MARINE EN
Total.
1 Vaisseau de ligne .. . de 74 canons.
3 Frégates de 44 "
4 id de 36 »
6 Corvettes de 2^^ «
6 Bricks de 22 «
Revenus.
14,000,000 de francs.
Dette publique.
160,000,000 de francs.
Suite de la Description de l'Europe. — Description de la Péninsule hispanique. — Description du royaume d'Espagne.
Dès que Pelage, arborant 1 étendard de la croix, eut franchi les montagnes des Asturies, dans le généreux dessein de reconquérir sur les Maures quelques portions de l'Espagne asservie, l'exemple de son dévouement patriotique, imité par d'autres chefs chrétiens, fit ériger en différens petits royaumes les terres rendues à la religion du Christ et à l'indépendance. Réunies sur les têtes de Ferdinand et d'Isabelle, ces diverses couronnes conservèrent leurs dénominations , leurs limites géographiques , et quelques privilèges qui rappellent les époques glorieuses de leur origine, et qui expliquent l'ancienne division de l'Espagne en quatorze provinces principales qui ont conservé leurs titres de royaumes et de principautés, et dont presque toutes se subdivisent en petites provinces.
Nous avons évalué la superficie de l'Espagne; nous avons indiqué les limites fixées entre ce royaume et le Portugal; donnons un aperçu de sa population , de ses mœurs , de son gouvernement , de son commerce , de tout ce qui constitue sa force et sa faiblesse.
L'ouvrage le plus récent que l'on ait publié sur l'Espag!ie (i) porte sa population en 1826, avec celle des îles Baléares, à 13,902,234 individus, en y comprenant l'état ecclésiastique , l'armée de terre et de mer, les mendians et les vagabonds , la population des hôpitaux et des prisons.
(0 Diccionario geografico-estadisticc de Espana y Portugal, par M. le D. don Sébastian de Mihano .
EUROPE : Royaume tV Espagne. 67 3
Cependant, sur toutes les questions de ce genre , il est peu » de pays qui possèdent moins d'élëmens propres à établir une évaluation positive que l'Espagne. On sait que dans toute la Péninsule les registres de l'état civil ne sont tenus que par les curés.
Dans le total ci-dessus, l'état ecclésiastique, malgré la destruction d'un grand nombre de couvens pendant l'occupation française depuis 1808 jusqu'en 181 4, s'élève encore à près de i5o,ooo individus.
Le culte catholique, le seul reconnu en Espagne, a pour ch^f l'archevêque de Tolède qui prend le titre de primat des Espagnes, 8 archevêques et 5i évêques. En outre, on compte 6i cathédrales et 1 14 collégiales, dont les chanoines et les abbés jouissent d'une autorité et d'une prépondérance presque épiscopales.
Il faut parcourir le royaume pour se faire une opinion exacte sur les caractères physiques et moraux de l'Espagnol. Chaque province offre des nuances beaucoup plus tranchées que dans les autres royaumes de l'Europe, parce que le défaut; d'industrie, la difficulté des communications, les barrières naturelles qui séparent les peuples, sont autant d'obstacles à ces relations multipliées qui finissent par répandre sur la population d'un Etat une teinte uniforme. Il suffit de traverser l'Espagne en différens sens pour lemarquer la taille légère et la beauté du Biscaïen , la haute stature du Galicien et du Catalan, la vigueur du Castillan, le teint basané de l'habitant de l'Estremadure, les formes sveltes de l'Andalous et la pâleur du Murcien. Les femmes sont en général bien prises dans leur taille, et se font presque toutes remarquer par leur grâce et leur souplesse; leur teint brun est relevé par des cheveux du plus beau noir, et leur physionomie expressive et animée contribue beaucoup à la réputation qu'elles ont d'être jolies. Les difféi^nces que l'on observe dans le physique des peuples
des diverses provinces existent également pour le caractère moral : Le Biscaïen est fier, irascible, emporté (ï); le Galicien est triste, sérieux, peu sociable, mais laborieux et plein de courage; le Catalan est violent, indocile, infatigable; l'Aragonais est attaché à ses antiques coutumes et enthousiaste de son pays; le Castillan est grave, sévère, orgueilleux et insouciant; l'habitant de l'Estremadure est pétri d'indolence et de vanité ; l'Andalous se distingue par son arrogance : on l'a appelé le Gascon de l'Espagne; le Murcien, lent et lourd, est le peuple le plus ignorant et le plus soupçonneux de la Péninsule; le Valencien, au contraire, est inconstant, léger, gai, affable et industrieux. Considéré en masse, on peut dire du peuple espagnol ce qu'en disent les Espagnols eux-mêmes (2), que le fonds de son caractère est une grande circonspection, le noble orgueil de l'honneur et de la probité, une constante résolution dans ses entreprises et une sorte d'aversion pour les nouveautés dont l'utilité ne lui est pas démontrée.
Doué d'un esprit pénétrant , il aurait depuis leur renaissance excellé dans la culture des sciences, si l'Inquisition n'eût comprimé l'impulsion dont il se sentait animé pour la philosophie naturelle. Sa brillante imagination chercha des compensations dans la culture des lettres : les plus anciens romans appartiennent à la littérature espagnole et composèrent long-temps, avec les chants nationaux qui célébraient les glorieux exploits du Cid, sa principale richesse. Expressive et harmonieuse, malgré les sons gutturaux de l'arabe dont elle a conservé plusieurs mots, la langue espagnole, proprement dite, se divise en cinq dialectes dont le plus ancien est celui du royaume de Léon et des Asturies, et dont le plus pur et le plus usité depuis
(0 Xa^orc?e ; Itinéraire «Je l'Espagne , foni. V.
