‹ Précis de la gymnastique moderne, et application de cet art aux déviations de la tailleChapitre 10 sur 18 · CHAPITRE SEPTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIEME

HDifjormites de lu aille.

Pour mettre les familles et les personnes chargées d'élever des enfants, à la portée d’une juste appréciation de la méthode gymnastique suivie dans le gymnase de l’Observatoire, et pour qu’elles puissent bien juger des causes les plus communes des déviations de la taille, nous allons leur donner ici quelques idées d'anatomie et de statique humaine qui leur sont indispensables pour bien les comprendre. ,

Le corps doit sa forme à une charpente osseuse presque inerte, sur laquelle viennent se grouper tous les organes de nos fonctions. Outre cet usage général, les os en ont un autre, ils servent au mouvement. Alors, ils sont des leviers unis entre eux, par des ligaments fibreux, et mus par une puissance qui est la chair. La chair est répandue sur les os en forme de faisceaux qu’on appelle muscles, et qui se fixent à eux par leurs extrémités. Les muscles sont doués d’une force qu’ils acquièrent en se contractant à leur centre; par elle, ils rapprochent lun de l’autre lcurs points d'insertion, entrainent les os auxquels ils se fixent, et produisent ainsi les mouvements.

C'est la force musculaire qui, dans la plupart des cas, détermine les déviations.

Sur le trone, chaque moitié du corps a, dans l’état normal, une puissance égale, répartie entre les muscles égaux et opposés qui produisent les mouvements latéraux ; considérée d’avant en arrière, la disposition des muscles n’est plus symétrique, l’ensemble de leurs forces est seulement à peu près équivalent.

Maintenant que nous connaissons cette disposition anatomique, nous allons expliquer un phénomène très simple de dé: viation de la taille, et l’idée que nous aurons conçue de sa fonction, pourra se rattacher à tous les cas en général.

Un enfant fait dans quelques mois une croissance considérable. Dans ce cas, il est un ordre mvariable de développement du système organique, qui fait que les os reçoivent avant les muscles l'impulsion vitale d’accroissement, et pendant qu’ils augmentent en longueur, les muscles stationnaires les suivent par un allongement passif qui n’a lieu qu'aux dépens de leur épaisseur. Ils se trouvent doncainsi affaiblis dans une circonstance où, par l'effet de augmentation rapide des os en volume et en poids, ils ont des résistances plus considérables à vaincre ; ainsi, cet enfant que je prends pourexemple paraît avoir maigri; il a perdu son agilité, ses forces; 1l est dans un état de faiblesse qui approche de la maladie, jusqu'à ce que les os, s’arrêtant dans leur accroissement, laissent les muscles se développer à leur tour.

Mais ce développement des muscles est lent et ne se fait pas toujours d’une manière régulière. Un muscle du côté gauche de la poitrine, par exemple, croîtra moins en force que celui qui lui correspond du côté droit; or, comme pour qu’il y ait

rectitude du tronc, il faut que leur action soit égale; cette condition d'égalité n’existant pas, les os sont entraînés à droite, où la traction est plus forte et la déviation commence.

Alors augmente encore la supériorité de puissance du muscle droit sur le muscle gauche, puisque le premier se raccourcit et que l’autre s’allonge. Toute la partie du corps située au-dessus du point où a lieu cette traction, s'incline du même côté: si cette première inclinaison est légère, la déviation reste simple; mais si elle est trop forcée, l'enfant, sentant son corps tomber involontairement du côté droit, s'efforce par ses positions de le ramener à sa rectitude primitive. Alors, les muscles du côté gauche, situés au-dessus de la difformité, acquièrent par l'effet de la volonté une puissance plus grande que celle du droit; l’inégalité précédenten’en existe pas moins, mais le tronc se renverse à gauche, sans que la première obliquité à droite ait été corrigée.

Voilà donc deux déviations dont la première est cause de la seconde, et celle-ci en entraîne souvent une troisième ; ce qui a lieu dans la plupart des cas, quand on laisse la maladie parcourir tranquillement ses périodes.

… La courbure de la colonne épinière précède presque toujours la difformité de la poitrine ; et quelle que soit la région de cette cavité où la déviation ait lieu, elle réside le plus souvent dans une incuryation anormale de l’épine.

