‹ Précis de la géographie universelle (volume 2)Chapitre 59 sur 73 · VII S · texte numérisé non relu

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croît dans les environs* de Husch et du village de Paschkan, sur le Sereth.

« La culture des légumes et des arbres fruitiers n'y est pas très-avancée ; c'est le solanum melongena (0, et le hibiscus esculentus dont on fait le plus de cas. Les melons y abondent. Le vin peut être regardé comme une des principales productions naturelles de ce pays; on en exporte une grande quantité en Pologne et en Russie, particulièrement pour Nijni-Novgorod. L'impôt mis sur la récolte de cette production rapporte annuellement, l'un portant l'autre, la somme de 38o bourses ou 190,000 piastres; or, comme on paie 4 parales par seau (eymer), il en résulterait que, dans les années d'une fertilité moyenne, on récolte 1,900,000 seaux de vin; mais cette évaluation est loin d'être exacte, car on pense bien que les boyards, qui se chargent de ces impôts, se gardent bien de se faire du tort par les comptes exacts de la quantité des productions. Il faut savoir d'ailleurs que le clergé possède au moins la dixième partie des vignes, et que cette partie est entièrement exempte des impositions, ainsi que le vin de plusieurs particuliers. Tout cela fait qu'on peut estimer, selon M. Wolff, la quantité de vin que produit la Moldavie, dans les années d'une moyenne fertilité, au moins à 4î3roo,ooo seaux. Le meilleur vin est celui d'Odokescht, après lequel vient celui de Kotnar, qui ressemble beaucoup au vin de Champagne. Les environs de Husch, Nikorescht, Jassy, etc., produisent aussi de bons vins; on fait du vermouth avec un raisin rouge-noir et des eaux-de-vie; mais les habitans ne savent ni cultiver les vignes avec soin ni bien traiter les vins. Voici leur expédient pour améliorer les vins : ils en exposent des tonneaux entiers à une forte gelée, et perçant la croûte de glace avec un fer chaud, ils en

^0 Pot lu<tclimelye , en moUlave. — (*) lialniie, en moldave.

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laissent sortir le vin débarrassé de ses parties aqueuses.

« La Moldavie ne manque point de bonnes prairies ni de vastes forêts, surtout de chênes et de frênes, dont les fruits servent de nourriture à une grande quantité de porcs. Les Moldaves mettent beaucoup de soin à l'éducation des chevaux. Il y a plusieurs boyards qui ont des haras de 4 à 5oo jumens. On recherche les chevaux moldaves en Autriche et en Prusse pour le service de la cavalerie légère; mais c'était au-delà du Pruth, dans la partie cédée aux Russes, qu'on trouvait la race de chevaux la plus vigoureuse. La Moldavie nourrit encore des bêtes à cornes supérieures à celles de ia Valachie, et tous les ans elle en exporte une quantité considérable en Silésie et en Bohême. Il y a entre autres beaucoup de chèvres et de brebis, M. Wolff évalue le nombre de ces dernières à 3,248,000. Ce qu'il y a de fâcheux pour les propriétaires, c'est d'être contraints par la loi de vendre annuellement aux Turcs une partie de leurs brebis au prix fixé par le prince, qui, pour se rendre agréable aux Turcs, le met aussi bas que possible.

a Les forêts recèlent non seulement une quantité énorme de cerfs j de sangliers, de chamois et de lièvres, mais aussi d'ours, de loups, de renards et de martres, dont les peaux forment une branche de commerce. Dans les maisons aisées, on nourrit des pintades et des paons, ainsi que des faucons, dont on présente tous les ans 24 à la cour du grand-seigneur. Les Moldaves ont aussi une grande quantité d'abeilles qui leur coûtent peu de soin. Un tronc d'arbre de 3 pieds de long, dont on a creusé l'intérieur et bouché la partie supérieure, sert de ruche; vers la fin d'octobre, on tue les essaims gras ou maigres par la vapeur des charbons. Pour conserver les ruches pendant l'hiver on les dépose dans une cave , où on les couvre de paille , de foin ou de fumier. La dîme de ruches rapportait au prince,

Sa.

avant le partage, une somme de 60,000 piastres. La MoU davie est souvent infestée de sauterell<*s qui, pendant une année entière, s'arrêtent sur les campagnes et ravagent surtout les champs de maïs.

«La partie à l'orient du Pruth, cédée aux Russes, ne renfermait presque pas de villes moldaves; c'étaient les trois forteresses turques de Choczim, de Bender et d'Ismaïl, que la Russie désirait. Dans les limites actuelles de la Moldavie, nous remarquerons, dans le haut pays, ^o^mjc/ianif ville très- commerçante de 4ooo habitans; Piatra, qui a aussi des foires marchandes; et Nyamtz ou Neniza^ avec un monastère de 5oo kalogerCs^ qui ont toujours sauvé une image miraculeuse de la Vierge en argent raassif. Cette ville, jadis fortifiée, située sur une colline près de la rive gauche du Nemz, affluent de la Moldava, ne tire pas son nom de niemetz, un Allemancl, mais de Niam^ le dieu slavon de la mort, qu'on adorait également à Niamtsch, ou Nimtsch en Silésie. Près de Roman ^ sur le Sereth, on voit les ruines d'une ville slavonne, nommée Semendropa ou Saint-André, comme l'ancienne capitale de la Servie. »»

Cette ville de Roman est , ainsi que l'indique son nom, une ancienne cité des Romains : on y remarque encore des restes de murailles romaines. C'est le siège d'un évêché grec. A peu de distance du Pruth, Husch^ autre petite ville épiscopale, renommée pour son tabac, réputé le meilleur de la Moldavie, mérite d'être mentionnée, parce que c'est dans ses murs que Pierre-le-Grand avec l'armée russe fut sauvé d'une ruine totale par le génie de Catherine, et par la lâcheté d'un visir justement insulté par Charles XII; c'est là que fut signé en 171 1 le traité de paix entre la Porte et la Russie.

