‹ Précis de la géographie universelle (volume 2)Chapitre 4 sur 73 · PRECIS · texte numérisé non relu

PRECIS

Suite de la Description de l'Europe. — Description de la monarchie néerlandaise ou du royaume de Hollande.

Lorsque le droit de conquête décide seul du sort des peuples ; lorsque , malgré les obstacles que présentent les mœurs, le langage et la religion, une politique surannée prétend de plusieurs nations distinctes faire une nation nouvelle, il doit arriver tôt ou tard que celle qui n'aura obéi qu'à la force chercliera à secouer le joug qui lui aura été imposé, et à reconquérir sa nationalité. Ainsi, après avoir été quinze ans réunie à la Hollande, nous avons vu en i83o la Belgique s'en séparer brusquement, le peuple lutter contre l'armée, et le royaume des Pays-Bas se briser aux pieds des barricades de Bruxelles.

En vain le gouvernement hollandais a-t-il refusé de se soumettre aux conséquences d'un événement accompli, la Belgique s'est donné un roi ; et, bien que deux de ses provinces soient en partie occupées par la Hollande , nous pouvons considérer ces deux royaumes comme définitivement séparés, et compléter notre description de l'Europe Vil. 1

septentrionale par une excursion dans ces États, dont nous avons attendu l'organisation définitive.

Jetons un coup d'œil sur la géographie physique de la Hollande.

Dans ce pays on ne voit que des plaines à peine interrompues par de petites collines. C'est une contrée basse, couverte d'alluvions et de dépôts tourbeux qui indiquent les conquêtes récentes que les atterrissemens des fleuves ont faites sur la mer. Ainsi, dans la province de Groningue, on a quelquefois trouvé des ossemens de cachalots enfouis à environ loo pieds de profondeur : ils indiquent un rivage sur lequel ces cétacés sont venus échouer peut-être depuis les temps historiques. Toute la partie septentrionale présente jusqu'aux bords de l'Yssel des dunes sur les côtes, et des sables, des marais, des bruyères dans l'intérieur ; entre l'Yssel et le Rhin s'élèvent des collines sablonneuses; la partie orientale jusqu'à la Meuse offre des dunes sur les côtes, et dans l'intérieur, des lacs desséchés et un sol marécageux qui forme une sorte de croûte tourbeuse sur un amas d'eau salée que I on trouve à quelques pieds de profondeur; dans les îles qui s'élèvent entre la Meuse et l'Escaut, un dépôt argileux repose sur un sous-sol salé et imprégné de salpêtre; enfin toute la région au sud de la Meuse est couverte de landes sablonneuses, de bruyères et de marais.

La Hollande, ce pays si humide, renferme un grand nombre de cours d'eau : à son extrémité septentrionale l'embouchure de ^Ems baigne une petite partie de ses côtes; le Wecht^ qui prend sa source sur le territoire prussien, la traverse de l'est à l'ouest sur une longueur de 12 lieues, pour aller se jeter dans le Zuyder-Zée ; XYssel ou \ 0^>er'Yssel^ qui sort aussi du territoire prussien^ et qui se grossit de X Oucle-Yssel ^ coule dans la direction du sud au nord pour aller porter aussi ses eaux dans le Zuyder-Zée.

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Un autre Yssel^ qui se jette dans le Vieux- Yssel, et qui se distingue des deux préœdens par le nom de Nowel-Yssel [Niemv-Yssel) ^ n'est qu'une branche du longue d'environ i5 lieues. Ce fleuve se ramifie et se divise sur le sol de la Hollande d'une manière tout-à-fait remarquable; il perd avec son nom son rang de grand cours d'eau, et ne conserve sa dénomination que dans un de ses bras les moins importans. Ainsi, sous le nom de Wahal il va se joindre à la Meuse et cède à celle-ci l'honneur réservé ordinairement aux grands fleuves , celui d'avoir une large embouchure et de former un vaste delta , tandis qu'il conserve le nom de Rhin sur son bras septentrional qui se jetait jadis dans la mer au-dessous de Lej^de jusque vers l'an 869 de notre ère , époque à laquelle il cessa d'avoir une embouchure qu'on lui rendit vers l'an 1709, en ouvrant un canal que les sables finirent par obstruer, et qui fut ouvert de nouveau en 1807. I^a Meuse est le plus méridional des fleuves de la Hollande \ nous en reparlerons en décrivant la Belgique; il nous suffit de dire que sur le sol hollandais elle reçoit, outre le Wahal, les deux rivières de \Aa^ et qu'à son embouchure le plus méridional de ses nombreux et larges bras va communiquer avec les bouches de XEscaut. Quant à ce dernier fleuve dont les bouches seules appartiennent au territoire hollandais , nous le décrirons aussi avec la Belgique qu'il arrose; nous devons seulement faire observer ici que, formant avec la Meuse les îles de la Zélande, ses deux principaux bras , l'un au nord et l'autre au sud , ont reçu, le premier le nom (\ Escaut oriental et le second celui iX Escaut occidental. La plupart de ces cours d'eau sont liés entre eux par des canaux qui établissent des communications faciles entre les villes, les bourgs et les villages.

Le sol de la Hollande renferme un grand nombre de

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lacs : ie plus important a reçu le nom de mer de Harlem. Situé dans la province de Hollande, il communique par le golfe de l'Y avec le Zuyder-Zée ; il a 5 lieues de long sur 2 \ de large, et partout il est navigable. Une langue de terre d'environ 2 lieues de largeur le sépare de la mer du Nord. Ce lac fut formé, il y a trois siècles et demi, par une inondation maritime. Les Juifs d'Amsterdam ont offert de le dessécher, sous la condition qu'on leur accorderait la propriété du terrain 5 mais d'autres intérêts se sont opposés à l'exécution de ce projet, qui aurait transformé en un fertile polder une superficie d'eau de près de 20,000 arpens. Parmi les lacs qui ont subi cette utile métamorphose, principalement dans la Hollande septentrionale, le plus important est la merde Naarden.he Bies- Bosch , sur la frontière du Brabant septentrional, est un lac d'environ 12 lieues carrées, qui est dû à un événement plus funeste que celui qui forma la mer de Harlem : il fut produit le 19 novembre 1^11 par la rupture de plusieurs digues; 72 villages, dont la population s'élevait à 100,000 âmes, furent submergés. Plusieurs bras de la Meuse s'y jettent ; à sa sortie ils en forment un seul sous le nom de Holiands-Diep. Parmi les nombreux marais des Pays-Bas , le Bourtang^ dans les provinces de Groningue et de Drenthe, et le Peel , dans celles de Limbourg et du Brabant septentrional, couvrent une grande surface.

De tous les golfes qui bordent la côte et servent d'embouchures aux principales rivières, les deux plus importans sont le Dollart, entre la province de Groningue et le Hanovre, et le Zuyder-Zée ^ entre la Hollande et la Frise. Le premier, qui reçoit les eaux de l'Ems, a 3 lieues de largeur et 7 à 8 d'enfoncement ; il est le résultat d'une terrible inondation qui, en 1277, engloutit 33 villages. Le second , dans lequel se jettent le Reest, l'Yssel et plusieurs autres rivières, fut formé en i225 par une irruption de

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]a mer qui couvrit 3o lieues de pays son nom signifie mer du Midi^ parce qu'il est au sud de l'Océan.

Les îles du royaume de Hollande forment deux groupes bien distincts ; le méridional comprend les plus grandes, baignées par les différens bras de l'Escaut, de la Meuse et du Rhin; ce sont Walcheren, Nord et Sud- Beveland.^ Tholen^ Schouwen.^ Dui^>eland., Over-Flakkee ^ f^oorne^ Putten, Bejerland et Ysselmonde ^ le septentrional est composé des îles Wieriîigeii^ Tea:el^ Vlieland Ter-Schelling et Ameland^ toutes rangées à l'entrée du Zuyder-Zée et sur les côtes de la Frise.