(■') Voyez AntiUon et iMinano. ^
1-uf^opE : Royaume d'Espagne. B'jS Charles-Quint, est celui de Tolède. C'est cette lan<Tue quont immortalisée les écrits de l'inimitable Cervantes, du poète Quevedo, tout à la fois léger et sublime; du romancier Guevara, à qui Lesage emprunta son Diable boiteux; du fécond Lopez de Véga, dont on a iSoo pièces de théâtre avec une foule de poésies fugitives ; et du célèbre Calderon, dont les comédies ont fourni mille sujets à nos auteurs dramatiques, A côté de ces noms illustres viendraient se grouper, si notre sujet le comportait, d'autres noms brillans de célébrité, et cependant l'Espagne, accusant l'auteur de Gil Blas d'un infâme plagiat, revendiquerait un chef-d'œuvre qu'elle a été réduite à traduire dans sa langue !
Ce royaume, arriéré des autres États de l'Europe de plus d'un demi-siècle dans toutes les sciences, ne peut citer, hors du domaine de la littérature, que des jurisconsultes habiles, des médecins instruits, des botanistes distingués, quelques bons mathématiciens et des théologiens inutilement profonds. Les arts du dessin ont été jadis cultivés avec succès en Espagne : la gravure y compte des noms presque aussi célèbres que ceux dont se vantent les Pays- Bas et l'Italie; la peinture, qu'honorent encore quelques artistes distingués, s'enorgueillit de son ancienne école, où l'on vit Murlllo s'élever presque à la hauteur de Van- Dyck; Coello, viser à la manière large de Paul Véronèse ; Coreno, par sa grâce, mériter d'être appelé le Titien espagnol; et Morales, dont le pinceau ne s'exerça que sur des sujets de piété, recevoir le surnom de divin. Parmi les architectes, Herrera, Arnal et Jean-Baptiste de Toledo, tiennent le premier rang, comme Mena, Aharks et Toledo parmi les statuaires.
Jusqu'à l'avènement de Charles-Quint au trône d'Espagne, ce pays était soumis à une monarchie limitée par les cortès, assemblées provinciales dont nous avons esquissé
l'origine et qui ne représentaient que les classes privilégiées. Les princes de la maison d'Autriche et ceux de la maison de Bourbon détruisirent graduellement les privilèges de ces assemblées. Leur pouvoir et leur influence étaient devenus tout-à-fait nuls, lorsqu'en 1808, Napoléon força le roi Charles IV et Ferdinand VII, son fils, qui venait de lui succéder, à renoncer eux et leur famille à la couronne, et proclama son frère Joseph roi d'Espagne et des Indes. La courageuse et longue résistance du peuple espagnol contre un pouvoir étranger inspira une nouvelle énergie à ceux qui composèrent les juntes provinciales chargées de diriger l'insurrection : la plus célèbre de ces assemblées, refoulée à Cadiz, organisa un conseil de régence auquel elle céda ses pouvoirs, et bientôt les cortès extraordinaires, convoquées, rédigèrent une constitution, reconnue et approuvée en 181 2, malgré ses défauts et ses imperfections, par les puissances coalisées contre la France. Pour prix des efforts héroïques des Espagnols à conserver l'indépendance nationale, cette constitution devait être maintenue et jurée par Ferdinand. Il pouvait la modifier : il l'abolit; elle avait supprimé l'Inquisition : il rétablit ce tribunal odieux; les membres des cortès étaient inviolables : ils furent exilés.
Le mécontentement remplaça l'enthousiasme qu'avait excité le retour du souverain; les insurrections se multiplièrent, et le i*^ janvier 1820 l'armée, réunie dans l'île de Léon, proclama la constitution des cortès. Ferdinand se vit obligé de l'accepter : il aurait voulu la modifier, mais l'empressement qu'il avait mis à l'abolir excitait la méfiance; l'assemblée se refusa à toute révision. Ce fut alors que l'on vit les partisans du pouvoir absolu remuer le peuple et fomenter des troubles auxquels des ecclésiastiques et des
(') Voyez le livre précédent , pag. .038.
EUROPE : Royaume d Espagne. 679 iement en Galice. Dans les provinces méridionales, dans celles qui s'étendent sur le littoral de la Méditerranée, l'huile et la soude forment les principaux produits , qu'il faut ajouter aux genêts, au sumac, et surtout aux plantes potagères renommées pour leur saveur j dans quelques unes de ces provinces les champs se couvrent de safran, le riz forme de vastes nappes ondoyantes , et l'arbuste qui porte le coton prospère comme sur son sol natal. Au milieu de ces richesses v^îgétales, le bombyx trouve dans la feuille du mûrier une nourriture succulente qui contribue à la beauté de la soie qu'il sécrète. C'est dans la Catalogne et le royaume de Valence que le riz est le plus abondant. Cette dernière province et l'Andalousie sont les plus belles de toute l'Espagne : des arbres de toute espèce y produisent des fruits délicieux ; la canne à sucre y croît à côté du cotonnier; de nombreux oliviers fournissent une huile qui par sa quahté est devenue une branche importante de commerce j des végétaux propres à la teinture, le miel exquis que distille l'abeille , ajoutent encore aux richesses qu'elles retirent d'un sol et d'un climat favorisés de la nature. Le miel de la province de Cuenca était , du temps des Rpmains, célèbre par sa blancheur et par son goût agréable qui le fait appeler miel de romarin. L'anis, le maïs, le sel et le stipe dont on fabrique les tissus de sparterie , forment la richesse du royaume de Murcie; la barille, plante dont on tire la soude, est l'un des produits particuliers à celui de Valence, qui, par la richesse de sa culture , est appelé le jardin de l'Espagne. L'Ara gon , moins bien partagé, possède sur les bords de l'Ebre des terrains fertiles en grains , en safran , en chanvre, en oliviers et en fruits ; les forêts y sont bien entretenues ; mais loin des rives du fleuve on ne trouve plus qu'un sol aride et presque inculte. De beaux vallons peu riches en céréales, et couverts d'excellens pâturages, caractérisent la Navarre; les pro-
58o LIVRE CENT SEIZIÈ31E.
