ARMEE DE MER
Vaisseaux de lign«
Frégates.
Bâtimens inférieurs,
.Soldats et niateloU.
(i) Le» cadres sont ceux d'une armée do 120,000 homme*.
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Suite de la Description de l'Europe. — Description physique générale delà Péninsule orientale, comprenant la Turquie d'Europe et la Grèce.
«Nous allons contempler ces contrées d'où l'immortelle clarté des sciences, des lettres et des beaux-arts s'est répandue sur notre Europe. La Grèce est la patrie commune du genre humain , puisqu'elle est la patrie des vertus , des talens et du génie. Mais quel changement funeste attriste aujourd'hui ces pays jadis si charmans , cette fertile péninsule qu'arrose au nord le Danube, que baigne à l'est le Pont-Euxin, que la mer Egée et la Méditerranée embrassent au sud, et que borne à l'occident l'Adriatique.»^ Le mont Hœmus se couronne encore de forêts verdoyantes; le Danube arrose encore son riche bassin ; les plaines de la Thrace, de la Macédoine et de la Thessalie offrent encore au cultivateur de faciles moissons, tandis que les côtes , les péninsules et les îles présentent mille ports et mille golfes où les flots apprivoisés baignent le pied des collines chargées de vignes et d'oliviers. Mais l'anarchie et l'ignorance ont rempli de déserts ces contrées où jadis une ville pressait l'autre. Pour attester l'existence de l'ancienne Grèce, il ne reste que les ruines et les montagnes.
« Des régions de la haute Macédoine, comme d'un point central, partent quatre ou cinq chaînes de montagnes; l'une court au nord et atteint les rivages du Danube aux environs dOrsova, où, par des rochers qui resserrent le lit du fleuve, elle se joint à une branche des montagnes de Transylvanie; elle lie ainsi le système des Karpathes à celui des monts Hœmus; la seconde et la plus considérable se dirige
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droit vers l'est, sépare Ja Bulgarie delà Romanie ou Thrace, borde la mer Noire de ses rochers escarpés (i)?et envoie une branche de collines vers Gonstantinople et vers les Dardanelles; cette chaîne est XHœmus proprement dit, XEmineh- Dagh ou le Balkan des Turcs; une troisième chaîne se détache du plateau de la haute Macédoine en même temps que l'Hœmus, mais se dirige au sud -est; c'est le Rhodope des anciens, le Despoto-Dagh des Turcs: une plaine trèsélevée en lie les bases avec celles de l'Hœmus, et c'est sur ce plateau que coule l'Hébrus; une quatrième chaîne, peu connue, se dirige vers l'ouest; ce sont les monts de la Bosnie et de laDalmatie, \ Albius ou Alhanus des anciens; enfin une cinquième branche s'étendant au sud-ouest et au midi, donne naissance à toutes les montagnes de la Thessalie, de l'Epire, de la Grèce propre, et de l'Archipel. Nous employons le terme de chaînes pour aider l'intelligence des lecteurs qui s'y sont accoutumés, mais nous pensons que toute la péninsule au sud du Danube est un massif couronné de quelques chaînons, mais plus encore sillonné par des vallons et descendant par terrasses.
« Il est impossible de décrire avec certitude la plupart de ces montagnes. Les indications des anciens ont beaucoup de vague; ils semblent comparer le mont Hœmus aux x\lpes, mais ils comprenaient sous ce nom toutes les montagnes qui séparent les affluens du Danube et de l'Adriatique des eaux qui coulent dans l'Archipel. Dans ce sens Ptolémée trace l'Hœmus du sud-ouest au nord-est. D'après les voyageurs modernes, l'Hœmus propre ou le Balkan présente des rocs escarpés, des défilés compliqués, mais pas plus d'élévation que les Apennins. Comme la neige fond, même sur les sommets, l'élévation ne saurait surpasser 7 à 8000 pieds. Au célèbre défilé de la porte de Trajan,
(0 Slràboa, liv. VU, p.
EUROPE : Péninsule orientale. 669
entre Sophia et Philippopoli , on monte doucement du côté du nord-ouest, mais la descente au sud-est offre des escarpemens rapides.
« Le Rhodope présente au voyageur des montées longues et difficiles, mais les forêts couvrent sa cime , et parmi elles le pèlerin fatigué peut se reposer sur des prairies fleuries (i).
« C'est au nord de la Macédoine, dans l'ancienne Dardanie, qu'on pourrait espérer de trouver des montagnes semblables aux Alpes, he ScomiiiSj aujourd'hui le Dupindc/ia, le Scardus^ que les modernes nomment tantôt Char-Dagh^ tantôt monte Argentaro , forment une chaîne dans laquelle un seul voyageur assure avoir aperçu deux sommets, le Wjsoka et la Rulla^ couverts de neiges éternelles (2). Mais un autre voyageur dit que le nom ^Argentaro vient de l'éclat que jettent de très-loin les flancs de ces montagnes composées de gypse (5). Au surplus, un voyageur plus récent (4) donne 9600 pieds d élévation au plus haut sommet du Scardus. Nous inclinons à croire que la haute Macédoine est un plateau élevé de 2 à 3ooo pieds, comme la Transylvanie, couronné d'un côté par les montagnes qu'on vient de nommer, et qui se termine au sud-ouest par le mont Bora. Le fertile bassin de Salonique est ceint de terrasses qui dépendent plus ou moins du plateau de la haute Macédoine. Le mont Athos ^ masse isolée et imposante, s'élève à 636o pieds.
« Le Pindus^ aujourd'hui le Metzouo^ est comme le noyau des montagnes de la péninsule grecque proprement dite. Ses rochers, ses forêts, ses fontaines poétiques, ont été récemment l'objet d'observations intéressantes : on sait que son élévation est de 84oo pieds. La neige, généralement parlant, tombe au mois d'octobre sur toutes les cimes;
(0 Paul Lucas , deuxième Voyage, c. xxvi , xxvn.
(2) Driesch , Ambassade à Constantinople , p. \ol^ (en allemand).
