‹ Précis de la science du droit naturel et du droit des gens, ... précédé d'une introduction historique, et suivi d'une biographie, d'une bibliographie et d'un vocabulaire. Par M. MalepeyreChapitre 20 sur 64 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Première source. — Sagacité comparative.

Il n’y a rien que l’homme doive plus cultiver que son intelligence. Elle se développe par l’expérience, aidée de cette merveilleuse

yi LOIS NATURELLES.

faculté de réfléchir, de comparer diverses idées entre elles, et d’en tirer des conséquences, faculté qu’il possède à un degré si supérieur aux autres animaux , qu’il n’y en a aucun , même parmi les mieux organisés, qui puisse lui être comparé à cet égard.

Cette faculté se développe avec d’autant plus de facilité chez l’homme, que de tous les êtres créés il est le plus capable de recevoir l’impression des objets extérieurs^ /Un système nerveux admirablement combiné le rend le plus impressionable des êtres, et les sensations mieux perçues viennent perfectionner rapidement ses idées.

Joignez à cela la conformation heureuse ' de son corps , la délicatesse de son .toucher, la flexibilité de ses mains , à laquelle quelques philosophes n’ont pas craint d’attribuer toute sa perfectibilité; le don merveilleux de la parole, qui lui permet, par la communication de la pensée, de profiter de Vexpérience de ceux qui l’ont précédé dans la voie de la vie; l’invention de l’écriture, que quelques écrivains ont trouvée si prodigieuse, qu’ils n’ont pas voulu en laisser le mérite à l’esprit humain , et l’ont con-

SAGACITE COMPARATIVE. j3

sidérée comme un don du Créateur, communiqué aux hommes par la révélation ; et vous comprendrez la souveraineté légitin^e que l’homme exerce sur la nature.

L’étendue et la puissance de cette qualité . fondamentale de l’homme ont fait penser à quelques publicistes qu’elle était le principe unique des lois naturelles, et, sous le nom de droite raison , ils en ont fait la hase de leur système. La généralité de cette théorie en fait seule le vice, il n’y a de vrai que la proposition suivante :

§ I er . — Nos facultés s' entr’ aident réciproquement ; la raison les dirige.

Quoique les hommes abusent bien souvent de leurs facultés, et se laissent trop fréquemment égarer par leurs passions , il faut reconnaître cependant que ces facultés nous ont été données par la nature pour de bonnes fins. Les sens, l’imagination, la mémoire, les instincts, les penchans, les appétits et les passions, sont autant de ressorts qui doivent agir simultanément , et nous conduire vers un but unique, le bonheur. Mais pour arriver à cette fin il faut que nous nous lais-

sions diriger par la raison, qui n’est que l’intelligence perfectionnée par la réflexion et la sagacité comparative.

§ II. — De la liberté morale.

La réflexion , cette opération de l’âmequi consiste à comparer les avantages ou les inconvéniens qui peuvent résulter d’une détermination , donne à l’homme un véritable empire sur lui -même; ses actions sont délibérées , il est libre d’agir ou de ne pas agir, et peut modifier comme il lui plaît ses opérations, faire un choix entre diverses combinaisons, qui sont les résultats de ses sensations, vouloir ou ne pas vouloir; en un mot, c’est un agent moralement libre, et cette liberté est d’autant plus grande, que son intelligence, mieux cultivée par l’éducation, peut résister plus facilement aux sollicitations des désirs et aux sophismes des passions.

§ III. — Il est comptable de ses actions.