vinces vascongades , et particulièrement la Biscaye, se font remarquer par leur fertilité et l'industrie de leurs habitans; en Galice, le maïs, la châtaigne et la pomme de terre, qui de cette province, où elle fut d'abord importée, se répandit dans toute l'Europe, forment la principale nourriture du paysan; le lin efle chanvre alimentent son industrie. Dans les Asturies, les forêts qui fournissent des bois de construction , les pâturages où l'on engraisse d'excellens bestiaux, constituent la richesse territoriale. La Vieille-Castille présente des landes sablonneuses, une végétation appauvrie et presque desséchée; la Nouvelle-Castille, moins triste et plus chaude , offre moins d'aridité.
Les blés que l'Espagne récoltait du temps de Pline passaient pour les meilleurs que l'on connût; il est certain qu'ils n'ont pas dégénéré.
Presque toutes les terres de l'Espagne sont favorables à la viorne : l'excédant de la récolte du vin sur la consommation forme une branche considérable d'exportation, dont l'importance serait beaucoup plus grande si, pour la culture des vignobles et pour la fabrication du vin , on employait les méthodes que l'agriculture et la chimie ont fait perfectionner depuis plus de 20 ans (i). Nous citerons parmi les vins les plus estimés ceux de Peralta , en Navarre; de Ribada^ia et de Betanzos^ en Galice; ceux de Manzanares et de Val-de-Peïms , dans la Manche; ceux de Xérès ^ de Saîi-Lucar et de Rota, dans le royaume de Séville; ceux de Cabra, de Lucena, et de presque tout le pays qu'on nomme la Campine , dans le royaume de Cordoue; ceux de Malaga, dans le royaume de Grenade; ceux des environs de Carthagène, dans le royaume de Murcie ; enfin ceux à'Alicante, dans le royaume de Valence.
(0 Voyez le Dictionnaire géographique et statistique de M. Minano, article Espagne.
EUROPE : Royaume d'Espagne. 577
moines n'eurent pas honte de se livrer avec une ardeur qui dégradait leur caractère. Le gouvernement français comprit que l'Espagnol n'était point assez avancé pour jouir des avantages d'une représentation nationale. Il pensa qu'il était de son devoir de rétablir l'ancien ordre de choses, et le duc d'Angoulême, à la téte d'une armée qui ne rencontra nulle part ces bandes intrépides qui s'étaient montrées si redoutables quinze ans auparavant, lorsqu'elles combattaient pour une cause qu'elles comprenaient, mit fin, en entrant dans Cadiz, à l'assemblée des cortès et h la captivité du roi. Le vainqueur, avec une générosité toute française, rendit la mémorable ordonnance d'Andujar, qui, par de sages mesures , garantissait la paix , le repos et la protection à ceux qu'il était venu combattre : c'était le seul prix qu'il mettait au sang et à l'or que la France avait répandus sur le sol de l'Espagne : ses loyales intentions restèrent inexécutéos. Naguère encore la couronne jouissait en Espagne d'une autorité sans bornes; le roi était assisté par différens conseils, dont le plus important était le conseil d'Etat créé en 1825. C'est en vertu de cette omnipotence que Ferdinand VU, en mourant, a aboli la loi salique qui exclut les femmes du trône d Espagne comme du trône de France, et qu'il a désigné pour son héritière sa fille Isabelle, à l'exclusion de son frère don Carlos.
La justice est rendue dans tout le royaume par des cours suprêmes qui s'assemblent dans le chef-lieu de chaque province : celles de Valladolid et de Grenade ont le titre de chancelleries ; celle de Navarre se nomme conseil j et les autres sont appelées tribunaux {audiencias). Elles sont présidées par le capitaine général de chaque province. Pour inspirer au peuple l'idée que toute souveraineté ne réside que dans la personne du roi, Ferdinand avait enlevé aux communes la nomination des maires et des autres officiers municipaux, seul privilège qu'elles eussent conservé jus- Vil. 37
qu'en 1823, de tous ceux dont elles jouissaient depuis l'origine des cortès. Mais depuis la mort de ce prince, l'Espagne marche dans la voie constitutionnelle; et tout porte à croire que les cortès de i836 donneront à ce pays les institutions que réclame le progrès des lumières et qui doivent contribuer à assurer sa prospérité.
