‹ Précis de la science du droit naturel et du droit des gens, ... précédé d'une introduction historique, et suivi d'une biographie, d'une bibliographie et d'un vocabulaire. Par M. MalepeyreChapitre 49 sur 64 · DE LA GUERRE · texte numérisé non relu

DE LA GUERRE

ne prolongeant pas indéfiniment le temps du service militaire, en exigeant que tous les citoyens indistinctement soient exercés comme soldats ou comme gardes civiques, au maniement des armes , pourrait - on parvenir à assurer l’indépendance des nations, et les mettre à l’abri des attaques de ses voisins, des entreprises téméraires des chefs militaires, et de l’ambition des princes que leur naissance appelle à gouverner les hommes.

Dans la guerre, tout mal qui n’est pas essentiellement nécessaire, doit être évité.

Si une ville a des torts, dit Platon, les femmes, les enfans, les maisons, les temples, les sépultures, les murailles ne sont pas coupables ; nous ne devons punir que les auteurs de l’injustice.

L’humanité doit présider à toutes les guerres : c’est le seul moyen de tempérer les horreurs qui les accompagnent. Le caractère , de la justice est la magnanimité , et le vrai courage s’allie très-bien avec la sensibilité; il devient alors une vertu, tandis que l’audace n’est qu’un mouvement impétueux et irréfléchi commun aux animaux.

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Parmi les peuples civilisés, la philanthropie a fait repousser depuis long-temps ces moyens odieux de nuire à ses ennemis , en massacrant les prisonniers de guerre, en passant au fil de l’épée des populations désarmées. L’empoisonnement des fontaines et des sources, l’incendie, le viol, fe pillage, sont généralement bannis des guerres. Le chef qui ne rougirait pas d’employer de pareils moyens de vaincre exciterait une indignation générale, et son nom irait grossir la liste des scélérats qui sont l’objet de l’exécration des hommes.

Pendant la révolution et dans les longues guerres de Bonaparte, les droits de l’humanité ont été quelquefois religieusement respectés; les peuples se sont montrés généreux; les soldats seuls combattaient les soldats , et le citoyen restait spectateur intéressé de la lutte. Le soldat blessé cessait d’étre ennemi, et obtenait dans les hôpitaux les mêmes soins que le soldat national. La valeur et le talent combattaient la bravoure et l’expérience, et ces luttes ont été glorieuses pour toutes les nations.

Mais la guerre ne peut être justifiée que

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par la nécessité, et tout prince qui, dans son « intérêt personnel, par caprice ou par orgueil, entreprend une guerre injuste, est coupable envers l’humanité; il oublie qu’il 11’est chef de la nation que pour veiller attentivement aux intérêts du peuple, et que c’est un crime de tourner contre lui le pouvoir qu’on lui a confié. « Que l’on ne me parle pas surtout de la gloire du prince, s’écrie l’illustre auteur de l’Esprit des lois, sa gloire serait sou orgueil , c’est une passion et non pas un droit légitime. *>

Les peuples cependant n’ont que trop de penchant à se laisser aveugler par le prestige de la gloire militaire. Les maux que la guerre entraîne ne frappent pas immédiatement les sujets du prince qui les conduit au combat. Ils se laissent bercer par de chimériques espérances : et lorsque la triste réalité se présente à leurs yeux dessillés, qu’ils se voient privés de leurs eufans , que les sources de la prospérité nationale sont taries, qu’après de longs combats et des flots de sang répandus, ils ont échangé l’aisance contre la misère ; que les travaux de la guerre les ont vieillis avant l’Age, et que leur gloire

a été effacée par des revers, ils maudissent leur fatal aveuglement, détestent le prince qui a été l'instrument de leur infortune, sans cependant devenir plus sages.

O peuples ! quand cesserez- vous d’étre enfans et de vous laisser amuser avec des hochets? quand l’ûge de la raison viendrat-il? quand cesserez-vous d’admirer ces conquérans dont le souvenir exalte vos âmes :

cet Alexandre, qui, après avoir envahi de vastes contrées, après avoir porté la guerre jusqu’au fond de l’Asie et versé des torrens de sang, après avoir donné des preuves de courage et de magnanimité, ne put résister au poison de l’adulation; croyant que le monde n’était plus assez vaste pour le contenir, il voulut s’élever au rang des dieux ; il se fit encenser comme le fils du maître du tonnerre, jusqu’à ce qu’une maladiemortelle, fruit de l’intempérance, vînt lui rappeler qu’il n’avait pas cessé d’étre homme; ce César, à qui la nature avait prodigué tant de faveurs, et qui massacrait de sang-froid ces populations entières de braves Gaulois , qui savaient combattre et mourir, mais qui ignoraient l’art redoutable de la discipline

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militaire? ce Bonaparte, dont l’épée sanguinaire moissonna , pendant vingt années , la jeunesse des États les plus civilisés de l’Europe ! Quand cesserez-vous d’admirer de semblables folies, de vous laisser éblouir par ces brillantes horreurs ? Votre admiration est l’appât et la récompense des conquérans. Vous ressemblez à l’agneau qui regarde aiguiser le couteau, et semble admirer l’éclat de l’instrument qui va lui donner la mort. Si le nombre des victimes égorgées peut être un titre auprès de vous à ce qu’on appelle la gloire, Tliimur et Gengis- Kan, ces grands dévastateurs de l’Asie, méritent le premier rang dans votre estime!

L’homme qui tue un citoyen est un monstre; et le prince qui usurpe l’autorité des lois, qui arrache les enfans du sein de leur mère, l’époux des bras caressans de sa jeune compagne, qui tarit ainsi les sources de la prospérité populaire, qui va porter le fer et le feu chez une nation voisine qui ne l’a pas offensé , serait un héros s’il est assez malheureux pour réussir dans ses coupables desseins !

Cessez de sanctifier par vos louanges et

votre assentiment, des erreurs aussi préjudiciables à vos vrais intérêts ; n’admirez que ce qui est véritablement admirable, la vertu et la sagesse , et flétrissez l’ambition du conquérant comme un crime. Alors peut-être ne verrez-vous plus ces trop fréquens exemples de guerres entreprises uniquement pour satisfaire l’ambition , le désir de la gloire, ou quelque passion moins élevée des chefs des nations.

Je ne connais de guerres véritablement glorieuses , que celles qui sont essentiellement justes ; les autres me paraissent des crimes atroces qui méritent l’indignation de la postérité.

Lorsque la guerre est indispensable , elle est légitimée par la nécessité. Le monarque qui la conduit avec prudence et talent mérite l’admiration et l’amour de ses sujets: il sauve la patrie ou il venge ses injures ; mais lorsqu’elle est injuste, c’est une atrocité.

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