Les provinces hollandaises , conquêtes de l'homme sur l'Océan , empruntent aux brumes de la mer et aux exhalaisons des marais leurs brouillards et leur humidité. Cependant l'hiver, qui y règne pendant quatre mois de l'année , et qui couvre la terre de frimas et les eaux de glace; le vent d'est, qui souffle fréquemment pendant cette saison, dissipent les miasmes d'une atmosphère insalubre. Il arrive souvent que le Zuyder-Zée est entièrement pris par les glaces. Dans la saison chaude, les vents pluvieux sont ceux d'ouest qui viennent de l'Océan, et ceux du sudouest qui viennent à la fois de l'Océan et des larges embouchures de lEscaut et de la Meuse. Ce sont ces vents qui dominent; on a même remarqué que c'est à leur influence que les grands végétaux doivent d'être plus ou moins inclinés vers l'est et le nord-est. Les aurores boréales sont assez fréquentes en Hollande, puisque Muschenbroeck en a observé environ 75o dans l'espace de 29 an nées.

Les arbres et arbustes que l'on trouve le plus communément dans les bois sont l'aune noir, le bouleau, le charme , le chêne, l'érable, le frêne, le hêtre, le mélèze, le noisetier, l'orme, le peuplier, le pin, le sorbiei' , le til~ leul, Taubépine, le chèvre-feuille, le cornouiller, l'épine-

vinette, le framboisier, le houx, le nerprun, le prunelier et le sureau. Dans les tourbières croissent le roseau commun ( arundo phragmites ), des scirpes ( scirpus palusiris ^ lacustris et acicularis)^ la prêle d'eau (^hippuris ^vulgaris) , la gremille d'eau (^myosotis palustris)^ la ciguë aquatique {^phellandrum aquaticum) , le plantain d'eau {alisma plantago damasonium) ^ le chiendent des marais {^carex leporina) et la lentille des marais {lemna gihha \ Les prairies naturelles se composent principalement de l'avoine haute (^avena elatior^ ^ de l'avoine des prés (^auena sesquitertia) ^ du chiendent à épis {schœnus aculeatus) et de l'avoine stérile ( steiilis).

L'industrie du cultivateur multiplie en Hollande les animaux domestiques et les pâturages. Bien que ce pays ne présente pas l'agréable variété d'un sol irrégulier , la belle saison le pare de ses charmes; d'immenses prairies brillantes de la plus fraîche verdure sont , pendant 8 mois , couvertes de bestiaux , dont les flancs arrondis annoncent une abondante et saine nourriture : ces nombreux animaux n'attestent pas moins la richesse du campagnard, que les champs en culture n'indiquent ailleurs l'intelligence et l'assiduité d'une population laborieuse.

Dans le nord, le blé, le lin, le chanvre, la garance, et dans la région méridionale , le tabac et quelques arbres fruitiers, couvrent les meilleures terres. C'est chez le Hollandais que l'horticulture a fait les plus grands progrès; que la culture de mille plantes d'agrément, et surtout des jacinthes et des tulipes, a été portée si loin, que le prix d'une fleur y dépasse souvent ce que coûterait l'entretien annuel de 20 familles.

Les seuls mammifères sauvages que l'on trouve en Hollande sont un grand nombre de lapins et de taupes, ainsi que quelques cerfs et chevreuils; les sangliers, les loups et les renards y sont inconnus. Les Hollandais nourrissent

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quelques belles races de bêtes à cornes. La Hollande et la Frise produisent quelques races de chevaux estimés : ils sont ordinairement noirs; leur cou est rond et ramassé; leur sabot est épais et large. On donne le nom de ketten à une race obtenue par le croisement des grands chevaux de la Hollande et des petits chevaux des îles Shetland (0. On nourrit ordinairement les chevaux avec du pain et de la drêche.

La population du royaume de Hollande , considérée sous le rapport religieux, se subdivise en un grand nombre de croyances différentes. Aucune n'a sur les autres la prééminence comme religion de l'Etat; toutes jouissent des mêmes droits et d'une égale liberté. Cependant la religion réformée est celle de la majorité des habitans : les chrétiens de la confession d'Augsbourg occupent le troisième rang ; les mennonites , d'autres membres de différentes sectes et les juifs, beaucoup moins nombreux, sont répartis dans toutes les provinces. Sous le rapport ethnographique, la population offre des nuances encore plus nombreuses : le langage y appartient à trois souches principales. La plus importante est la souche germanique : les peuples de la Frise et des îles du Zuyder-Zée, ceux qui parlent le hollandais , ceux qui ont conservé les dialectes néerlandais de la Gueldre, de la Zélande, et des autres provinces du nord; les habitans des cantons voisins de l'Allemagne, en font partie. Les juifs, en général originaires du Portugal, se servent de l'idiome qui leur était familier lorsqu'ils s'établirent dans les Pays-Bas.

Les plus anciens peuples de la contrée étaient les Frisii et les Batavi, Les Frisii^ ancêtres des Frisons, occupaient du sud au nord le pays compris entre le Rhin et l'Océan ; leur nom latin vient probablement d'un ancien mot de la

(♦) Franck do Berkhey , t. IV, p. o,^'].

langue ^ermumque ^ friessen , qui signifie défricher, creuser des marais. Ils étaient l'une des nations les plus puissantes de la Germanie occidentale. Braves, jaloux de leur liberté, ils furent long-temps les dévoués auxiliaires des Romains; leur indépendance ne fut jamais contestée; on les voit, après la mort de Drusus, choisir des chefs ou des ducs au sein de leur nation. Celle des Batai^i était, à ce que Ton croit , une colonie du peuple germain appelé Chatti; forcés , par suite de dissensions intestines , de quitter leur patrie, ils s'installèrent dans le pays sablonneux et marécageux circonscrit par le Rhin et la Meuse : leurs voisins les appelèrent pour cette raison Wattawer[^) ^ dénomination que les Romains transformèrent en Bataui. Lorsque César entreprit la conquête des Gaules, ils étaient déjà puissans et maîtres d'une partie des terres au sud de la basse Meuse. Leur cavalerie était redoutable : leurs chevaux étaient dressés à traverser les fleuves à la nage sans rompre leurs rangs. A la bataille de Pharsale ils décidèrent la victoire en faveur de César. Leur bravoure et leur loyauté leur valurent le titre d'amis et de frères des Romains, et l'honneur de former la garde prétorienne; Tacite dit qu'on ne les chargeait point d'impôts; ils restèrent fidèles à TEmpire jusqu'à sa chute. Leur territoire était compris dans la seconde Germanie.

D'autres peuplades germaines, telles que les Sicamhri^ les Usipetes et les Chamai^es habitaient aussi la partie septentrionale du royaume néerlandais.

De ces généralités qu'il est inutile d'étendre davantage, passons aux villes importantes des diverses provinces hollandaises. Lorsque ces provinces, soulevées contre la tyrannie de Philippe II, se lièrent par le traité d'Utrecht en

(0 En allemand, walLe signifie encore banc de sable , aiie ou ave. pays bas , pr airie.

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1679, et prirent en conséquence le titre de Provinces- Unies, elles étaient au nombre de sept : les seigneuries de Groningue , de Frise , d'Over-Yssel et d'Utrecht , le duché de Gueldre, et les comtés de Hollande et de Zélande. Le pays de Drenthe était leur allié; le Brabant hollandais et la Flandre orientale étaient sous leur dépendance. En 1 798 , le gouvernement républicain de France, dont les armées avaient envahi le territoire des sept Provinces-Unies^ les détermina à modifier leur organisation : elles prirent le nom de république bataue. Leur division politique changea ; elles furent divisées en huit départemens (i). Cette division ne dura que 18 mois; celle qui rappelait les beaux jours de l'indépendance hollandaise redevint en usage, et subsista jusqu'à l'époque où Napoléon imposa un souverain aux descendans de ces républicains qui avaient cimenté leur indépendance par le sang des phalanges espagnoles. Leur pays fut alors divisé en ii départemens (2). Réunie le 9 juillet i8io à l'empire français, la Hollande forma 7 départemens (3). En i8i4, augmentée de la Belgique, elle composa la monarchie néerlandaise ^ mais depuis i83o elle en est séparée : le royaume néerlandais est rentré dans ses limites antérieures à 1810, si ce n'est qu'il reste possesseur d'une partie de la province de Luxembourg et de celle du Limbourg.