(^) Brown, Voyage, c. xv. — (4) M. Félix Beaujouv.
celles de Dokimi et de Peristera la conservent presque iontv l'année (i). On pourrait leur croire 8 à 9000 pieds d élévation. De toutes parts, des vallées arrondies en bassin et de croupes de montagnes couvertes d'arbres, s'appuient au Pinde. L'Epire est montagneuse jusqu'aux rivages de la mer. La Thessalie est un seul bassin entouré en cercle par des montagnes, sur les terrasses desquelles jadis soixantequinze villes étaient assises comme sur les bancs d'un amphithéâtre (2).
« L'Olympe, aujourd'hui Lâcha, n'a que 5760 pieds d'élévation, selon Xénagoras, ou 6120, selon Bernouilli, et 6000, selon M. Félix Beaujour. Les escarpemens très-rapides donnent pourtant à ces montagnes l'aspect le plus imposant et le plus pittoresque. Le défilé de Platamona, au nord du mont Olympe, est couronné de rochers taillés à pic à la hauteur de 3ooo pieds. Le célèbre défilé des Thermopyles est moins effrayant; mais celui qu'on passe dans l'ancienne Mégaride, entre les rochers Scyroniens et le golfe Salonique , offre de sublimes horreurs. Des rochers noirs et escarpés se penchent au-dessus de la mer; les flots mugissans ont pénétré sous leurs bases ; c'est sur un terrain aussi dangereux que le voyageur trouve un sentier étroit où il est obligé de marcher comme suspendu entre le ciel et la mer (5). »
Le mont Parnasse^ aujourd'hui nommé Liakoura^ élance à 2240 mètres ses sommets arides et escarpés; il a été mesuré par les membres de la commission scientifique de Morée (4).
(0 Pouqueville , deuxième Voyage, 11, 178, 233; m,. 46, etc., etc.
(2) Plin. , lib. IV, cap. vu.
(3) Ce défilé est d'une lieue trois quarts. Spon , Voyage, t. II, p. 171. Chandler, c. xliv, p. 198. Wheler , a Journey, 1. p. 4.36. Plin. ,1. II, c. xLvii. Pausan. , 1. I, c. xliv. De Chateaubriand, etc.
(4) MM. Puillon de Boblaye, Pey trier eE Sert^ier.
EUROPF : Péninsule orientale. 671
«t Le centre du Péloponèse est un plateau élevé couronné de plusieurs petites chaînes de montagnes , dont le Chelmos^ jadis Cyllène, est le point culminant central (0, et dont la plus méridionale forme le cap Matapaii, l'ancien Ténai^e^ qui est la pointe méridionale du continent de l'Europe.
« Les côtes de l'Albanie, qui vers !e golfe du Drin sont d'une pente assez douce, se relèvent soudain près l'entrée de la mer Adriatique. Des rochers sont jetés en désordre sur d'autres rochers; leurs cimes portent des nuages sombres, leurs flancs sont sillonnés par de fréquens éclairs, une mer toujours courroucée baigne leurs pieds de ses flots tumultueux, et couvre leurs rivages des débris de vaisseaux. Ce sont les monts Acro- Cérauniens ^ si mal famés dans l'antiquité, et qui s'appellent aujourd'hui Monte-de- Chimera.
« Les îles Ioniennes présentent également aux flots de la Méditerranée des bords très-escarpés. Le rocher calcaire de Leucade, qui s'élance du sein d'une mer profonde et toujours agitée, menace encore les navigateurs, comme au siècle d'Énée et d'Ulysse.
« On peut avec raison regarder l'île de Crète, ou de Candie, comme une prolongation des hautes terres qui forment le dos de la Grèce et du Péloponèse. De même les Cyclades présentent les fragmens épars des deux petites chaînes, dont l'une vient de l'Attique et l'autre de l'Eubée. C'est ainsi qu'à mesure qu'on s'éloigne du mont Hœmus, les traits de grandeur et de régularité disparaissent; les hachures et les déchiremens se multiplient. Le midi de la Grèce montre des traces évidentes de ces affaissemens et de ces bouleversemens qui ont façonné la surface du globe.
« 11 semble pourtant que l'Archipel renferme quelques
Pouquey'ille , iv, 335, 349-
672 HVllE CENT DIX-SEPTIÈME.
sommets très -élevés; un habile médecin grec affirme que les montagnes de l'île d'Andros conservent de la neige toute Tannée (i). Si cette assertion se confirmait sans modification, nous devrions y chercher un des points les plus élevés de la Grèce entière.
« Avant d'entrer dans d'autres détails sur le sol de la Grèce, il faut jeter un coup d'œil sur les eaux qui l'environnent, l'entrecoupent ou l'arrosent.
«Le Pont-Euxin, la mer Noire des modernes, se trouve probablement aujourd'hui dans le même état où il se trouvait lors de l'aurore de la tradition historique. Peu profond dans sa partie occidentale, il renferme dans son bras oriental des abîmes où l'on n'a pas trouvé de fond (2). Les eaux de cette mer sont, en quelques endroits, presque aussi douces que celles des fleuves qui s'y déchargent P). Une plus forte évaporation, naturelle aux eaux des rivières, fait naître ces glaces dont le Pont-Euxin est si souvent couvert (4). La douceur des eaux donne aussi au froid plus de prise, de sorte que cette grande mer est souvent couverte de glaces à une très-grande distance du rivage (5). Au printemps, les poissons arrivent par troupes des extrémités de la Méditerranée, pour déposer leur frai dans les eaux douces et limoneuses de cette mer, où les tyrans du peuple aquatique, les poissons voraces, ne pénètrent point; à l'approche de l'hiver, ces troupes de poissons retournent à la Méditerranée (6).
Le Pont-Euxin n'est donc qu'un vaste lac; il en porte tous les caractères. Ce lac s'écoule comme ceux de l'Amé-
(0 Zallony, Voyage à Tine , p. 34- — (^) /jvisl. , Meteor. , 1. I , c. xni.
