CHAPITRE HUITIÈME
Mésuiné de La methoïe suivie au Guyrnnase de L'Ebservaioire et observations à l'aprgraté.
Maintenant que nous connaissons les conditions qui doivent motiver, exclure, diversifier ou autoriser emploi des exercices dans les diverses circonstances de la vie, nous allons parler de la méthode adoptée dans notre gymnase.
Lorsqu'un élève se présente au gymnase pour y suivre les cours, nous prenons en note d’abord son âge, le lieu oùil est né, sa taille, le poids de son corps, son tempérament etsa force musculaire : nous nous assurons de l’état de cette dernière à l’aide d’un dynamomètre, en lui faisant exercer une pression de la main droite, de la gauche et des deux ensemble contre la poitrine; enfin nous terminons cet examen par une traction des reins.
Ces renseignements nous sont indispensables pour bien connaître nos élèves, afin de les exercer de manière à mettre de équilibre entre toutes les partiesde leur corps, et proportionner ainsi les exercices, selon qu’il convient à chacun d’eux.
Les commémoratifs que nous venons d’indiquer sont inscrits sur un grand livre; d’après eux, nous pouvons faire des expériences comparatives et en constater les résultats.
Lorsque le professeur exerce un élève en séance particulière, on lui donne un bulletin sur lequel est indiqué le genre et la durée des exercices auxquels l'élève doit être soumis, et après chaque séance, il doit rendre compte de ses progrès, et signaler sur son bulletin l’état de Pélève pendant la leçon.
Les exercices sont divisés en trois classes : la première comprend les exercices élémentaires et préparatoires; la deuxième, les exercices d'équilibre et d’agilité; la troisième, les exercices
de régularité et de force; ces exercices, au nombre de 650, sans y comprendre l'escrime, la danse et l’équitation, peuvent être variés et multipliés à l'infini, ct c’est au directeur du gymnase de les diriger convenablement et d'observer les conditions qui, d’ailleurs, sont toujours dictées par l’état actuel de la personne qui doit être soumise à l’exercice, et rar les circonstances dans lesquelles elle est placée.
Nous ferons remarquer aussi que nous avons cru convezable que les dames fussent exercées par des personnes de leur sexe, c’est pour cette raison que dans le gymnase de l'Observatoire, les jeunes personnes sont exercées par des dames. Nous ne craignons pas de dire que nous croyons non-seulement très inconvenant, mais pernicieux, pour certaines d’entre elles, qu’elles soient exercées par des hommes; d’abord, les leçons de gymnastique, données par des hommes à des demoiselles, sont bien différentes des autres leçons, car il est très difficile, je dirai même impossible, à un professeur qui s'occupe avec zële de ses élèves, de donner ses leçons sans les toucher par le tronc, et, dans certains cas, pour éviter un accident, de choisir un endroit convenable pour les retenir, ce qui peut produire sur certaines personnes de désagréables sensations, et sur le moral des autres, une liberté ridicule. D’ailleurs, une femme exécute toujours mieux que les hommes ces mouvements simples et gracieux qui n'apparliennent qu’à son sexe, et n’est point étrangère à bien des petites investigations qui sont de son domaine exclusif; elle sait exclure en outre tous ces mouvements de force, qui donnant tout à coup aux muscles un fort développement, font disparaître les traits et les contours élégants du beau sexe.
Afin de mieux faire comprendre les principes suivis dans le gymnase del’Observatoire, nous allonsexposer ici quelques observations de sujets qui ont été guéris dans cet établissement.
J: OBSERVATION (x° 101 Du GRAND LIVRE).
FEademoiselle E. E3.
Mile B*** éprouva, dès l’âge de dix ans, des douleurs de tête, de l'oppression, une gêne dans la respiration, de violents battements de cœur, une toux continuelle. Après ayoir épuisé, pendant trois ans, les ressources de la médecine, sans aucun succès, cette enfant nous fut confiée par M. le docteur Vasseur.
L'état de la malade nous a déterminé à lui faire exécuter gra-
ducllement les exercices suivants :
19 Mouvement des bras, pour assouplir les articulations et
ouvrir la poitrine.
20 Marches et courses, afin de développer la résistance à la
fatigue.
30 Suspensions par les mains, monter aux échelles, grimper aux perches et aux cordes, pour augmenter la force des muscles du tronc et régulariser les mouvements.
%° Marcher sur des poutres horizontales ct inclinées, qu’on élève successivement et par gradation au-dessus du sol, pour donner du maintien, faire disparaître les vertiges ct la crainte que ce genre d'exercice fait éprouver.
Mais pour arriver à lui faire exécuter ces divers mouvements, nous avons dù employer tous les moyens possibles, afin de vaincre chez elle une nonchalance et une mauvaise volonté très marquées pour la gymnastique.