Groningue ^ chef-lieu de la province du même nom, est la plus importante ville du nord de ce royaume. Arrosée par la Hunsé; située à l'embranchement de trois grands

(0 On les désigna par les noms de Delft , Dommel , Amstcl , Ems^ Escaut-ct-Meusc, Rhin, Tcxcl et Vieux- Ysscl , qui étaient ceux des principaux cours d'eau qui les traversaient.

(2) Amstelland, Brabant, Zéeland, Utrecht , Gucldrc, Maasland , Frise, Ost-Frise, Over-Yssel , Drenthe et Groningue.

(3) Ceux de l'Ems-Oriental , de l'Ems-Occidental , de la Frise, des Bouches-de-rYsscl , de l'Ysscl supérieur, du Znjder-Zée et des Bouchcsdc la Meuse

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canaux, qui la font communiquer avec plusieurs villes commerçantes; possédant un port qui, bien qu'il soit à 5 lieues de l'embouchure de l'Eins, reçoit les plus gros navires marchands, il n'est point étonnant que cette cité florissante ait une bonne université, des écoles, de belles collections et des sociétés scientifiques. Elle a vu naître plusieurs savans distingués, entre autres Rudolphe Agricola, l'orientaliste Albert Schultens, et Muntinck, qui fonda le jardin botanique qu'on y admire. Ses plus beaux édifices sont l'église gothique de Saint-Martin, dont la flèche a 33o pieds de hauteur, et l'hôtel de ville, construit en 1793 sur une place qui passe pour une des plus belles de la Hollande. L'un de ses ponts, appelé Botering-Hoog, est regardé comme un chef-d'œuvre. Ces constructions et plusieurs autres que l'on y remarque, la propreté et la régularité de ses rues , placent Groningue au rang des plus belles villes de la Néerlande. On évalue sa population à environ 26,000 âmes. Avant l'épidémie qui la ravagea en 1826, cette population était de près de 3o,ooo âmes. Elle fit jadis partie de la ligue hanséatique; elle jouissait alors de grandes prérogatives sur ses environs , que l'on appelait ommelandes. On prétend, sur quelques données fort incertaines, qu'elle a été bâtie autour de la forteresse romaine que Tacite nomme Corbulonis monumentum ; cependant l'histoire n'en fait mention pour la première fois que vers le IX*^ siècle; et ce n'est que pendant le XIV*^ qu'on y éleva des fortifications qui ont toujours été entretenues depuis avec beaucoup de soin.

L'île de Rottum^ qui s'élève à quelques lieues de la côte, dépend de la province de Groningue : elle a | de lieue de longueur et \ de largeur, et renferme un petit village peuplé de pêcheurs.

Delfzyl^ à l'embouchure de TEnis, est défendue par une forteresse, et possède un port assez fréquenté. IVinschoten^

EUROPK : Description de la Hollande. r i sur le Rensel, qu'on a canalisé sous le nom de Winschoter- Trekvaart, a ^ooo habitans. On y remarque d'anciennes fortifications.

Dans la proi^ince de Frise, Leeuwarclen communique avec Groningue par un canal, et par d'autres canaux elle entretient un commerce actif avec plusieurs villes, telles que Dokkum^ Sneek etc. Cette jolie capitale est entourée d'un fossé et d'un rempart en terre; l'une de ses 12 églises renferme les tombeaux des princes d'Orange ; le palais de ceux-ci est l'un de ses principaux édifices. Son hôtel de ville, construit en 171 5, est d'une assez belle apparence. On donne à cette ville, que les habitans nomment Liewerden^ une population d'environ 20,000 âmes. Sur l'emplacement d'un hameau que la mer engloutit en 11 34) s'élève Harlingen ^ importante par ses fortifications, par son port, par son commerce et par ses chantiers de construction. Cette ville , qui est la plus peuplée de la Frise après la capitale, est assez bien fortifiée du côté de la terre, et peut défendre ses abords par des écluses qui inondent ses environs. Des digues la mettent à l'abri des envahissemens de la mer. Il s'y fait une grande quantité de sel. Près de son port on voit un monument qu'elle érigea en l'honneur de Gaspard Robles, qui, en améliorant les digues de la province, a mérité la reconnaissance de ses concitoyens.

Dans les environs de Franeker on fabrique une grande quantité de briques que l'on exporte pour l'étranger. Cette ville possédait autrefois une université qui a été remplacée par un athénée , où sept professeurs font chaque année des cours. Dokkum^ ville de 3ooo âmes, est très-bien placée pour le commerce sur la route deLeeuwarden à Groningue. Sneek ou Sîiits^ est une ville de 6000 âmes, bâtie près d'un lac qui porte son nom , sur la petite rivière de Swette. Son plus bel édifice est l'hôtel de ville. On remarque dans une de ses deux églises le tombeau d'un simple paysan nommé

Lange-Pier, qui se rendit célèbre pour avoir pris le titre de duc de Frise. Dans cette ville industrieuse on fabrique des toiles, de la poterie et des horloges en bois, dont on fait des envois en pays étrangers. Au mois de février 1825, la digue de Workum se rompit , et la mer se répandit dans la ville, Heereni^een est le siège d'un tribunal de première instance. On exploite dans ses environs la meilleure tourbe de toute la Frise.

Les trois îles de Schiermonnik-oog , Ameland et Ter- Schelling appartiennent à la province de Frise ; la première, longue de près de 2 lieues et large d'une demi-lieue , renferme iioo habitans, dont la principale occupation est la pêche. La seconde, trois ou quatre fois plus considérable, a plus de 3ooo habitans répartis dans trois villages. La troisième, large d'une lieue et longue de 5 à 6, est bordée de dunes qui la garantissent contre les irruptions de la mer, et renferme de beaux pâturages, un grand nombre de bestiaux et 2000 habitans.

La Frise, ancienne seigneurie érigée en comté par l'empereur Charles-le-Gros en 888 , et dont l'archiduc Charles, depuis Charles-Quint, fut le dernier prince, fit partie des Provinces-Unies en 1579, époque de l'union d'Utrecht. Elle formait avec l'Ost-Frise ou la Frise orientale, qui appartient au royaume de Hanovre , le pays des anciens FrisiL Germains d'origine, les Frisons ont conservé l'idiome de leurs ancêtres, leurs anciennes coutumes, et surtout leur amour pour la liberté. Leur principale industrie consiste à fabriquer des toiles de lin, dont l'extrême finesse est renommée dans toute l'Europe.

La petite province de Drenthe est sensiblement plus haute que celles de Frise et de Groningue^ les parties élevées sont boisées; celles. qui bordent les rivières offrent de bons pâturages ; le sol est en général peu fertile . et produit peu de céréales. La principale industrie se réduit à l exploita-

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tion des tourbières dont le pays abonde. Cette province formait jadis un comté qui dépendait de l'empire d'Allemagne.

Asseji^ son chef-lieu, est une jolie ville qui, par un canal, communique avec Meppel, bourg de 4ooo âmes, et avec le Zuyder-Zée. On a découvert dans ses environs des tombeaux d'anciens Germains. Kœçorden^ bâtie en forme de pentagone , est entourée de fortifications regardées comme le chef-d'œuvre de Cœhorn; elle est en outre environnée de marais qui en rendent l'accès difficile.

La province à' Ouer-Yssel renferme plusieurs villes importantes : à Zwoole ou Zçi'o/, sa capitale , l'église de Saint- Michel est remarquable par la beauté de son orgue et les sculptures de la chaire évangélique. Cette ville est fortifiée et assez bien bâtie. Près de ses murs on a établi des promenades agréables sur la montagne de Sainte- Agnès, que surmontait jadis le couvent d'augustins où vécut au XY^ siècle Thomas A-Kempis, qui passe pour être l'auteur de l'Imitation de Jésus-Christ.