« La description que fait M. Wolff d'une bourgade moldave ne donne pas une grande envie d'y séjourner. Des baraques faites de bois recouvert de boue , des jar-

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dins mal cultivés, des rues couvertes de fange, quelques boutiques malpropres, des fours dans lesquels on ne cuit le pain qu'à moitié, enfin, une vaste hôtellerie où les insectes fourmillent, et où l'on n'a pour toute nourriture qu6 du mauvais vin et de cette bouillie appelée mamaliga : tels sont les objets qui frappent le voyageur à l'entrée d'une bourgade moldave. Les habitations mêmes des isprauniks, ou receveurs, annoncent la plus grande misère, par leurs toits ouverts à tous les vents , leurs fenêtres de papier, de mauvaises portes qui ne ferment pas, et étant entourées de mares et de tas de fumier. Qu'on juge, d'après cela, de l'état des maisons habitées par les contribuables!

« La capitale a cependant le droit de nous arrêter un instant. C'est une ville de 3o à 40,000 âmes. Située dans une plaine riante et fertile, au pied d'une colline qui s'élève en pente douce, la ville d'Jassj ou Jassf, en turc Jasc/i, offre dans son intérieur un séjour malsain, à cause des miasmes qu'exhalent les égouts qui traversent toutes les rues, et de la rivière de qui estplutôt une longue série d'étangs marécageux. Malgré la beauté des environs, les habitans n'ont aucune maison de plaisance, à moins qu'on ne veuille regarder comme telles deux petites maisons appartenant au voïvode, situées au pied du vignoble de Kopo. Les 5ooo maisons d'iassy sont bâties sans la moindre régularité; il y en a à peine 200 en maçonnerie, et 5o qui aient plus que le rez-de-chaussée. L'ancienne Cour des Princes, que Ton dit avoir été construite par les Romains sous Trajan, était autrefois l'édifice le plus vaste etîe plus remarquable de la ville j mais consumé par le feu en 1783, il n'a point été rétabli depuis. Le luxe des habitans d'iassy se manifeste plutôt dans leurs vêtemens que dans leurs repas. La femme d'un boyard riche, lorsqu'elle est bien parée, porte pour plus de 20 à 3o,ooo piastres en bijoux et en perles, sans compter les pellet^ries dont elle

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se couvre. Les équipages des riches sont on ne peut pas plus misérables. On voit rarement des vins fins de l'étranger sur leur table; mais depuis que leurs relations avec la Russie sont augmentées, on fait beaucoup usage du puncli. Tout le pays, et surtout la capitale, fourmille de mendians de toute espèce : ceux du bon genre font leurs tournées en carrosse. »

Dorohoé ou Dorogoïé ^ petite et sale ville, est regardée comme la capitale de la haute Moldavie ou pays haut ^ (Zara de Suss). Il s'y tient une foire chaque année.

« Galacz^ ville de 7000 habitans fixés, est le principal centre du commerce de la Moldavie et de la Valachie, et la cité la mieux bâtie de la principauté. Le port, qui peut recevoir des bâtimens de 3oo tonneaux , est toujours rempli de pavillons russes, autrichiens et ottomans. Ce serait l'Alexandrie du Danube , si ces trois grands empires pouvaient établir entre eux une paix stable, ou s'ils avaient la politique de créer sur le bas Danube un royaume intermédiaire. Les Yalaques exportent à la vérité une grande partie de leurs productions, soit en Transylvanie à travers les montagnes , soit au port de Varna ; mais les importations pour l'une et l'autre principautés se font par Galacz. Les Juifs circoncis et ces autres Juifs qui s'appellent Grecs, y apportent des draps de laine, des soieries, des pelleteries; mais le véritable enfant d'Israël se réserve les bijouteries. Le Russe, très-juif aussi sous une apparence un peu sauvage , y vend ses cuirs et ses tabacs. Le grave musulman y apporte du beau maroquin, des épiceries, des aromates, parmi lesquels M. Wolff en dislingue un du plus grand prix : « C'est ce qu'ils appellent odogatch^ espèce de résine qui vient d'un arbre qui paraît être Yagallochum verum. Un quart d'once coûte un ducat de Hollande; les riches s'en parfument la barbe , et lorsqu'ils reçoivent des personnes de distinction , ils en mettent un petit morceau dans la pipe. »>

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Depuis le traité d'Andrinople, la principauté de Moldavie jouit, comme les deux autres que nous venons de décrire, d'un gouvernement national et indépendant, du libre exercice du culte et de la liberté du commerce. Lliospodar auquel le gouvernement est confié, est désigné par la Porte et par la Russie; sa dignité n'est plus septennale , mais à vie. Il est assisté d'un divan présidé par l'archevêque. Ses revenus personnels s'élèvent à i million de piastres. En vertu du même traité, l'esclavage a été aboli dans la principauté; l'armée est fixée à 12,000 hommes, et aucun Turc n'a le droit d'habiter le pays.

