CTRUS LB JBUNE ET LES DIX MILLE
iruire le centre de Tarmée où il combattait, persuadé que la victoire remportée sur ce point amènerait une victoire générale, et déciderait de l'empire. Il ordonna de la manière la plus formelle à Cléarque et aux Grecs de diriger tous leurs efforts contre le centre ennemi. Lui-même il Tattaqua, et blessa Artaxerxès de sa main, mais sans pouvoir lui ôter la vie. Cléarque et les Grecs désobéirent à Cyrus : craignant d'être enveloppés par la multitude des ennemis , ils ne quittèrent point les bords de TEuphrate qui couvrait leur flanc ; ils n'attaquèrent pas le centre d'Artaxerxès. Cyrus y n'étant pas soutenu par eux , et se laissant emporter à son ardeur, fut tué au milieu des rangs ennemis par un soldat carien. Les Grecs vainquirent l'aile gauche qui leur était opposée, avec honneur pour leur courage et leur tactique , mais inutilement pour la cause qu'ils étaient chargés de faire triompher. Xénophon dissimule la faute des Grecs, mais Plutarque, ou plutôt les témoins oculaires dont il suit le témoignage, Taccusent énergiquement en ces termes : « Qu'aucun de ceux qui étaient rangés autour d'Ar- » taxerxès n'eût soutenu le choc des Grecs, s'ils » l'eussent chargé; que tous ces gens-là étant ren- » versés et le roi tué ou mis en fuite , Cyrus n'eût » gagné la bataille, et , qu'après la victoire, il n'eût » été couronné, c'est de quoi personne ne saurait » douter. C'est pourquoi il faut bien plutôt accuser
AH PRÉCIS DE l'histoirb ancienne.
)) Cléarque d'avoir ruiné les affaires et causé la mort » même de Cyrus , que de s'en prendre à la témérité » et à la trop grande audace du général (i). »
Suite de la bataille ; traité. — Après la mort de Cyrus, rinnombrable armée d'Artaxerxès enveloppe les Grecs, mais elle n'ose affronter leur choc, et dès qu'elle se trouve à portée de leurs lances , elle s'ouvre devant eux. Les Grecs et les barbares d'Ariée se retirent séparément dans les campements qu'ils ont occupés la veille de la bataille , et trouvent leurs provisions pillées. Le lendemain, les Grecs reçoivent la nouvelle de la mort de Cyrus et la sommation du grand roi de mettre bas les armes. Ils y répondent par la protestation de ne les abandonner qu'avec la vie , et par l'offre faite à Ariée de le placer sur le trône. Celui-ci la repousse, mais les invite à se joindre à lui pour regagner ensemble l'Ionie. Ils se rendent auprès de lui , et tous les restes de l'armée de Cyrus se trouvent réunis dans le même camp. D'un commun accord l'on arrête de diriger la retraite vers le nord, et de ne pas suivre la route par laquelle l'on s'était rendu jusqu'au lieu du combat. Les motifs de cette résolution étaient spécieux. La distance de Cunaxa à Trapezus, la première des colonies grecques situées sur le Pont-Euxin , était de moitié
(1) Plutarque , in Artaxerxe.
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moins grande que de Cunaxa à rionie, en supposant qu'on pût suivre la ligne directe , et on espérait la suivre. Les contrées déjà parcourues avaient été épuisées de provisions par le passage de l'armée de Gyrus. Ariée et les Grecs n'avaient pas de vivres, et il fallait traverser en Arabie un désert de quinze jours démarche. Les défilés de Portes Syriennes et Giliciennes^ et toutes les villes de la Syrie et de l'Asie Mineure qu'on avait trouvées ouvertes précédemment, retombées maintenant sous la dépendance d' Artaxerxès , de Tissapherne et de Phamabàze , devaient arrêter, inquiéter, combattre à chaque pas les soldats de Cyrus. A peine la résolution d' Ariée et des Grecs fut-elle connue du conseil d'Artaxerxès , qu'il résolut de détruire par la perfidie ceux qu'il n'osait attaqiier à force ouverte.
n conclut avec eux un traité aux termes duquel il leur promettait de les faire reconduire sans danger dans leur patrie et de leur fournir des vivres sur la route, à condition que de leur côté ils ne commettraient aucuns ravages sur le territoire du roi.
Dans les vingt jours qui suivent le traité , Ariée est gagné et détaché de l'intérêt des Grecs : il obtient son pardon en s'engageant à les trahir. Dans toutes les provinces de l'empire sont envoyés des ordres, pour que les Grecs trouvent bientôt, à|chaque pas qu'ils feront sur le territoire perse, un ennemi ou un piège.