(^) Ârrian. , Periplus. ap. Geog. minores Hudsonii , 1. 1 , p. 8. Isidorus , ex Sallustio, 1. XIII, c. xvi. Senec. , in Medea , act. II. — (4) Jmmian. MarceUin., I. XXII. Mém. de l'acad. des Inscrip. , t. XXXII, p. (iSg. Chardin, Voyages, t. I, p. 92. — (5) Herod. , ap. Macrob.,1. VII, c. XII. lournefort, t. II, p. i3o. — (6) Jrisl. , Ilist. Anim. , i. VI, c. xvn ; 1. VII, c xix. Min. , I\', c xv. Tac. , Annal. , XII, c. lxih. Mlian, 1. IX , c. nx.
EUROPE : Péninsule orientale. 673
rique septentrionale par une sorte de rivière, qui forme d'abord l'étroit canal de Gonstantinople, ou le Bosphore de Thrace; il se présente ensuite un petit lac, appelé la Propontide^ ou la Mer de Marmara (0. Ce lac, en se dirigeant au sud-ouest, prend de nouveau la forme d'une large rivière, sous le nom iS^ Belle s pont ^ ou détroit des Darda* nelles. Ces canaux ressemblent à mille autres débouchés de lacs. La grande masse d'eau qui ne s'écoule que par une ouverture si étroite est une circonstance très-indifférente. Elle a cependant fait naître bien des hypothèses.
« Suivant M. Olivier, le Bosphore, ou le canal de Constantinople, présente, jusqu'au village de Buyuk-déré, une chaîne de collines schisteuses bien garnie d'arbres, interrompue seulement par des vallons très- fertiles (2). Mais lorsqu'en s'avançant vers la mer Noire on a passé ce village, l'iine et l'autre rives offrent alors à M. Olivier des indices évidens de volcanisation : « Partout des roches plus ou « moins altérées ou décomposées; partout l'entassement et « la confusion : des jaspes, des cornalines, des agates et « des calcédoines en fiions parmi des porphyres plus ou « moins altérés. Une brèche peu solide, presque décompo- « sée, est formée par des fragmens de trapp agglutiné par « du spath calcaire. On voit enfin, dans une étendue de plus « d'une demi-lieue, une roche dure de trapp d'un bleu ver- « dâtre, également colorée par du cuivre. » C est ici que M. Olivier et M. de Ghoiseul-Gouffier placent un volcan qui a dû ouvrir une issue à la mer Noire. »
Le même fait a été signalé en termes plus ou moins scientifiques par différens voyageurs. Le général Andréossy remarqua sur la roche calcaire des colonnes basaltiques ; M. Fontanier a reconnu la coulée qui a fourni cette lave :
(0 Probablement une ancienne dénomination grecque de fAapp.ai'pw , je resplendis dans le calme. Marmora ponli. Virg. (2) Olivier: Voyage, etc. , t. I , p. G'-i.
Vil. 43
elle se dirige d'Europe en Asie. M. Virlet voit un systènie particulier de fractures dans la fente qui a donne naissance au détroit des Dardanelles, qui a relevé les calcaires d'eau douce d'iliodroma et la plupart des îles du petit archipel du Diable. Mais la rupture des Dardanelles ne se rapporte évidemment à aucune des traditions que nous ont laissées les anciens, puisque par la nature des coquilles que renferme le calcaire recouvert par le basalte, cet événement se rapporte à l'âge de lavant-dernier dépôt géologique.
« La mer Egée ^ nommée aujourd'hui par corruption l'^/cA^joô/ (1), se présente comme la continuation de la grande vallée aquatique dont le Bosphore est une gorge. Les rivages calcaires qui en bordent la majeure partie sont presque partout coupés à pic; et leurs couches placées, comme par un renversement, dans une position verticale, semblent indiquer, ici comme en mille autres endroits, des enfoncemens et des affaissemens. Les golfes de Salonique, d'Athènes, et d'autres, entrecoupent les continens voisins. Ces apparences d'un déchirement général du sol avaient déjà exalté l'imagination des géologues grecs; mais d'après l'histoire, les rivages de ces mers, connus depuis 3ooo ans, n'ont subi que de très-petits changemens. Tantôt ce sont les décombres des édifices, des ponts et des quais (2), qui, en comblant le détroit sur lequel Gyzique était bâtie, ont fait de l'île Cyziquène une presqu'île ; tantôt ce sont des dépôts littoraux dans de petites anses étroites et peu profondes, qu'aucun courant ne déblaie, comme au défilé des Thermopyles.
« La Méditerranée, cette mer si puissante en comparaison de l'Archipel, n'a rien changé sur les côtes méridionales. Les rochers des Strophades restent debout, et le port de Pylos ne
(0 C'est probablement une dénomination populaire ancienne : Apyeîov •jrAayo;, la mer grecque, ou Apytov -jzilc/.yoç , la mer blanche. D'autres l'expliquent par kpy\ Tréiayoç, mer principale, mer royale.
(^) Sttxibon, lib. XII, p. 396.
ELinopc : Péninsule orientale. 675
s est ni comblé ni rétréci. L'isthme de Leucade, tout étroit qu'il était, n'a été coupé qu'à force de travail d'hommes (0- Si quelques îlots, parmi lesEchinades, ont été joints à la terre ferme, c est par les aliuvions de la rivière Aspro-Pt^tamos.
« Le bassin du Danube renferme plus d'un tiers de la Turquie d'Europe. La Drinn de Bosnie et la Morava de Servie s'écoulent dans le Danube avant que celui-ci ait franchi les cataractes près Tachtali et Demir-Kapi. Le mont Haemus donne encore au Danube inférieur une dizaine d'autres rivières; mais les seules qui soient considérables descendent des montagnes karpathiennes, telles que X Aluta de la Valachie et le Priith^ avec le Sereth^ en Moldavie.
« Le bassin de l'Adriatique reçoit le double Drino d'Albanie, dont le bras méridional, ou le Drin noir, reçoit les eaux du lac d'Ochrida. La rivière de Boïana n'est remarquable que pour servir de débouché au grand et pittoresque lac de Scutari. Le Pinde envoie aussi à l'Adriatique XAoïis aujourd'hui le /^ofow^^rt.