« Le prince exerce un pouvoir despotique sur les boyards, qui s'appellent en grec archontes^ et en moldave kokong ^ seigneurs. La manière de rendre la justice est aussi imparfaite que toute la forme de l'administration. Dans le cas où les coutumes et usages ne suffisent pas, le divan a recours à un livre composé par un ceridin A rmenopolus ^ et contenant un extrait du code romain. Cet ouvrage fut fait du temps d'Alexandre-le-Bon , qui régna depuis 1^01 jusqu'en i433; avant cette époque la Moldavie n'avait pas de lois écrites. Les jugemens du" divan sont presque toujours arbitraires , parce qu'ils expliquent d'une manière fausse le peu de lois qui existent ; de là vient une foule de procès irès-compliqués, que les préfets savent néanmoins juger, selon l'assertion de M. Wolff, avec beaucoup de promptitude et de sagacité, à moins qu'ils ne soient gagnés d'avance.

- Les impôts se montent , pour la totalité de la Molda.vie, à la somme de 2,43o,ooo piastres. On voit par-lâ que Sulzer et Carra se sont trompés en évaluant ces revenus à la somme de 260,000 piastres. Il faut que le prince prélève de cet argent 325 bourses, ou 162, 5oo lès (piastres turques), comme tribut dû a la Porte. La solde des fonctionnairefc publics se monte à peu prè» à 23o,ooo piastres par an.

« Le prince Dëmétrius Kantemir a déjà décrié « lorgueif, l'avarice, l'ignoraiice »' de ses sujets et compatriotes. Valaitil mieux lui-même? Le consul Wolf'f ne présente pas les Moldaves sous un point de vue plus favorable. Quoique exempts de vices grossiers, et malgré leur politesse hospitalière envers les étrangers, les gens de la classe supérieure se montrent hautains et durs envers leurs sujets, fins et rusés partout où il s'agit de leur avantage, très-méfians et vindicatifs, et plus jaloux que les Turcs eux-mêmes. Le comte Karaczay apprécie les qualités naturelles du peuple moldave; des hommes robustes et bien faits, pleins d'intelligence, aptes à tous les métiers, suppléant par leur adresse à l'absence de manufactures, mais abrutis par l'ivrognerie et par un penchant tout-à-fait déréglé pour l'autre sexe; par-dessus tous ces vices, une paresse, une insouciance, un esprit de routine incroyable; des femmes belles et fortes, très-gaies et très-aimables dans l'adolescence, portant dans l'état de mariage les marques prématurées d'une vie laborieuse, sans joie et sans espoir, des mères de famille toujours courbées vers la terre comme esclaves; voilà la peinture que ce voyageur hongrois trace des Moldaves. Ce n'est qu'une branche des Valaques.

« Outre les Molclowenj propres , le pays renferme un assez grand nombre de familles valaques venues de la Transylvanie et de la Hongrie. Le Moldave , qui se croit au-dessus d'eux, les appelle Oungaraines [Oungarény); mais les différences de mœurs et de dialectes sont peu sensibles.

« Nous allons terminer notre voyage dans la Turquie européenne; il ne nous reste à décrire qu'un seul peuple , et ce n'est pas celui des Turcs-Osman lis, dominateurs superbes de toutes ces intéressantes provinces; nous avons peint cette nation si grande et si dégénérée , son gouverne-

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ment, ses ressources, sa puissance et ses mœurs. Nous i allons descendre au dernier degré de l'échelle de !a civilisa- \ tion. Quel est ce misérable à figure humaine qui étaie au ; milieu des ordures sales son corps plus sale encore ? 11 sem- ^ ble fier et heureux j un tas de fumier lui sert de trône , et \ un vieux chêne lui sert de dais. Quelle odeur infecte an- ; nonce de loin le festin dont il se régale? c'est un bœuf | tombé de la maladie , et dont il vient d'arracher aux vau- ; tours les restes dégoûtans. Autour de lui des femmes , des enfans, couchés dans la boue, rassasient leur faim dévo- j rante, et font circuler l'outre remplie d'eau-de- vie. Le feu ] de l'ivresse et le feu de la lubricité pétillent dans tous ces | yeux noirs , roulans dans un visage ovale , régulier, de cou- i leur tannée, à l'ombre de longs cheveux d ébène. L'éclatante j blancheur de leurs dents et le vif incarnat de leurs lèvres semblent comme un emprunt fait à d'autres visages. Dans | tout ce bizarre mélange perce un caractère sombre et fé- i roce, un abrutissement extrême. Cependant, au milieu des ^ haillons affreux qui couvrent à moitié leur nudité, une j vieille jaquette galonnée, un fragment de bonnet en den- j telle, un mouchoir déchiré, signalent du goût pour la parure. Tout à coup les jeunes filles s'élancent avec agilité, j tournent sur un pied, exécutent les sauts et les pirouettes ] les plus difficiles, et se placent dans mille altitudes lubri- ] ques et obscènes, en mêlant les œillades de la volupté aux j grimaces de la mendicité la plus abjecte. Le voyageur, en ] détournant les yeux, leur jette l'aumône. : » Mais d'autres fois la famille nomade des Zigueunes s'oc- ' cupe à forger des ustensiles grossiers en fer, à réparer de ; vieux chaudrons, à faire des assiettes et des cuillers d'étain | ou de bois. Dans la Valacliie et la Moldavie, une classe des Zinganis ( c'est ainsi qu'on les nonnne ici") est eniplovée au métier d'orpailleurs, et mène une vie régulière. Ceux du ^ Banat et de là Hongrie, habiles marchands de chevaux, \