Pour faire un tableau des phénomènes qui se passent dans ces cas , supposons d’abord deux directions dans lesquelles Ia tige.

vertébrale puisse se dévier : lune est latérale, c’est-à-dire , partant du centre du corps pour se porter en dehors, à droite ou à gauche; l’autre se fait d'avant en arrière, ou réciproquement.

Dans les incurvations latérales, comme les côtes se fixent aux vertèbres par leurs extrémités postérieures, et partent de ces points pour former autour de la cavité pectorale des arcs de cercle plus ou moins grands, et séparés entre eux par les espaces intercostaux , il résulte de cette disposition deux phénomènes de déplacement dans les côtes. Ceux de ces os qui correspondent à la cavité de la courbure accidentelle de la colonne vertébrale, se rapprochent entre eux jusqu’à se toucher presque par leurs points latéraux plus éloignés du centre. Du côté de la convexité, au contraire, ces mêmes points s écartent, et les espaces intercostaux augmentent d'autant plus d’étendue que la déviation décrit un arc moins long et plus courbé.

La poitrine a done de ce côté plus de hauteur qu’elle n’en a

du côté opposé. Allons plus loin, et suivons les conséquences de cette inégalité de hauteur.

Les épaules, qui sont le point d’union des bras au corps, sont appliquées à la partie supérieure, postérieure et latérale de la poitrime. Elles sont principalement formées par un os, Pomoplate, maintenu en position par des muscles qui le fixent aux côtes, et par la clavicule qui l’attache au sternum.

L’omoplate suivra donc les côtes dans leur déplacement; il s’élèvera du côté où la colonne sera saillante, et il s’abaissera du côté où elle sera concaye.

Voilà la cause de l’inégalité d’élévation des épaules que l’on observe très communément dans les déviations latérales; cette inégalité, dès qu’elle existe, est un signe presque certain de déviation des vertèbres. Mais quand elle à disparu, il ne faut pas croire que l’incurvation de l’épine se soit pour cela redressée’; il peut se faire, au contraire, que le rétablissement du niveau des épaules ait été produit par une seconde courbure qui s’est opérée en sens inverse de la première, et qui a égalisé l’éléva-

tion des omoplates.

Dans ces cas, la colonne vertébrale a perdu beaucoup de sa hauteur. La poitrine est courte et ramassée, les côtes suivent les ondulations de la colonne épinière; tout le corps a cet extérieur rachitique qui se décèle jusque dans l’expression de la physio-

nomie.

Dans les incurvations de l’épine en avant ou en arrière, le tronc déformé présente un caractère différent.

Les côtes sont moins déplacées, on ne remarque plus dans les régions latérales de la poitrine, ces incurvations et ces saillies prononcées. Le thorax est comme aplati de haut en bas, et la colonne, en se baissant, pour ainsi dire, sur elle-même, réagit, à l’aide des côtes, sur le sternum qui, par son organisation spongieuse et molle, et par la faiblesse du support que lui donnent les cartilages qui le joignent aux côtes, prend toutes sortes de

dispositions vicieuses.

Les sujets chez qui la déviation de la colonne affecte cette direction , présentent souvent des gibbosités en avant et en ar-

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rière, et sont les plus côntrefaits des victimes du rachitisme,

Nous avons exposé les phénomènes qui se passent à la suite de la courbure de lépine, dans deux directions principales. Entre cés deux directions, il en est une foule d’autres que peut prendre la colonne en se déformant. Il n’est pas rare de la voir chez le même sujet se tordre en des sens différents; c’est ce qui explique le grand nombre d’inflexions du tronc que l’on observe dans les difformités de là taille si communes à Paris!

Ainsi, nouspouvonsjuger actuellement del’influenceque peuventavoir, dansle développement de ces difformités, les positions vicieuses que prennent, par l’habitude, les jeunes personnes. Quand une prédisposition naturelle existe déjà, une de ceshabitudes devient bientôt cause déterminante, comme il arrive pour les jeunes filles à constitution faible, qu’on laisse se livrer sans réserve à un art ou à un travail qui demande de Papplication et une attitude inclinée.