« Le Maritza^ l'ancien HebriiSj règne dans le bassin qui occupe la majeure partie de la Romélie ; cette plaine élevée na qu'une seule ouverture par laquelle l'Hebrus s'échappe pour aller s'écouler dans l'Archipel à travers un lac marécageux qui paraît lui avoir valu son nom moderne. A l'exception du St/jmon, les rivières de la Macédoine semblent de toutes parts s'être donné rendez-vous au golfe de Salonique; parmi elles on remarque YAxius^ le Vardar des modernes. Ce concours de rivières forme une espèce <le delta qui s'accroît au-dessus du golfe.
« La péninsule méridionale , ou la Grèce propre , ne donne naissance qu'à de petites rivières ; mais leur réputation classique les rend intéressantes.
1 Le Pénée et la vallée de Tempé appellent nos regards. Le bassin de la Thessalie est ceint de hautes montagnes,
') Slrabnn, 1 . p. .
676 LIVRE CENT DIX-SEPTlilME.
excepté au sud-est. Pourquoi le Pénée ne dëbouche-t-il pas du côté où les montagnes s abaissent ? Sans doute quelque obstacle local le force de se diriger vers les hautes montagnes de l'Olympe, et il trouve ici son débouché à travers une profonde et étroite vallée célèbre sous le nom de Tempe. Cette vallée s'étend de sud-ouest à nord-est (i); sa longueur est de 4o stades ou une lieue et demie (2) ; sa largeur, quoiqu'en général de 2 stades et demi, diminue cependant en un détroit jusqu'à 100 pieds P). C'est ici que sous l'ombre de peupliers et de platanes, entre des rochers tapissés de lierre, entre des collines revêtues d'un épais gazon, le Pénée présente partout un canal tranquille, et que dans certains endroits il embrasse de petites îles dont il éternise la verdure. Tout à coup les rivages se rétrécissent; des rochers tumultueusement jetés l'un sur l'autre semblent de toutes parts menacer ruine. Le fleuve précipite à grand bruit ses flots pressés à travers le défdé ; dès qu'il l'a passé , ses eaux reprennent leur cours tranquille, et se mêlent bientôt aux flots de la mer.
« C'était une tradition très-répandue dans l'antiquité, que le Pénée autrefois, n'ayant point d'issue, formait un grand lac qui couvrait une partie de la Thessalie, surtout la plaine Pélasgique au midi de Larisse, Un tremblement de terre ouvrit la vallée de Tempé; le lac s'écoula dans la mer, et laissa paraître le sol actuel de la Thessalie (4). Les habitans de cette contrée avaient institué une fête en mémoire d'un événement qui avait changé la face de leur patrie (5). D'un autre côté, Théophraste, en observant que le climat de la
(0 Pocoke, t. m, p. i52. — C-^) Flm., ibid. , 1. I, 44, c. vi.
(3) Plin. , ibid. Mlian. , Var. hist. , 1. III, c. i. Voyage d'Anacharsis, III, c. XXXV, p. 377, 3^ édit. — i^) Hérodote , 1. VII, c. cxxix, Strabon, 1. IX, p. 296. Senec. , Quaîst. nalur. , 1. VI. — Jthen. , 1. XIV, p. 639. yElian., Var. hist , 1. III , c, i. Meursii , Grèce, fer. in voce Peloria.
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Thessalie s'était refroidi, en attribue la cause à l'écoulement artificiel qu'on avait ménagé aux eaux stagnantes qui couvraient les plaines de cette contrée (i). Cette opinion pourrait être appuyée par la tradition de quelques poètes qui revendiquent en faveur d'Hercule la gloire d'avoir ouvert une issue au Pénée. Enfin, le fameux déluge de Deucalion qui, selon quelques auteurs, embrassa tout l'univers,^ n'était, selon d'autres témoignages, qu'une inondation particulière de la Thessalie, qui dura pendant trois mois, et qui fut causée par un engorgement des eaux du Pénée; soit qu'un tremblement de terre, en renversant quelques montagnes, leur eût barré l'issue, soit que des pluies excessives eussent produit une crue subite et extraordinaire (2).
« Le mérite de ces diverses traditions, intéressantes pour la géographie physique, ne saurait être décidé que par des recherches faites sur les lieux mêmes.
« Le petit bassin qui occupe la majeure partie de la Béotie offre matière à d'autres questions. Les rivières, ou pour mieux dire les ruisseaux, se réunissent dans le lac marécageux nommé anciennement Copaïs. Geint de montagnes, ce lac n'a aucune issue apparente. Il couvrirait peut-être toute la Béotie, si la nature, secondée par l'industrie des hommes, n'avait pratiqué des routes secrètes pour l'écoulement des eaux (5). Du côté le plus voisin de la mer, le lac se termine en trois baies qui s'avancent jusqu'au pied du mont Ptoûs, placé entre la mer et le lac. Du fond de chacune de ces baies partent quantité de canaux qui traversent la montagne dans toute sa longueur; les uns ont 3o stades (plus d'une lieue) en longueur; les autres encore plus (4),
(0 Théophr. y de Causis plant. , 1. V, c. xx. — C^) Voyez Fréret, Mémoire sur les déluges d'Ogygès et de Deucalion, académ. des Inscript. , t. XXIII , p. 129. —(3) Slrabon , 1. IX, p. 280. — (4) Wheler, a Journey through Grèce, p. 4^6. Il vit une vingtaine de ces canaux, et on lui dit <|u'il y en avait environ cinquiinle.
6^S LivRK ci:nt DIX-SEPTI^MI'.