commencent à se soumettre aux règlemens de Joseph II , qui leur (5rdonne de cultiver la terre. Mais en général les travaux réguliers leur sont en horreur. Les femmes trompent la crédulité des paysans allemands et polonais, en guérissant les bestiaux par de prétendues opérations de sorcellerie, et en disant la bonne aventure d'après l'inspection des linéamens du creux de la main. En Turquie, les femmes des Tchingènes ont le privilège de la prostitution générale impunie. Beaucoup d'individus de l'un et de l'autre sexe, surtout en Hongrie, poussent très-loin la musique instrumentale, principalement sur le violon : ménétriers favoris du peuple de campagne, ils ont quelquefois figuré dans les chapelles des grands seigneurs. En Espagne, où la guitare retentit au milieu de leurs troupes mendiantes, la paresse des habitans leur abandonne l'entretien des petits cabarets. Ils s'emparent volontiers de toute occupation méprisée. En Hongrie, en Vaîachie, beaucoup d'entre eux font le métier d'écorcheurs et même dé bourreaux. Le fond de celte nation est un ramas de voleurs et de mendians.

« Le nombre de ces sauvages d'Europe ne saurait être évalué à moins de 3oo,ooo, dont i5o,ooo en Turquie, 70,000 en Yalachie et en Moldavie, 4ojOoo en Hongrie et en Transylvanie, le reste en Russie, en Prusse , en Pologne, en Allemagne , en Jutland , en Espagne , et autres pays. La Perse, l'Égypte en sont infestées; ils ont passé dans l'Amérique espagnole.

« Au milieu de tant d'abjection , cette race ne laisse pas que d'être un objet intéressant pour ceux qui parmi les savans recherchent l'origine et la classification des peuples (0. Leurs diverses dénominations semblent indiquer les ori-

(0 Toulcs les indications et rechcrciies antérieures à l'an 1787 sont réunies dans Y Histoire des Zigueunes, par Grellmann. Le vocabulaire est de Butiner. On peut y ajouter la Notice sur les Zigueunes de Prusse, dan» )e lUrliner Monathschrifl , 179H, février et avril, p'ar M. Krause et

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gines les plus opposées; ils s'appellent eux-mêmes Romiy Manusch et Gadzo^ c'est-à-dire hommes; mais ces noms déjà paraissent appartenir à des langues tout-à-fait différentes, le premier étant copte, le deuxième sanskrit, et le troisième celte; mais, d'après un observateur récent et soigneux, le nom seul de siîite^ au pluriel, est la dénomination nationale reconnue par ceux de la Lithuanie prussienne. La seconde dénomination en importance est celle de Zigani en polonais, Zigorias en lithuanien, Zingani en valaque, Zingari en italien et hongrois, Zigiieunes en allemand, Tchinganes chez les Turcs, et Atchingans chez quelques auteurs du moyen âge. Nous pensons que c'est, en attendant mieux, le nom qui les désigne le plus convenablement. On doit remarquer en troisième ligne le nom de Pharaouni, ou peuple de Pharaon, que dans le moyen âge une horde de ces vagabonds se donna , et d'où viennent ceux de G/psfs, ou Egyptiens, chez les Anglais, et de Gitanos chez les Espagnols. C'est leur invasion en Allemagne et en France à travers la Bohême qui leur a valu le nom de Bohémiens. Les Persans les nomment Sisech Hindou , Indiens noirs.

« Les traditions historiques de cette peuplade se réduisent au vague souvenir d'un ancien état plus heureux, sous des rois de leur propre race, dans un pays que, selon l'assertion très-peu authentique d'un auteur du XV* siècle, les premiers Zigueunes appelaient la Petite-Egypte. On prétend aussi qu'à leur première apparition ils étaient conduits dans teurs migrations par des princes, des ducs, et même par un roi. Mais tout ce qu'il y a d'historique dans leurs

M . Zippel} Vocabulaires comparatifs , par Jdelung , A/àhvid^^^ 1 , 244 Extraits de la grammaire manuscrite de M. Krause , par M.T^r, dant Mithridates , snpplémenS;, p. 86. Richardson ^Mémone sur I(^s Bazigurs, ààns, Jsiat. liesearches , vol. VII, p. f^Di. Nous n'avons pu voir l'ouvrage de Peclion de Ruby, Paris , 1622.

8s»8 LIVRE CENT DIX-NCU VlÈRIE.

traditions, c'est qu'ils ont erre pendant plusieurs siècles. Aucune trace de culte ni de croyance religieuse n'a jusqu'ici été constatée chez ces nomades, qui se soumettent indifféremment au rite dominant du pays où ils séjournent.

