‹ Précis de la science du droit naturel et du droit des gens, ... précédé d'une introduction historique, et suivi d'une biographie, d'une bibliographie et d'un vocabulaire. Par M. MalepeyreChapitre 62 sur 64 · DES HOMMES LES PLUS CÉLÈBRES · texte numérisé non relu

DES HOMMES LES PLUS CÉLÈBRES

QUI ONT ÉCRIT SUR UE DROIT DE LA NATURE ET DES GENS(ï).

ANTISTIIÈNE. — ARISTIPPE. — ARIS- TOTE. Philosophes grecs. Voyez la Biogr. de la Morale.

BACON (François) , grand chancelier d’Angleterre, sous le règue de Jacques I er , a été un des hommes les plus illustres de son siècle. Il fut l’un des premiers qui travaillèrent avec efficacité à ia réformation des sciences, en secouant le joug de la scolastique. Ses oeuvres politiques et morales renferment une foule d aperçus ingénieux, de vérités philosophiques et d enseignemens utiles. Son obséquiosité aux caprices d un despote, son avarice et ses concussions ont poi té une atteinte profonde à la réputation de ce phi-

( 1 ) Ln science du Droit de In r attire et de» geng est toute moderne, comme nous l’avons déjà faifreinarquer. Les anciens la confondaient avec la Morale, et l’on n’en trouve quelques traces que parmi les moralistes et les | hilosophes de 1 antiquité. Nous serons donc forcés de rappeler les noms de plusieurs moralis tes ; mais pour ne pas faire double emploi, nous renverrons au Traité de Morale pour les détails biographiques.

losophe ; mais ses grands talens doivent lui faire pardonner ses défauts. Bolingbroke, interrogé sur le caractère de Bacon, répondit : « Ce fut un si grand homme, que j’ai oublié ses vices. » Son traité remarquable De dignitate et augmentés Scientiarum contient, sur la justice universelle et l’origine des lois, des idées pleines de justesse et de profondeur. Bacon naquit le 22 janvier i 56 i , et mourut le 9 avril 1626.

BARBEYRAC ( Jean) est né à Béziers le 1 5 mars 1G74. Ses parens , qui étaient calvinistes , l’emmenèrent en Suisse, lors de la révocation de l’édit de Nantes. Son goût le porta à l’étude de la jurisprudence. Cet homme savant et laborieux professa le droit à Lausanne et à Groningue avec distinction. Tous ses ouvrages consistent en versions et en compilations; mais il traduit en maître qui connaît parfaitement la science dont il s'occupe. Le Traité de la guerre et de la paix de Grotius, les OEuvres de Pujjfen * dorj , celles de Cumberland et le Juge de Bync- Jicrshoeck ont été successivement traduits du latin en français par ce savant professeur. Ses traductions sont accompagnées de notes et de réflexions judicieuses, qui doivent le faire classer parmi les hommes qui ont le plus eonv, tribué à l’avancement de la science. Il mourut en 1729.

BODIN (Jean), né à Angers, fut un des

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hommes les pins remarquables da seizième siècle. 11 fit ses études à Toulouse; et, après avoir pris ses degrés à la faculté de droit de cette ville , il y professa la jurisprudence, à la grande satisfaction de ses auditeurs. Il quitta l’école de Toulouse pour s’adonner à la plaidoirie , et vint à cet effet à Paris ; mais, n’ayant pas réussi dans la profession d’avocat , il y renonça pour s’appliquer à la théorie. Député du tiers-état du Vermàndois en 1576, il soutint avec fermeté les droits de ses comraettans. Il eut le courage de s’opposer à ceux qui voulaient que tous les sujets fussent contraints d’embrasser la religion catholique romaine, en représentant qu’une pareille mesure serait contraire aux lois , et exciterait inévitablement une guerre civile. Il pensait que l’autorité des rois n’est pas illimitée, et qu’ils ont des devoirs à remplir envers le peuple. La liberté de ses opinions lui fit beaucoup d’ennemis. Son livre de la République a joui d’une grande réputatiou. Toutefois on y trouve peu de principes vrais et peu de philosophie, mais, en revanche, beaucoup de citations. Son esprit ne s’est pas élevé jusqu’à la théorie des lois de la nature. Il mourut à Laon en 1576.