50 PRÉCIS DE l'histoire ANCIENNE.
Tissapherne^ auteur de tout le complot tramé pour leur perte y les conduit dans leur marche : il est accompagné des meilleures troupes d'Artaxerxès : il a soin de faire camper l'armée d'Ariée séparément des Grecs 9 d'exciter et d'entretenir les haines entre les deux corps.
ni. Retraite des Dix mille^ marche d travers l*As^syrie. — La retraite commence. Les Grecs franchissent le mur de Médie^ puis le Tigre, dont le cours profond doit les enfermer dans des lieux où on espère consommer facilement leur perte. En longeant ce fleuve, ils traversent les déserts de la Médie^ les villages de Parysatis qu'ils pillent , le Petit-Zabate , et ils arrivent sur les bords du Grand^Zabate. Là les chefs des divers corps, Cléarque, Proxène, Ménon^ Socrate, Agias^ attirés à une entrevue perfide par Tissapheme et par Ariée, sont arrêtés, envoyés à Artaxerxès, et mis à mort A cette nouvelle , les Grecs sont frappés de consternation : ils se trouvent sans chefs et sans guides , dans un pays où tout leur est hostile, les hommes et les lieux; où il faut deviner la route, combattre pour passer, combattre pour avoir des vivres. Dans ce moment , Tissapherne les fait sommer de mettre bas les armes. Peut-être eussent-ils obéi , si Xénophon , leur communiquant sa fermeté déterminée et sa confiance dans les dieux, n'eût relevé leiu* courage, et ne leur eût inspiré la ré-
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solution de se frayer passage l'épée à la main. Ils nomment six nouveaux chefs, dont les seuls connus sont Xénophon et Cbirisophe. Déçu dans l'espoir de les amener à une capitulation , Tissapherne les attaque quatre fois daus la portion de TAssyrie qui s'étend des bords du Zabate aux frontières des Carduques, nonseulement avec les troupes que lui avait confiées Artaxerxès, mais même avec les barbares levés par Cyrus, commandés par Ariée et longtemps compagnons d'armes des Grecs (i). Les Grecs n'essuient qu'une perte légère dans une seule rencontre : leur tactique, l'organisation improvisée d'un corps de cavaliers et de frondeurs due aux conseils de Xénophon, leur permettent de repousser avec avantage toutes les attaques. Dans leur marche à travers l'Assyrie , ils rencontrent Larissa et Mespila , villes florissantes sous l'empire des Mèdes, et dont les prodigieuses murailles et les pyramides attestent l'ancienne grandeur ; villes devenues désertes sous l'inintelligent despotisme des Perses (21).
A travers le payt des Carduques. — Au moment
(1) Xénoph., Anab., ffl, 4. KaUOç Kôpoç îx^^ ^"^^-^ P«P«*pou<. Au commencement du chapitre 5 , Ton Toit combattre contre les Grecs les soldats d' Ariée comme ceux de Tissapherne , ol à[Uf\ TioaoKpépvïiv tmX Apuûov.
(2) Xénoph., tbid., irÂtç èpTi^Juri iJ.eY<iXiri * c&xouv 8' fliÙT?iv xb
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OÙ les Grecs mettent le pied dans le pays des Garduques, Tissapherne cesse de les suivre et de les harceler, et retourne en Asie Mineure, où il va prendre possession de la riche dépouille de Cyrus qu'Artaxerxès lui a abandonnée; soit qu'il sacrifie l'intérêt général de Tempire à son intérêt particulier; soit qu'il croie qu'on peut s'en remettre aux Carduques du soin de détruire les Grecs. Tissapherne, seul alors parmi les Perses, était capable d'exterminr les Grecs, s'ils pouvaient l'être. Sa retraite exerça donc la plus active influence sur les aflaires générales et sur les destinées de la Perse. Les Carduques, annexés nominativement à l'Assyrie , avaient conservé intacte leur sauvage indépendance; et quand la cour de Suze avait, sous les règnes précédents, essayé d'y porter atteinte, ils avaient exterminé. Jusqu'au dernier,les 120,000Perses envoyés pour les soumettre(l). Leurs descendants , sous le nom de Parthes , détruisirent les légions romaines , et sous celui de Curdes résistèrent à toutes les forces de l'empire ottoman, impuissant à les subjuguer (2). Il fallait traverser les montagnes des Carduques pour arriver aux plaines de l'Arménie et au Pont-Euxin ; car les Grecs manquaient de bateaux pour traverser le cours profond et
(t) Xénoph., Anab., III, 5.
(2) Gillies, c. 26, t. IV, p. 219-221.