ceux de Galafura et de Covelinhos, ainsi que ceux de Rancâo, Barca et Romaneiras.

Des produits de son sol , le Portugal exporte annuellement pour 5oo,ooo fr. d'amandes et de figues sèches, pour 2,000,000 d'oranges et 47^000 piptîs de vin, produisant une valeur de 44)00o,ooo de francs.

On est étonné que dans un pays soumis à une température aussi favorable, l'éducation des vers à soie et des abeilles soit pour ainsi dire dans l'enfance; le Portugal pourrait en tirer un grajnd avantage. Les autres produits du règne animal sont tout aussi négligés. Ses brebis devraient être une source de richesses : leurs troupeaux sont nombreux, surtout dans la province de Beira, d'où ils émigrent 1 hiver pour celle de l'Alem-Tejo : leur laine, moins fine que celle des brebis espagnoles, est cependant recherchée par les étrangers; l'exportation des laines ne dépasse pas une valeur annuelle de 4oo,ooo fr. Les chevaux sont inférieurs à ceux de la Castille et de l'Andalousie : ils sont petits, mais légers et bien faits. L'éducation et la culture pourraient facilement améliorer leur race et augmenter leur nombre, trop peu considérable. Plus nombreux, les mulets, grands, forts et dociles, pourraient ajouter à la richesse du pays,

La faune portugaise se compose d'un petit nombre d'animaux. Les loups peuplent les forêts et les montagnes; le chat sauvage habite les contrées désertes; la chèvre, également sauvage, n'est plus en aussi grand nombre qu'autre-

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fois, cependant on la rencontre encore dans la Serra de Gerès; le cerf, le daim et le sanglier se montrent quelquefois dans les bois; les lièvres y sont rares, et les lapins moins nombreux qu'en Espagne. Suivant un témoignage que nous ne récuserons pas, on trouve dans les bruyères des insectes du nord de l'Afrique, sur le revers de l'Estrella des papillons du midi de la France, et dans les montagnes de Tras-os-Montès des scarabées du nord (i). Toutes ces montagnes recèlent des vipères et d'autres reptiles venimeux. Dans les champs et jusque dans les maisons, on rencontre souvent le gecko de Mauritanie y saurien de la famille des lézards, objet d'horreur et de dégoût pour les Portugais, qui lui supposent des qualités malfaisantes, et qui n'apprécient pas les services qu'il rend, en détruisant mille insectes nuisibles.

Les fleuves et les côtes du Portugal abondent en poissons de toute espèce; on y pêche des- aloses et des anguilles d'eau douce et de mer, une immense quantité de sardines, des soles, des carrelets, des trigles, la murène tachetée {^tnurœna ophis).^ le scombre bonite (^scomher pelamis) et le xiphias espadon. Cette abondance de poissons, qui devrait être une des principales richesses du Portugal , fait regretter que le gouvernement ait laissé tomber d'importantes pêcheries. Loin de pouvoir, comme il y a trois siècles, aller rivaliser avec les pêcheurs hollandais sur le banc de Terre-Neuve, les pêcheurs portugais ont à peine les moyens d'explorer avec avantage les côtes de leur propre pays ; et cependant , malgré les frais considérables qu'exige leur profession, malgré les droits excessifs dont leurs produits sont surchargés, malgré l'état de délaissement dans lequel ils se trouvent, leur nombre s'élevait encore, il y a quelques années, à plus de 18,000; mais dégoù-

(0 Essai sfatisliquc de M. Ad. V.albi.

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tés de leur état, on dit que chaque année ils fournissent à la marine anglaise d'exceilens et d'intrépides matelots.

Des écrivains superficiels, ou portés à adopter trop facilement certains préjugés, ont représenté la nation portugaise comme abrutie par l'ignorance et le fanatisme. Quelques mots sur la religion , les mœurs et la littérature de ce peuple serviront à rectifier les erreurs qu'on s'est plu à répéter. Dans ces derniers temps, la tolérance a fait des progrès en Portugal comme dans la plupart des Etats soumis à la civilisation européenne. Le catholicisme est la croyance de toute la nation, mais les autres religions sont tolérées. Les principes publiés par les cortès en 1821 ont amené cet heureux résultat en faisant abolir le tribunal de l'inquisition, qui depuis long-temps n'avait plus d'appui dans l'opinion publique. Le nombre des ecclésiastiques a été considérablement exagéré par les géographes du siècle dernier, et des écrivains du premier mérite ont accrédité les erreurs en les répétant (1). Des renseignemens précis, publiés depuis long- temps et confirmés par des détails récens, fixent le nombre des religieux des deux sexes et des membres du clergé séculier à 29,000 (2). Le haut clergé se compose de i3 évêques et de 3 archevêques, dont celui de Braga porte le titre de patriarche-primat, dignité qui fut

(0 L'article Portugal du Dictionnaire d'économie politique de l'Encyclopédie méthodique porte l'état ecclésiastique de ce royaume à 3oo^ooo individus.

Baurgoing , dans son Nouveau Voyage en Espagne ( Paris , 1 797, 3 vol. in-S** ) ; Dumouriez , dans son Etat présent du Portugal ( 1 vol. in-4, 1 797)? les évaluent à 300,000.

M. de Laborde , en 1808 , élève ce nombre à 280,000.

M. Bory de Saint- Fine ent , dans le Guide du voyageur en Espagne (1828), le porte à plus de 200,000.

(^) Ce nombre, calculé par M. Jd. Balbi dans sa Statistique du Portugal , n'est point au-dessous de la vérité ; nous croyons même qu'il tend plutôt à diminuer qu'à rester stationnaire. Il est assez singulier qu'on Tait tant exagéré quand on pouvait, par le nombre de couvens, évaluer celui

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créée en 1716. Le gouvernement constitutionnel de dona Maria, fille de don Pedro, a aboli les couvens; leurs biens ont été déclarés propriétés de l'Etat, et tous les religieux en sont devenus les pensionnaires.

S'il faut en croire quelques observateurs, les mœurs du clergé ne seraient point irréprochables (i); elles présenteraient même l'image de la plus honteuse corruption. Cependant il paraît que depuis une vingtaine d'années les mœurs nationales se sont améliorées, et que le Portugais a même perdu quelque chose de son caractère original par ses fréquens rapports avec les étrangers. Ce n'est plus ce peuple superstitieux, outrageant sans crainte les saintes lois de la morale, et portant au pied des autels un cœur fermé au repentir. Ses soldats ne ressemblent plus à ceux qui, pendant la guerre de la Succession, ne consentirent à marcher que lorsque le roi don Pedro leur eut donné pour général saint Antoine, patron de Lisbonne. Le Portugais est encore superstitieux , mais il ne fut jamais fanatique. Docile à la voix de ses prêtres, il supporta l'inquisition, mais jamais il n'approuva les excès de cette horrible et révoltante institution. Ce qui caractérise encore cette nation , c'est une douceur qui ne se dément point, même pendant les commotions politiques; c'est une politesse qui se fait

des moines et des religieuses. En 1790 on comptait, suivant la Géographie de Stein, 418 couvens d'hommes et 1 08 de femmes , en tout SaG. On sait que le terme moyen des religieux par couvens est à peu près de 16 : un calcul simple porte donc ce nombre , à cette époque , à 8416 individus. En i83o on ne comptait plus que 363 cloitres : il n'y avait donc que 58o8 religieux et religieuses. En évaluant à 100 le nombre de ceux employés dans les hôpitaux, on aurait un total de 5yo8. Le Portugal renferme environ 4o54 paroisses; en supposant 5 prêtres par paroisse , on aura 20,270, et avec le clergé régulier '26,178. Ainsi donc, c'est dépasser le nombre probable que d'en admettre 29,000.

(0 Travels in Portugal, par J. Murphy (Londres, 1 798). — /.mÂ- , Bemerkungen auf einer Reise durcli Frankrcicli , Spauieu und vorziiglicU Portugal ( 1800).