Puisque l’homme est capable d’être dirigé par la raison, qu’il peut juger et choisir, qu’il est maître d’agir ou de ne pas agir, il eu résulte qu’il est l’auteur libre de ses ao-

l’homme comptable DE SES ACTIONS. 75

tions, qu’elles peuvent lui être imputées et qu’il en demeure responsable.Si l’homme n’était que l’instrument aveugle de ses penchans et de ses instincts, s’il devait obéir nécessairement à ses appétits, il ne po.urrait répondre de ses déterminations, puisqu’elles ne résulteraient pas de sa volonté. Lorsqu’il aurait commis une action honteuse, il ne serait pas plus coupable quele poignard dontl’assassin se sert pour consommer un meurtre. Toute action ou toute omission ( car les moralistes mettent aussi l’omission au rang des actions, parce qu’ils la considèrent comme la suspension volontaire de l’exercice d’une faculté), soumise à la direction de l’homme, peut donc être imputée à celui qui devait agir ou s’abstenir, il en doit supporter les conséquences.

§ IV. — De la conscience .

L’intelligence et la volonté sont, comme nous l’avons vu, les principales puissances de l’âme. L’intelligence ou entendement, qui est la faculté de. comprendre les choses, est naturellement droite , c’est-à-dire qu’il n’y a personne dont l’organisation soit complète,

y6 LOIS NATURELLES.

qui n'ait naturellement assez de lumières pour distinguer les actions honnêtes des actions honteuses , pour discerner la vérité de l’erreur dans les choses qui se rapportent au devoir. L’expérience prouve la vérité de ce principe, et le raisonnement le confirme.

Si on le repousse, la morale n’a plus de base, et l’édifice social s’écroule immédiatement, puisque l’on confond dès lors le juste et l’injuste, le bien et le mal. Il n’y a plus d’actions punissables , puisqu'elles peuvent toutes être excusées sous le prétexte d’erreur invincible, et que les lois divines ni les lois humaines ne peuvent condamner un homme pour avoir violé une règle qui serait hors de la sphère de son intelligence.

L’entendement humain , naturellement droit, donne naissance à ce sentiment intérieur , qu’on a appelé conscience , source auguste et mystérieuse du devoir. La conscience, que Hobbes appelle l’opinion de l’évidence, n’est donc que la raison elle-même jugeant de la moralité des actions en les comparant avec la loi naturelle dont elle a la prescience.

Si l’homme n’avait pas reçu de la nature

DE L 1 COWSCIEÏCE. 77

avec l’existence, la conscience pour le diriger, incapable de remplir sa noble destinée, il eut marché de front avec les animaux; c’est parce qu’il a la raison en partage et la conscience du juste et de l’injuste, qu’il est le roi de la nature.

§ V. — De la moralité des actions humaines.

Nous entendons par moralité des actions , leur conformité avec les lois naturelles et le dictamen de la conscience. Tout ce qui est conforme aux règles du devoir et de la nature est moral ; tout ce qui leur est contraire est immoral.

Les actions morales sont bonnes et justes , les actions immorales sont mauvaises ou injustes. Il y a aussi une troisième espèce d’actions , qu’on appelle indifférentes.

L‘ action bonne est celle qui tend au bonheur de l’espèce , ou à celle de l’homme.

L'action mauvaise est celle qui est contraire au vœu de la nature.

L’action indifférente est celle qui n’est ni bonne ni mauvaise, ni juste ni injuste, et que nous pouvons faire oh ne pas faire , suivant notre bon plaisir.

LOIS naturelles.

L’action juste est récompensée par l’ap- .

probation de la conscience, ce qui forme un des élémens du bonheur.

L’action injuste est punie par le remords qui conduit nécessairement au malheur.

§ VI. — Conclusion de ce chapitre.

La sagacité comparative est donc une des lois les plus importantes de notre nature , puisqu’elle moralise toutes nos actions en nous donnant la liberté d’agir, ou de ne pas agir. Elle éclaire la conscience , source merveilleuse du devoir; elle sert de guide aux autres lois de notre nature ; et sans son flambeau salutaire, les lois qui dirigent l’homme moral, les sentimens qui l’animent, dégénéreraient en instincts grossiers, qui se rendraient maîtres des volontés humaines, et feraient de ce roi de la nature créée le plus misérable des êtres.

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