Les étrangers qui attribuent l'état arriéré de l'agriculture en Espagne à la paresse de l'habitant, n'ont point suivi les rudes travaux du paysan, tantôt au milieu des montagnes presque inaccessibles des Asturies, de la Galice et de la Catalogne, ou dans les détours arides du Guipuscoa, de la Biscaye et de la Navarre; tantôt dans les marais de Valence ou dans les plaines brûlantes de TAnclalousie et de l'Estremadure. Les hommes qui supportent tant de fatigues pour un modique salaire méritentils 1 epithète de nonchaîans ou de paresseux? D'ailleurs il est à considérer que depuis i8o3 il y a eu progrès remarquable dans la production agricole de l'Espagne: aucun pays de l'Europe ne présente des résultats comparables. En i8o3, la récolte des céréales était inférieure de plus d'un cinquième à la quantité nécessaire pour la nourriture des habitans, bien que la frugalité et l'abstinence espagnoles sont passées en proverbe. Aujourd'hui, malgré l'augmentation que la population a éprouvée , les récoltes ont presque doublé : on l'estime à 6i,658,ooo hectolitres. Dans presque toutes les provinces on cultive le blé, le seigle, l'orge, le maïs et le chanvre. Le royaume de Léon, l'Estremadure et les deux Gastilles, l'Aragon, l'Andalousie et le royaume de Murcie, produisent principalement le froment, comme la Biscaye, la Navarre et la Catalogne le seigle. L'avoine, pi'^sque dédaignée, est en général remplacée par l'orge pour la nourriture des bestiaux: les royaumes de Grenade et de Séville sont ceux qui en fournissent le plus. Le lin, peu cultivé, se récolte principa-
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qui les tirent principalement de France. Le centre de là Galice, couvert de pâturages , nourrit une grande quantité de bœufs ; ceux des Asturies sont exceiiens : les vaches de ce pays sont une véritable richesse : leur lait est employé à faire des fromages et d'excellent beurre, dont toute l'Espagne pourrait être approvisionnée, si l'habitant savait le saler et le conserver. D'innombrables troupes de bœufs, dont la beauté était en réputation chez les anciens, paissent encore dans les gras pâturages de l'Andalousie. Dans les montagnes de cette province , comme celles d'Aracena et de Gonstantina, on élève beaucoup de porcs; il en est de même dans celle de Salamanque; dans le royaume de Léon , leur chair doit son goût délicat aux glands doux qui leur servent de nourriture ; enfin les jambons de la Galice sont renommés dans toute l'Espagne. Les mulets et les chevaux ont un peu perdu de la réputation dont ils jouissaient autrefois : cependant on peut toujours citer les Asturies pour leurs petits chevaux vifs et légers , l'Andalousie pour ses superbes coursiers qui ont conservé toute la vigueur des races arabes, et ces deux provinces pour les robustes mulets qui doivent leurs qualités à celles de l'âne , qui n'a point en Espagne subi la même dégénération qu'en France.
Nous ne nous étendrons pas sur ce qui concerne la faune espagnole : presque tous les animaux de la France méridionale se trouvent en Espagne. Les montagnes et les plaines abondent en gibier ; on trouve des cerfs , des daims et des sangliers dans les montagnes de la Galice et dans les forêts des Asturies, qui recèlent de plus une grande quantité d'ours; l'Andalousie fournit au chasseur des lièvres, des lapins, des perdrix rouges et des outardes; les loups habitent presque toutes les contrées boisées et montagneuses ; le chamois et le lynx, les Pyrénées et les montagnes de Guenca; dans le royaume de Murcie, on rencontre le mouflon , et dans les provinces plus méridionales
lageiiette, le porc-epic, le scorpion, le truxale [triixalis nnsutus) et le caméléon. Un savant naturaliste (ij , frappé de la ressemblance de la zoologie du midi de l'Espagne avec celle du nord de l'Afrique, a vu dans ce fait une preuve de l'antique réunion des deux continens que sépare le détroit de Gibraltar. Des essaims de sauterelles désolent quelquefois l'Estremadure et l'Andalousie. Le paysan , qui pourrait facilement les détruire lorsqu'elles sont peu nombreuses et qu'elles se contentent de l'herbe des champs, ne fait attention à ces insectes sortis des plaines de l'Arabie que lorsqu'il ne peut plus en arrêter les ravages (2).
Les rivières de l'Espagne sont très-poissonneuses, ainsi que ses côtes: la pêche est la principale ressource de la Galice ; on y prépare la sardine de manière à en faire un objet d'exportation dont l'Espagne , la France et surtout le Levant, font une grande consommation. Le thon rend encore très- lucrative la pèche de cette province. Les pêcheries des côtes méridionales et orientales doivent aussi leur importance à ce poisson et aux anchois.
Les progrès que l'agriculture a faits en Espagne depuis i8o3 ont développé son industrie, son commerce, et amélioré ses finances. A l'époque que nous prenons pour point de départ, le revenu net de l'Espagne était d'environ 860 millions de francs; en i834, on l'évaluait à près de 12 19 millions. Sur cette somme il entre par les impôts, dans les caisses de l'Etat, 162 millions; mais les dépenses s'élèvent à près de 1 78 millions : il y a donc un déficit annuel d'environ 16 millions. Ce résultat est à la vérité loin d'être satisfaisant; mais il faut considérer qu'en 1822 le dé-
(0 M. Bory de Saint- Vincent : Guide du voyageur en Espagne.
(2) Bowles dit que depuis 1754 jusqu'en 1707, ces provinces furent en proie à ce fléau destructeur, \oyez Introduction à l'iiistoire naturelle et à la géographie physique de l'Espagne (Traduction de Flavigny ^ Paris, 1776).
EUROPE : Royaume d Espagne. 58 1
Malgré la réputation dont quelques uns de ces vins jouissent chez les gourmets, la quantité qu'on en exporte n'est point en proportion avec celle de l'eau-de-vie qui sort des ports espagnols.