Pour les creuser ou les nettoyer, on avait ouvert de distance en distance j sur la montagne, des puits profonds. Ces travaux immenses, sur Torigine desquels l'histoire et la tradition gardent le silence, doivent remonter à la plus haute antiquité. C'était, selon Strahon, une opinion reçue «que l'étendue du lac avait autrefois formé un terrain fertile, et dont la culture avait fait l'ancienne richesse de la ville d'Orchomenus (0. »
« Strabon nous donne même une peinture générale de tout ce terrain :
« Toute cette partie de la Béotie, située au milieu des « terres, et enclavée de montagnes, est exposée aux divers « inconvéniens; comme ce terrain dans le fond est rempli « de crevasses et de cavernes, il y arrive souvent d'affreux M tremblemens de terre qui bouchent ici les issues souter- » raines, tandis que là ils en ouvrent de nouvelles.... Tan- « tôt des canaux cachés entraînent les eaux courantes sous «< la terre, tantôt des éboulemens superficiels les forcent à
« se répandre en marais et lacs Voilà pourquoi l'on
« trouve quelquefois ici des villes placées près d'un lac, qui « autrefois n'en avaient point dans leur voisinage; quelque- « fois aussi des villes, menacées d'être englouties par la « crue des eaux, ont été abandonnées, et les habitans en « ont bâti de nouvelles sous les mêmes noms. »
« Ces petites révolutions locales ont pu fournir matière à la tradition d'un déluge arrivé sous Ogygès , roi de Béotie.
« Le plateau central du Péloponèse nous présente plusieurs phénomènes semblables. Les hautes vallées sont souvent sans issues. Les rivières, telles que l'Alphée, l'Érasinus, le Stymphale, et autres, ne trouvant point de débouchés, se précipitent dans des gouffres, coulent par des
(0 Sirabon, 1. IX, p, a8G.
EUROPE : Péninsule orientale. 679
routes souterraines, et après de longs efforts reparaissent au grand jour (i).
« L'action plus violente des feux souterrains n'a également, depuis 3ooo ans, produit que des catastrophes locales et nullement comparables aux immenses ravages que la géologie hypothétique leur attribue. Toute la Laconie était sujette à des tremblemens de terre; et une fois, entre autres, l'orgueilleuse Lacédémone fut réduite ^implorer le secours odieux de sa rivale Athènes pour relever ses murailles renversées (2). Hélice était une ville florissante, située à 12 stades, ou ii34 toises, des bords du golfe de Corinthe. Une seule nuit la vit périr avec tous ses habitans; des secousses réitérées en renversèrent les maisons; la mer s'éiança hors de son lit et en couvrit les ruines. Le terrain s'affaissa tellement, que les sommets seuls des édifices se font voir au-dessus de l'eau (3). »
Les environs de Trézène nous offrent des effets qui ont toutes les apparences des phénomènes volcaniques. Strabon (4) nous apprend que près de Methana, un terrain de 7 stades de circonférence s'éleva du sein de la mer; une vapeur ignée le souleva; il exhalait une odeur insupportable de soufre; pendant la nuit, on le voit brûler. On ne peut voir dans cet événement qu'un terrain tourbeux, entré en combustion et glissé dans la mer.
« L'île de Mêlas, aujourd'hui Milo, est tout entière composée d'un terrain caverneux et spongieux; l'alun de plumes aux filets argentés est suspendu aux voûtes des cavernes; des morceaux de soufre pur remplissent les fentes des rochers; des sources minérales et chaudes jaillissent par-
(•) Pausan., 1. VII, c. xxiv. p. 587. Biod. Sic, 1. XV, p. 364, edil. Wessel. Plin. , 1. II, c. 92. — (^) Pausan., l.VIII, c. vu, xiv, xxii ; xxiii. —(3) Slrabon, 1. VIII, p. 253. Thiicyd. , 1. I, c. ci. Plut., in Cim., p. 48g. — (4) Bougainville , Mém. de l'Académie des Inscript., t. X IX, p. 40.
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tout; une odeur sulfureuse s'exhale fie tous les marais. Telle Pline a peint cette île (i), telle les voyageurs modernes l'ont retrouvée. L'île de l'Argentière n'est qu'un amas de matières volcaniques (2). Tout concourt à faire regarder ce petit groupe d'îles comme le sommet d'un volcan.
« Le groupe d'îles dont Santorin , autrefois nommée Théra, est la principale, jouit encore d'une plus grande célébrité dans l'his^ire des volcans. Pline, qui fait naître la grande île par une éruption volcanique, est victorieusement réfuté par Hérodote et le P. Hardouin. Le volcan sous-marin qui semble avoir pour cratère tout le port ou le bassin qui se trouve entre Santorin et les petites îles, a néanmoins donné des preuves éclatantes de sa puissance. Soit en bouleversant les parois et les bords de son cratère, soit en rejetant des matières légères qui se sont accumulées autour de sa bouche, il a produit plusieurs îlots, il a souvent ébranlé la grande île; il y a rejeté des amas de scories, de cendres et de pierre ponce; il en a englouti quelques por* tions (3). Néanmoins une grande partie de l'île, consistant en une énorme couche de beau marbre , n'a jamais subi la moindre action du feu souterrain (4).
« Ces catastrophes, qui n'ont abouti qu'à relever ou renverser quelques rochers, sur les noms même desquels on n'est point d'accord, ont cependant présenté un spectacle aussi imposant qu'aucune de nos éruptions modernes. Sénèque nous a conservé sur un de ces volcans des détails qu'il avait puisés dans les ouvrages du savant géographe Posidonius (5). « La mer écumait; il en sortait de la fumée; « enfin les flammes s'ouvrirent une issue.... Elles ne jaillis- « saient que de temps en temps, à l'instar des éclairs
Hérod. , 1. IV, c. gxlv. Hardouin, in notis ad Plin. , I. II , c. xj^iv. Mémoires de Trévoux, 1715, mois de seplembre. — (^) Idem , ib. (4) Toutiiefort, Voyages, t. I , p. 821 . — C*) Seiiec. , Qu^c-st. uatur. . 1[ , c. XXVI , comp
EUROPE : Péninsule orientale. 68 c
t Des pierres retombèrent à l'en tour; les unes étaient des « roches à l état entier, que le feu souterrain chassait de- « vant lui avant de les avoir altérées; les autres étaient H consumées et rendues légères comme la pierre ponce. A « la fin, on vit paraître le sommet d'une montagne; elle « reçut de nouveaux surcroîts en hauteur, et, en s'agrandis- « sant, forma une île. La mer dans cet endroit est pro- « fonde de 200 pas. »
a Les éruptions de 1707 et de 171 2 ont été observées depuis avec une exactitude froide et minutieuse. « La nou- « velle île de 1707 baissait et diminuait souvent par un « endroit, tandis qu'elle se haussait et s'étendait par un « autre.... Plusieurs rochers, après s'être montrés et ren- « très dans l'eau à plusieurs reprises, reparurent à la fin et « demeurèrent stables (i). » Ce récit fait évidemment voir que ces petites îles ne sont que les sommets des bords d'un cratère sous-marin.