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remarquer depuis les rangs les plus élevés jusqu'à la plus basse classe du peuple; c'est envers les étrangers une prévenance qui le distingue de l'Espagnol et le rapproche du peuple français, dont il a presque la vivacité. On lui reproche de l'indolence et de la présomption : les paysans de l'Estremadure et de l'Alem-Tejo sont en effet indolens et paresseux. Tous les Portugais se plaisent à vanter leur nation , mais c'est une conséquence du rôle important qu'ils ont joué sur le théâtre du monde, et du peu de lumières qu'on a laissé pénétrer dans leur pays. On répète depuis Link (i) que les Portugais sont dissimulés, vindicatifs et perfides. Il y a plus que de l'exagération dans cette assertion, ou ils sont bien changés. D'ailleurs, en se montrant sévère sur leurs défauts , il faut rendre justice à leurs qualités; ils sont en général fort attachés à leur patrie, amis généreux et fidèles à rempUr leurs promesses. M. Balbi , qui a observé ce peuple d'un œil impartial , dit que l'habi tant de la province de Minho est plein de feu, d'esprit et d'industrie; que celui du Tras-os-Montès rachète des dehors grossiers par des mœurs pures et simples, par sa bra- Toure et son activité; que celui de la province de Beira est le plus laborieux; que celui de l'Estremadure est le plus policé, et que l'Algarvien surpasse tous les autres par sa vivacité.

Dans le Voyage de du Ghâtelet (2) , le portrait physique des Portugais, copié par les géographes modernes, est loin d'être flatté. Nous en donnerons une idée plus exacte en disant qu'il est faux qu'ils soient basanés et qu'ils aient le nez retroussé et les lèvres épaisses : ils ont le teint des peuples méridionaux; ils sont d'une taille peu élevée, mais généralement bien prise: rien n'est plus rare parmi eux que

(0 Tom. I , p. 273. — (2) L'ouvrage intitulé Voyage du duc du Ghâtelet en Portugal, publié avec des notes de Bourgoing , en 1798 (2 vol. in- 8"), est de M Coimartin , Vnu dos cliefs royalistes de la Vendée.

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des individus estropiés ou contrefaits. La province de Minho , le Tras-os-Montès et les montagnes d'Estrella renferment les hommes les plus beaux et les plus robustes du royaume: leur peau est assez blanche, et leurs cheveux sont blonds ou châtains. Dans les autres provinces , le noir est la couleur dominante de la chevelure. La belle carnation des Portugaises^ leurs grands yeux noirs, leurs dents blanches et bien range'es, leurs longs cheveux d ebène, leur aimable vivacité, les mettraient au rang des Européennes les plus séduisantes, si à la grâce des Françaises elles joignaient la petitesse du pied espagnol.

La vivacité, la brillante imagination qui distinguent le Portugais , le rendent en quelque sorte affamé de dissipations : la musique, la danse, le spectacle, les processions et les combats de taureaux, en un mot, tout ce qui peut retracer les plaisirs des sens, a sur lui un empire irrésistible. Sa musique, vive et légère, n'est point sans attraits pour i étranger; les chants populaires, accompagnés du son de la guitare , seraient agréables et gracieux si les paroles n'en étaient point parfois trop licenciïfuses. La danse nationale appelée la Foffa est tellement lascive, qu'on ne peut s'empêcher de déplorer la corruption du peuple, en la voyant exécuter non seulement dans la campagne, mais au sein des villes et même sur les théâtres.

La langue portugaise, formée de l'idiome des anciens Turdetani et du latin, ne fut d'abord, comme toutes les langues italiques, qu'un jargon barbare qui se mêla de mots arabes sous la domination des Maures, et même de mots français, lorsque le comte Henri de Bourgogne et ses compagnons d'armes se fixèrent en Portugal. Au XIIP et au XIV^ siècle , elle acquit plus de régularité, et dans le XVP, elle atteignit cette douceur suave et cette mâle énergie si justement admirées dans les vers de Gamoens. Depuis cette époque , elle n'a fait que dégénérer. L'usurpation du trône

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de Portugal par Philippe II fut le signal de sa décadence : le despotisme, en arrêtant l'essor du génie, en réprimant rélan des pensées généreuses ; la bassesse , en substituant le langage de la flatterie à celui de la vérité, abrutissent les peuples et corrompent leur langage. Le portugais n'a point les sons gutturaux de l'espagnol: il est riche et sonore, mais la fréquence des hiatus et des terminaisons nasales, la propension qu'il a au néologisme, la facilité avec laquelle il s'empare des mots des autres langues, nuisent à son harmonie et feraient croire à sa pauvreté, si plusieurs écrivains modernes n'avaient prouvé tout le parti qu'on peut tirer de cette langue (i).

Ce serait une grande erreur de croire que , parce que la littérature portugaise est peu connue en Europe, elle ne mérite point de l'être : le Portugal a produit jusqu'à l'époque actuelle des savans et des écrivains d'un grand mérite. Depuis Gamoens, quelques uns de ses poètes ont su se faire une réputation parmi leurs compatriotes; s'ils ne se sont point élevés jusqu'au sublime dans le genre héroïque; si ceux qui se sont consacrés à la muse dramatique n'ont pu tirer le théâtre portugais de son obscurité, la poésie didactique, et surtout la poésie lyrique, ont fait surgir de la foule des versificateurs des noms honorablement connus. Enfin, disons-le franchement, les derniers événemens politiques, en donnant plus d'énergie à la pensée, ont fait sortir des rangs de la bourgeoisie des législateurs et des savans qui ont prouvé que si la masse de la nation n'est point encore digne de jouir des institutions fondées parla sagesse de don Pedro, les lumières répandues dans les classes supérieures auront un jour une heureuse influence sur les destinées de ce pays. La poésie, l'éloquence, les sciences physiques et naturelles y sont cultivées, et nous

(0 Vo^/ez l'Atlas ethnographique du globe, pat M. Ad. Balbi.

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croyons, d'après des renseignemens précis, pouvoir estimer à plus de 100 le nombre d'ouvrages relatifs aux différentes branches des connaissances humaines, qui sortent annuellement de ses imprimeries (0. Ce nombre est certainement plus considérable que ne pourrait le faire supposer l'état intellectuel du peuple portugais. Il y eut même un moment où la liberté de la presse et l'intérêt des questions politiques avaient élevé à plus de 3o les journaux publiés en Portugal.

Les beaux-arts y sont dans un état encore moins satisfaisant , faute d'encouragemens donnés par les riches et le gouvernement. La musique est, pour ainsi dire, le seul dans lequel plusieurs Portugais se soient rendus célèbres. Si de la littérature et des beaux-arts nous passons à l'éducation des masses, nous dirons qu'il est inutile d'accumuler les raisonnemens pour prouver un fait que l'on n'est que trop porté à croire d'après une foule d'indices; c'est que l'instruction publique élémentaire est très-négligée en Portugal 5 et qu'à l'exception de l'Espagne , qui lui est fort inférieure sous ce rapport , il est peu de pays où le nombre relatif d'écoliers soit moins considérable (2). Cependant les établissemens d'instruction destinés aux enfans des classes riches ou privilégiées peuvent supporter la comparaison avec ceux des autres Etats de l'Europe ; l'enseignement des sciences est confié à des professeurs habiles, et de bons ouvrages nationaux en facilitent l'étude.

Depuis les changemens arrivés en 1821 dans la forme de son gouvernement, le Portugal a plus d'une fois attiré l'attention de l'Europe. La constitution qui confia le pouvoir législatif au roi et aux cortès, fera long-temps époque dans les annales de ce pays; cependant une véritable repré-

'^0 Essai statistique du Portugal.

v') Voyez les Taldeaux stalisti^jues ci-après.

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sentation nationale n'était point une innovation pour les Portugais, puisque l'établissement des cortès remonte à la fondation du royaume de Léon et de Castille, au VHP siècle, et se retrouve dans les premiers temps de la monarchie portugaise. Dès l'origine de ces assemblées, qui se formèrent autour du trône électif des princes germains ou gothiques, et qui se composèrent des grands propriétaires ou barons auxquels le droit de conquête donnait celui de constituer à eux seuls le corps de la nation, on les vit investies de la prérogative de contrôler le pouvoir des rois et de' le retenir dans de justes limites par le refus des subsides. A cette noblesse militaire se joignit dans la suite le clergé, d'autant plus puissant que la bannière de la croix était, pendant la lutte contre les Maures, le drapeau de l'indépendance. L'envahissement des Suèves et des Visigoths n'avait point détruit dans la Péninsule hispanique les fonctions de ces agens institués par les Romains dans les villes notables, et qui subsistent encore sous le nom de procuradores.Ws formèrent la troisième classe des membres dont se composaient les cortès espagnoles et portugaises. Ces assemblées délibéraient sur les lois et votaient les impôts. Elles restreignaient même, plus que nos assemblées modernes, les prérogatives de la couronne, puisque dans les cortès de Coïmbre, en 1387, sous le règne de Jean 1", les députés des villes s'opposant à la guerre avec la Castille, le roi répopdit que la paix ou la guerre serait toujours faite selon l'avis de ses peuples. Enfin elles étaient investies d'un pouvoir que Ton regarderait aujourd'hui comme révolutionnaire, puisque dans l'espace de 525 ans les cortès portugaises ont élu cinq rois : Alphonse P^, comte de Portugal ; Alphonse III, après la déposition de son frère Sanche II par le pape ; Jean après l'extinction de la branche légitime de la dynastie bourguignonne; Jean lY, chef de la dynastie de Bragance, après Vexpulsion des Espagnols; et

KUftOPE : Royaume de Portugal. oSg

Pierre 11 , en 1 667, après la destitution d'Alphonse VI, tombé dans une sorte de délire. Si la petite propriété eût pu être représentée dans les cortès, cette antique constitution aurait eu peu de chose à envier à celle de l'Angleterre ou de la Suède; mais il aurait fallu que le souverain n'eût jamais pu, sous aucun prétexte^ se dispenser de les assembler régulièrement, tandis que depuis 1697 elles cessèrent d'être convoquées.