Les richesses considérables que, depuis les temps les plus reculés, l'Espagne retire de la vente de ses laines, ont diminué d'une manière qui paraîtrait incroyable , si l'on ne calculait combien doit avoir été funeste pour ce pays la guerre qu'il eut à soutenir contre les Français, sous le gouvernement impérial. Nous pourrions encore à cette cause en ajouter d'autres plus ou moins influentes, s'il était dans notre plan d'examiner cette question. Aujourd'hui que les moutons espagnols importés en France et dans plusieurs contrées industrieuses y perpétuent leur race, il est difficile que l'Espagne ressaisisse la prééminence commerciale qu'elle obtenait de leurs produits; mais une administration sage et prévoyante peut arrêter l'effet des exportations frauduleuses de ces animaux et surtout encourager la fabrication des tissus de laine , qui, à mérite égal^ devraient, en Espagne, rivaliser, pour la modicité du prix, avec les tissus étrangers, en même temps qu'elle s'attacherait à engager les propriétaires de troupeaux à perfectionner le lavage des laines , et que , par des règlemens combinés avec prudence, elle tâcherait de concilier les intérêts de l'agriculture avec les privilèges de la Mesta (i).
Les troupeaux de mérinos se divisent en deux classes : les sédentaires^ qui comprennent 8,000,000 de têtes, et les voyageurs ^ un nombre un peu plus considérable (2}, y compris ceux qui appartiennent aux ecclésiastiques et ceux qui appartiennent aux laïques. Les moutons voyagent par bandes de 1000 à 1200, sous la conduite de deux ber-
(0 Société de grands propriétaires de troupeaux voyageurs, qui tous les ans se réunit sous la présidence d'un conseil d'Etat. Voyez les Tableaux stalistiques.
gers ; quittent au mois d'octobre les montagnes de la Vieille- Castille, et vont en quelque sorte ravager les plaines de TEstremadure et de l'Andalousie , jusqu'au mois de mai qu'ils retournent dans les montagnes. Ces bergers, au nombre de 16,000 et presque aussi bruts que leurs mérinos , exercent un véritable despotisme sur les terres qu'ils parcourent (i). Pendant leur marche, qui est d'autant plus lente qu'ils trouvent plus de nourriture, les ordonnances de la Mesta leur accordent une largeur de 240 pieds; arrivés à leur destination, on les distribue dans des pâturages qui leur sont réservés, et dont la location est payée aux propriétaires suivant le taux fixé arbitrairement par la Mesta elle-même. On attribue avec quelque raison la dépopulation de certaines provinces et la décadence de l'agriculture à ces migrations; et en effet, la Biscaye, les Asturies, la Galice et la province de Burgos, qui ne sont point exposées à ce fléau, sont mieux cultivées et plus peuplées que celles qui supportent cette charge annuelle.
C'est lorsque les bergers sont revenus dans leurs cantonnemens d'été que l'on fait la tonte , opération d'autant plus importante, qu'elle s'exécute en grand sous de vastes hangars disposés pour recevoir à la fois jusqu'à 4o,ooo ou 60,000 mérinos. On peut juger la quantité de bras qu'elle emploie, puisque l'on compte i2d ouvriers par 1000 moutons. Les uns sont occupés à tondre la laine, et d'autres à la diviser en quatre espèces suivant leur degré de finesse. L'époque de cette opération est aussi joyeuse que celle des vendanges dans les riches vignobles.
Les bêtes à cornes sont peu nombreuses, surtout dans lâ Catalogne , l'Aragon , la Navarre et la Biscaye , provinces
(0 M. de Laborde évalue à 40,000 les bergers ^sédenlai^cs el a oyagéurs. (Itinéraire d'Espagne. )
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et fertiles vallons, croisé en différens sens par de belles routes, avantage dont jouissent peu de provinces espagnoles , et exposé à un climat froid , variable et sain. Ses habitans sont laborieux, maïs pauvres. Ce petit royaume, dont le pape Jules II dépouilla l'aïeul de Henri IV, fut, en i5i8, réuni à la couronne d'Aragon et de Castille. A peine a-t-il franchi les Pyrénées, que le voyageur qui vient de France aperçoit la petite plaine de Roncevaux, dont le couvent renferme encore plusieurs objets qui rappellent le valeureux Roland et l'archevêque Turpin. Bientôt il découvre sur la montagne de Saint-Christophe, qui s'éiève au bord de l'Arga, Pampelune [Pamplona) ^ que l'on prétend avoir été bâtie par Pompée, qui lui donna le nom de Pompéiopolis. C'est la capitale de la province et le siège d'un évêché. L'aspect imposant que présentent ses murailles, ses bastions et son château- fort , se dément dès qu'on entre dans son enceinte : on n'est plus alors frappé que de la tristesse de ses rues larges et droites, et de ses maisons élevées et bâties en pierre. Son industrie consiste en manufactures de faïence et de draps grossiers. Tudela^ au confluent du Queila et de l'Ebre, est une jolie résidence épiscopale qui possède un collège où l'on enseigne la médecine, la chirurgie et la pharmacie; des fabriques de draps, de poterie et de savon , et qui fait un important commerce de bestiaux.
