‹ Précis de la science du droit naturel et du droit des gens, ... précédé d'une introduction historique, et suivi d'une biographie, d'une bibliographie et d'un vocabulaire. Par M. MalepeyreChapitre 21 sur 64 · AMOUR DE SOI · texte numérisé non relu

AMOUR DE SOI

» lui nuire, à se procurer tout ce qui est né- » cessaire à son existence (i). »

Cette pensée, que Cicéron avait empruntée aux sectateurs de Zénon , prouve que la découverte de cette loi n’est pas moderne , et que les anciens l’avaient observée et signalée.

C’est en effet une des lois les plus impérieuses de l’animalité. Il suffit de jeter les yeux sur la nature, pour être convaincu de son existence et de sa généralité. Tout être sensible a l’instinct de sa conservation et une horreur décidée pour l’anéantissement; il recherche tout ce qui peut .lui être utile , évite tout ce qui peut lui nuire.Chez l’homme, cet instinct se change en un sentiment raisonné qui devient un des principes fondamentaux de ses actions, et c’est presque toujours le Moi qui dirige sa détermination.

Un philosophe spirituel , La Rochefoucault , a démontré dans une foule d’aperçus ingénieux , que l’amour de nous-mêmes s’identifie à toutes nos pensées, à toutes nos déterminations, et qu’il est la cause première et puissante de la plupart de nos actions.

(t J Cic-, de Ofpciii, Ub. I, 4*

8 o tOIS NATURELLES.

Le suicide n'est pas une preuve négative

de l’existence de ce sentiment. Nous n’insis-

terions pas davantage pour prouver la réalité de cette loi de la natnre, dont l’existence nous paraît démontrée, si nous n’avions entendu quelques personnes la révoquer en doute, en se laissant séduire par ce sophisme: Le caractère d’une loi de la nature, c’est l’immuabilité; or la loi qui porte l’homme à sa conservation n’est pas immuable , puisque chaque jour nous sommes témoins de sa violation par des exemples fréquens de suicide.

Nous avons démontré dans la première partie de cet ouvrage (section i rc , n° 3) , que, s’il était de l’essence de la loi naturelle d’être immuable dans sa généralité, il n’en était pas de même dans sa spécialité; qu’elle pouvait être suspendue et transgressée sans perdre son caractère primitif, et que les exemples spéciaux ne pouvaient pas servir d’argument contre l’immuabilité du principe général.

Nous ajouterons que le suicide n’est jamais le résultat d’une délibération libre ; que l’homme qui attente à sa vie est tou-

AMO UK DK SOI.-

jours sous l’empire d’une passion dominante qui l’égare, et que l’histoire ne nous offre pas d’exemple où l’homme libre d’esprit soit sorti de la vie de propos délibéré, comme on quitte un théâtre.

SECTION PREMIÈRE

Le désir de la félicité est essentiel à l'homme .

L’amour de nous-mêmes nous conduisant vers tout ce qui peut nous être utile , nous recherchons instinctivement le bonheur ou souverain bien. Et quoique nous n ous égarions souvent dans nos recherches , ce but est cependant celui vers lequel nous tendons incessamment. Mais en quoi consiste ce souverain bien? Aristipe et Epicure répondent, dans le plaisir; Hiéronime le Rhodien, dans l’absence de la douleur ;les Stoïciens, dans la vertu; Platon, dans la connaissance de la vérité et la pratique de ce qui est honnête; les Péripatéticiens, à vivre selon les lois de la nature. Dans ce conflit d’opinions qui paraissent au premier abord si contradictoires, qui ont été soutenues tour à tour par de si puissans raisonneurs, comment oseronsnous faire un choix? mais peut-être n’est-il DROIT NATUREL. C

pas nécessaire de choisir, peut-être, en confondant ensemble tous ces systèmes, en suivant les principes des Eclectiques, qui ne ■ recherchent que la vérité et s’emparent de toutes les idées utiles , en les dégageant de l’entrave des systèmes qui souvent les défigurent en les contraignant ou en les exagérant , est-il possible d’arriver à la connaissance parfaite du souverain bien.

Lés Péripatéticiens faisaient consister le souverain bien à vivre selon les lois de la nature; or la nature nous invite à rechercher le plaisir et à fuir la douleur; la raison nous enseigne que l’honnêteté et la vertu peuvent seules nous conduire au bonheur qui est l’état parfait delà nature humaine et qui suppose l’absence de la douleur et la volupté de l’âme.

Ces systèmes ne sont pas contradictoires :

ils s’entr’aident au contraire réciproquement; ils tendent vers un même but, et l’on aperçoit qu’ils découlent d’une source commune , des leçons sublimes du fondateur de la première académie.

Lorsque nous disons que le plaisir est un des élémens du bonheur, il faut se garder

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' DÉSIA DK LA FÉLICITÉ. 83

de penser que nous faisons consister le souverain bien dans ces voluptés grossières , ces enivremens des sens auxquels la nature nous invite quelquefois, mais qui deviendraient infailliblement les instrumens de notre malheur, si nous ne savions pas résister à leurs sollicitations.

Loin de nous l’idée de prêter à ce mot l’acception que lui ont donnée les disciples d’Epicure; nous lui attribuons même une signification plus belle, plus large qu’Epicure lui* même, quoiqu’il ait dit que le premier des plaisirs est la vertu ; car il résulte de sa doctrine, qui est exposée par Cicéron dans ses divers ouvrages philosophiques, qu’il donnait à cette expression une acception encore trop sensuelle; mais nous l’entendons dans le sens que lui donne Torquatus dans le Premier livre des biens et des maux.

«Tout être animé, dès qu’il est né, aime et recherche instinctivement le plaisir comme le souverain bien; il hait la douleur et la fuit comme un grand mal. On n’a pas besoin de preuves pour démontrer ces vérités ; on les sent comme la chaleur du feu ou la douoeur du miel,

» Ce serait folie de blâmer la volupté, parce que c’est la volupté : on la repousse , parce qu’elle engendre souvent des maux pour ceux qui ne savent pas en faire un usage modéré. Qui oserait, en effet, blâmer celui qui rechercherait un plaisir qui ne pourrait être suivi de rien de fâcheux?

» Mais en recherchant la volupté, nous ne voulons pas seulement parler de celle qui ’ caresse la nature par un charme secret , nous regardons comme plaisir l’absence de la douleur ; car, dès que nous ne ressentons aucune douleur, nous jouissons du bien-être.

Or, tout ce qui contribue au bien-être est volupté, et c’est avec raison qu’on appelle plaisir l’absence de la douleur et la satisfaction des besoins.

«Maintenant, pourrait-on imaginer un état plus heureux, plus désirable, que celui d’un homme qui jouirait de l’intégrité de ses facultés physiques et intellectuelles, sans qu’aucune douleur ni aucune inquiétude le troublât le moins du monde? En effet, il faudrait qu’il eût le corps sain, l’âme ferme; qu’il 11e craignît pas la douleur ni la mort ; qu’il sût jouir du présent et des voluptés passées

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