Les successeurs d'Alphonse VI furent Pierre II, qui, en 1668, fît reconnaître l'indépendance du Portugal par l'Espagne; Jean V, qui monta sur le trône en 1706; Joseph, qui régna depuis 1760 jusqu'en 1777, et qui laissa la couronne à sa fille Marie , qu'il avait mariée à Pierre son frère cadet. Sous le règne de cette princesse le Portugal entre dans la première coalition contre la république française en 1793. Attaquée en 1 799 par une maladie qui l'empêchait de vaquer aux affaires, son fils, le prince du Brésil, est nommé régent du royaume, titre qu'il garde jusqu'en 1816, époque de la mort de la reine. En 1799, le Portugal s'était uni aux différentes puissances coalisées contre la France; la guerre dura jusqu'à l'époque du traité d'Amiens en 1802. Cependant la rupture qui eut lieu en 1807 amena de nouveaux événemens. Une armée hispano-française envahit le territoire portugais le 29 novembre. La famille royale se réfugie au Brésil, et le général Junot est nommé gouverneur général du Portugal. En 1808, une insurrection fomentée par l'Angleterre éclate; les Anglais débarquent au mois de juillet, et le 3o août les Français évacuent Lisbonne. En 1809, une armée française sous les ordres du maréchal Soult entre en Portugal, mais ne peut s'y maintenir; l'année suivante, le maréchal Masséna fait une nouvelle invasion et s'établit dans le pays jusqu'en i8i4, que l'armée anglo-portugaise l'oblige à évacuer.

Pendant cette longue série d'invasions et de guerres, les

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Portugais s'étaient éclairés sur leurs droits et leurs intérêts: les Français avaient été repoussés, niais les Anglais n'avaient vendu leurs secours qu'en ruinant l'industrie, le commerce et la marine du Portugal. Ce fut dans ces conjonctures que le 24 août 1820 une révolution éclata à Oporto, dans le but de donner au royaume une constitution. Un gouvernement provisoire est installé le i5 septembre à Lisbonne; un congrès national est convoqué; une nouvelle constitution rédigée par de nouvelles cor-* tès, composées de députés nommés par des électeurs élus eux-mêmes par tous les citoyens jouissant de leurs droits civils, établit en Portugal une véritable représentation nationale, beaucoup plus puissante que dans les autres gouvernemens représentatifs de l'Europe, puisque l'initiative des lois appartenait à l'assemblée législative. Le prince du Brésil, roi sous le nom de Jean VI, depuis la mort de sa mère, arrive à Lisbonne le 3 juillet, accepte et jure la constitution, dont les heureux effets se firent bientôt sentir. Mais le clergé, les moines, la noblesse et la magistrature, soutenus par la reine qui avait refusé de prêter serment à la constitution, en complotaient sourdement la ruine. Cette princesse, aidée par son fils don Miguel, parvint à fomenter des troubles sérieux, à ébranler la fidélité de l'armée, et bientôt une insurrection générale éclata au mois de mai 1823. Afin de prévenir les horreurs de la guerre civile, les cortès se séparèrent après avoir protesté solennellement contre la violence qu'elles subissaient.

Le Brésil s'était, en 1822, déclaré indépendant du Portugal, et avait proclamé empereur don Pedro, fils de Jean VL Ce dernier mourut en 1826, laissant à sa fille Isabelle-Marie la régence du royaume, en attendant que l'héritier légitime ait donné ses ordres à cet égard. Don Pedro ne fit usage de ses droits d'hérédité que pour rétablir en Portugal le gouvernement représentatif, mais sur des

KUROPE : Royaume de Portugal. 54 1 bases plus monarchiques, et qui parurent satisfaire la partie éclairée de la nation plus que ne l'avait fait la constitution des cortès. Après avoir ainsi fixé selon ses vœux la position politique des Portugais, il abdiqua le 2 mai 1826 en faveur de sa fille dona Maria da Gloria. Mais cette princesse, encore enfant, ne put jouir de la possession de son royaume, que son oncle don Miguel usurpa en 1827. Une junte établie à Terceira, l'une des Açores, représenta le gouvernement légitime, tandis que l'usurpateur jouissait en despote de la souveraineté de fait. Cependant don Pedro, qui avait abdiqué la couronne du Brésil en faveur de son fils, entreprit en iS3i de placer sa fille sur le trône : à l'aide d'une ai mée de volontaires levée en Angleterre et en France, il accomplit cet acte de dévouement à sa patrie, et lorsqu'il eut consolidé la nouvelle constitution, la mort vint l'enlever comme si sa tâche était complètement terminée.

Après cet aperçu de l'état politique et moral du Portugal, que nous avons cherché à rendre précis en puisant aux meilleures sources, notre tâche ne consiste plus qu'à décrire les principales villes, et celles qui, moins importantes, offrent quelque intérêt au voyageur ou à l'historien: nous réservant de rassembler, dans les tableaux qui termineront ce livre, les renseignemens statistiques propres à faire apprécier la force réelle de ce royaume.

Il est difficile de se faire une idée du jnagnifique spectacle qu'offre le port de Lishonne (^Lisboa)^ que tous les marins s'accordent à regarder comme un des plus beaux mouillages du mondes II est défendu par le fort Bugio^ îitué sur une île à l'embouchure du Tage, et par celui de San-Juliao^ placé sur sa rive droite. La ville s'élève en amphithéâtre sur cette même rive. Elle occupe un espace i'environ trois lieues de longueur sur une largeur de plus l'une lieue. Le Tage, malgré la vaste baie qu'il rempht,

LIVIU'. CE^T QUINZIKÎMf:.

n'offre aux navires qu'un passage étroir, et dangereux; la barre que forment ses eaux, qui luttent contre les flots de l'Océan, oblige le navigateur prudent à ne tenter d'entrer dans le port que lorsqu'il est guidé par un pilote côtier. La vue de cette vaste capitale ferait croire qu'elle renferme une immense population , si Ton ne savait, par des renseigneraens exacts, qu'elle ne s'élève pas à plus de 260,000 âmes. Elle est divisée en deux villes : l'ancienne, qui, échappée au terrible désasti-e de i755, n'est qu'une réunion de rues tortueuses, étroites et sales; et la nouvelle, qui, formée de rues larges, presque toutes bien alignées, et garnies de trottoirs, s'augmente de jour en jour. La! plupart des maisons, composées de trois à cinq étages, pré-* sentent des façades régulières et s'adossent à des jardinsJ( On compte dans les deux quartiers 35 1 rues droites et 21 5' rues de traverse, 60 places, dont 12 seulement méritent' ce nom. Les deux plus importantes sont la place du Commerce (^praça do Commercio)^ dite aussi place du Palais/ {^rerrciro de Paço)^ bornée d'un côté par le Tagé, et ornée* de beaux édifices, qui comprennent la bourse, la douane, la; maison des Indes, l'intendance de la marine, la bibliothè-, que royale, et d'autres bâtimens dont quelques uns ne sont point encore achevés : au centre s'élève la statue équestre en bronze de Joseph P"^; la place du Rocio, moins grande que la précédente, et que borde le vaste palais de 1 Inquisition, qui renferme aujourd'hui les bureaux des différens ministères : plus bas sont les prisons du Saint-Office. Les seuls édifices que l'on puisse citer à Lisbonne sont le palais royal, construit dans le faubourg d'Ajuda , et qui, lorsqu'il sera terminé, sera l'un des plus vastes de l'Europe; deux autres palais du roi : celui de Bemposta^ dans lequel jI donne audience, et celui de Necessidades^ destiné à loger les princes étrangers; l'arsenal de la marine, où l'on voit une salle d'une grandeur extraordinaire; le collège des no-

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bles , remarquable par son beau manège; le palais de Calhariz , édifice réservé à l'académie des sciences et à celle de fortification; le théâtre de San Carlos^ qui, par ses dimensions, peut être comparé aux théâtres de second ordre de l'Italie ; la cathédrale , connue sous le nom de Basilica de Santa Maria ^ vieil édifice restauré dans le goût moderne depuis le célèbre tremblement de terre; l'église du couvent de Jésus, bâtiment remarquable par la hardiesse de son dôme, et le plus magnifique qui ait été construit a Lisbonne depuis cette affreuse catastrophe; enfin l'église des Martyrs, élevée sur l'emplacement où Alphonse défit les Maures; édifice antique que les révolutions physiques ont épargné, comme pour rappeler aux Portugais l'énergie avec laquelle ils conquirent leur indépendance.

