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CHAPITRE XXII

Histoire de la Grèce, depuis le commencement de la guerre du Péloponèse jusqu'à la paix de Nicias, 431-431 (1}.

Les peuples grecs ont vaincu et humilié la Perse jusqu'au traité de Gimon, parce que ce grand homme est parvenu à comprimer les haines dont ils sont animés les uns contre les autres ; parce que ces haines n'ont amené que des hostilités momentanées et partielles; parce qu'enfin ils ont reconnu d'abord dans les Lacédémonlens, ensuite dans les Athéniens, des chefs qui ont

Cl) Thucydide, 1. 1, II, III, IV, V, jusqu'au chap. 20. Diodore de Sicile , liv. XII. Plutarch., in Pericle et in Nicià. On a raconté vingt fois la guerre du Péloponèse c on ne Ta pas considérée une seule fois sous son véritable point de vue. Dans les chapitres suivants , nous avons essayé de jeter quelque lumière sur les faits qui se rattachent à cette période.

2 PRÉCIS DE l'histoire ANCIENNE.

réuni leurs forces. Ils vont ce déchirer maintenant par une guerre civile et générale de vingt-sept ans. Pendant cet espace de temps, non-seulement les rois de Perse n'ont plus rien à craindre, mais ils jouent même le rôle de maîtres et de hauts protecteurs k regard des Athéniens et des Spartiates , chefs des deux ligues rivales , jusqu'à ce que l'un des deux peuples ait abattu l'autre , et rétabli une suprématie , un centre d'union dans la Grèce.

Les causes éloignées et prochaines de la guerre du Péloponèse peuvent se réduire à quatre principales : !• l'inimitié toujours subsistante entre les races dorique et ionique ; 2" la jalousie de Sparte ; 3^ la tyrannie d'Athènes envers les alliés , et le juste mécontentement de ces derniers; 4* les dangers de Périclès, qui, harcelé par ses ennemis, jette ses compatriotes dans une guerre où ils auront besoin de ses talents. La seule énumératïon des peuples qui s'assemblèrent à Sparte pour se communiquer leurs griefs, et qui se confédérèrent ensuite contre Athènes, prouve que l'insolence et l'ambition de cette république, exaltées par Périclès, lui avaient enlevé, même avant le commencement des hostilités , l'alliance de plus de la moitié des peuples qui s'étaient soumis à son commandement depuis la trahison de Pausanias.

Daoft le cours des dix premières années de la guerre duPéloponc^se, on n'a montré jusqu'à présent qu'une suite de ravages, de combats, de sièges, conseillés des deux côtés par une aveugle fureur. On peut y voir autre chose ; on peut y reconnaître des plans suivis, des corn-

GUERRB DU piiOPONESE. 3

binaisons profondes. Les Péloponésiens commencent les hostilités par des dévastations; Athènes» aidée de sa flotte, les leur rend : la guerre peut continuer de la sorte pendant de longues années sans amener des résultats décisifs. Pour en obtenir, les Péloponésiens équipent une flotte : ils veulent préserver leurs côtes attaquées ; ils veulent frapper au cœur la puissance de la ligue rivale , en s'emparant d*Athènes, Ils échouent dans le dernier projet, mais ils réussissent dans le premier. Les Athéniens trouvant les côtes du Péloponèse désormais gardées, vont s'établir, à poste fixe, à Pylos et à Cjthère» à Toccident et au midi des possessions desLacédémoniens; ils s'emparent de leur flotte par adresse; ils appellent la Messénie à la révolte, et se préparent à.ra* mener dans leurs foyers les Messéniens bannis : il n'est pas un seul moment où Sparte n'ait à craindre pour son territoire et pour sa domination dans le Péloponèse. Les Spartiates, de leur côté, prennent Platée pour ne laisser dans la Béotie aucune ville étrangère à leur alliance ; pour presser Athènes et TAttique entre les armées des Béotiens au nord, et celles des Péloponésiens au sud. De plus , ils essayent d*arracher à Athènes ses principales ressources en lui enlevant les c6tes et les tles de TAsie Mineure et de la Thrace, dont elle tire des vaisseaux , des tributs, des bois de constPuction , des cordages; dont elle a fait l'arsenal de sa puissance maritime; où elle ne trouve plus un seul ennemi depuis la prise de Potidée. Ensuivant cette idée, les Spartiates poussent Lesbos à la révolte 9 s'emparent d'Acanthe» de Stagyre,

d'Amphîpolis, livrent de nombreux combats pour acquérir ou pour conserver ces conquêtes.