Les trois provinces qui doivent leur nom de ascongades à leur antique population basque (0, forment un trian-
(0 Les savantes recherches de M. Guillaume de Humboldt ont prouvé que parmi les idiomes qui se sont conservés en Europe , le basque est celui qui porle encore tous les caractères d'une langue primitive. Le nom du peuple qui le parle parait venir du mot basque vaso , qui signifie montagne , et qui , pris adjectivement , s'augmenta de la finale co , de manière que ce peuple s'est appelé dans l'origine Fasoco , et par contraction
asco , comme on dit montagnard. De là les Romains nommèrent les Basques Fascones , et leur pays Fasconia , dont l'étymologie se conserve dans le mot espagnol Fascongades .
gle dont le côté septentrional est baigné par les eaux du golfe de Gascogne, et les deux autres côtés bornés par la Navarre et la Vieille-Castille. Doués de cette infatigable activité et de cet amour de l'indépendance qui caractérisent les peuples montagnards, ces industrieux Basques ont trouvé dans un sol peu favorisé de la nature le palladium de leur liberté. Soumis volontairement à la domination espagnole en vertu d'anciens traités, les rois d'Espagne sont plutôt leurs protecteurs que leurs souverains. Chacune des trois provinces a son gouvernement à part, ses assemblées générales où l'on discute les intérêts de tous et où l'on examine les ordres du roi, qui ne peuvent recevoir leur exécution qu'après qu'ils ont été soumis à cette formalité. Elles se taxent elles-mêmes pour subvenir aux dépenses de l administration locale, et les contributions qu'elles paient à la couronne ne sont considérées que comme un don gratuit, qu'on leur demande rarement, et qui ne serait point accordé s'il n'était modique.
La province de Guipuscoa est séparée de la France par la Bidassoa. Fonlarrahie ou Faenterrahia^ dont le nom latin est Fons rapidus ^ est une place forte à l'embouchure de cette petite rivière qui se jette dans le golfe de Biscaye; Tolosa^ l'ancienne Jturissa^\o\\^ petite ville, est arrosée par l'Orio; Saint- Sébastien en est la capitale. Défendue par quelques fortifications, située sur une presqu'île baignée par les eaux du golfe, avec un petit port à l'embouchure de rUrumea, c'est une ville peu importante, mais bien bâtie, commerçante, industrieuse, qui possède des tanneries, des forges et des fabriques d'armes blanches. Entre Fontarrabie et Saint-Sébastien s'enfonce dans des montagnes une vaste baie close en apparence de tous côtés : c'est le Port du Passage, l'un des plus sûrs et des plus beaux de l'Europe. La ville, appelée en espagnol Los Pasages^ est bâtie sur le terrain resserré situé entre les montagnes et la baie :
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ficit annuel était trois fois plus considérable. Un mauvais système de douanes offre en Espagne un aliment continuel à la contrebande , dont on peut évaluer le produit au tiers environ d«i commerce légal. Il est à présumer que le régime constitutionnel apportera de nombreuses améliorations dans la répartition de l'impôt et dans les en-
couraoemens à donner au commerce et à l'industrie, o
L'Espagne manque de voies de communication : elle est arrosée par un grand nombre de rivières et de fleuves ; mais il y en a peu qui soient navigables ou dont la navigation soit sure. De là vient qu'on y a senti depuis long-temps la nécessité des canaux. La plus importante de ces constructions est le canal Impérial ^ ainsi nommé parce qu'il a été commencé par Charles-Quint : il a 26 à 27 lieues de longueur depuis Tudela en Navarre jusqu'à l'Ebre, environ 10 lieues au-dessous de Saragosse. Il traverse sur une lonorueur de 1600 mètres la montagfne de Torrera par une tranchée à ciel ouvert de 4o pieds de profondeur. Le canal de Castille unit le port de Santander avec le Duero. Le canal (T Olniedo ou de Ségovie va depuis les environs de cette ville jusqu'au Duero. Le canal de Huescar^ dans l'intendance de Grenade , n'est point terminé : il doit joindre Garthagène au Guadalquivir. Le canal des Alfaques ou de San Carlo a été ouvert pour donner un port à Tortosa. Les canaux de la Guadarrama et du Manzanarès ou de Madrid sont moins importans et ne sont pas terminés. Celui de Seu d'Urgel en Catalogne , et celui de Séi^ille à Cordoue^ ne sont encore qu'en projets.
Quant aux routes , les principales sont celles de Madrid à Saragosse , à Valence, à Cadiz, et à toutes les demeures royales de la Vieille-Castille; la route de Valence à Barcelone, celles de la Navarre et des provinces basques, celle de Saragosse à Valence, enfin celles des Asturies en Castille, et celles de la province de Rioja. Mais plusieurs de
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ces routes ne sont pas terminées ou sont mal entretenues, et d'ailleurs il n'existe que de mauvais chemins entre les villes de peu d'importance.
L'Espagne est peut-être de tous les pays de l'Europe le moins susceptible d'être peint à grands traits avec ces couleurs générales qui mettent tant de différeaces entre l'Italie, la France et l'Angleterre. Plusieurs nuances plus ou moins tranchées distinguent ses provinces ; les contrastes les plus frappans les séparent , et quelquefois même les isolent. Savoir apprécier ces nuances et ces contrastes, afin (Je mieux juger l'état moral du peuple espagnol , a été jusqu'à présent lecueil que n'ont point su complètement éviter ceux qui ont voulu donner une idée de la civilisation de ce peuple et le comparer aux autres peuples de l'Europe. C'est donc en examinant chacune des divisions de l'Espagne que nous parviendrons à en esquisser un tableau d'autant plus fidèle que nous repousserons d'inexactes généralités.