Lisbonne renferme plusieurs établissemens dont les noms seuls suffisent pour attester leur utilité; nous placerons au premier rang l'observatoire de la marine, dont plusieurs travaux ont servi à l'avancement de la physique céleste; l'académie royale de marine, qui a fourni plusieurs marins distingués ; l'école royale de construction et d'architecture navales ; l'académie royale de fortification, d'artillerie et de dessin; l'école royale de chirurgie et celle de sculpture. Nous citerons encore l'école de commerce, le collège royal militaire, celui des nobles, les écoles royales du monastère de Saint-Vincent de Fora ^ où l'on enseigne les langues anciennes et le français, la physique, la géométrie et la philosophie; l'école royale de dessin et d'architecture civile, dont les cours durent 5 années; l'institut de musique (^seminario musical) , où l'on enseigne le chant, la musique instrumentale et la composition; le collège royal de Saint-Patrice, créé en 1690 pour l'instruction des prêtres missionnaires irlandais ; le collège royal des catéchumènes, fondé en 1679 pour instruire dans la religion les

infidèles convertis; le collège de Saint- Antoine et de Saint- Pierre, destiné aux orphelins et aux enfans vagabonds; les écoles royales de la congrégation de l'Oratoire, où l'on enseigne principalement le latin; enfin les écoles de grammaire, de rhétorique et de philosophie , établies à l'hospice royal de Notre-Dame de Necessidades. A ces différens , collèges se joignent encore plusieurs étabhssemens particuliers.

L'académie royale des sciences de Lisbonne est le premier corps savant du royaume; cette ville a depuis peu une société d'encouragement pour l'industrie nationale; elle possède des bibliothèques , un musée d'histoire naturelle, un jardin botanique, et d'autres collections scientifiques, mais qui ne peuvent soutenir aucune comparaison avec ceux des principales capitales de l'Europe.

11 y a 20 ou 3o ans, on n'était point en sûreté dans les rues de Lisbonne : les meurtres s'y commettaient en plein jour; l'assassin trouvait 1 impunité dans le sanctuaire des temples ; les soldats arrêtaient la nuit les passans en leur demandant l'aumône , et s'emparaient de force de ce qu'il» leur refusaient. Il n'y avait ni garde ni police pour arrêter ces désordres. Aujourd'hui, qu'on emploie tous les moyensi propres à assurer la tranquillité publique , les vols et les homicides sont devenus très-rares.

La grandeur imposante de quelques uns des édifices d& Lisbonne n'est rien en comparaison de l'aqueduc de Bemfica (^agoas liçres)^ qui porte à cette capitale la plus grande partie des eaux qu'elle consomme. C'est l'un des plus magnifiques ouvrages de l'Europe moderne. 11 peut supporter la comparaison avec ce que les aticiens ont fait de plus beau dans ce genre. Sa longueur totale est de 56,38o pieds: la plus grande de ses arches a 206 pieds de hauteur et 100 d'ouverture. Les environs de la ville offrent de beaux sites et quelques lieux intéressans par les souvenirs. Oeiras^

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maison de plaisance donnée par le roi Joseph au marquis dePombal, fut, en 1775, habitée par le monarque pendant qu'il prenait les eaux d'Estoril , et le ministre profita du séjour de ce prince pour transformer une simple foire de village en une exposition des produits de l'industrie portugaise : idée ingénieuse qu'on n'a fait que modifier depuis dans d'autres pays , et particulièrement en France , où elle a excité une émulation salutaire. Cintra est célèbre par la capitulation en vertu de laquelle l'armée française, épuisée, évacua le Portugal en 1808. Mafra^ sur le revers occidental de la chaîne à laquelle appartient le Monte Junto , est remarquable par le couvent , le palais et l'église qu'y fit bâtir Jean V, afin d'accomplir le vœu qu'il avait fait pour la naissance d'un fils. Ces trois constructions , dues au talent d'un architecte étranger, et embellies par des peintres et des sculpteurs de différentes nations, forment le plus magnifique édifice du royaume. Loire§^ à 3 lieues de Lisbonne, est connue par ses plantations d'orangers qui fournissent les plus belles oranges du Portugal. CampO'Gj'ande , -peuiplé de i3oo habitans, est le rendez-vous de la noblesse portugaise : c'est dans sa longue plaine, entourée d'arbres et de jardins, que la cour et la ville vont étaler le luxe de leurs chevaux et de leurs équipages. Les différens lieux que nous venons de citer ne sont point des villes privilégiées (citades), mais des bourgs ou petites villes sans municipalité ( -villas ).

Le reste de \ Estremadure renferme peu de villes importantes; il faut cependant citer Leiria^ petite ville épiscopale, où l'on voit encore le palais ruiné du roi Denis, auquel les Portugais décernèrent le titre de grand; le bourg de Batalha , dont le superbe couvent, bâti par Jean F*^, est l'un des plus beaux morceaux d'architecture normano-gothique, et qui renferme le mausolée de son fondateur, et les chapelles mal entretenues destinées à la sépulture des VII. 35

rois. Santarejn^ ville de 8000 âmes, bâtie sur une haute montagne, et défendue par une vieille forteresse, fut pendant long-temps la résidence des souverains 5 enfin Sètuhal^ sans avoir le rang de cité, peut passer pour une ville importante. Ses nombreuses salines, ses vins et ses oranges alimentent son commerce. Quelques savans ont pensé qu'une langue de terre appelée encore Troja , qui s'étend à peu de distance de l'embouchure du Sado, et sur laquelle on a trouvé plusieurs restes d'antiquités, annonçait l'emplacement d'une colonie phénicienne.

Dans la province de Beira^ Coïmhre ou Coimbra^ sur les flancs d'une colline qui domine le Mondego, est aussi triste à habiter qu'elle est agréablement située \ cependant l'importance de cette ville sous les Romains, les Alains et les Maures, et plus encore sa population, la beauté de quelques uns de ses édifices, le nombre de ses établisseniqns publics, la réputation attachée à son université et à son observatoire, l'avantage dont elle jouit comme siège de la direction générale de l'instruction publique du royaume , lui ont depuis long-temps mérité le rang de chef-lieu qu'elle occupe. La petite ville épiscopale àiAveiro^ à l'embouchure de la Vouga, recouvre l'importance maritime et la salubrité qu'elle semblait avoir à jamais perdues.

Dans les montagnes où le Mondego prend sa source, l'antique cité de Viseu , résidence d'un éveque , s'enrichit par son commerce de bijouterie, d'orfèvrerie et de draperies. A l'extrémité - septentrionale de la province, Lamego^ dans une campagne fertile, entre le mont Penude et le cours du Douro , est célèbre par la réunion des cortès de ii44? c[ui fondèrent une constitution par laquelle l'autorité royale était retenue dans de justes limites , et qu'Alphonse jura de maintenir au nom de ses successeurs.

EUROPE : Royaume de Portugal. 547 Plus petite que les précédentes , la province à'Entre- Douro et Minho a pour chef-lieu ^ra^a, bâtie sur une hauteur entre le Cavado et la Deste. Les plus beaux édifices sont le palais de l'archeYeque , le séminaire et la cathédrale, antique église, dont une des chapelles est consacrée au rite niosarabique. Cette ville renferme encore plusieurs restes imposans de la domination romaine, tels qu'un aqueduc, un temple et un amphithéâtre. Porto ^ la seconde ville du royaume par sa population , que l'on porte à 70,000 âmes, occupe une position magnifique à l'embouchure du Douro, sur deux collines nommées la Sé et la Victoria. Elle est divisée en ville basse et ville haute , partagée en 5 quartiers, dont 2 sont entourés d'une muraille de 3o pieds de hauteur, et les 3 autres ouverts. Douze places principales, de belles églises, plusieurs établissemens d instruction et de bienfaisance, une école de marine et de commerce, une de chirurgie et d'anatomie, le palais de la cour d'appel, l'hôtel de ville, l'évêché, l'hôpital royal, la cathédrale, l'église des Glerigos, de vastes magasins destinés pour ses excellens vins , sont dignes de l'importance de cette cité commerçante. L'industrieuse Guimaraens ou Gaimaraes . que l'on pourrait surnommer la jolie , fut anciennement la capitale du royaume.