« 11 ne reste donc qu'un seul monument à consulter, c'est la langue; mais la langue d'une horde de vagabonds et de mendians ne serait-elle pas un jargon tout-à-fait corrompu? ne pourrait-elle pas être un argot de voleurs ^ comme le rothwelsch des brigands allemands, ou comme l'id iome factice des Kataphiani ^ ou médecins ambulans en Turquie.^ Non; admirons l'intelligence humaine au sein de l'abrutissement même. Cette peuplade sans patrie, sans asile, sans lois et sans culte, conserve toujours une langue régulière, pourvue de formes grammaticales, ei dont les principales racines, au nombre de 2 à 3oo, sont reconnues pour être identiques avec autant de mots sanskrits, multani's, bengali's et hindoustani's (0. La langue zigueune est une branche de cette famille des langues hindoues dont le sanskrit est, non pas la mère, comme s'exprime le vulgaire des savans, mais le type, le modèle le plus régulier et le plus connu. La langue des Veda's, des Pourana's, des orgueilleux Brahmanes et du profond Bouddah, retentit en Europe sous la tente de nomades que la société repousse ! Ce fait, démontré par le savant Buttner , est désormais hors

(0 Par exemple : kam , soleil; sohon , lune; ùhu , terre; ag , feu, pani, eau; sonknai , or; nip , argent; iakh, œil; kan, oreilfll; lolo , rouge; kalo , noir; kamela , l'amour; schiva , la vie; raieh, la nuit; schei'o, la tête; etc., etc. On voit que ce ne sont pas uniquement des racines communes aux langues de l'Inde, et à celles de l'Europe, comme cakh , al^M^ , ocidus , ou comme dewa , deus , ou comme dives , devog , dies; ce^ont des ressemblances bien plus intimes, plus directes. Le zigueune n'est pas, comme le latin, le grec, le slavon , le gothique, en parentë éloignée avec le sanskrit et les idiomes hindous ; le zigueune est }fii-niême un idiome hindou.

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de doute. Mais il ne faut pas setonner si la langue des Zigueunes, soit par suite des migrations, soit par origine commune, présente des rapports avec beaucoup d'autres langues. Ceux qu'elle offre avec le persan se conçoivent facilement ('). On a démontré qu'elle renferme une quarantaine de mots slavons. la plupart relatifs à des objets physiques (2), et nous venons de nous convaincre qu'elle contient presqu'autant de mots finnois, permiaks, vogouls et hongrois (5). Ces observations ne deviendront importantes que lorsque nous aurons le moyen de classer exactement les diverses hordes de Zigueunes, et de distinguer les nuances qui certainement doivent les séparer. Le verbe auxiliaire se rattache entièrement jujx langues indo-pélasgiques, mais la grammaire zigueune nous a paru offrir quelques rapports remarquables avec le persan pour les pronoms, et avec le turc pour les déclinaisons des noms substantifs (4).

« Quel résultat tirerons-nous de tous ces faits Le savant Grellmann et son ami Buitner, à qui nous devons tant de renseignemens, n'ont pas hésité à regarder les Zigueunes comme une des basses castes indiennes, chassée par quelque grande révolution de sa patrie et devenue nomade. Le caractère incontestablement hindou de leur langue, leurs qualités physiques, et le nom de Sinte qu'ils se donnent, sont les trois argumens solides sur lesquels on fonde cette

(0 Par exemple : kir, fais; me kirawa , je fais; me kerdum, je faisais; rappellent le même verbe en persan et eu got!ii(]ue.

'» AdfAung et Vater, dans Mithridatea , \\ , -i^'; ; \Y , ?y} .

(-) Par exemple : mer , sero , zig. saisis , perm. sarz, wog. ; montagne, hedjo-, zig. he^y, liong. : colline, dombo , zig. domb , hong. : cœur, sie , fig. syo , finn. sziV , hong. : avoine , dschov , zig. zab , hong. : ville, foi ius , ïig. varos , hong. : brouillard , koeddo , zig. kœd, hong. : gençu, tchanga, z'ig. tchanichi , wog. : vieu.\ , puro , zig. pyras , perm. ostiake, eic, etc. — CO Par exemple : Sinte, les Zigneunc s ; ablatif, Sintenden , comme erlerdcn en turc.

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hypothèse , généralement admise. On a cherché à détermi- Tier l'époque de leur sortie et le lieu précis de leur demeure ancienne j les dévastations de l'Inde sous Tamerlan, vers l'an i4oo, paraissent fournir un motif plausible de leur fuite; on considère aussi comme certain que leur patrie doit être cherchée dans l'Inde occidentale, non loin des bords de rindus ou du Sind; mais Pallas trouve que leur dialecte indique comme leur ancien pays le Moultan d'où sont originaires les marchands hindo^fs vivant à Astrakhan (i) ; Fra - Bartolomeo croit au contraire qu'ils viennent du Goudjerate, spécialement des environs de Tatta , où demeure une peuplade de pirates appelés Tchinganes (2). Enfin, D. Piichardson s'est flatté de les avoir retrouvés dans la caste des Bazigurs, espèce de ménétriers et de danseurs vagabonds (3). Si l'on voulait les chercher parmi les petites castes des Hindous, aucune, vselon nous, ne leur ressemblerait plus que la subdivision des Soudras , nommée « Cor- « rewas^ gens errans, qui n'ont aucune demeure fixe, qui « logent sous des tentes, et dont le principal métier est de « tresser des corbeilles ou de faire des couvercles de chau- « drons, tandis que leurs femmes gagnent beaucoup d'ar- « genl à dire la bonne aventure (4). » Voilà précisément nos Bohémiens et nos Bohémiennes, dira-t-on; pourquoi chercher plus long-temps ?

« Si l'on se bornait à la thèse générale, il n'y aurait pas de fortes objections à faire ; mais c'est en entrant dans les rlétails que nous rencontrons une difficulté après l'autre. Les Zigueunes étaient-ils des Paria's? Tamerlan aura-t-il fait peser sur eux une persécution particulière? Eux-mêmes ils n'auraient pas hésité à professer l'islamisme, comme ils

(0 Pallas, Keue norclische beitiasge , 111, p. 96. — C^) Paulin de S. Davtolomeo , A''oyage, II, p. 197 , trad. franc. — (3) J&iat. Researdies,Y\\, p. 45 1- — (-''alentyn, Outl-and Nicuw-Ostindien , V, a, p. 88. ( Rust Choi omandel ; b. Derde book , Tweede hoofdsfuck.)