Le royaume est divisé, sous le rapport militaire, en i3 principales parties ou capitaineries générales , qui ont chacune leurs autorités , leurs administrations séparées , et dont plusieurs se subdivisent en petites provinces. Sous le rapport administratif, le royaume est divisé aussi en 33 gouvernemens (i). On n'a point à se plaindre en Espagne des inconvéniens de la centralisation , qui , portée en France au plus haut degré , est un mal dont tous les esprits éclairés sont convaincus. Nous allons parcourir le royaume en procédant du nord au centre et au midi.
Le royaume de Navarre est séparé de la France par une partie des Pyrénées. Borné à l'est par l'Aragon, au sud par la Vieil le-Casti lie, et à l'ouest par les provinces vascongades , son territoire est montagneux , mais parsemé de riches
(0 Voyez clans les Tableaux slalistiques , les diverses divisions du Royaume.
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de saint Jacques-le-Majeur, découvert à l'époque où l'on construisit l'édifice. Le trésor de cette cathédrale, si longtemps alimenté par la piété crédule, et dont la valeur avait toujours été exagérée, ne fut bien apprécié qu'après le partage que le chapitre en fit en 1809 avec le maréchal Ney, pour la solde de son corps d'armée, ce qui ne produisit que 10O5OOO écus (i). La statue de saint Jacques, que l'on disait d or, n'était que dorée; ses yeux en diamans n'étaient que des pierres fausses. La principale magnificence de cette église est dans la bizarrerie de sa sculpture et dans la beauté de ses vitraux. L'université de cette ville est aujourd'hui l'une des plus fréquentées de l'Espagne. Le commerce des images et des chapelets n'est pas sans importance à Santiago , miiis sa véritable industrie consiste en fabriques de toile et de bas de soie. Sa population est de 28 à 3o,ooo âmes.
A l'extrémité méridionale de la province, Orensé^ célèbre par ses fabriques de chocolat, s'élève au bord du Minho, que l'on y traverse sur un beau pont de dix arches tellement élevé, qu'un vaisseau de guerre avec sa mâture pourrait passer dessous. Sa cathédrale gothique est construite avec autant de régularité que d'élégance. Les environs de cette ville, jadis plus importante, sont agréables : on y fréquente encore les trois sources minérales chaudes qui lui firent donner parles anciens le nom ài Aquœ calidœ Cilinorum. Lugo, fondé par les Romains 76 ans avant notre ère, reçut, en l'honneur d'Auguste, le nom de Lucus Augusti. Des sources thermales et un bois sacré déterminèrent l'emplacement de cette ville qu'arrose le Tamboga. Elle renferme plusieurs ruines intéressantes: l'hôtel de ville, dont la façade est majestueuse, est de construction antique. Les murailles circulaires qui entourent Lugo poun aient contenir dix fois plus d'habitans qu'elle n'en
vO Jiovy de Saint- Vincent . Guide du voyageur eu Espagne.
renferme : elles ont près de trois quarts de lieue de tour; sa population est de lo à 12,000 âmes. Mondonedo^ située à la base de la Sierra d'infestia , dont les pentes s'abaissent jusqu'à l'Océan j est l'ancienne Britonia^ résidence d'un éveque; elle fut long-temps célèbre par ses foires de bestiaux, aujourd'hui peu fréquentées.
Parmi les ports de la Galice, nous ne citerons que les plus importans : le Ferrol^ chef- lieu de l'un des trois départemens maritimes de l'Espagne, siège d'une école et d'une académie de marine, est reniarquable par son arsenal maritime et l'étendue de son port, que forme un golfe dont l'entrée étroite est défendue par de formidables batteries. Sans l'importance de son mouillage, cette ville serait encore recommandable par son industrie. Betanzos y au sud du Ferrol, est l'ancien Brîgantiiim , qui joint au mouvement commercial de son port le trafic de ses vins légers. La Corogne ( Coruiia)^ le Coronium des Gallœci, est divisée en deux villes: l'ancienne, entourée de fortifications à l'extrémité d'une petite presqu'île, à 5 lieues de Betanzos, et la nouvelle, qui n'est fortifiée que du côté de la terre, et que l'on nomme la Pescaderia^ parce qu'il s'y tient un marché au poisson. La baie de la Corogne a une lieue de large; son port, en forme de croissant, est vaste et commode, défendu par le fort Saint-Antoine, et l'un des plus fréquentés de la Galice. La ville, peuplée de i4,ooo âmes, s'enrichit par le commerce, la pêche des sardines, ses fabriques de toile, qui occupent ii3 métiers, sa chapellerie, ses corderies, et sa manufacture de cigares dans laquelle plus de 5oo femmes sont employées. Il est probable que le nom de Coronium ou de Coriuia vient de celui de Columna^ que les anciens donnaient à une tour qui servait de phare, et qui par son élévation^^ressemblait à une colonne. Cette tour existe encore. On a dit qu'elle fut construite par les Phéniciens, qui la consacrèrent à Hercule, et que les Ro-
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elle n a que 1200 à i5oo habitans. Vergara possède une école patriotique où i on enseigne les sciences physiques et naturelles, et où l'on élève aux frais des Etats les jeunes gens de la noblesse du pays. Ohate est remarquable par son université et par les forges de ses environs. Toute la côte est peuplée de pêcheurs et de marins, et les campagnes de cultivateurs laborieux et paisibles.