BOLINGBROK.E, philosophe anglais. "Voyez la Morale.

BURLAMAQUI (Jean-Jacques) , originaire de Lucques, en Italie, naquit à Genève en

juillet 1694. A l’Age de vingt-six ans , il fut professeur honoraire .dans cette ville. Il voyagea en France, en Hollande, en Angleterre ; il se lia d’une étroite amitié avec Barbeyrac.Revenu dans sa patrie en 1723, il y enseigna le droit jusqu’en 1740, époque à laquelle il entra dans le conseil souverain , où il resta jusqu’à sa mort , arrivée en 1748. Ses ouvrages sont estimés; ce sont sans contredit les meilleurs guides que puissent suivre ceux qui veulent se livrer à l’étude du droit naturel.

CHRYSIPPE.— CICÉRON. Voy. la Morale.

CUMBERLAND (Richard), fils d’un bourgeois de Londres, naquit en cette ville en i 63 a. Il fut élevé à l’université de Cambridge, et nommé, en i 658 , recteur de Brampton. Les deux révolutions qui , dans l’espace de soixante ans, changèrent deux fois la face de l’Angleterre, ne troublèrent point la tranquillité de notre auteur. Il cultiva paisiblement les sciences et la théologie, et sa réputation d’homme érudit et probe le conduisit, sans l’avoir sollicité, à l’évêché de Pétersboroug. En 1672, il publia un ouvrage remarquable, intitulé : De Legibus nature? disquisitio philosophica , etc . , dans lequel il démontre que la bienveillance des hommes les uns envers les autres est aussi un sentiment naturel. Son ouvrage est principalement dirigé contre Hobbes et sa philosophie. Cumberland

était bon, humain et hospitalier; il a puisé dans son cœur les sentimens qu’il a exprimés dans ses ouvrages.

ÉPICTÈTE. — ÉPICURE. Voyez la Morale.

GROTIUS (Hugo) , l’un des hommes les plus célèbres du seizième sièele, naquit à Delft, en Hollande, le io avril i 583 . Il lit de rapides progrès dans ses études, et acquit de bonne heure des connaissances étendues dans la plus grande partie des sciences. En 1 598 , il accompagna l’ambassadeur de Hollande près la cour de France, et reçut des marques d’estime de Henri IV. De retour dans sa patrie, il fut enveloppé dans les affaires qui firent périr Barnevelt; condamné à unepiison perpétuelle, le 18 mai 1619, et à la confiscation de tous ses biens, il s’échappa de la prison où il était renfermé , en se cachant dans un grand coffre où l’on mettait le linge sali dans la geôle et qu’on envoyait blanchir : il se réfugia à la cour de France. Le monarque l’accueillit très-bien, et lui accorda une pension. C’est à Balagni, près Senlis, où il s’était retiré, qu’il publia, en 1620, sou traité De Jure pacis et belli, qu’il dédia à Louis XIII. Par la suite , la reine Christine l’éleva au rang de conseiller , et l’envoya comme ambassadeur à la cour de Fiance. Après un séjour de onze années environ à Paris , il partit pour rendre compte de sa mission à la reine de Suède. Le

vaisseau qui le portait écboua sur les cotes de Poméranie. Grotius, déjà malade, fut contraint de s’arrêter à Rostock, où il mourut le 28 août 1645.

HELVÉTIUS.— HOBBES.— HUTCIIESON.

— KANT. Voyez la Morale.