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font en Turquie. Étaient-ce les Tcliinganes ? Mais ces pirates belliqueux se seraient sauvés dans leurs vaisseaux; et si même on voulait les faire arriver, en fuyant par mer, dans rÉgypte , supposition ingénieuse , nous demanderions comment des pirates sont devenus une race de mendians et de poltrons? Les Zigueunes étaient-ils une subdivision quelconque des Soudras, ou bien des Banians, venus de Moultan ? Gomment se trouvent-ils alors sans aucune idée religieuse ? Si on répond que les Correw^as et d'autres basses castes se rapprochent, en ignorance comme en misère, des Paria's, nous demanderons pourquoi des gens aussi peu dignes d'attention auraient été chassés d'un pays où tous leurs pareils restent encore?

« Une difficulté plus générale, c'est de concevoir pourquoi, venus de THindoustan vers l'an i4oo, les Zigueunes se montrent en i45o, par essaims nombreux et concentrés, en Yalaquie, Hongrie et Pologne, sans qu'on puisse indiquer aucun rassemblement considérable de leurs hordes, en Perse, en Tatarie, dans le Caucase?

« M. Hasse, savant rempli d'idées originales, a développé une hypothèse différente sur l'origine des Zigueunes (0- Il démontre que depuis 3ooo ans il a existé en Europe des tribus errantes, portant le nom de Signes ou Zi' gueunes, en même temps que celui de Sinties ou Sinti; il voit dans nos Zigueunes ou Sintes les descendans immédiats de ces peuplades anciennes. D'un autre côté, M. Lelewel, géographe polonais, a démontré que, dès l'aurore de l'histoire, il a demeuré sur le Bosphore Cimmérien , et njême en Europe, notamment en Thrace, des nations hindoues (^'). Nous allons combiner ce qui nous a paru bon

(•) Die Zigeuner im Herodol., par ./.-G. Hasse, Kœnigshcrg, i8o3. Nous avons énoncé la même idée sans connaître ce Mémoire. Mais l'auteur primitif de cette hypothèse est, je crois, Behr , Zusaetze zur allg. Welthistor, III , 54. — (2) Lelewel . badania starozytnoci gcogrnphii , etc. (Recherche»» sur la géographie ancienne, etc.) Wilmi, 1817.

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dans l'un et l'autre systèmes, avec nos propres aperçus.

« Un peuple qui porte le même non que les Zigueunes est mentionné par l'histoire la plus ancienne de l'Europe. «Les Sigynes, semblables aux Mèdes par l'habillement, demeurent au nord de l'Ister, dans un pays qui paraît « désert; du moins ce sont les seuls habitans sur lesquels

• j'ai pu avoir quelques renseignemens. Ils ont de très-pe- « tits chevaux à long poil, qui ne sauraient porter des hom- « mes, mais qui traînent un char avec la plus grande rapi- « dite. Leurs frontières vont jusqu'à celles des Hénètes de « l'Adriatique. On dit qu'ils sont les descendans des Mè- « des ; ce que je ne conçois pas; mais tout est possible avec « le laps du temps. Les Liguriens entendent, par le mot

• ^'gP^^-) marchand ambulant; les Cyprlens nomment « ainsi un genre de javelots (0. » Tel est le témoignage du père de l'histoire profane. Strabon applique les mêmes traits, mais avec quelques circonstances nouvelles, aux ^S/gynnii^ peuplade à mœurs persanes, dans les montagnes de l'Hyrcanie, au sud de la Caspienne (2). Les Sigynnœ d'Apollonius de Rhodes (3) habitaient près de l'embouchure du Danube, et ceux du faux Orphée demeuraient dans le royaume du Pont (4). Ces trois positions, quoique éloignées les unes des autres, indiquent une de ces migrations anciennes dont la géographie seule conserve des traces. Le trait physique qui caractérise les chevaux des Sigynnes est un indice important; les chevaux sauvages de la plaine Scythique, et quelques uns de ceux de Bachkirs, ont du poil plus ou moins long (5). Mais nous ne déciderons pas si les

caucasiens de Pline, et les Singœ indiens du même auteur, font partie de la chaîne des peuplades Zigueunes

(0 Hérod. , p. i83 , texte d'Étiennc. Comp, Stuvtz de Linguâ maced. , p. 4f), sur les sigynes , javelots. — C^) Straù. , XI , p. S10 , édit. de 1620. (3) Argonaul., IV, q2o. — (4) Orph. , Arg. V, 754. i^) Georgi , Pius>isches Reich ,111 , sixièinè sect., p. i6S^.

EUROPE : Turquie : Principautés. 833

ou Ziiiganes, ni si la ville de Zigana en Cappadoce est une trace des migrations de ces nomades.