Kampen est sur la rive gauche de l'Yssel, à peu de distance de son embouchure dans le Zuyder-Zée; les sables qui obstruent son port menacent d'une destruction totale son commerce depuis long-temps déchu. Cependant cette ville renferme encore plus de 6000 habitans. Elle est entourée de fossés et de hautes murailles flanquées de tours, mais qui tombent en ruine. Ce qu'elle offre de plus remarquable, c'est son hôtel-de-ville et un pont de bois long de 128 toises et large de 3, soutenu par de grosses poutres enfoncées en terre, et tellement éloignées les unes des autres qu'on le croirait suspendu en l'air. Kampen était autrefois ville libre et hanséatique. Dei^enter, dont on vante la quincaillerie, la bière et le pain d'épice, possède quelques beaux édifices, tels que la cathédrale et l'hôtel-deville, et renferme 9000 habitans. Elle est importante par

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ses fortifications : en i8i3 elle résista aux Russes et aux Prussiens réunis. Elle possède plusieurs associations philanthropiques et scientifiques , telles que la société du bien public, celle d'agriculture, et un athénée qui compte sept professeurs. C'est le De\>eniurum des Romains, et la patrie du philosophe Gronovius.

La province de Gueldre^ qui a conservé le nom d'une ville qui fut cédée à la Prusse il y a plus d'un siècle, était habitée jadis par les Sicamhri^ peuple de Germanie. La première ville importante que l'on y traverse en suivant le cours de l'Yssel, est Zutphen^ défendue par quelques fortifications : on y remarque l'hôtel de ville, l'église de Sainte- Walburge surmontée d'une très-haute tour, et le palais des anciens comtes de Gueldre. Cette vieille cité fit partie de la ligue hanséatique, puis elle donna son nom à un comté qui fut réuni ensuite au duché de Gueldre. Sa population est de 7 à 8000 âmes. Sur le bord d'un des bras du Rhin, Arnheim^ non moins forte que la précédente, est le siège du gouvernement de la province; elle fut fortifiée par le célèbre Cœhorn; ses remparts, plantés de vieux ormes, forment une agréable promenade ; son port est beau , ses rues sont alignées, sa principale église, dédiée à saint Eusèbe, renferme les tombeaux des anciens ducs et comtes de Gueldre. Sa population est évaluée à 1 1 ou 12.000 âmes. A quelques lieues au sud de ce chef-lieu, une ville plus considérable est celle de Nimègue. Son ancien nom était Noviomagum qui , dans le moyen âge , se changea en celui de Numaga, Elle est célèbre par deux traités de paix : le premier, conclu en 1678 par l'Espagne, la France et la Hollande, et le second, l'année suivante, par l'empire d'Allemagne et la Suède. Cette ville est bâtie sur trois collines, et défendue par des fortifications fort étendues et bien entretenues. Ses maisons sont assez régulières , mais ses rues sont étroites. On y remarque l'hôtel de

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ville orné des statues de diffërens empereurs , et renfermant la collection des antiquités romaines qui ont été trouvées dans ses murs ou dans ses environs. On y voit aussi avec intérêt le vieux château de alke?i-hof, dont on attribue la construction à Charlernagne. Non loin de cet édifice est la promenade de Kalçerhosch^ près de laquelle est le belvéder , haute tour d'où l'on jouit d'une vue magnifique. Parmi ses 8 églises, celle de Saint-Stephano se distingue par ses tours et son carillon. Nimègue a donné le jour à plusieurs hommes célèbres, au nombre desquels on cite le littérateur Geldenhaut ou Gérard , et le savant jésuite Pierre Canisius. Thiel et Kuilenbourg , dans la même province, sont des villes de 4ooo âmes qui n'offrent rien de remarquable.

L'un des bras du Rhin traverse Utrecht^ ville beaucoup plus considérable que toutes celles que nous venons de citer. Le nom de Trajectum ^ sous lequel elle est désignée dans l'Itinéraire d'Antonin, annonce qu'elle dut être une des 5o forteresses que Drusus fit bâtir chez les Batavi pour s'assurer du cours des principales rivières. Cette cité naissante fut plusieurs fois détruite par les Barbares sous le règne de Valentinien ; Ulpius-Trajan la rétablit, ce qui lui valut le nom de Trajectum JJlpU. Ses édifices ont un caractère d'ancienneté qui inspire le respect 5 en les examinant, le souvenir de l'acte d'union de 1379 qui proclama l'indépendance de la république des sept Provinces-Unies, celui de la paix qui y fut signée en ijiS, se présentent à l'esprit : ce fut donc au sein de cette ville, berceau du précepteur de Charles-Quint, le pape Adrien Yl, que se forma cette puissance maritime qui lutta contre l'Angleterre, qui fut humiliée par Louis XIV, et qui fit trembler ensuite le grand roi. Dans l'ancienne cathédrale, restée en partie renversée par l'ouragan de 1674, et dont la principale tour a 388 pieds de hauteur, reposent les cendres de plusieurs empe-

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reurs. Le palais du roi , appelé Huis van Loo , est un de ses édifices les plus remarquables. Son université, ses collections scientifiques et ses sociétés des arts, des sciences et du bien public, sont dignes du rang qu'elle occupe dans les annales de la Hollande. Elle a donné son nom à un genre de velours qu'elle fabrique encore. Sa population est de 35,000 âmes. Amersfoort est la seconde ville de la province d'Utrecht \ elle est grande et bien fortifiée j elle s'enorgueillit d'avoir vu naître le célèbre Olden Barnevelt, victime de l'ambition et du despotisme de Maurice de Nassau.

A 7 lieues d'Utrecht, Rhenen est une petite ville dans les environs de laquelle on cultive de vastes champs de tabac. Wyk-bj-DLinrstede est une autre petite ville située sur la rive droite du Leck, et que l'on croit être l'antique cité appelée Batai>odurum. Près de son enceinte on voit les ruines du vieux château de Dunrstede ^ qui portait jadis le nom de Diiro-stadium.

Depuis le fond du Zuyder-Zée jusqu'à l'île ^ Ameland ^ l'une des plus septentrionales de celles qui bordent l'entrée de ce grand golfe, la traversée est de 4o lieues et la navigation très- dangereuse, parce qu'il faut passer entre un srand nombre de bancs de sable. Au sud-ouest de Ter- Schelling, que nous avons déjà nommée, on voit l'île de Vlieland^ entourée de bancs de sable et renfermant un village de 7 à 800 habitans. La mer en a peu à peu diminué l'étendue. On voit ensuite l'importante île du Texel ^ et celle de Wieringen^ couverte de prairies, de champs en culture, et peuplée de i4oo âmes. Ces trois îles appartiennent à la Hollande septentrionale, ou, suivant l'expression du pays, à la IS or d- Hollande. Wieringen a un peu plus de 2 lieues de longueur sur une demie de largeur; le Texel a 4 lieues | de long sur 2 | de large, et renferme 6 villages; il est célèbre par plusieurs batailles navales qui se livrèrent près de ses côtes, et surtout par celle de i653 ,

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dans laquelle l'amiral Tromp perdit la vie. L'île produit beaucoup de tabac; ses prairies sont couvertes de bestiaux , et principalement de brebis , dont le lait sert à faire un excellent fromage vert qui doit, dit-on, sa couleur à la fiente de brebis. La population de l'île est de 5ooo babitans ; sur sa côte méridionale elle offre une rade commode où se rassemblent les vaisseaux pour y attendre les vents du nord-est qui doivent leur faire passer le dangereux courant du Mars-Diep , et les pousser vers Amsterdam.

