‹ Précis de la science du droit naturel et du droit des gens, ... précédé d'une introduction historique, et suivi d'une biographie, d'une bibliographie et d'un vocabulaire. Par M. MalepeyreChapitre 44 sur 64 · CHAPITRE YII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YII

De autorité et de la sanction des lois naturelles.

V autorité des lois naturelles est évidente , puisque , comme nous l’avons plusieurs fois remarqué , ces lois s’identifient à notre être, que nous ne pouvons nous soustraire à leur influence, et qu’en y résistant, nous sommes inévitablement conduits au malheur.

Cependant on a prétendu nier l’autorité

lyO lOIS NATUJRELLES.

des lois de la nature, en disant qu’elles manquaient d’une sanction complète, ce qui est le véritable cachet du pouvoir. Mais il est facile de démontrer qu’elles ont une sanction suffisante. L’homme est poussé par la nature vers le bonheur, et y parvient en se conformant strictement aux lois de son organisation; s’il les viole, la douleur, le regret, le malheur, viennent le faire repentir de les avoir transgressées. Une vie qui doit être paisible, se change en une existence tumultueuse et agitée. Les souffrances physiques l’assiègent, le cuisant remords, dont les atteintes sont plus douloureuses et plus durables que les angoisses corporelles, vient déchirer son cœur. Heureux souvent lorsque par la perturbation de son âme, son esprit égaré perd le souvenir de ses actions condamnables !

Au contraire, la vertu, qui est une impulsion de la nature, mais qui peut être aussi un calcul de l’intérêt, est la meilleure et la plus parfaite affection de l’âme: elle conduit presque toujours au bonheur. L’homme sage, qui sait gouverner ses passions, évite par sa prudence les écueils où va se heurter l’insensé, et lors même qu’il ne peut fuir les

AUTORITÉ ET SANCTION DES LOIS. I7I maux qui le menacent, la sécurité de sa conscience, la satisfaction, l’estime de soi-même et la sagesse, lui donnent une force d’âme capable de diminuer beaucoup les impressions du malheur.

Démocrite pensait que la santé du corps et le repos de l’âme constituaient le souverain bien ; et Epicure, que le bonheur, qui est la fin de la vie, l’aveu secret du cœur et le terme des actions même qui s’en éloignent , ne s’acquérait que par l’exercice delà raison et la pratique de la vertu. Il n’est pas de méchant heureux, disaient les anciens; le vice, par cela seul qu’il est vice, trouble l’âme et ronge le cœur où il habite. La crainte du déshonneur, de la punition, de la douleur, l’agite et l’éveille au milieu de son repos.

Quelle triste perspective pour le méchant!

elle devrait le décourager.

Les peines et les plaisirs physiques et intellectuels forment donc un des élémens de la sanction des lois naturelles.

Toutefois il faut reconnaître que la nature dispense souvent ses biens d’une manière fort inégale parmi les hommes. Ses faveurs sont souvent aveugles. Elle refuse les dons

•i~j 2 LOIS NATURELLES.

de la fortune et de l’esprit aux uns et en accable certains autres; et s’il y a des hommes qui paraissent nés pour être heureux , il en est d’autres qui semblent n’avoir reçu l’existence que pour servir d’exemple à leurs concitoyens et les convaincre que la sottise, l’ignorance et le dérèglement des mœurs , précipitent inévitablement l’homme dans une vallée de misère.

Quelquefois aussi le bonheur ne semble pas proportionné au mérite et à la vertu.

Une certaine fatalité s’attache à quelques hommes, et la prudence ne les garantit pas des revers de la fortune et de ce que nous regardons ordinairement comme des malheurs. Toutefois il faut reconnaître que ces exemples sont rares , et que nous sommes le plus souvent les artisans de nos propres infortunes.

Mais lorsque l’aveugle fatalité frappe ainsi le sage, il trouve la force de supporter ses infortunes dans la fermeté d’àme que lui inspire la vertu, sa récompense dans l’éloge de son cœur et dans l’estime de ses concitoyens, qui, lorsqu’ils ne sont pas aveuglés par d’absurdes préjugés, ou séduits par l’in-

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