« La seconde souche de ces tribus vagabondes se trouve dans les Sindi, ou Sinti, voisins du Bosphore Cimmérien et habitans de la Sinclica^ dont le nom, dans les manuscrits, est écrit Indica (0. Comme les mots Sind, Eind et înd^ sont presque synonymes et constamment confondus par les Orientaux, nous ne discuterons pas ces variantes. Hesyclîius concilie les opinions des anciens, en disant : « Les Sindi^ peuple indien. » Les traditions sur l'industrie commerciale de ce peuple, sur leur extrême lâcheté, s'étant laissé vaincre par les Scythes, leurs anciens maîtres, à coups de fouets; sur la prostitution de leurs femmes, dont le nom même devient infâme; tout coïncide très-bien avec l'opinion qui en fait descendre les Zigueunes, ou Sintiesde nos jours (2). Le trait le plus singulier, c'est la figure des parties sexuelles, le lingam^ qui, d'après Etienne de Byzance, semblerait y avoir été portée publiquement comme dans FHindoustan. Cette peuplade paraît s'être répandue jusqu'en Macédoine, où nous trouvons une région sintique^ et jusqu'à Lemnos, où les Sinties étaient les ouvriers de Vulcain ; trait qui rappelle le métier favori des Sintes-Zigueunes.

< Mais les Sinties et les Sigynnii ne sont pas les seules nations asiatiques que nous trouvons dispersées en Europe, ou sur les confins de cette partie du monde; les Scythes de la tribu royale ou dominante étaient Mèdes d'origine, et les noms géographiques de l'ancienne Scythie s'expliquent par la langue zend : nous reviendrons sur ce fait. En abandonnant l'origine tatare des Gètes, soutenue

(0 Hérod. , IV, 28 , ed. Wessel. , p. 298 , not. 7 ; IV, 8G , not. Valck. , p. 321 , not. 19. M. LeleweL a mis sur ses cartes India polnocznia , Inde du Nord.

C') V. Bureau de ï.amalle , Notes sur Faleriiis Flaccus III, p. 102. VII. 53

834 LIVRE CENT DIX-WEU VlÈME.

par d'Anville, nous ferons observer que le bas Danube a porté anciennement le nom de Matous^ qui semble rappeler le héros indien Madhou, antagoniste de Krichna, ou le mot madhuj\ eau douce. Une ville à'Aigypsos^ et dans Scylax Aigyptos^ fondée, selon Ovide, par un Caspien (i), à l'entrée du Delta du Danube, nous paraît aussi un monument ethnographique très-remarquable. Mais l'existence ancienne des Indi dans l' Asie-Mineure, entre les Cariens et les Giliciens, est attestée par l'histoire des Machabées, et parfaitement démontrée dans un mémoire spécial ("2).

« D'après tous ces indices réunis, nous croyons que l'on peut soutenir, sans être taxé de témérité, que des tribus de race hindoue se sont trouvées errantes ou établies en Europe, ou sur ses confins, dès les premiers siècles historiques. Comment s'y trouvaient-elles? étaient-ce des émigrations de l'Inde antérieures à l'histoire .^^ étaient-ce les ennemis exilés de Rrichna, ce qui expliquerait d'une manière inattendue la singulière prétention des Zigueunes d'avoir jadis abandonné le Christ? étaient-ce une branche des Hindouwan Berber^ que le Chah-Namé place dans les régions hyperboréennes? étaient-ce des colonies transportées des rives de l'indus par les despotes de la Perse? C'est aux ^ historiens, aux orientalistes, à discuter ces possibilités. La géographie des peuples a fait son devoir; elle trouve en Europe même des tribus qui paraissent être la souche des Zigueunes ou Sintes; elle se tient à ce fait remarquable, et n'est pas embarrassée pour expliquer comment ces petites hordes ont ♦pu rester long-temps inaperçues au milieu de tant d'autres nomades et sauvages, englobées dans l'Empire romain d'Orient. Ne se seraient-ils pas nommés Ronia^ comme sujets des Romains? n'ont-ils pas pu errer dans les

(0 Ovid , Pont. I, Eleg. 9; IV, Eleg. 7.

(2) I. Machab., VIII, v. 8. Cludius , sur les Indiens de l'Asie-Mineurc , dans Repertor.f. biblische Litteratur. , XI.

EUROPE : Description de Vile de Candie. 835

marais de la basse Valachie? La Petite-Egypte.^ où ils disent avoir forme un Etat, ne serait-ce pas les environs de la ville d'TËgypsos? Les Zigueunes, les Sintes , les Gypsiens, les Tchinganes, ne peuvent-ils pas être des tribus distinctes par leur dialecte, leur origine spéciale, leurs migrations locales? C'est surtout de ce point que nous engageons les savans à partir pour des recherches ultérieures. »

« x\ l'entrée de l'Archipel, la grande et belle îledeCandiCy l'ancienne Crète, attire notre attention. Elle pourrait fixer, ce nous semble, les limites douteuses entre l'Archipel et la Méditerranée. Dans la partie occidentale de l'île s'élèvent d'abord les Montagnes Blanches., qui , selon Strabon, s'étendent dans la longueur de 3oo stades ou environ 1 1 lieues , et qui ne le cèdent point en élévation aux sommets du Péloponèse (0. On a prétendu que le nom de ces montagnes venait de leurs neiges éternelles; mais ce n'est que dans les vallées exposées au nord que la neige ne fond jamais (2). Le mont Ida., aujourd'hui Psiloriti^ occupe le centre de l'île dans la circonférence de près de 25 lieues (3). C'est un groupe de montagnes entassées l'une sur l'autre presqu'en forme pyramidale. Ainsi les premières assises vous offrent lAi climat tempéré, des forêts superbes, des pâturaoes et des coteaux émaillés de fleurs (4), tundis que les vents mugissent autour des cimes arides, où en plusieurs endroits la neige se conserve toute l'année (5). La distribution des végétaux y est remarquable : la partie qui regarde Candie possède des fwêts où l'érable et le chêne vert dominent ;

(0 Strab. ,1 X, p. 327. Sieber, Voyage , t. I ^ p. 191 . —(2) Tournefort, t. I , p. 28, éà'it. 1717, in-4". Theoph. , Hist. plant. , 1. III , c. 11 ; I. IV, c. 1. Plin. , 1. XVI , c. xxxm. Sai^ary, Lettres sur la Grèce , 1. XXXVI , p. 322. —0) Ou 600 stades. Stvab. , 1. X , p. 325. —(4) Sieber, Voyage, II, p. 61. Meursius , Creta , 1. II, c. m. Bolon , Observ. , 1. I,c. xvi.