Nous devons signaler ici une erreur dans laquelle il est facile detomber, etqui expose lesenfants àrecevoir des observations ou des réprimandes qu’ils ne méritent pas. Il arriveassezsouvent, en effet, que les positions vicieuses qu’iis prennent sont nécessitées par une déviation commencante encore inaperçu, parce qu’on ny porte pas attention, et qu’on ne manque pas d’attribuer, dès qu’elle devient sensible, àlamanièrehabituelle de se tenir, maintien, cependant, dontelleest, au contraire, lacause. Quandons’abandonne à cette erreur, on s'occupe uniquement de corriger l'habitude, on néglige la cause véritable qui devient de plus en plus puissante; et on ne doit en réalité, alors, la gravité de la maladie qu’à une mauvaise interprétation des symptômes : c’est ce qui arrive malheureusement trop souvent dans toutes les affections morbides qui affligent l’espèce humaine en général.

Si les parents ou les personnes qui ont été chargées de soigner les jeunes années de ces intéressantes créatures, eussent eu un peu de prévoyarice, si elles cussent eu l’idée de la possibilité d’une déviation, elles auraient demandé des conseils à des hommes de l'art, ct quelques moyens préservatifs des plus simples, tels que les exercices qui tendent à fortficr les parties du corps les plus faibles, une nourriture tonique, des soins relatifs à la bonne tenue et un coucher horizontal pour la nuit, auraient fait disparaître cette tendance aux difformités, tendance qui, n'étant pas contrariée , à parcouru tout son développement, toutes ses périodes.

Nous concevons encore qu’on m’ait pas pu prévoir que ces difformités devaient avoir lieu; mais elles ont eu un début, et bien que leurnature et leurscauses soient{rès variées, toutesont été légères en commençant; or, c’est cette réflexion qui fait peine, car si elles cussent été prises dès le principe, quelques moyens, tels” que ceux que nous avons indiqués plus haut, les eussent arrêtées dans leur accroissement d’une manière presque certaine.

Dans leplus grand nombre des cas, en effet, les os eussent pris leur position naturelle, et dans les circonstancesles plus malheureuses, la continuation de ces moyens aurait au moins arrêté ces déviations au degré de difformité où nous ne pouvons que les ramener, en les améliorant par un traitement gymnastique très long. |

Nous avons aussi de ces jeunes enfants chez lesquels les dévia: tions ne font que commencer, et nous les guérissons en peu de temps, en combattant les prédominances constitutionnelles et exerçant telle ou telle partie de leur corps, plutôt que telleautre;

de manière à donner, par le développement de la force musculaire, plus de puissance au côté qui paraît faible, c’est-àdire à la partie opposée à l’inclinaison des os. Cela ne veut pas dire qu’il en soit toujours ainsi. Je me fais, au contraire, un

devoir de déclarer à cette occasion que, dans tous les cas où une lésion organique ou fonctionnelle bien prononcée existe, le traitement médical devient un préliminaire indispensable; et c’est ici le lieu de dire que la médecine doit opérer avant la gymnastique.

Mais, par malheur, les parents des enfants ont souvent de l'insouciance pour ces difformilésÿ qui surviennent sans cause apparente ou grave. Dans le monde, on les considère comme des arrêts de développement, auxquels l’âge viendra promptement remédier. Et cette erreur, qui se berce d’une espérance trompeuse, se continue avec le progrès de l’âge qui aggrave cependant d’une manière sensible le malauquel il devraitamener un terme; c’est alors, quand le développemeut s’est achevé, quand la déviation est arrivée à ce qu’elle doit avoir de plus difforme, quand la nature ne peut plus offrir à Part aucune assistance, c’est alors, dis-je, qu’on s’inquiète, qu’on emploie, de sa propre inspiration, ou par des conseils empiriques, desmoyens qui sont toujours insuffisantsquand ils ne sont pas contraires ; et l’on vient, en dernier lieu, confier à la science le soin d’une guérison constamment difficile, et souvent sans espoir de succès. Pour n’en citer qu’un exemple : c’est ainsi que, pour la scrophule en particulier, on n’a recours aux hommes spéciaux, aux hommes de l’art, que lorsqu'il est bien prouvé qu’il n’y a plus de guérison posable, à cause de lPépuisement total des forces vitales de l’infortuné malade.

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