Miranda , petite cité épiscopale, que l'on surnomme Miranda de Douro pour la distinguer d'une autre Miranda dans la province de Beira, est la capitale de la province de Tras-os-Montès ; elle renferme environ 5ooo habitans; Moncoivo ou Torre de Moncorvo , l'antique Narhasorum^ est mal bâtie, et moitié moins peuplée. Bragance ou Bî^aganca^ l'ancien Brigantinum^ s'élève au milieu d'une fertile plaine; c'est dans ses murs que don Pedro le Justicier épousa secrètement l'infortunée Inès de Castro. Chaçes^ sur un plateau près de la Tamega, qui coule encore sous le pont de 18 arches bâti par Trajan, était célè-

bre chez les Romains par ses eaux minérales, qu'ils appelaient Aquœ-Flauiœ Turodomm.

La province (T Alem-Tejo , c'est-à-dire au sud du Tage , non moins montagneuse que celle de Beira, mais plus étendue , trois fois moins peuplée , et la moins riche du royaume, ne renferme que des villes de peu d'importance. Evora^ sa capitale, siège d'un archevêché, porte le titre pompeux de seconde ville du Portugal, quoiqu'elle n'ait pas plus de 10,000 âmes. Elle doit ce titre à la faveur qu'elle eut de servir de résidence à plusieurs rois. Elle est située sur un plateau de la chaîne qui forme la prolongation de la Serra d'Estremoz; son ancien nom ^Ebora annonçait l'abondance , comme celui de Cerealis que lui donne Pline. La flatterie de ses municipaux lui valut l'honneur de porter le surnom de Liheralitas Julia; on y voit encore des restes de cette libéralité des empereurs qui employaient une partie de l'or des peuples asservis à la construction de quelques monumens. Le bel aqueduc attribué à Quintus Sertorius s'y fait remarquer par sa belle conservation. Vers son extrémité, un petit monument circulaire rappelle par son élégance celui qu'à Athènes on connaissait sous le nom de lanterne de Démosthene. Un autre monument , où les sacrifices aux dieux ont été remplacés par des sacrifices aux hommes, est le temple de Diane, qui sert aujourd'hui de boucherie. On a rassemblé dans un musée les objets d'antiquité découverts à Beja. Estremoz est connue par ses poteries et ses vases de terre, dont la porosité favorise Févaporation de l'eau en abaissant sa température. Sur une colline escarpée, à 2 lieues de la rive droite de la Guadiana , s'élève la vieille ville épiscopale fïElmSy la plus forte place de guerre du Portugal : on y voit une vaste cathédrale, un aqueduc et un théâtre. Bej'a, fondée par les Romains sous le nom de Pasc Julia, renferme encore quelques monumens antiques. Serpa est im-

EUROPE : Royaume de Portugal S^t) portante par son commerce de contrebande, Portalègre par sa grande manufacture de draps , et Villaviçosa par son château royal et son port immense.

Dans la petite province d AJgarve^ à laquelle les souverains du Portugal ont conservé le titre de royaume , on ne compte que 4 ailles dignes d'être nommées. Faro^ la capitale, assez bien bâtie, avec un port à l'embouchure du Falformosoj fait de grandes exportations en oranges et en autres fruits; Ta^>ira^ sur la côte, à 8 lieues à l'est, est une jolie cité presque entièrement peuplée de pêcheurs; à lo lieues à l'ouest de Faro, Villa Nova de Portimao possède un petit port très-fréquenté; Lagos^ située au milieu d'un terrain fertile et dont le port fut, dit-on, creusé par les Carthaginois, serait celui de Lacobriga; Sagres ^ petite place fortifiée, doit son nom au Sacrum promontorium ^ aujourd'hui le cap Saint- Vincent; enfin, sur le revers de la Serra de Monchique , on trouve la jolie petite ville de Monchique^ que sa situation romantique et ses sources chaudes ont mise à la mode parmi ceux qui vont chercher aux eaux la distraction autant que la santé.

« Une navigation occidentale de 220 lieues nous conduit à l'archipel des îles Açores^ qui, ainsi que nous l'avons dit précédemment, appartient évidemment à l'Europe, et qui a tiré son nom de la grande quantité de milans [falco mihus^ en portugais azor) dont elles se trouvaient peuplées lors de la découverte. On les appelle aussi Terceiras^ d'après la plus grande d'entre elles, ou Flamandes^ Fiamengas^ d'après les navigateurs flamands qui s'y rendirent presqu'en même temps que les Portugais, et qui les peuplèrent en partie. Les Anglais les ont désignées quelquefois sous le nom de Western Islands^ îles occidentales (i).

a Elles gisent du sud-ouest au nord-est, en formant trois

(0 Elles furent découvertes au milieu du XV'^ siècle par un marchand ilamand.

55o LIVRE CENT QUINZIEME.

groupes. Celui du sud , le plus proche de la route que suivent les vaisseaux venant d'Europe, se compose des îles Sainte-Marie et Saint-Michel. Le groupe du milieu comprend Terceire^ Saint-George ^ Gracieuse^ Payai et Pico ou l'île du Pic - au nord, se trouvent Flores et Cor^^o. L'air y est sain, le climat agréable et plus doux que dans les pays de l'Europe situe's sous la même latitude. La chaleur de l'été est tempérée par des brises de mer, et l'hiver se marque seulement par des temps couverts, des pluies et des vents qui prennent quelquefois la force d'un ouragan. Jamais le froid n'y est assez sensible pour forcer les habitans à chauffer leurs appartemens. La neige et la glace ne paraissent que rarement sur les sommets des plus hautes montagnes. Les tremblemens de terre sont le seul fléau de ces îles fortunées, dont la nature volcanique est attestée par la forme des montagnes, par des cratères des déchiremens dans leurs flancs, de nombreuses cavernes, par des laves, pierres ponces et cendres qu'on y foule partout, et surtout par neuf volcans actifs, répartis dans cinq de ces îles. Les côtes sont généralement hautes, escarpées; le sol est peu profond , mais très-fertile , et bien arrosé par des ruisseaux frais et limpides. On y récolte et l'on en exporte du lin, du froment, de l'orge, du maïs, du millet, des légumes, des olives, des oranges, des citrons, et une quantité de bon vin , qui passe fréquemment pour du Madère. Jadis on en évaluait le produit à 34,ioo pipes (i) ; il a du augmenter par les demandes des Anglais. Le pastel y formait autrefois une importante branche de commerce ; on y cultivait aussi la canne à sucre. Parmi une grande variété d'arbres, on remarque le bananier, mais surtout le citronnier- cédrat, qui forme le plus bel ornement des forêts. Les coteaux brillent d'upe verdure perpétuelle. Il y a de très-gros bœufs^

CO Brue , dans Lahal , Afrique occidentale, t. V, p. 285.

EUROPE : Royaume de Portugal. 55 1

beaucoup de cochons et de moutons, de bons mulets et des ânes.

« La mer offre une étonnante richesse de poissons déli cats, des tortues de la petite espèce, et plusieurs testacés, parmi lesquels on distingue deux sortes d'excellentes huîtres, appelées dans le pays lapas et cracas. La pêche du cachalot, aujourd'hui négligée, y était autrefois très-lucrative.

« L'excellent climat des îles Açores en favorise tellement la population, qu'elles ont pu fournir des colons au Brésil et même à la province d'Alem-Tejo, dans le Portugal. D'après un recensement publié en 1789, le nombre des habitans s'élevait à i5o,i74i0; en 1826 on le portait à 220,000. Saint-Michel , Fayal et Gracieuse sont les mieux peuplées. Les habitans sont tous blancs, à l'exception d'un petit nombre de nègres employés comme domestiques. La noblesse, qui est nombreuse, possède une grande partie du terrain. Les habitans laborieux , sobres et de bonne constitution, manquent de moyens d'instruction. Dans les bonnes années, les Açores peuvent expédier pour le Brésil, le Portugal, l'Angleterre et d'autres pays du nord, une cinquantaine de vaisseaux chargés de grains, fruits, miel, légumes, farines , viandes salées, lard, orseille, grosses toiles, eau-de-vie, vin, vinaigre, etc.; mais le manque absolu d'un port spacieux, sûr et profond, empêchera toujours le commerce de ces îles d'acquérir une haute splendeur. »

Saint-Michel ou San-Miguel^ la plus proche du Portugal , a 17 lieues de longueur et 2 à 6 de largeur. Sa population, en 1820, était de 82,000 âmes.