Enfin, trois mois après son entrée dans l'établissement, on vit disparaître tous les symptômes qui avaient causé de vives inquiétudes à ses parents, ct au bout de dix-huit mois de travail, elle exécuta avec une facilité étonnante tous les exercices du
portique, et parcourut en vingt minutes un espace de quatre mille deux cents mètres.
Tableau comparatif de mademoiselle L. B.
{er AVRIL 1838. . 31 JANVIER 1840.
Née à Paris, Née à Paris, ”. âgée de 13 ans, âgée de 13 ans, taille, { mètre 27 centimètres, taille 4 mêtre 49 centimètres, poids du corps , 20 kilogrammes, poids du corps, 49 kilogrammes. visage blème, visage coloré, yeux bleus, yeux, cheveux blonds cheveux, tempérament lymphatique, tempérament, force de la main droite, 1 kilog. force de la main droite, 12 kilog. —— de la main gauche, 0, —— de la main gauche, 42 kilog. —— des deux mains ensemble, 4 kilog. | —— des deux mains ensemble, 28 kil. —— de la poitrine, 0, —— de la poitrine, 47 kil, —— des reins, 0. --— des reins, 57 kil.
Ile OBSERVATION (x 102 pu GRAND LIVRE).
Fademoiseule PP. P,
Cette jeune personne nous fut envoyée par M. le docteur Descuret. Dès sa première leçon nous l’examinämes; elle nous représentait une enfant rachitique. Sa tête était presque continuellement penchée vers l'épaule droite, et une inclinaison avec saillie se prononçait à la région dorsale; les quatre premières vertèbres de cette région formaient une projection en arrière et à gauche; le reste de l’épine se prolongeait par une courbe insensible vers la droite : en sorte que l’épaule gauche était un peu plus haute que la droite. En outre, la poitrine était bombée, le creux de Pestomac avait disparu, la saillie formée par l'abdomen se continuait par une ligne courbe, peu sensible avec la saillie formée par la poitrine. Le sein gauche était plus saillant que le sein droit. Le sternum avait subi un léger mouvement de rotation sur son axe, de gauche à droite, et ilsemblait projeter un peu de ce dernier côté.
Lorsque la jeune personnequi fait le sujet de cette observation, se présenta au gymnase, pour la première fois, elle était affectée d’une toux sèche presque continuelle, accompagnée de gêne de la respiration, et par moment de palpitations. La pression même la plus légère était douloureuse sur les apophyses épineuses des quatre vertèbres déviées. Elle fut guérie cependant par un simple traitement gymnastique, dont tous les mouvements avaient pour but principal de rétablir le thorax dans son état normal, comme suspensions par les deux mains à une barre horizontale, et sur un mât dorsal, extensions et flexions des bras en haut et en arrière, etc.
Tableau comparatif de mademoiselle P. J.
Aer AVRIL 1838. 15 AVRIL 1841.
Née à Paris. Née à.
âgée de 6 ans. âgée.
taille, f mêtre 6 centimètres. taille, 4 mêtre 14 centimètres. poids du corps, 0 kil. Poids du corps, 22 kilog. visage blême. visage peu coloré.
yeux noirs. yeux.
cheveux noirs. cheveux.
tempérament nerveux. tempérament.
force de la main droite, 0, force de la main droite, 3 kilog. —-— de la main gauche, 0. —— de la main gauche, 3 kilog. —— des deux mains ensemble, 0. —— des deux mains ensemble, 10 kil. —— de la poitrine, 0. —— de la poitrine, 20 kilog. —— des reins, 0. —— des reins, 25 kilog.
IITe OBSER VATION (x° 103 DU GRAND LIVRE).
Monsieur E} €.
Par suite d’une chute sur le bras droit, ce jeune homme se Juxa Phumérus à l’extrémité inférieure de cet os, et se fractur a l’apophyse olécrane. Le repos, pendant le traitement, avait pour ainsi dire paralysé le bras, et pour le ramener à son état normal, M. le docteur Sédillot conseilla aux parents du jeune homme de lui faire faire de la gymnastique. Voici le genre
d'exercices qu’on lui fit exécuter graduellement une heure par jour.
Exercices préparatoires pour les extrémités supérieures, ou mouvements très modérés d’extention, de flexion, d’oscillation, de rotation et de suspension par les mains.
Enfin au bout de trois mois, il avait recouvré l’usage de son bras, et il exécutait tous ces mouvements avec beaucoup de facilité. Ce jeune homme prit ensuite goût pour la gymnastique, et 1! est devenu depuis un élève des plus adroits de l’établissement.
Tableau comparatif de monsieur T. C.