LEIBNITZ (Godefroy-Guillaume, baron de) naquit à Leipsick le 3 juillet 1646, et se distingua dès son enfance par une prodigieuse facilité. Le premier ouvrage qu’il publia est son traité JSova Methodus discendœ doccndcvque Jurisprudenticc. Les aperçus neufs, iugénienx et profonds de cet ouvrage font déjà pressentir le génie de ce philosophe. Il entreprit, dans le midi de l'Allemagne et dans l’Italie, uu voyage pendant lequel il recueillit d’immenses matériaux diplomatiques, dont il a composé son Codex juris gentium diplomaticus. Le premier volume de cet ouvrage parut en 1693, et lesecouden 1700, sous le titre de Mantissa Codicis. Ce code n’est qu’uue compilation de tous les traites et de tous les documensles plus curienx de la diplomatie ; mais la préface de cet ouvrage est très-remarquable. Il remonte aux principes du droit, et expose, sur cette .matière, des idées d’une graude profondeur. Leibnitz a fait école en Allemagne ; Kaut a suivi ses doctrines eu les développant. Le philosophe de Leipsick pensait que l’étude de la jurisprudence ne devait jamais être séparée

<le celle de la philosophie ; que le but de l'organisation sociale était d’arriver à la félicité , qui consiste dans la sagesse et puis dans la santé et les commodités de la vie.

MA RC-AURÈLE ( Marcus-Aurelius-Yerus- Antonius ). Voyez la Morale.

MELANCTHON. Voyez la Théologie.

MONTESQUIEU (Charles) de Secondât, baron de la Brède et de Montesquieu, un des plus grands hommes que la France ait produits, naquit au château de la Brède, près Bordeaux, le iS janvier 1689. Dès l’âge de vingt ans il préparait déjà les matériaux de l'Esprit des Lois , par un extrait raisonné de tous les ouvrages qu’il lisait. Son oncle, président à mortier au parlement de Bordeaux, prévoyant les succès du jeune Montesquieu, déjà conseiller en ce parlement, lui laissa, en mourant, sa charge de président. Pour étudier les lois et les mœurs des nations, il entreprit de nombreux voyages. En 1734, il publia son ouvrage sur la Grandeur et ia Décadence des Romains, où il a tracé, avec le pinceau de Tacite , dans un cadre étroit, un des plus beaux et des plus utiles tableaux que l’on puisse présenter aux hommes. Après vingt ans de réflexions, cédant enfin aux sollicitations de ses amis, il ramassa ses forces et mit au jour l’Esprit des Lois. Cet ouvrage fut un prodige pour l’époque où il parut. La situation poli-

tique île la France ne permit pas à ses compatriotes de le goûter comme il le méritait : l’Angleterre l’apprécia mieux. Malgré les pas immenses qu’a faits l’économie publique et la science des gouvernemens , l’Esprit des Lois est un trésor où l’on peut incessamment puiser : des vues toujours philosophiques et souvent profondes, une expression énergique et heureuse, font de l’œuvre de Montesquieu , malgré les erreurs assez nombreuses qu’elle renferme, le monument le plus curieux qui ait été élevé à la science des lois.

PLATON. Voyez la Morale.

PUFFENDORF (Samuel) s’éleva anx dignités dont il a été revêtu par son seul mérite. Fils d’un pasteur d’Ippoldswald, village delà Misnie, il vit le jour le 8 janvier i632. Son père lui donna les premières notions littéraires ; il perfectionna ensuite ses études dans diverses écoles de l’Allemagne. Il obtint, en i658, une place d’instituteur du fils du baron de Coyet , ministrç de Suède près la cour de Danemarck; mais il arriva à Copenhague an moment de la rupture entre les cours de Suède et de Danemarck. Arrêté avec sa famille, il resta captif pendant huit mois. C’est dans les loisirs de la captivité qu’il approfondit les principes du droit, et jeta les bases de son grand ouvrage. Puffendorf est le premier qui ait donné un traité

systématique snr le droit naturel. Après avoir d’abord publié du essai, sous le titre à'Élémens de jurisprudence universelle, qu'il dédia à l’électeur palatin , après avoir professé le droit naturel dans la chaire que ce prince avait créée pour lui, il mit au jour, à Lund, en Scanic, sou Traité de droit naturel et des gens. Cet ouvrage est bien plus méthodique que celui de Grotius; les principes sont posés avec clarté, ses réflexions sont utiles, mais elles manquent souvent de profondeur : il n’a pas assez pénétré dans la nature. Vers le déclin de sa vie, le roi de Suède l’éleva au rang de baron. Puffendorf mourut à Berlin le 26 octobre 1694.