« De hautes montagnes bordent la côte à l'est et à l'ouest; vers le milieu, les hauteurs abaissées prennent des formes

(') f^inceni Tofino , Derroîcro di las coslas de Espanna.

552 LIVIUE CENT QUINZIÈME.

coniques : toutes portent des traces d'éruptions volcaniques, dont la dernière eut lieu en 16S2. Aujourd'hui les cratères qu'on voit encore sur la plupart des montagnes, principalement à l'ouest, sont transformés en lacs. Les naturalistes admirent entre autres, dans la partie de l'est, un vallon profond et très-romantique, appelé Fumas (0, qui paraît être un volcan écroulé. Il a la forme ovale, et un peu plus d'un mille géographique de circonférence. Des montagnes hautes, escarpées et couvertes de cèdres en marquent le pourtour. Une partie de ce vallon offre l'aspect d'un paradis terrestre, tandis que l'autre, plus enfoncée, est remplie presqu'entièrement de pierres ponces réduites en poudre. L'enfoncement est occupé par un lac assez con» sidérjible d'eau douce, et par plusieurs sources d'eaux minérales et sulfureuses, tant chaudes que froides : elles donnent naissance à \di Riheira- Quente ^ petite rivière dont les eaux fumantes se fraient un passage à travers les fentes des rochers, et débouchent au sud- est à la mer, où, à une distance considérable de la côte, on voit en quelques endroits l'eau bouillonner avec violence.

«L'île, en général bien arrosée et très- fertile , est médiocrement cultivée. On ne tire pas non plus tout le parti convenable des productions minéralogiques, telles que soufre, sel ammoniac, marne, fer oxidé rouge, sulfure et sulfate de fer et pierres ponces. Les Hollandais exportaient jadis de la terre à foulon (2) , et au XVP siècle il y avait dans le val de Furnas une fabrique d'alun qui en fournit 4833 quintaux dans un espace de dix ans. La végétation brille du plus bel éclat , et de nombreux bosquets diversifient les paysages; îes^^ champs produisent, sans grands frais, d'excellent froment , du maïs , un peu d'orge , des fèves et

(0 Mason, dans les Trans. Philos., t. LXVIII , p. 1. Cordeyvo , Historia das islas siijetas o Portugal, p. 156.

{-) Mem. econ. da Socied. de Lisboa , t . I, 187 sq. 299 sq.

EUROPE : Royaume de Portugal. 553

du riz en quantité. Dans les jardins, on cultive des oranges d'excellente qualité, et bien d'autres fruits. Les vignes, établies principalement sur la lave décomposée, donnent annuellement 5ooo pipes de vin. Les pâturages sont bons et abondans. Le val de Furnas fournit du miel délicieux; la côte, des éponges qu'on néglige; et la mer surtout, des sardines qui nourrissent le bas peuple.

« Les habitans fabriquent de grosses toiles qu'on envoie au Brésil.

« Punta-Delgada^ la capitale de l'île, peuplée de 16,000 habitans , fait un commerce considérable des productions du pays , tant avec l'Europe qu'avec l'Amérique. Elle n'a cependant qu'une mauvaise rade , défendue par le fort de Saint-Braz. Riheira- Grande , ville de 6000 âmes, a de nombreux métiers pour toiles (i). Villa-Franca en compte 3ooo.

« Un phénomène du plus grand intérêt doit encore nous retenir quelques momens dans ces parages ; il faut considérer une de ces îles volcaniques, qui tantôt élèvent au-dessus des flots leurs sinistres sommets , et tantôt s'enfoncent de nouveau dans les abîmes. La mer des Açores renferme probablement plus d'une montagne volcanique semblable à celles qui, dans les îles, s'élèvent au-dessus de la surface des eaux.

« Sans nous arrêter à une tradition portugaise très-obscure, d'après laquelle l'île entière de Corvo serait sortie de la mer par une éruption volcanique, nous rappellerons que, dans le grand tremblement de terre de 17^7, qui bouleversa l'île Saint-George et fit périr i5oo personnes ou un septième de la population, on vit, selon plusieurs témoignages authentiques, mais peu circonstanciés, 1 8 îlots sortir de la mer à 3oo toises du rivage (2).

(0 Covdeyvo, p. i44 — Mercure de Madrid, décembre, i75't.

«Mais le seul volcan sous -marin parfaitement observé est celui qui se trouve auprès de l'île Saint-Michel. C'est pendant un violent tremblement de terre, en i638, qu'on vit ici des flammes et des bouffées de fumée sortir de la mer agitée : ce vaste incendie s'étendait sur un espace de plusieurs arpens, selon le rapport des pêcheurs; bientôt on vit des matières terreuses et des blocs de roche lancés en l'air, retomber dans la mer, où ils surnageaient : d'autres rochers noirâtres semblaient sortir de l'eau : quelques uns s'élevaient jusqu'à 60 brasses de hauteur; peu à peu toutes ces masses se réunirent en s'étendant sur un espace de 3 lieues de long sur une demi-lieue de large. Ces éruptions durèrent trois semaines; alors, dit-on, tous les rochers élevés au-dessus desflotsdisparurent sans laisser de traces (1^. Les pêcheurs témoins de cette catastrophe prirent des fragmens de rochers sortis de la mer; ils se brisaient en éclats, et ne laissaient qu'un gravier noirâtre : c'étaient donc des scories et du tufa volcanique. Le cratère du volcan avait servi d'abri à une quantité innombrable de poissons; c'était le rendez-vous ordinaire des pêcheurs de l'île; et lors de l'éruption, la mer rejeta une telle quantité de poissons morts , que l'air en fut infecté.

« Ici nous devons faire observer une circonstance de peu d'importance en elle-même , mais qui , par ses conséquences , peut devenir du plus grand intérêt pour l'histoire naturelle et la géographie physique. Les autorités que nous venons de citer s'accordent à fixer l'époque de cette éruption mémorable à l'an i638. Néanmoins Buffon affirme que cet événement eut lieu en 1628; il s'appuie de l'autorité de Mandelslo, fameux voyageur; mais en cherchant dans l'édition originale allemande de la relation de Mandelslo.

(0 Cordeyro,p. 1^0. Kircher , Mund. Subtcrr. , t. I , lib. 11 , cap. 12 , p. 83. Gassendus, de Vitâ Epicuri, t. II, p. io5o.

EUROPE : Royaume de Portugal, 555

publiée en i658 par Oléarius, on ne trouve absolument rien sur cette éruption : il en est de même pour la traduction hollandaise. Ce n'est que dans la traduction française, par Wiquefort (Paris, 1678 ), et dans celle donnée en anglais dans la collection de Harris (Londres , i^oS ), qu'on trouve le passage cité et transcrit par Buffon; il était naturel de rejeter une opinion aussi faiblement appuyée (1) ; mais si , cependant, par un hasard qui n'est pas sans exemple, cette opinion se trouvait confirmée par quelque nouveau témoignage; si Gassendi et Kircher s'étaient trompés en mettant i638 pour 1628, les trois éruptions connues de ce volcan , savoir, celle dont nous parlons et celles de 1720 et de 181 1, se trouveraient éloignées les unes des autres de 91 à 92 ans; ce qui permettrait de considérer ce volcan comme sujet à une période régulière. Un résultat aussi curieux mériterait qu'on fît de nouvelles recherches sur la véritable date de Véruptioiî du XVIF siècle.

« Quoi qu'il en soit de cette circonstance chronologique, la date de l'éruption de 1720 est bien constatée. Ce fut au mois de novembre de cette année qu'après un violent tremblement de terre, on vit s'élever entre les îles Saint- Michel et Terceira une île semblable à une montagne conique, et qui lançait des feux, des cendres et des pierres ponces: un torrent de laves enflammées descendit de ses flancs escarpés; elle s'agrandit au point d'avoir une lieue marine de circonférence, et d'être visible à la distance de 8 à 10 lieues. Mais bientôt elle s'affaissa ; et au mois de novembre 1728 elle avait entièrement disparu : la sonde rapporta 80 brasses à la place même où elle s'était montrée. On a beaucoup de rapports détaillés, unanimes et authentiques sur l'apparition de cette île (2), on en a même dessiné la

(•) Baspe y Insul. hist. nat. , cap. ii , § 26, 27. — (-') ^ï^ms .• Voyage (Londres, 1735), p. 28. De Montagnac , Mcm. de l'Acad. des Sciences de Paris, 1722, p. 12. Codronchi , Comment. Bonon, , I, 2o5.

vue sur les lieux (i); de sorte qu'il est difficile d'élever des doutes sur la réalité du fait. C'est cependant ce qu'a tenté de faire un sava nt hydrographe espagnol : il soutient que toute cette prétendue île n'était qu'un amas de scories et de pierres ponces lancées la même année par le pic des Açores, le pic de Camarinhas (dans l'île Saint-Michel), et d'autres volcans de cet archipel , et que les courans maritimes avaient entraînées et réunies (2). Mais la hauteur de l'île et la vue qu'on en a tracée réfutent suffisamment ces idées. Seulement il resterait encore à examiner si cette île a existé dans le même endroit que celle de 1628 ou de i638 : il y a des rapports qui la placent bien plus avant dans la mer.