Rien de plus riant que les coteaux de la Biscaye., rien de plus riche que la culture de ses vallées. Bilhao., sa capitale, peuplée de i5,ooo âmes, est Tentrepôt de toutes les laines que l'Espagne exporte, et de toutes les marchandises expédiées des différens pays de l'Europe pour le nord du royaume. Son port offre un mouvement continuel; la ville est située à deux lieues de la mer, sur la rive droite de la petite rivière d'Ansa , assez profonde pour recevoir de gros navires marchands, et abondante en petits poissons trèsdélicats appelés angulas.
Pour aller de la Biscaye dans la province (TAlaça, on traverse le grand défilé et la montagne de Salinas. Après avoir dépassé le bourg de ce nom, on voit les monts s'abaisser insensiblement jusqu'à la fertile plaine de Vitoria.^ parsemée de hameaux et de villages. Cette capitale, dont le nom latin ( Victoria ) rappelle la défaite des Cantabri sous le règne d'Auguste, fut reédifiée par Sanche-le-Grand, qui remporta sous ses murs une victoire sur les Sarrasins. La vieille ville est mal bâtie, mais la nouvelle, construite avec assez d'élégance, renferme quelques beaux édifices, et une grande place destinée aux courses de taureaux. A certaines époques de l'année, on célèbre à Vitoria la fête des garçons, celle des jeunes filles et celle des époux, cérémonies qui prouvent la pureté des mœurs et garantissent leur conservation.
La principauté des Asturies ^ bornée au nord par l'Océan, à l'est par la Biscaye, au sud par la crête des Pyrénées astu-
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lien nés, et à Toiiest par la Galice, est un pays coupé par une multitude de jolies vallées étroites et sinueuses, arrosées par des torrens et des rivières poissonneuses. Le peuple de cette province se vante d'être resté pur de tout mélange avec des étrangers; il est patient, brave et laborieux. Ovieclo, sa capitale, l'ancien Ovetum^ est située au centre du pays, sur une colline au milieu d'une plaine légèrement ondulée, entre la Nora et le Nalon. Son plus bel édifice est la cathédrale, monument gothique dont la fondation remonte à près de onze siècles, et dont les antiques reliques sont en vénération dans la contrée. Cangas de Onis^ sur la Cella^ est une jolie petite ville près de laquelle est l'abbaye de Notre-Dame-de-Cavadonga, que l'on dit occuper l'emplacement même où Pélage arbora l'étendard de l'iiidépendance. Ce prince établit pendant long-temps sa résidence à Gijon, ville bâtie avec régularité au pied d'une montagne dont l'extrémité forme le cap Penas; son port était autrefois très-fréquenté. Agiles, situé au fond d'un golfe de l'autre côté du cap , alimente son port par le commerce de charbon de terre et d'ustensiles en cuivre fabriqués dans les environs.
Le royaume de Galice, limitrophe des Asturies et de celui de Léon, est borné au nord et à 1 ouest par l'Océan, .et au sud par le Portugal. Il est divisé par des vallées considérables que forment différentes chaînes élevées qui appartiennent au système pyrénaïque. Cette province compte plus de quarante ports et quelques villes importantes. San^ tiago^ ou Saint- Jacques-de-Compostelle, qui est peut-être l'antique Gallœcia, est con&idérée comme la capitale de la Oalice. Composée de rues tortueuses et mal pavées, elle est céièbre par sa vaste cathédrale gothique, dont la fondation remonte à plus de dix siècles, et dont la double construction forme une église souterraine consacrée à saint Jacques- Îe-Mineur, et une église supérieure où l'on révère le corps
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mains la réparèrent et la dédièrent à Mars, ainsi que semble l'indiquer une inscription latine; mais un savant espagnol (0 la regarde comme Touvrage de Trajan.
L'importante province espagnole qui conserve Tancien titre de royaume de Léon^ confine dans toute sa partie occidentale au Portugal et à la Galice, est bornée au sud par TEstremadure, à l'est par la Vieille-Gastille, et au nord est séparée des Asturies par la chaîne de montagnes qui sert de limites à cette principauté. Le Duero la traverse de l'orient à l'occident. Elle doit son nom à la ville de Léon, sa capitale, fondée par l'empereur Galba dans l'emplacement qu'occupait la légion romaine appelée legio septima gemina. On remarque dans cette antique cité la cathédrale, commencée vers la fin du XII^ siècle et terminée pendant le XIV^. L'élégance et la légèreté de sa construction la font regarder comme la plus belle église de l'Espagne. Les rues sont sales, irrégulières et remplies d'édifices gothiques; mais la grande place, qui forme un carré parfait, est citée pour la régularité de ses bâtimens. Astorga, l'ancienne Asturica Augustay renferme encore des inscriptions et des antiquités romaines. Ses épaisses murailles, flanquées de tours, ont été augmentées de quelques travaux par les Français. La petite ville de Ponferrada, que l'on croit avoir porté sous les Romains le nom de Pons Ferratus^ et dont le vieux château ruiné appartenait aux Templiers, occupe, au confluent du Sil et du Boeza, le centre d'un fertile et vaste bassin formé de montagnes escarpées. Zamora, détruite par les Maures au XP siècle, rebâtie par Ferdinand II et Alphonse VIII, s'élève sur la rive droite et escarpée du Duero; elle renferme 10,000 habitans. Ce qu'elle offre de plus remarquable est un beau pont sur le fleuve et une école militaire. Toro , malgré son peu d'étendue, ren-
(0 L'académicien don Jor>R Cornide. Voyez la dissertation qu'il a publiée sur ce monument.