't L'action des volcans, réduite à sa juste valeur, n'égale pas les effets des affaissemens qui ont dû produire les célèbres cavernes de la Grèce. Le labyrinthe de Gortyne,«n Crète, est, selon Tournefort (2), un antre vaste, qui, par mille détours semblables à des rues souterraines, s'étend sous une ciolline située au pied du mont Ida, du côté du midi. Parmi une infinité de routes qui ne mènent qu'à des recoins ou des culs-de-sac, il se trouve une allée principale, longue d'environ 1200 pas, qui conduit à une grande et belle salle qui est au fond du labyrinthe. Elle est haute de 7 à 8 pieds, lambrissée d'une couche de rochers horizontale et toute plate, comme le sont la plupart des lits^ de pierre de ces montagnes. Le pavé est uni. Les murailles sont taillées à plomb ou construites de pierres qui embar-
(0 Mém. des miss, de la comp. de Jésus dans le Levant , t. 1 , p. \ 'Sh Tournefort, Voyage du Levant, t. I , p. 65 , etc. Beion , Observ. , L 1 , c. VI. Sui^ary, Lettres sur la Grèce, p. :2ifj.
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lassaient le chemin, et qu'on a entassées les unes sur les autres. Il y a de côté et d'autre beaucoup de conduits latéraux. Environ, au milieu de cette allée, il y a un endroit où il faut marcjier à quatre pâtes pendant l'espace de plus de loo pas. Cette caverne, aujourd'hui habitée par des chauve -souris, est très-sèche, et l'on n'y trouve ni égout ni eau filtrante.
« Ce labyrinthe n'est pas une carrière, comme Belon l'a cru. La pierre n'en est ni dure ni belle. Cette vaste caverne doit sans doute sa formation à la nature; les hommes ont pu l'agrandir, afin d'y trouver un asile en temps de guerre. Diodore dit expressément que les (^rétois habitaient originairement des antres et des cavernes (0.
« Une des plus grandes et des plus singulières cavernes que l'on connaisse est celle d'Antiparos, dont Tournefort nous a donné une ample description. Une caverne rustique invite vos pas; mais bientôt des précipices horribles se présentent; on s'y glisse au moyen d'un câble, on s'y coule sur le dos le long des rochers, on franchit sûr des échelles les sombres crevasses; enfin on arrive dans la grotte. On compte 3oo brasses de profondeur depuis la surface de la terre; la grotte paraît avoir 4o brasses de hauteur sur 5o de largeur; elle est remplie des plus belles stalagmites du monde. Tournefort, qui ne rêvait que botanique, crut y voir un jardin de cristal, et prétendit y avoir acquis la preuve complète de la végétation des pierres.
« La petite île de Polycandro renferme une grotte trèsremarquable. Toutes les concrétions qu'on y voit sont d'une nature ferrugineuse, de couleur rougeâtre, sous la forme de longues barbes et brosses, fort cassantes, raides et pointues. Les côtés, le toit, le fond sont tapissés de ces aiguilles, les unes noires, les autres de couleur d'or.
(0 Diod. Sic, 1 V, p. 335, edil. Wes-seling.
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«L'antre de Trophonius, long-temps théâtre des supercheries religieuses, existe encore dans la BéotielO- Au nord de Delphes, on trouve l'antre de Corycius : quoique trèsprofond, la lumière du jour l'éclairé presqu'en entier. Il est si vaste, que tous les habitans de Delphes s y réfugièrent lors de l'invasion de Xerxès (2). Tous les environs du mont Parnasse étaient remplis de cavernes que le peuple tenait en grande vénération. On a cru que le célèbre antre de l'oracle au-dessus duquel la pythonisse s'asseyait sur le trépied sacré, était un soupirail d'où il sortait des mofettes, dont l'effet naturel était de provoquer ces convulsions et ces extases qui en tout temps ont accompagné l'exercice du don de prophétie.
« Les grandes chaînes de l'Haemus, du Scardus, du Pinde renferment peut-être de plus imposantes curiosités natu- 1 elles; mais la barbarie des habitans empêche les voyageurs modernes de les rechercher. Dans la Macédoine, les torrens mettent à découvert des ossemens qui, dit- on, ressemblent à ceux du corps humain , mais qui sont beaucoup plus grands. Ce sont des os fossiles de quelques grands animaux, restes d'un monde antédiluvien, v
La géologie de la Grèce a offert aux membres de la commission scientifique de Morée une foule de faits intéressans pour la science : nous en donnerons les principaux résultats lorsque nous décrirons le royaume de Grèce (3).
« Nous avons vu que le sol de la Grèce est d'une élévation extrêmement inégale; il en résulte, comme Hippocrate l'a dit, « que souvent l'espace d'un seul stade y sépare
(0 Gordon, Geograplay, édit. de 1733, p. l'jc^. Pausaii. , 1. IK, p. 791, «•dit. de Kubn. , 1696. — W Hérod., 1. VllI , c. xxxvi. Paiisan , 1. X, c. XXXII, Eschyl.y in Eumen. , V, 23.