(5) Diod. Sic. , 1. V, p. 338, ed. Wessel. , 1746. y mime fort , Voyage. ». I , p. 53. Sai^ary, Lettres sur la Grèce, p. 242.

836 LIVRE CKJNÏ dix-]vj:uvif.mk.

les flancs qui se prolongent vers le midi sont plantés d'arbousiers, dandracné, de cistes et d'alaternes. Les cèdres, les pijis et les cyprès en ornent le front à lorient. Uu côté de l'occident, la montagne taillée à pic ne présente que des rochers entassés, qu'il est impossible d'escalader. A l'est de l'île est une troisième chaîne de montagnes moins intéressante ou moins connue. La plupart de ces montagnes sont calcaires et même crétacées. Cependant la montagne de Malai^a^ près le golfe de Suda, est schisteuse et granitique dès sa base.

« La chaleur du climat de Crète est tempérée durant Tété, comme dans toutes les îles de l'Archipel, par le vent nommé enhat^ qui souffle du nord au sud depuis huit à n*euf heures du matin jusqu'au soir. Les rivières de cette île ne sont que des torrens grossis. La côte du nord est plus sinueuse que celle du sud, qui n'offre presque aucun port ou rade où l'on puisse mouiller en sûreté. Les vallées et les plaines sont extrêmement fertiles, et, quoique une partie de l'île ne soit pas cultivée, elle produit des vins fort estimés, des fruits exquis, et des cannes à sucre; il s'y fait de Irès-beau sel, et on en tire des grains, des huile^de la soie, de la laine et du miel délicieux; il s'y trouve aussi toutes sortes d'animaux privés et point de féroces; de la volaille, du gibier, entres autre le mouflon.

« Selon M. Olivier, la ville et le port de Candie» Kirid en turc, contiennent environ lo ou 12,000 Turcs et 2 ou 3ooo Grecs. C'est la résidence de l'archevêque de Gortyne. Les fortifications construites par les Vénitii^is y ont été bien entretenues, mais les maisons qu'ils avaient construites sont tombées en ruines (0. Rhetymo^ bâtie sur les ruines de l'ancienne Rithymne^ ne contient guère que 5 à 6000 liabitans, moitié Grecs, moitié Turcs. Canée ou la Canéa^ la

(0 Olivier, Voyages, t. ï , p. 338.

EUROPE : Description de l'île de Candie. 837

Cydonia des anciens Grecs, est entourée d'une forte muraille et d'un fossé large, et habitée par environ 4ooo Turcs, 1 ou 3ooo Grecs et quelques Juifs. Ces trois villes sont les capitales des trois pachaliks qui divisent l'île. Les Turcs, dans celte île, sont très-beaux et mènent une vie patriarcale. Les AhcUotes^ qui sont un reste des anciens Sarrasins, occupent environ une vingtaine de villages au sud du mont Ida, et forment une population d'environ 4ooo personnes qui vivent dans une sorte d'indépendance. Il en est de même des Sphakhiotes^ qu'on dit être les descend ans des Crétois. Ils choisissent eux-mêmes leurs chefs, et occupent les hautes montagnes qui s'étendent de l'est à l'ouest depuis la province Félino jusqu'à la province Amari. lis sont censés compris dans le pachalik de Candie. Du petit port de Sphakhia , qui est leur chef-lieu, ils font un petit commerce, et exercent souvent la piraterie; pasteurs, agriculteurs, artisans, ce sont les plus industrieux et les plus valeureux habitans de l'île. «

Candie est depuis plusieurs années occupée par les troupes du pacha d'Egypte , entre les mains duquel elle a été remise pour le dédommager des frais de îa guerre que ce pacha a soutenue dans la Morée comme vassal delà Porte.

Plusieurs îles de l'Archipel font encore partie de la Turquie. Sur les côtes de la Thrace, c'est Thasso ou Tliasos qui exploite ses belles carrières et ses fameux vignobles; c'est surtout Lemno ou Stalimène, l'antique Lemnos ^ peuplée de 8000 âmes, et pourvue d'un très-bon po»t. Elle renfernje un volcan «teint, qui, selon quelques savans, a détruit un promontoire de l'île, ou même un îlot adjoint (1). Samodraki ou Semendrek ^sl le nom moderne de Samothrace, si célèbre par ses mystères, aujourd'hui couverte, comme Imhro , de bois, de chèvres, d'abeilles et de villages modestes.

(') lUiLlmann, Mém. sur Je \ olciin de Lcmnos. Ami. des Voyages, W , *)0. Dureau de Lamalk , M(<m. sur l'ile de Chryse , ibid. \ IX , p. 5i .

TABLEAUX STATISTIQUES

TABLEAU ^/e5 divisions de la Turquie d Europe , d'après Hadgi - Khalfa et Hisar - Fenn , comparés à Ricaut et Marsigli.

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