L'extrémité septentrionale de la N ord- Hollande , qui s'avance en pointe vis-à-vis l'île du Texel , est un pays aride et sablonneux qui porte les traces du séjour récent de la mer, et que les Hollandais appellent leur Sibérie. Les flots baignent le joli bourg du Helder^ sans arbres ni canaux, mais composé d'habitations propres et élégantes. Il a donné son nom à une bataille gagnée par les Franco- Bataves sur les Anglo-Russes, bien que cette affaire ait eu lieu près de Castricum^ à plus de 8 lieues du Helder. Près de là, Willems-Ord est un établissement maritime fondé par Napoléon , et protégé par le souverain actuel , qui lui donna son nom ; il y possède même un petit palais dont le parc, planté d'arbres rabougris, ressemble à une petite oasis au milieu d'une aride steppe. Sur la côte du Zuyder-Zée, Médenblick^ petite ville deaoooames, avec un port, est, dans les grandes tempêtes, menacée d'une submersion complète; on la regarde comme la plus vieille ville de la Hollande septentrionale , et comme la résidence des anciens rois de Frise. Horn, au fond d'une baie, est la patrie de Guillaume Schouten, qui découvrit en 1616 le cap américain auquel il donna le nom de sa ville natale. Elle est assez bien bâtie ; son port est bon ; ses environs sont embellis par des jardins et des maisons de campagne, et le nombre de ses habitans est de 10,000. En i557, les eaux du Zuyder-Zée rompirent les digues et menacèrent VIT. a

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de l'engloutir. Alkmaar est le centre d'un des plus importans commerces de beurre et de fromage de la Hollande. Cette ville de 9000 âmes jouit d'une charmante promenade plantée à l'anglaise, qui occupe une superficie de 5o arpens. A l'embouchure du Zaan^ dans le long golfe de l'Y, Zaandam ou Saardam , ville importante divisée en deux parties, est célèbre par le séjour qu'y fitPierre-le- Grand, en qualité de simple charpentier, sous le nom de Pierre Mikhaïlof. La cabane qu'il habita est la seule curiosité qu'elle renferme : tous les voyageurs y inscrivent leurs noms. On y conserve avec soin la modeste couchette sur laquelle reposa le fondateur de la puissance russe. Zaandam a des chantiers considérables et fait un grand commerce de bois de construction et de papier. Presque toutes ses maisons sont en bois et peintes en vert. Vue du port , elle paraît n'avoir qu'une cinquantaine d'habitations , mais elle se prolonge ensuite en une seule rue longue de 3 lieues qui se trouve entre deux rangées de moulins à vent , dont on compte là plus de 2000 ; car le mécanisme de ces moulins est appliqué par les Hollandais à toutes sortes d'usages : à moudre les grains et le tabac, comme à puiser de l'eau et à remonter les navires (i). H n'est point en Europe de cité de iï,ooo âmes dont la population soit aussi opulente.

Des bords septentrionaux du golfe de l'Y, la traversée n'est que d'une demi-lieue pour entrer dans le portd'^w^terdam. D'immenses prairies parsemées de villages et d'habitations entourent la capitale de la Hollande \ le cours tranquille de l'Amstel , petite rivière qui l'arrose, et dont les bords sont couverts, pendant la belle saison, de prés fleuris et d'arbres chargés d'un beau feuillage, complètent le brillant tableau qu'offrent ses environs. Cette

CO M. Le Peintre : Quatre mois dans les Pays-Bas, etc. — i83o.

EUROPE : Description de la Hollande. 19

ville, ceinte de fossés et de remparts convertis en boulevards, ne craint point l'approche de l'ennemi : elle peut, au moyen de ses écluses, inonder tout le pays qui l'environne. Une foule de canaux, la plupart bordés de rangées d'arbres, la traversent en formant 90 îles qui communiquent par 280 ponts, dont le plus beau est celui de l'Amstel : il a 660 pieds de longueur, ^o de largeur, et se compose de 35 arches. L'eau saumâtre et fangeuse qu'ils renferment, quoique souvent agitée par le mouvement des écluses , répand dans cette vaste cité des miasmes dangereux qui se joignent à l'humidité de l'atmosphère et du sol pour rendre son séjour malsain. L'un des inconvéniens qu'elle offre est le défaut d'eau douce 5 celle de l'Amstel est mauvaise : on se sert de celle de la petite rivière du Vecht , que l'on va puiser à quelques lieues de la ville; mais la meilleure est celle que l'on fait venir d'Utrecht à grands frais. Les rues , presque toutes alignées au bord des canaux , sont bien pavées, garnies de trottoirs, et la nuit éclairées avec soin ; les deux plus belles , appelées le Heeren- Gragt et le Keisers-Gragt , sont magnifiques : elles ont plus d'une demi-lieue de longueur. Rien n'égale leur richesse, mais ce ne sont pas, comme dans les villes d'Italie, des palais qui en font l'ornement; les maisons, toutes bâties en briques et peintes de diverses couleurs, sont garnies avec goût des plus brillantes étoffes, et la profusion des magasins , ornés de tous les produits des deux mondes, annonce la richesse d'une ville qui posséda long-temps le commerce de l'univers. Le Kaher-Straat et le Niei'edek surtout ressemblent à des galeries d'exposition en plein air de tous les trésors'^de l'industrie.

De beaux édifices publics font ressortir encore la richesse commerciale d'Amsterdam : sur la place du Dam , la plus magnifique construction est le palais du roi^ l'ancien hôtel de ville. On lui reproche seulement des proportions peu

en harmonie entre elles : ainsi, sa hauteur, qui est de ii6 pieds non compris une tour qui en a 4^ ? est trop considérable pour sa longueur qui en a 282, et pour sa profondeur qui est de 222 pieds. Il est Mti sur 1 3,659 pilotis. L'intérieur atteste la splendeur de la capitale à l'époque où elle fit construire un bâtiment aussi somptueux pour ses magistrats; les ornemens n'ont point été épargnés : les marbres, les statues, les tableaux y sont même en profusion. La salle royale est l'une des plus vastes qui existent en Europe : elle a 120 pieds de long, 56 de large et 98 de haut; elle est traversée par une méridienne que traça le célèbre Huyghens; les marbres dont le parquet, les murs et le plafond sont revêtus , les colonnes qui supportent celui-ci, les drapeaux enlevés sur les Espagnols , la décorant avec une magnificence que rien ne pourrait remplacer. Les appartemens royaux sont encore tels que le roi Louis les fit . orner et meubler. La bourse, bâtie sur un large pont qui cache le cours de l'Amstel, est un édifice dans le goût gothique, long de 25o pieds sur i4o de largeur; sa principale façade est ornée d'un Mercure colossal. Les temples et les églises d'Amsterdam sont au nombre de 49 (0 ; celle de Saint-Nicolas, appelée aussi Ouder-Kerk ou la vieille église, est un bel édifice dont la voûte est soutenue par 42 colonnes en pierre et sur laquelle s'élève une tour de 240 pieds de hauteur, portant un carillon composé de 36 cloches. Celle de Sainte-Catherine ou l'église neuve, ISieuwe-Kerk ^ est une des plus belles du royaume; on y remarque le tombeau du célèbre amiral Ruyter. Dans la belle rue appelée Heeren-Gragt se trouve la société Félix meritis ^ qui, par ses cours de sciences, de littérature et de

(0 Savoir : 1 1 pour le culte réformé , 2 françaises, 1 anglaise, i écossaise, 2 pour la confession d'Augsbourg , i arminienne, 3 pour les anabaptistes, 24 chapelle^ catholiques, i pour les quakers, et 3 synagogues.

EUROPE : Description de la Hollande. 21

commerce, est l'une des plus importantes et des plus fréquentées de cette capitale. Le bâtiment où elle tient ses séances peut passer pour un de ses plus beaux édifices. La plus belle porte de la ville est celle de Harlem. On compte à Amsterdam trois théâtres et un nombre considérable d'hôpitaux et d'hospices : il y en a six pour les seuls orphelins, et un même nombre de maisons de correction et d« travail. Ces établissemens , beaucoup mieux tenus que dans la plupart des autres contrées de l'Europe, sont un fléau inévitable dans une cité, le rendez-vous d'une foule d'étrangers qui y sèment l'or et corrompent les classes inférieures. Il faut voir le vaste hôtel de la compagnie des Indes, les bâtimens de l'amirauté, qui ressemblent à une ville séparée , les chantiers de construction et la majestueuse enceinte du port, pour juger de ce que devait être autrefois l'activité d'Amsterdam, par le mouvement qui y règne encore. Il y entre annuellement 3ooo navires; son commerce avec les deux mondes ne contribue pas seul à nourrir sa population : on y fabrique un grand nombre d'étoffes, des produits chimiques, du tabac, de la quincaillerie et de l'orfèvrerie; on y distille une grande quantité d'eau -de-vie de genièvre; l'art du lapidaire surtout y est encore porté au plus haut degré de perfection.