(') Voyez les travaux de MM. T. FivLet et Paillon de Bohlaye , dans le tome II , partie de rExpédition scientifique de Morée , seclion des ?< ienc('?s physiques ; i833
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« J'empire de l'hiver de celui de 1 été. » On étouffe de chaleur au pied du mont Olympe, du côté du midi; on gèle de froid sur le sommet (0. Les hauteurs moyennes de Pélion et d'Ossa jouissent d'une constitution printanière (2). Le terrain de la Grèce se relève en général vers le mont Hœ mus. Ainsi la haute Macédoine et l'intérieur de la Thrace sont encore des contrées froides, comme du temps où les anciens y plaçaient la demeure de Borée. Ces centres montagneux de la Grèce étaient jadis les demeures chéries du courage et de l'indépendance; ils sont encore aujourd'hui les endroits les moins accessihles au despotisme ; ils présentent sous ce rapport un fait important pour l'histoire et la population. En Thrace, les Sarres ^ habitans des montagnes, conservèrent plus long-temps leur indépendance {3) : dans ces mêmes montagnes, ainsi qu'en Macédoine, on trouve aujourd'hui des hordes de Turcomans qui vivent presqu'à leur fantaisie (4). Les Illyriens résistèrent aux rois de Macédoine et aux légions romaines. Les Arnaouths ou Albanais, errans sur ces mêmes montagnes, n'obéissent aux Turcs qu'autant que ceux-ci les paient. La peuplade albanaise chrétienne de Souli, pendant une guerre de dix ans, a étonné le monde par ses actions héroïques. Les Grecs mêmes, si amollis à Constantinople, à Salonique, conservent dans les montagnes quelque chose de plus mâle dans leur air et dans leur caractère. Sans parler de l'équivoque bande des Maïnotes, tant de fois cités, voyez la bourgade grecque d'Ambelakia placée sur le penchant du mont Ossa, au-dessus de Tempé; ses habitans, aussi braves qu'industrieux, avaient souvent repoussé les troupes ottomanes, et aucun Turc n'osait se montrer dans leurs heureuses montagnes. Les Sphachiotes, qui habitent les monts Blancs dans
(') Somini , Voyage, t. H , p. 2<)4. — (=) Félix Beaujouv , Tableau ; etc. , t. l, p. 25i,— (5) llérod., \. Vil, c. m. (4) Félix Beaujouv , i. ï, p. 325.
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l'île de Crète, n'avaient été que récemment subjugués par leurs discordes plutôt que par les armes des Turcs. C'était de ses montagnes que la Grèce pouvait espérer de voir descendre des peuples libérateurs, si sa noble impatience eût pu attendre encore pendant une génération pour lever la bannière de l'indépendance. A présent ces mêmes montagnes nourrissent encore la férocité mercenaire des Albanais, le fanatique musulman de la Bosnie, et le Servien brave cbez lui, mais indifférent pour les autres» Quoi qu'il en soit, un pays coupé de montagnes, liérissé de défilés, troué par des golfes et bordé d'îles , renferme dans son sol même les élémens de la liberté.
« La Grèce, située entre deux grandes rneis, n'éprouve jamais de sécheresses générales ; mais comme elle tient par deux côtés à la grande masse du continent, toujours plus froide vers le centre, et comme elle est voisine de deux chaînes de montagnes, l'Haemus et le Taurus, elle éprouve des froids plus vifs que l'Italie et l'Espagne.
« Les anciens nous font parfaitement connaître la nature des vents dominans en Grèce et leur influence sur les saisons. Le vent du nord était, selon Aristote , de tous les vents connus en Grèce, le plus fort, le plus fréquent, le plus sec et le plus serein ; il amenait naturellement de la grêle et quelquefois des orages. Dans l'Hellespont , comme sur les côtes de la Cyrénaïque, il est pluvieux (i) : il n'arlivait dans ces deux endroits qu'en traversant les mers à deux pas de l'Hellespont. Le vent du nord, en passant par le mont Ida, reprend son caractère froid et violent; il était censé chasser les épidémies que les vents du midi et de nord-ouest faisaient naître à Mitylène (2). Le vent de nord -est souffle ordinairement vers l'équinoxe du prin'
(0 Arist. , Meteor. , 1. II , c. vi , proM xxvi , f\\ et 47« '"-) y Univ. , 1. I , c. vj.
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temps. Il est humide, pousse lentement devant lui les nuages, et amène la pluie dans les îles de l'Archipel et dans l'Attique. Ce vent est chargé des brouillards du Pont- Euxin. Mais dans la Valachie et la Moldavie, où il ari-ive par-dessus des terres froides, il amène des gelées. Le vent d'est se montre dans des brises matinales salubres et tempérées. Le vent de sud-est souffle vers le solstice d hiver; chaud et sec dans le commencement, il devient ensuite humide et finit par amener des pluies. Lucrèce attribue à un vent de sud- est la peste qui , sous Gécrops, ravagea l'Attique; c'est le sirocco des modernes (O- Le vent, de sud souffle en Grèce vers la fin de l'automne , après le solstice d'hiver et au connnencement du printemps. Tantck on lui attribue une influence salutaire sur la végétation, et tantôt on l'accuse de faire naître des épidémies; il est certain qu'il amène des pluies longues et fortes (2). Empedocle avait observé que les flammes vomies par l'Etna étaient plus claires lorsque le vent soufflait du nord^ et qu'elles tombaient lorsque desombres nuages annonçaient l'aurivée du vent du sud (3). Cette humidité excessive, qui est le caractère général des vents méridionaux pour la Grèce et l'Italie, ne leur vient que de leur passage par-dessus la mer Méditerranée, dont ils enlèvent les fortes évaporations : ces mêmes vents sont froids et secs dans les parties d'Afrique où ils viennent du mont Atlas et autres chaînes de montagnes intérieures (4). Le vent du sud-ouest est humide, nuageux; mais à peine a-t il formé les nuages , qu'il les dissipe.
« Le nom de zéphyr rappelle encore à notre imagination toutes ces intages riantes qu'il éveillait dans celle des
(U Lucret. , de Rerum natiirà , VI , v, 1 136. — C^) Arht. , Probl. XXVI , 12 , 16 , et f^irg. — 0) Straboii , Géogr. , 1. VI , p. 190.
(4) Arist., Probl., 1. XXVI, 16, 5i. flévod. , 1. IV. Aulugelle , 1. VI, c. II. Lucan., Phars. , IX, 447-497-
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Grecs. Aristote l'appelle le plus doux des vents, et Homère lui donne l'empire sur les îles bienheureuses, où Rhadamante règne sur les élus du ciel, et où Ton n'éprouve pas les rigueurs de l'hiver. Comment ce même poète a-t-il pu mettre le Zéphyre en compagnie avec Borée , et le traiter de malsain et de violent 1') ? Les témoignages des anciens et des modernes prouvent que le zéphyr, près l'entrée de i'Hellespont (où était la scène de l'Iliade), déploie souvent une violence funeste aux navigateurs. Le père de la médecine nous dépeint le zéphyr comme un vent très-malsain pour l'île de Thasos ('■^). En général, ce vent est trèspluvieux pour les côtes de la Grèce. Vitruve nous apprend que le vent du nord-ouest, collatéral du zéphyr, et compris sous la même dénomination (dans la rose des quatre vents), était malsain sur les côtes de Lesbos opposées à la Troade (3) ; il y amasse les brouillards de l'Archipel.
