AUTORITÉ ET SANCTION DES LOIS. I
térêt, environnent de leurs respects la vertu malheureuse.
D’ailleurs , si le chagrin est excessif, il n’est pas durable, puisque la mort vient bientôt mettre un terme à nos souffrances; s’il est supportable et passager, le temps efface rapidement les impressions douloureuses: il ne reste «à l’infortuné qu’un souvenir mélancolique de ses chagrins, et ce souvenir a pour lui des charmes; il éprouve une jouissance amère, mais profonde, lorsque sa mémoire lui retrace les malheurs qui l’ont affligé.
En comparant sa situation présente à celle où il fut si malheureux, il goûte un bonheur relatif, qui est rehaussé par la sérénité de sa conscience et la sécurité de son âme.
D’autre part, les lois humaines, qui ne sont que la mise en action du sentiment du juste et de l’injuste , qui est gravé dans le cœur de tous les hommes, et que sous ce rapport on peut considérer comme inspirées par la nature, viennent prêter assistance aux lois naturelles et former un nouvel élément de leur sanction. La société venge aussi par ses mépris les actions honteuses qui ne sont pas atteintes par les lois positives.
Iy4 LOIS K ATURELI.ES.
Mais pourquoi renoncerions-nous à faire valoir une espèce de sanction bien plus complète, bien plus redoutable que celles que nous avons indiquées ? L’espoir flatteur d’une autre vie n’est -il pas un des plus grands encouragemens delà sagesse et de la vertu? Mourrons-nous tout entier? L’âme n’est-elle que l’harmonie des fonctions vitales? n’est-ce pas plutôt, comine l’ont pensé les Stoïciens, une particule de Dieu, une petite portion qui a été pour ainsi dire détachée de l’âme universelle qui est la source féconde de toutes les âmes? Quoi, Socrate, Newton, Descartes, Bossuet, étaient des êtres composés de parties purement matérielles ? Quoi, il faut renoncer à la douce espérance de revoir un fils , un père , un ami, une épouse ; d’éclaircir un jour l’énigme de la vie? Ces idées sont arides et accablantes, et j’aime mieux m’écrier avec le vieux Caton : « Si je me trompe quand je crois que les âmes sont immortelles, c’est une erreur qui me plaît , je ne veux pas qu’on me l'arrache tandis que je suis vivant; et si, comme le veulent quelques philosophes , je n’ai plus de sentiment après ma mort, je ne