Cette grande capitale, dont on évalue le nombre d'habitans à plus de 200,000, était, au XIF siècle, bâtie au pied d'un château au bord de l'Amstel qui lui donna son nom; vers le milieu du XIV*' siècle elle reçut le titre de cité ; en 1482 elle fut entourée de murailles; et ce ne fut qu'en 1578, lorsqu'elle eut adhéré à la pacification de Gand, qu'elle acquit de l'importance ; un siècle plus tard elle attira dans ses murs tout le commerce dont Anvers était depuis long-temps en possession. Au commencement du XVP siècle elle ne renfermait que 25oo maisons : aujourd'hui leur nombre s'élève à plus de 27,000. S'il faut en croire un

géographe instruit (0, l'entretien de ses ponts, de ses canaux, de ses digues et de celles qui dépendent de sa banlieue , coûtent 3o,ooo francs par jour ; que de trésors ne faut-il point à la Hollande pour retenir les flots de l'Océan dans les barrières factices qu'elle lui oppose !

Un canal de 4 lieues de long conduit d'Amsterdam à Harlem^ ville importante, entourée de fossés et de remparts flanqués de tours qui rappellent les horreurs d'un si^e trop fameux qu'elle soutint en iS^S contre les Espagnols commandés par le duc d'Albe. Après un échange de têtes coupées , fait entre les assiégeans et les assiégés , et une résistance de six mois, le duc força la place à capituler, promit une amnistie et fit périr en moins de trois jours, dans des supplices affreux, les magistrats, les ministres protestans, 2000 citoyens et ce qui restait de la garnison. Les constructions de cette ville sont belles; ses rues ne sont pas larges , mais garnies de trottoirs bordés de balustrades et traversées par des canaux plantés d'arbres ; elles présentent un ensemble d'autant plus agréable que la plupart des maisons sont ornées de marbre, de plaques de cuivre éclatantes et de peintures. Le plus beau de ses édifices est l'hôtel de ville. L'église de Saint-Bavon est célèbre par son magnifique buffet d'orgue, composé de 8000 tuyaux dont l'harmonie est au-dessus de tout ce que l'on peut imaginer de plus mélodieux. Sur la place du marché, une statue érigée à Laurent Goster annonce que cette ville se glorifie d'avoir vu naître cet homme qui passe, surtout à Harlem, pour le véritable inventeur de l'imprimerie , à qui Faust et Guttemberg auraient volé ses caractères , son secret et ses titres à la reconnaissance de la postérité. Au milieu de la foule de marchands et d'ache-

(0 M. Reichart , conseiller du duc de Saxe-Cobourg-Gotha , auteur du Guide des voyageurs en Europe.

EUROPE : Description de la Hollande. 23

leurs on voit se promener gravement des cigognes, qui jouissent d'une liberté d'autant plus grande que le peuple a pour ces oiseaux une sorte de vénération (i). Cette ville est aussi la patrie du savant helléniste Corneille Schrevelius, de Wouw^ermans, de Van-der-Helst et de plusieurs autres peintres célèbres. Sa société des sciences, qui compte parmi s€s membres des hommes distingués; celle appelée Teylérienne, qui, tous les ans, propose des prix pour la solution de plusieurs questions scientifiques , placent Harlem au rang des cités savantes de la Hollande. Elle est renommée pour ses blanchisseries, ses tissus de laine et de soie, ses tapis et ses velours, ses savonneries et ses fonderies de caractères d'imprimerie, mais surtout par ses jardins, où la culture des tulipes a presque dégénéré en manie. Toute la banlieue est consacrée à ce genre d'industrie : ce qui ajoute à la beauté de ses environs , où l'on remarque une magnifique promenade appelée le Bois, des maisons de plaisance du plus beau style, et les ruines de la vieille forteresse de Brederode, dont les tours rougeâtres s'élèvent majestueusement dans les airs.

La route d'Harlem à Leyde^ tracée entre un canal et la tranquille mer d'Harlem, est aussi belle et aussi bien entretenue qu'une allée de jardin anglais ; elle n'est point encombrée par des charrettes, tout se transporte par les canaux. Ce n'est, sur un espace de 6' lieues jusqu'à cette ville , patrie de Rembrandt , de Gérard Dow , de Muschenbroeck et du chef des anabaptistes Jean de Leyde, qu'une agréable promenade au milieu de prairies , de maisons de campagne et d'élégans villages. Autrefois célèbre par son industrie, et par le commerce de librairie que rendaient si actif les presses de§ EIzevirs, elle renferme encore près de 3o,ooo âmes. Son université , fondée en

(') M. Le Peintre : Quatre mois clans les Pays-Bas.

1675, possédant de belles collections, une bibliothèque de 60,000 volumes qui peut compter 1 4,000 manuscrits, est toujours très-fréquentée. Vaste, entourée de fossés et de murailles, et percée de huit portes, Leyde n'est que la réunion d'un grand nombre d'îles entrecoupées de canaux bordés d'arbres, couvertes de rues larges et droites qui communiquent entre elles par une infinité de ponts la plupart en pierre. C'est dans son hôtel de ville que l'on voit un des plus beaux tableaux de Lucas, l'un de ses peintres, représentant le jugement dernier. L'église gothique de Saint-Pierre renferme le tombeau de Boërhaave. Le vieux château, témoin du fameux siège que soutint la ville en i5y4 contre les Espagnols, pendant lequel plus de 6000 personnes périrent par la famine , présente un labyrinthe que les étrangers vont visiter. Plusieurs parties de cette forteresse paraissent être de construction romaine , ce qui confirmerait l'opinion encore incertaine que Leyde occupe l'emplacement de Lugdunum Batnuorum ^ mentionnée dans la Table théodosienne , dans l'Itinéraire d'Antonin, et par Ptolémée, comme la plus importante cité des Batai^i. Cette ville, et La Haye qui n'en est qu'à 3 lieues , sont dans la Hollande méridionale. Le nombre de cités considérables qui couvrent le sol de cette petite province est réellement extraordinaire 5 nous ne parlerons que de celles qui offrent le plus d'intérêt.

La HayCy en hollandais , Haag ou 5" Gra\>enhag , s'offre en première ligne comme la résidence de la cour et des états-généraux. Elle n'est d'une grande importance ni par son étendue ni par sa population , que l'on porte à 5o,ooo âmes, mais on ne peut se dispenser de la comprendre parmi les plus belles villes de l'Europe. Elle est du petit nombre de celles de la Hollande où le sol est sec et l'air pur et sain. Les deux tiers de ses rues sont entrecoupées de canaux bordés d'arbres \ de belles plantations couvrent aussi

EUROPE : Description de la Hollande. 2 5

ses places , et rendent plus agréable à l'œil la régularité des édifices. Un air d'aisance se fait remarquer dans tous les quartiers de cette cité, plutôt parlementaire que commerçante. Les quartiers marchands sont composés de rues étroites, mais d'une grande propreté; dans ceux de la bourgeoisie, les maisons ont une belle apparence; les rues en sont larges, droites et pavées en briques; la plus belle est le Prlnzen- GracJit. Le vieux palais royal , bâtiment immense, mais assemblage sans goût de plusieurs ordres d'architecture, renferme une belle bibliothèque, une collection de médailles, des tableaux précieux et les archives du royaume. Le palais neuf, bâti par Guillaume III, celui du comte de Bentheim et celui du prince Maurice de Nassau , brillent chacun dans leur genre. Le musée, que le dernier renferme, est visité par tous les curieux: plus de 4oo tableaux y rappellent l'ancienne splendeur des écoles flamande et hollandaise. Un autre musée, composé de plusieurs salles, contient une magnifique collection de curiosités chinoises et japonaises, ainsi que des objets d'un grand prix aux yeux des Hollandais qui connaissent l'histoire de leur pays. Ici se conservent les habits que portait Guillaume de Nassau, le fondateur de la république hollandaise, lorsqu'il fut atteint d'une balle par le fanatique Balthasar Gérard ; plus loin ce sont les vêtemens du stathouder Guillaume III, des cheveux de Guillaume IV, le chapeau de Ruyter , les gobelets d'argent du marquis de Spinola, et la truelle de même métal dont se servit l'empereur Alexandre pour sceller une pierre dans la cabane de son aïeul à Saardam. L'hôtel de ville, la halle aux grains et le temple neuf sont aussi de beaux édifices ; le dernier est surtout remarquable par sa charpente. Nous aurions trop à faire si nous voulions énumérer ou décrire les hospices, les maisons de charité, les écoles, les collections et les sociétés scientifiques de La Haye. Toutes les villes de la Hollande renferment de sem-

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blables établissemens. Rappelons seulement que cette cité royale est la patrie de l'astronome Huyghens et du poète Jean Second , qui se servit avec tant de grâce et de facilité de la langue d'Ovide.