« La même incertitude s'étend à l'île volcanique qui, au mois de juillet 181 s'est élevée dans ces parages. Les rapports des navigateurs, témoins oculaires, peignent l'effroi que leur inspirèrent cette révolution physique, la mer bouillante, une colonne de feu, de fumée et de cendres, s'élançant dans les airs , les bouleversemens d'une partie de l'île Saint-Michel, les poissons morts et les flots couverts de pierres ponces. Mais l'île volcanique se montra au sud-est de la grande île; ce qui semble ne pas convenir avec la position de l'île volcanique de 1720. Un capitaine anglais, présent à la naissance de cette île, lui donne trois milles de circonférence ; il lui imposa le nom de Sabrina , et en prit possession comme d'une découi^erte anglaise; mais bientôt la mer engloutit cette nouvelle possession britannique.

Sainte-Marie^ la plus au sud-ouest de toutes, et l'une des plus petites, n'a que 9 lieues de circonférence et ne renferme que 6000 habitans. Le sol, très-haut élevé dans

(0 Philosoph. Transact. , 1722, vol. XXXII , p. loo. (2) Finceni lo/îno, Dcrrotcro , p. 2 19.

EUROPE : Royaume de Portugal. SSy

lest, descend un peu vers le couchant. On y extrait du marbre et une terre argileuse qui donne la plus fine poterie. Elle possède encore une espèce d'oiseaux marins de Guinée, appelée garajaô. On en exporte du froment, du vin, des bestiaux, de la chaux et de la poterie. Porto et Villa- de-Santa-Maria sont les principaux lieux habités : ce dernier en est le chef -lieu. Au nord-est de cette île, à la distance de 5 milles, se trouvent les Formigas, groupe d'îlots et de rochers inhabités qui pourraient bien appartenir au sommet d'un volcan sous-marin.

« Terceira, ouTerceire, au centre du groupe, a des côtes généralement hautes et en partie inaccessibles. Sa circonférence est d'environ 20 lieues. Elle est très-sujette à des trémblemens de terre. Il s'y est même formé, en 1761, un volcan fort redoutable (t). Du reste, la terre végétale y est plus profonde que dans les autres Açores, et d'une extrême fertilité* aussi l'on y voit quelques forêts de cèdres, de châtaigniers, de mûriers, et des vergers de beaux citronniers, orangers et pommiers. Le vin du pays est médiocre ; mais les champs, bien cultivés, fournissent à une exportation considérable de froment. L'entretien des bestiaux, favorisé par de superbes pâturages, y est plus étendu que dans les autres Açores : aussi les fromages et les jambons de Terceire sont-ils renommés. La mer est riche en sardines, dorades, ombres, perches, barbeaux, et autres poissons plus rares ; la pêche est facilitée par les bas-fonds voisins de la côte.

« La population s'élève à 45,ooo âmes. Laborieux et sobres , les habitans de Terceira conservent encore une ancienne réputation de bravoure , qu'ils ont méritée en maintenant jusqu'à la dernière extrémité l'indépendance du nom portugais contre l'usurpation espagnole, et en se-

(0 Ilebhe: Rclntirm tic l'ile Fayal , elc. Stockholm, 1804.

couant ce joug odieux aussitôt que 1 élévation de la maison de Bragance leur fut connue (i). "

Fidèles à leurs principes, ce sont eux aussi qui, dans ces dernières années, ont soutenu les droits de la reine dona Maria.

« Angra, la capitale, renferme plus d'un tiers de la population. Elle est le siège des autorités ecclésiastiques, civiles et militaires de tout larcliipel. Les habitans exportent dans leurs propres vaisseaux des grains, du lin, des toiles et du vin. Angra est aussi la relâche ordinaire des vaisseaux portugais qui se rendent au Brésil et aux Indes.» Rendezvous des Portugais dévoués à leur patrie et à dona Maria, cette ville fut, depuis le i5 mars i83o jusqu'à la fin de 1 833, le siège de la régence qui gouvernait les Açores au nom de la reine. Ses fortifications furent mises à cette époque sur un pied très-respectable.

« L'île de Saint- George ou Saô-Jorge^ entre les îles Gracieuse et Pico, est haute, sans être montueuse. Elle a 9 lieues de longueur sur 2 de largeur. Dans le sud, il y a des vignobles dont le produit est préféré aux autres vins des Açores (2), et d'excellens pâturages. Outre les avantages dont jouissent les autres Açores, l'île possède encore abondamment du bois, même de construction, et la meilleure eau. La population excède 11,000 âmes. Le meilleur ancrage est à Killa de Vêlas,

« Graciosa, ou Gracieuse^ l'une des plus petites , est située au nord-ouest de Terceira. L'aspect enchanteur des trois montagnes qu'elle présente, vue du sud-ouest, la prodigieuse fertilité de son sol , et la salubrité toute particulière de son climat, lui ont valu le beau nom qu'elle porte. On en tire des grains, des légumes, des herbes potagères, des

(0 CorJejro ; Historia insulana, p. 358-4o5. De Sousa : Hist. de la Casa-Réal, etc., t. VII, p. 177.— Hebbe , ouvrage cité ci-dessus.

EUROPE : Rojaume de Portugal. 559

fruits, du vin, de l'eau-de-vie, du beurre et du fromage; mais l'île manque de bois à brûler. La population s élève à 8000 âmes. Le chef-lieu est Santa-Cruz.

« Fajal, la plus occidentale du groupe central, a un peu plus de 4 lieues de long sur 3 à 4 de largeur. Des rochers hauts et escarpés bordent presque partout la côte. Le sol , onduleux et couvert d'une riche verdure, s'élève vers le milieu de l'île, où des montagnes rangées en cercle entourent une vallée profonde , large d'une lieue. On l'appelle la Caldeira^ ou la Chaudière, et l'on croit, avec quelque probabilité , qu'elle doit son origine à l'affaissement d'un volcan. Un tiers de son étendue est occupé par un lac, dans lequel se réunissent les causes de plusieurs sources d'eau vive. Les plus beaux prés et de charmans bosquets qui parent les bords de ce lac et se prolongent sur la douce pente des coteaux, varient le site et forment un séjour enchanté. » Le volcan de Fayal eut une violente éruption en 1672.

« Le climat de l'île est, en général, déhcieux et très-salubre ; le sol est si fertile qu'on y fàit souvent double moisson de froment et de maïs. Dans les jardins et les vergers, la pomme de terre croît à côté des citronniers et des orangers; mais il y a peu de vignobles, et leur produit est de médiocre qualité. Les vins, connus dans le commerce sous le nom de Fayal ^ y sont apportés de Pico (0. Des touffes de frênes, de hêtres élancés (2) et de châtaigniers couronnent les hauteurs; mais les broussailles de myrtes et d'autres arbustes toujours verts prédominent généralement.

« Les habitans se font remarquer par la bonté et la douceur de leur caractère, par la simplicité de leurs mœurs, et par leur probité dans les transactions.

^ Villa da Horta, le chef-lieu de l'île, appelé quelque-

(0 Hebbe : Relation de l'île de Fayal (en suédois).