« Ce vent de nord-ouest change souvent de caractère en Grèce : froid et sec à Chalcis , ville de l'Eubée où il souffle peu avant ou après le solstice d'hiver, il brûle les arbres beaucoup plus que ne pourraient le faire la sécheresse et la chaleur le plus long-temps continuelles (4). Ce vent vient pour l'Eubée du mont Olympe et en portait le nom. Le même vent, en passant la mer Egée, change de nature; car, selon Théophraste , dans l'île de Rhodes et à Cnide, il couvre le ciel de nuages.
« Parmi les vents périodiques de la Grèce, on remarque avant tout les vents étésiens. Selon Aristote et Lucrèce (5) , c'étaient des vents frais et agréables qui soufflaient après le solstice d'été et le lever de la canicule ; ils venaient du nord vers l'ouest pour les habitans descHmats occidentaux,
(0 lliad. , IX, 5 Odyss., V, 296. Ibid. , XII, 289. — (^) Hippocv. , Epicl. I , sect. I , n. 12, etc. — l^iiniv. , 1. VI , c. vi . — (4) Théophr. , Hist. plant. , 1. IV, c. xvii ; et de Causis plant., 1. V, c. vi. — (5) Arist. , Mefeor., I. II, c. v et vj. Lucret. , V, 741. Polyh. , 1, IV. Diod. Sic. , 1. 1.
et du nord vers Test pour ceux qui habitaient dans des expositions orientales. Aristote dit qu'ils soufflaient pendant la nuit et cessaient pendant le jour, ce qui les ferait classer parmi les brises de terre. C'est dans ce sens que Posidonius affirme que les étésiens soufflent dans l'espace de la Méditerranée compris entre l'Espagne et la Sardaigne (i). Pline leur donne également cette marche, tant pour l'Espagne que pour l'Asie; et Aulugelle met tout le monde d accord, en assurant que les vents étésiens soufflent tantôt d'une aire tantôt de l'autre (2).
«Les ornithies^ ou vents d'oiseaux, ainsi appelés parce qu'ils amenaient les oiseaux, sont précisément le contraire des vents étésiens. Ce sont des brises de mer qui se lèvent au printemps , environ 70 jours après le solstice d'hiver; elles sont faibles, inconstantes et de moindre durée que les vents étésiens. La manière dont Pline a parlé des vents ornithies prouve que l'on comprenait sous ce nom toutes les brises venant de la Méditerranée. La direction variant d'après celle des côtes, pouvait s'étendre de l'aire de l'ouest jusques et compris celle du sud -est.
« Les relations des voyageurs modernes s'accordent trèsbien avec tout ce que nous venons de dire sur les vents anniversaires de la Grèce. Nous en citerons quelques exem pies. « Durant l'été, dit Gallant (3) ^ il règne aux environs " de Smyrne un vent d'ouest qui commence vers les dix « heures du matin, et continue en s'augmentant jusqu'à « quatre heures du soir. » Voilà une brise de mer qui ressemble assez aux ornithies -zéphyrs de Pline. « Dans cette « même saison les tramontanes ou vents du nord régnent « dans tout l'Archipel. » Voilà les vents étésiens généraux.
(0 Posidonius y cité par Slrabon, 1. 111, p. 99. — (^) Plin. , 1. II. J. Gellius , Noct. atl., 1. II, c. xxii. — (}) Ilisl . de TAcad. des Sciences (le Paris, \^8S , t. II, p. 38.
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Ces mêmes vents portèrent Tournefort, en neuf jours, de Marseille à la Cane'e (i).
« La Grèce nous présente ainsi l'échelle de tous les pays habitables de l'Europe. Le Danube et l'Hebrus voient l'hiver arrêter leurs ondes glacées ; les Russes , en passant le mont Haemus (le Balkan) , furent obligés de recourir à leurs fourrures pour se garantir du froid (2). Au contraire, le printemps règne presque sans interruption sur les côtes de l'Attique. « Le rossignol , dit Sophocle , y fait retentir ses « doux accens dans des vallées verdoyantes, où l'on n'é- ^ prouve jamais les rigueurs de l'hiver. Les vents n'y font « point sentir leur haleine bruyante , et les rayons ardens « du soleil y sont interceptés par des arbres chargés de « fruits , dont l'épais feuillage est entrelacé de pampres et « de lierre. Ba«chus et ses joyeuses prêtresses y fixent à ja- « mais leur séjour. Le narcisse y étale en tout temps, à « côté du safran doré , son calice odorant. Ces fleurs ont « servi de couronnes aux immortelles. Le chœur des Muses « vient souvent se mêîer au brillant cortège de Yénus, sur «< les bords enchantés du Céphise qui, divisé en mille ca- « naux , serpente à travers les gras pâturages et les campa- « gnes qu'il féconde. «
« A l'exception de l'île de Milo , infestée des vapeurs sulfureuses (3) , l'arcViipel grec offre le plus heureux climat de toute l'Europe. La température y est plus égale que dans le continent. Les blés mûrissent de meilleure heure dans l'île de Salamine que dans l'Attique (4). L'île de Crète, quoique sous le 35^ parallèle, n'éprouve de grandes chaleurs que par les vents du sud : lorsque ces vents ne sont pas assez forts pour franchir les montagnes qui garantissent l'île, la température y est délicieuse; depuis le mois de
(0 Toumefon , Voyage au Levant, t. I, lettre i. — (^) Travel of the Hussian ambassy, p. 117, 287, etc. — (^) Sonnini , Voyage, I, 233. (0 Tliéophraste , Hist. plant., VIII , c. vni.