Les environs de cette ville, si rians et si verts, sont encore embellis par de charmantes habitations et par des promenades magnifiques. La beauté de celle que l'on nomme le Bois surpasse tout ce qu'on peut imaginer; des arbres majestueux entrelacent dans les airs leur épais feuillage ; à ses extrémités, des pavillons, qui déguisent sous d'élégantes façades des guinguettes ou des cafés, servent de rendezvous aux promeneurs, car le Hollandais aime mieux s'enfermer dans ces pavillons, où l'attire le dimanche un orchestre choisi , que de respirer un air pur sous les voûtes silencieuses de ce bois magnifique. Près de la promenade est située la jolie maison royale ô! Orangenzaal. Une belle avenue conduit au village de Schweningeriy où se trouvent réunis divers lieux de divertissement. Au sud-est de la ville on voit le château de Rismck, où fut signé, en 1697, le traité de paix conclu entre l'Empire, l'Espagne, l'Angleterre, la Hollande et la France. Un obélisque rappelle la mémoire de cet événement.

Delft , à deux lieues de La Haye , occupe une jolie position sur les bords de la Schiej c'est une place de guerre de troisième classe, une ville sans mouvement et presque sans commerce , quoiqu'elle possède des fabriques de draps , de tapis , de savon , et des brasseries estimées. Elle compte 800 ans d'antiquité, et cependant elle est bien bâtie; ses édifices publics sont magnifiques. On voit dans sa vieille église les tombeaux de l'amiral Heyn et du célèbre Tromp ; l'église neuve renferme ceux de Grotius et du physicien Leuwenhœck , qui ont illustré cette ville où ils reçurent le jour; mais le monument le plus remarquable dans ce temple , est le mausolée de Guillaume F' : c'est au Prinseri' Hof,

EUROPE : Description de la Hollande. 27

à quelques pas de là, que ce prince fut assassiné par Baithasar Gérard.

En moins de deux heures , et en suivant une route où l'on ne voit de tous côtés que des villages peu distans , séparés par de magnifiques prairies, que des habitations d'herbagers que l'on prendrait pour des maisons de campagne, on arrive de Delft à Rotterdam, la cité la plus commerçante et la plus populeuse de la Hollande après la capitale. Elle possède des écoles et des sociétés savantes,* elle est la patrie d'Erasme, dont on voit encore la maison, et à qui elle érigea une statue en bronze sur le grand pont de la Meuse ; et cependant c'est peut-être la seule grande ville de la Hollande qui ne possède point une bibliothèque publique digne de son importance. Nous n'en tirerons pas , ainsi qu'on l'a fait, une conséquence trop rigoureuse, en nommant ses habitans les Béotiens des Pays-Bas. Absorbés par leurs occupations commerciales, ils doivent être bien courts les instans qu'ils peuvent consacrer à l'étude des lettres et des sciences ! Cependant elle renferme plusieurs sociétés scientifiques et littéraires , telles que la Société bataue, des sciences exactes et expérimentales ^ la Société du bien public et la Société nationale économique, et des établissemens pour l'instruction, c'est-à-dire un collège, une école latine, un cabinet d'antiquités et d'histoire naturelle. Le nom de cette ville signifie la digue de Rotte, parce qu'elle est située à l'endroit où cette petite rivière se jette dans le cours d'eau que l'on appelle la basse Meuse.

« Une partie de la ville est spacieuse et située très-agréa- «blement; des canaux larges et profonds, que le flux et «reflux de la Meuse empêche d'être insalubres, où l'on « voit les plus gros navires à l'ancre, devant les magasins « et les boutiques les plus riches, et communiquant les uns « aux autres par des milliers de ponts-levis; des quais ma- « gnifiques sur le bord de ces canaux, ornés de rangées de

« gros tilleuls et garnis de hautes maisons que l'on dirait « construites depuis peu : voilà le coup d'oeil général. Quel- « ques quartiers sont pittoresques : tel est celui de l'ami- « rauté avec ses chantiers, offrant un quai plus beau que « tous les autres, où la Meuse forme un coude, et qui est « suivi au loin d'une plantation superbe , entremêlée de « petites maisons bâties en briques , dont l'arrangement « forme des dessins divers. Au milieu du fleuve qui baigne «ces habitations, qu'on dirait sorties de ses ondes, se « montre une île couverte de bocages (i). Le palais de l'amirauté et celui de la ci-devant compagnie des Indes sont deux des plus beaux édifices de Rotterdam; la Bourse est plus grande et plus belle que celle d'Amsterdam.

Entre un bras de la Meuse et le lac de Biesbosch , une ville dispute d'ancienneté avec Delft, c'est celle de Dordrecht. Elle n'est éloignée de Rotterdam que de quatre lieues ; sa situation sur une île la défendrait au besoin beaucoup mieux que ses vieux remparts. C'est dans son enceinte que se tint, en 1618 et 161 9, le synode qui condamna les doctrines d'Arminius, et qui, dévoué au prince Maurice, envoya à la mort le grand pensionnaire Barneveldt. Dordrecht , par ses 20,000 habitans, son commerce, son industrie, ses chantiers, son port, sa principale église et ses belles promenades, est une des plus importantes villes du royaume, Gorkum ou Gorinchem^ divisé en deux parties par la petite rivière de la Linghe, est une place de guerre, peuplée de 8 à 9000 âmes, entourée d'immenses polders, et où les digues ont de la peine à retenir le Wahal, qui, avec tous ses affluens, y présente l'aspect d'une mer. A l'embouchure d'un des bras de la Meuse, c'est-à-dire sur le côté septentrional de l'île de Woorne , se trouve la Brielle , qui passait autrefois pour une place de guerre importante, et

(0 M. Le Peintre : Quatre mois daub les Pays-Bas.

EUROPE : Description de la Hollande. 29

dont la plupart des 3ooo habitans sont pêcheurs et pilotes.

La province de Zélande., formée des îles qui s élèvent à l'embouchure de l'Escaut, a pour capitale Middelbourg , au centre de l'île de Walcheren ; son nom signifie place du milieu. C'est une ville industrieuse, commerçante, riche et même savante, ou du moins possédant une société des sciences et des arts, une société d'agriculture, un athénée, une bibliothèque et un musée d'histoire naturelle et d'antiquités. Elle est la patrie du poète Beverland et de Leydeker, auteur de la république des Hébreux. Un large canal, construit en 181 7, remplace son ancien port. Cette ville, assez bien bâtie , et traversée par des canaux , possède un hôtel de ville remarquable par son architecture gothique et par sa façade ornée de vingt- cinq statues des comtes et comtesses de Zélande; l'église de Saint-Pierre, ancienne cathédrale , renferme plusieurs beaux mausolées. Dans la même île , Flessingue ou Vlissingen , défendue par d'importans travaux de fortification , possède un port vaste et sûr, des bassins qui peuvent contenir 80 vaisseaux de ligne, des chantiers et des magasins immenses, constructions dues en grande partie aux Français, qui, après en avoir chassé les Anglais en 1809, conservèrent cette place jusqu'en i8i4. Elle fut la première ville qui, en 1572, arbora l étendard de la liberté; elle eut aussi la gloire de donner le jour à l'amiral Ruyter.

La petite ville de Veere ou Teivère., qui possède un hôtel de ville bâti en 1470 > et un bel arsenal commencé en i564, ^ été récemment le théâtre d'un sinistre événement : la tour colossale qui dominait une de ses églises transformée en hôpital, s'est écroulée; des 3oo malades que renfermait cet établissement, 7 ont été retirés morts, et un grand nombre ont été blessés.

G oes ou Ter-Goes , dans l'île de Sud Beveland, est une petite place forte, peuplée de ^000 âmes. Tholen.^ dans

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l'île de ce nom, n'a que 2000 habitans; Zirikzée^ sur l'île Schou wen , est célèbre par ses bancs d'huît res , qui s'étenden t sur la cote, et par ses puits dans lesquels oh les conserve.