(^) Les lïétres, en portugais fayas , ont donné à l'ile son nom.

d6o livre cent quozième.

fois, par erreur, également Fayal, et peuplé de 4ooo âmes, n'est qu'un bourg bâti en amphithéâtre, sur une baie spacieuse qui offre un assez bon mouillage. Autour de la baie, les forêts de citronniers el d'orangers s'étendent à perte de vue le long des coteaux. C'est l'entrepôt de toutes les productions des îles de Fayal et de Pico, et le centre d'un grand commerce. Il y a des consuls français, anglais, espagnols et américains,

« Pzco, très-rapprochée de Fayal, est la plus grande des Açores après Saint-Michel; elle a environ g lieues de longueur sur 3 de largeur; mais elle n'a que 25,ooo habitans. La partie occidentale ne présente qu'un amas de montagnes, surmonté par le Pico, ancien volcan qui a donné son nom à l'île, et qui s'élève près de la côte à une hauteur de laSo toises (i) : avec un temps clair, on le découvre à 34 lieues marines en mer. Au haut du sommet, presque toujours enveloppé de nuages ou couvert de neige , on trouve un cratère qui jette continuellement de la fumée (2). Plus bas, on rencontre de grandes cavernes, dont les voûtes distillent une quantité d'eau. La verdure commence à paraître; petit à petit des forêts succèdent aux broussailles, et des pâturages d'herbes aromatiques invitent les troupeaux. Enfin, les coteaux inférieurs, où les habitans ont recouvert les pierres et la lave avec de la terre, en partie achetée à Fayal et péniblement transportée sur ces hauteurs , nous montrent ce que peuvent le travail et la persévérance humaine luttant avec la nature. D'excellens vignobles, abrités par des murs contre des vents de mer, y occupent une vaste étendue.

« La partie orientale de l'île est basse, unie et fertile. On

(0 Tofîno : Derrotero , p. 225. Zach : Eph. géog. , t. II , p. SgS. D'autres observations supposent une élévation de 1^3 1 toises. J. de Humboldt: Voyage histor. , t. I, gS. — i?) Herbert, dans la Collection de Harris, t. I, p. 4^9- Cordeyro et Hebbe.

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y récolte néanmoins à peine une quantité de grains suffisante pour la moitié des habitans, et les pauvres tirent leur principale subsistance des yams qui y abondent. D'ailleurs, tous les fruits du midi de l'Europe y viennent en abondance et d'excellente qualité. Le vin, cependant, forme la plus grande richesse de l'île; elle en produit, selon les années, i5 à 3o,ooo pipes. Il y en a deux sortes principales. Le malvoisie [tjîho passado) égale le vin de Madère, mais on n'en récolte qu'une petite quantité; l'autre, le -vino seco, varie beaucoup en bonté. Les vendanges, qui se font au commencement de septembre , sont des jours de fêtes joyeuses et continuelles qui attirent un tiers de la population de Fayal. Les vins de Pico passent principalement au Brésil, aux Etats-Unis, en Angleterre; le reste s expédie en Hollande, dans le Nord et à Angola. Les forêts, en grande partie composées de cèdres, offrent aussi beaucoup d'ifs, dont le bois, recherché pour l'ébénisterie, était autrefois un monopole de la couronne. Les habitans de Pico sont renommés pour la beauté de leurs formes, la vivacité de leur esprit, leur amour du travail et de la propreté. Presque tous descendent, comme ceux de Fayal, des colons flamands amenés par Jobst de Hurter, beau-père du célèbre géographe Martin Behaim (i).

« L'île de Fioi'es^ longue de 6 lieues et large de 3 , située au nord-ouest de Fayal, est escarpée à la côte, montueuse dans l'intérieur, recouverte d'une mince couche de terre, bien arrosée par des ruisseaux limpides qui forment plusieurs belles cascades. Exempte de tremblemens de terre, elle est en revanche exposée à des vents violens, qui souvent détruisent l'espérance du cultivateur. Des forêts de gros cèdres ornent les montagnes; les plaines produisent

(') M. de ; Histoire diplomatique de Martin Cebain-i , p. 23-2;.

Idem, Journal pour l'hisfoire des aris , t. VI , p. 8, i8 cl 28. En alloni. VII. 3G

du froment, du seigle, desyams et des yuiicas^ racines tubéreuses, dont la farine, mêlée à celle de seigle, donne du bon pain; les roches de la côte ^ont couvertes d'orseille, qu'on ne cueille qu'avec danger. On ne cultive point la vigne, et le maïs ne réussit pas. L'entretien des moutons et des poules obtient des soins particuliers. On y compte 1 4,000 habitans, occupés en parlie à la fabrication de lainages. Lagens en est le chef-lieu.

«< Coruo^ la plus petite des Açores et la plus au nord, est quelquefois comprise avec l'île précédente sous le nom commun de Os Corços, Plus froide encore que celle de Flores, elle abonde en excellent froment, en légumes, en yams, en lin, en bestiaux et bois de cèdre. La population ne se monte qu'à 7 ou 800 individus, qui vivent dans une sorte de communauté de biens. C'est ainsi qu'ils partagent entre eux le lait de leurs troupeaux, le bois qu'il leur a été permis de couper, et la laine de leurs moutons, dont ils font de grosses étoffes. Il y a quelques mouillages à la côte, et, aux extrémités nord et sud de l'île , deux montagnes , dont l'une renferme, dans un enfoncement du sommet, un lac d'eau douce. On a prétendu, sans preuve et même sans aucune vraisemblance, que l'île devait son origine à un volcan sous-marin.

« Nous ne terminerons pas cette description des îles Açores, description puisée dans des sources vierges et authentiques, sans faire remarquer à nos lecteurs que nous avons déjà traité, dans une autre partie de ce Précis [^), plusieurs questions relatives à la découverte de ces îles; nous avons adopté l'opinion qu'elles avaient été visitées au moins un siècle avant que les Portugais ne crurent en faire la découverte. Non seulement les descriptions des géographes arabes indiquent évidemment d'autres îles que les

(') Vol. I, p -529-5c)4 suiv.

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Canaries (i) , mais les Açores paraissent même sur les cartes manuscrites du XIV® siècle. Le nom d'une d'elles, Bentufla^ nous avait paru arabe, et nous a fait regarder les Maures d'Espagne comme les premiers auteurs de la découverte. La carie de Benincosa, de 1476, semble toutefois prouver que le mot Bentufla n'est qu'une corruption arabe du mot espagnol ou italien Ventura; ce qui rendrait aux peuples européens l'honneur de la première découverte W. Aucun autre trait de lumière nouvelle n'est venu nous éclairer sur ces questions ténébreuses. » ^

Les établissemens portugais dans les trois autres parties du monde comprennent en Afrique les îles de Madère et de Porto-Santo ^ l'archipel du cap Vert, composé des îles Sant-lago ^ Fogo, Braira ^ San-Nicolao ^ Santo-Antao ^ Boaçista^ Maio, San- Vicente , Sal et Santa-Luzia, ainsi que la colonie de Sénégamhie^ renfermant les places de Cacheu^ de Bissao, et les postes de Geba, Farim et Zingldchor; le royaume d'Angola et de Congo, formé Angola et de plusieurs autres postes; la petite province composée de l'île Saint-Thomas et de celle du Prince; la province de Mozambique ^ comprenant plusieurs établissemens importans; en Asie, la vice-royauté de l'Inde, qui a pour capitale Goa^ avec les provinces de Salsete et de Bardes ; sur la côte de Malabar, les gouvernemens de Damaio et de Diu^ et le comptoir de Macao ^ en Chine; enfin dans YOcéanie, le port de Dillé dans l'île de Timor^ et les îles Sabrao et Solor.

Ces faibles restes de l'ancienne puissance du Portugal j et l'empire naissant du Brésil , dont l'indépendance fut plutôt un bien qu'un mal pour la métropole , fournissent encore un aliment à son commerce. Les expéditions qu'il

(0 Arfrnan , A frica Etieisi , p. oi4 et suiv. — (^-) Lettre cîe M. Auguste de Staël- Holsleiii , à 1 auteur du Précis, destinée à être insérée dans les Nouvellea Annales des Voyages.

y fait s'élèvent annuellement à une valeur de plus de 87,000,000 de francs ; les marchandises qu'il en retire surpassent celle de 82,000,000. Avec les pays étrangers ses importations peuvent être estimées à 93,000,000, et ses exportations à 70,000,000 de francs. L'aperçu que nous avons donne du peu d importance des ressources commerciales qu'il tire de son agriculture doivent faire croire que dans les sommes ci-dessus les objets manufacturés tiennent une place assez considérable. Il ne faut point établir de comparaison entre ses manufactures et celles des contrées les plus industrieuses de l'Europe; mais si, malgré les privilèges dont jouit l'Angleterre dans ce royaume, il a pu, dans plusieurs branches de fabrication, supporter une concurrence par trop désavantageuse, il faut en conclure que son industrie n'est point aussi arriérée qu'on l'a cru, et qu'une politique mieux entendue pourrait, avec de sages encouragemens, la porter au degré d'activité dont elle est susceptible. Au surplus, on pourra apprécier les diverses sources de prospérité du Portugal par les aperçus que nous allons offrir dans les tableaux statistiques.

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