SELDEN (Jean), savant jurisconsulte anglais, naquit le 16 décembre i 584 à Salvington, dans le comté de Susses. Ses premières études forent faites à Chichester, où il se fit remarquer par la promptitude de son esprit et de son intelligence. Vers 1609, il publia un ouvrage intitulé Mare clausu/n, en réponse au traité de Grotius , Mare liberum; mais sa réfutation, pleine d’érudition et de subtilité, est loin d’être concluante. De i 636 à 1640, Selden composa son livre de Jure naturali etgentiurn juxta disciplinant Uebrccorum , où il coordonne systématiquement toutes les lois des Hébreux qui se rapportent au droit naturel , et les présente comme le code de l’humanité. Ce système est essentiellement mauvais,

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et son livre, où l’on trouve peu de méthode et de clarté , n’a pas contribué aux progrès de la science.

SOCRATE. Voyez la Morale.

VATTEL (Eminerich de), naquit à Couret, dans la principauté de Neufcbàtel, en 1714. Il était fils d’un ministre protestant. Leibnitz et Wolff, dont il médita et goûta les principes, furent ses guides dans ses études philosophiques. Cet écrivain, n’ayant pu trouver à la cour du roi de Suède, dont il était sujet, l’emploi que ses fortes études et ses connaissances lui donnaient le droit d’espérer, alla à Dresde, où l’on utilisa ses talens. Eu 1746, Auguste III lui accorda le titre de conseiller d’ambassade , et l’envoya à Berne comme agent diplomatique auprès de cette république. Pendant les loisirs de son ambassade, il s’occapa de son Traité du droit des gens , dont il avait déjà tracé le plan. L’exposition de ses principes est faite avec clarté ; il a rectifié un grand nombre d’erreurs échappées à Wolf, et son ouvrage est le moins imparfait que nous ayons sur cette science. Vattel mourut le 20 septembre 1767.

WARBURTON (Guillaume), savant prélat anglais, naquit à Newmark sur le Trent, le 24 décembre 1698. Il annonça de bonne heure une vocation décidée pour l’état ecclésiastique.

Après avoir passé par les degrés inférieurs du

sanctuaire, il fat nommé au rectorat deBrand- Brongton, diocèse de Lincoln. C’est dans cette retraite qu’il passa la plus grande partie de sa vie. Sa Divine légation de Moïse fut l’occupation de toute son existence. Cet ouvrage fut assez mal reçu, et éprouva les attaques les plus violentes , qu’il repoussa avec toute l’âpreté d’un caractère vif et emporté. Warburton mourut à Glocester, dont il avait été nommé évêque, le 7 juin 1779, dans sa quatre-vingt-unième année.

WOLFF (Jean-Christian ou Chrétien, baron de), naquit le 24 janvier 1679 à Breslau, où son père exerçait la profession de brasseur, et fit ses premières études dans le collège de cette ville. Tourmenté dès sa jeunesse du besoin de s’instruire, il voulut, à l’exemple de Descartes, qui avait su s’onvrir un chemin à travers les ténèbres de la scolastique , compléter la philosophie de ce grand homme, qui s’était borné aux parties spéculatives, en s’occupant de la partie pratique. Avec Leibnitz il s’élança dans le champ de la métaphysique.Wolff, persécuté par les théologiens dont il avait attaqué les opinions, fut forcé de s’expatrier. Mais lorsque Frédéric le Grand monta sur le trône, l’un de ses premiers soins fut de réparer les injustices dont Wolff avait été victime. Il le rétablit dans la chaire de Halle , avec le titre de conseiller privé , de vice-chancelier et de professeur du

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