Dans le Brahaiit septentrional ou hollandais , la plus méridionale des provinces, et la plus importante par le rang qu'elle occupe aux états-gënéraux, dix villes mériteraient d'être mentionnées , si nous ne voulions éviter les répétitions monotones qu'entraînerait la description d'un grand nombre de cités qui offrent la même physionomie. Les trois principaux chefs-Heux sont trois places de guerre. Sur la rive droite de l'Escaut oriental, Berg-op-zoom ou Bergen-op-zoom^ est célèbre comme forteresse, et renommée par les anchois que l'on pêche dans ses environs, et par les poteries qu'elle fabrique. La tour de son château s'élève en s'élargissant et semble prête à s'écrouler au moindre coup de vent. Bois-le-Duc^ en hollandais Hertogenhosch^ est la capitale de la province. Arrosée par le Dommel et l'Aa, qui s'y réunissent pour se jeter à une lieue plus bas dans la Meuse, elle peut augmenter les moyens de défense que lui offrent sa citadelle et ses deux forts, en inondant ses environs. Ses rues sont droites et bien bâties ; ses canaux la divisent en neuf quartiers; son hôtel de ville et sa cathédrale sont ses plus beaux édifices, et son commerce est important. Parmi ses hommes célèbres, on cite le peintre Jérôme Bos et le mathématicien S'Gravesande. Entre ces deux villes, et à huit lieues de l'une et de l'autre, Breda est défendue par des fortifications qui ont près d'une lieue de tour, et par de vastes marais. Elle est célèbre dans les annales de la guerre : en 1590, Maurice de Nassau s'en rendit maître en cachant, dans un bateau de tourbe qu'il fit entrer la nuit dans la place , 80 soldats qui s'emparèrent du gouverneur et ouvrirent les portes. Spinola, 35 ans plus tard , la força de se rendre et fit brûler le fameux bateau; les Français s'en emparèrent en 1792 et en 1794;

EUROPE : Description de la Hollande. 3 i mais en i8i3, pendant une sortie qu'ils firent pour attaquer l'armée russe, les habita ns se révoltèrent, fermèrent les portes et empêchèrent la garnison de rentrer. L'un de ses plus beaux édifices est sa grande église, dont la flèche a 36o pieds de hauteur.

Le territoire néerlandais ne se compose pas seulement des anciennes provinces que nous venons de parcourir, il possède, sur les rives de la Meuse , dans l'ancien Limbourg , Venlo , Ruremonde, Thorn et Maestricht avec les dépendances de ces villes; c'est-à-dire que tout ce qui s'étend à une lieue à l'ouest de Maestricht, et k partir de cette forteresse jusqu'à Thorn, tout ce qui est à l'est de la Meuse jusqu'à la frontière de la Prusse , et enfin , depuis Thorp , les deux rives de la Meuse jusqu'aux confins de la Gueldre, est Néerlandais, d'après le traité du i5 novembre i83i, conclu sous le patronage des puissances étrangères. D'un autre côté, la province ou le grand-duché de Luxembourg, sujet de tant de contestations et de conférences diplomatiques, a été partagé entre la Belgique et la Hollande, de telle manière que cette dernière possède , dans ce grand-duché , tout ce qui est compris entre le cours de la Moselle et une ligne à l'ouest, qui, prolongée du nord au sud, maintient sur le territoire néerlandais, outre Luxembourg et Diekirch, Vianden et Steinfort.

Parcourons ces possessions de la couronne néerlandaise.

V enlo ou F enloo , sur la rive droite de la Meuse , est environnée de marais et de plaines incultes ; de l'autre côté de ce fleuve elle est défendue par le fort Saint-Michel. Cette ville, qui n'a que 65oo habitans , est ancienne, et fit jadis partie de la ligue hanséatique; c'était, en i343, un bourg que Renaud, duc de Gueldre, entoura d'une muraille, et qu'il éleva au rang de cité. Elle dut son nom aux tourbières au milieu desquelles elle s'élève (i). Sa principale industrie

') H'een en hollandais signifie tourbière.

est la fabrication des épingles. C'est dans cette ville que naquit, en 1^26, le savant antiquaire Hubert Goitzius. Feerdt, que les projets de traités laissent aussiauxHoUandais, est une petite ville de 5 à 6000 âmes, entourée également de landes et de tourbières , et qui renferme une très-belle église. Elle est la patrie du fameux Jean de Veerdt, qui , d'abord garçon cordonnier, s'engagea comme soldat, devint général au service de l'Autriche, et vice-roi de Bohême, et qui, après avoir répandu la terreur jusqu'aux portes d'Amiens, tomba au pouvoir des Français en i638, à la bataille de Rheinfeld , capture qui fut chantée dans les couplets de pont-neuf de cette époque , comme la plus importante que l'on ait pu faire. A quatre lieues à l'est de cette ville , s'élève Ruremonde ou Roer mond^ c'est-à-dire bouche de La Ro 'ér^ parce qu'elle est située à l'embouchure de cette rivière dans la Meuse; plus ancienne que Venlo, elle n'était qu un simple village lorsqu'en 1290 Othon dit le Boiteux, comte de Gueldre, y fit construire des murailles. Elle est ceinte d'un rempart avec un fossé, peuplée de 5ooo âmes et est assez bien bâtie; elle possède un collège et renferme des fabriques de tissus de laine et des papeteries considérables. A deux ou trois lieues au sud-ouest de cette ville, on voit , à peu de distance de la rive occidentale de la Meuse, Thorn ^ bourg de 1100 habitans, qui renferme des brasseries, des tanneries, des tisseranderies et des fabriques de teintures.

Une vallée qui s'élargit devant nous laisse apercevoir dans le lointain Maestricht et la montagne de Saint-Pierre qui le domine entre la rive gauche de la Meuse et le cours du Jaar; cette montagne calcaire, dont on tire depuis plus de i5 siècles une pierre tendre et crayeuse, est traversée par un si grand nombre de galeries , qu'elle forme un labyrinthe inextricable d'environ six lieues de circonférence. On a découvert dans cette masse divers ossemens fossiles

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d'un grand intérêt pour la science, entre autres deux têtes de sauriens gigantesques, qui ne vivént plus à la surface du globe, et que les savans s'accordent à diésigner sous le nom de mosasaurus (0- L'une a été transportée dans le musée d'Harlem, et l'autre se voit au muséum d'histoire naturelle de Paris; sa longueur est de 3 pieds 9 pouces, ce qui fait présumer que ce monstrueux lézard avait environ 24 pieds de longueur. La montagne de Saint-Pierre , qui porte le nom d'un village qui sert de faubourg à la ville , ou plutôt celui de l'église de Saint-Pierre qui précéda la fondation de ce village, s'appelait, au moyen âge, le Mont des Huns ( mons Hunnorum ). Sur le sommet de la montagne , une vieille tour a conservé la dénomination de Toui^ de César; plus loin on croit qu'il exista un camp romain. Ajoutons à ces noms fondés sur des traditions, que le nom brabançon de Maastricht^ n'est que la traduction de l'expression latine de Trajectuni ad Mosarn i'^), passage de la Meuse; ne doiton pas en conclure que les Romains n'y possédaient qu'un camp retranché ? Rien n'annonce que cette cité puisse être antérieure au IV*^ siècle. Les remparts, les fossés et les bastions qui la défendent, ainsi que le fort Saint-Pierre, en font une des plus foi'tes places des Pays-Bas. Elle est bien bâtie; on ne peut se dispenser de remarquer la beauté de son hôtel de ville et de l'église de Saint-Gervais. On y fabrique des armes à feu, des épingles et des draps; le cours de la Meuse donne de l'activité à son commerce. La ville communique avec le faubourg de Wyck au moyen d'un beau pont en pierre de 5oo pieds de longueur , qui traverse le fleuve ; ses maisons sont bien bâties; ses rues sont larges

(0 Voyez l'Histoire de la montagne de Saint-Pierre de Maëstricht, par Faujas de Saint-Fond. — Mémoire sur le plateau de Saint-Pierre, par M. Bory de Saint- Fine ent. Ann. gén. des sciences physiques , t. I.

(2) M. \Dewez : Dictionnaire géographique de la Belgique et de la Hollande. — Bruxelles, 1829.

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