-431. Alliés et forces des athéniens et des Spartiates. — La guerre du Péloponèse commence. Les Lacédé^ moniens ont pour alliés les habitants d'Ambracie, de Leucade, d'Anactorium; les iEtoliens, les Phocidiens, les Locriens ; les Béotiens, excepté ceux de Platée, les Mégariens ; tous les peuples du Péloponèse, excepté les Achéens et les Argiens. Dans le principe , ils manquent d'argent , et n'ont de flottes que quarante galères corinthiennes ; mais ils peuvent réunir soixante mille soldats. Du côté des Athéniens se rangent quelques princes de la Thessalie , les Acarnaniens , ceux de Naupacte dans la Locride , ceux de Platée dans la Béotie, Corcyre, Zacinthe, Céphalénie, les Cyclades, excepté Mélos et Théra, toutes les côtes de l'Asie et de THellespont, toutes les villes de la Thrace, excepté Potidée. Outre ces secours, les Athéniens composent leur armée de terre de seize mille hommes, et leur armée navale de trois cents galères : ils confient la garde de leurs murs et des forteresses de TAttique à seize mille autres citoyens , trop jeunes ou trop vieux pour être enrôlés. Ils comptent dans leur épargne six mille talents (33 millions).

Depuis le moment où la guerre éclate jusqu'à la fia de l'expédition de Sicile, les Spartiates ont des armées

GUERRE DU P&OVOIfiSB. 5

de terre plus nombreuses; mais ils manquent habituellement de marine et d'argent, malgré quelques tentatives faites par eux pour s'en procurer. Les Athéniens possèdent ces deux ressources pleines et entières. D'où il résulte que les deux états rivaux et leurs alliés respectifs remportent tour à tour des avantages , essuient des pertes , qui rendent l'issue de la guerre tout à fait incertaine.

Ravages et cruautés exercés far les deux peuples. Peste à Athènes. — Les Thébains envahissent la ville de Platée et en sont chassés : cet acte d'hostilité est le signal de la guerre. Archidamus, roi de Sparte, ravage l'Attique à la tête de soixante mille hommes. Périclès contraint ses compatriotes à demeurer enfermés dans Athènes. Le manque de vivres et d'une paye réglée, la nécessité de retourner aux travaux de la (uimpagne et aux soins domestiques, chassent bientôt Archidamus et ses alliés de l'Attique. Dès qu'ils se sont retirés, Périclès envoie contre lesLocriens une escadre qui obtient quelques avantages. Il monte luimême la grande flotte : après avoir porté la désolation sur les côtes du Péloponèse, il prend à son retour l'île d'Égine. Les Athéniens vont en corps de nation ravager le territoire de Mégare, tandis que les Acamaniens repoussent la flotte et les attaques de Corinthe. Dans l'hiver qui suit cette première campagne, Périclès prononce Vélogefunèbredes gfuerriers morts pourla patrie.

6 PRECIS i)E l'histoire ancienise.

430 Les Lacédémoniens font une seconde invasion dans TAttique, et Archidamus commence le siège de Platée. Les Lacédémoniens jettent dans des précipices les marchands d'Athènes qui tombent entre leurs mains : les Athéniens mettent à mort les ambassadeurs que les républiques péloponésiennes envoient à Artaxerxès Longue-Main pour implorer ses secours. Aux maux de la guerre se joignent, pour les Athéniens, ceux de la contagion. Dans l'espace de deux ans y malgré les soins généreux d'Hippoerate et de ses disciples, la peste, partie d'Ethiopie, leur enlève cinq mille hommes en état de porter les armes. Conseillés par le désespoir, ils ôtent l'autorité à Périclès et le condamnent à l'amende : bientôt ils le replacent à la tête des afiaires; mais il succombe aux atteintes de la peste , dans les premiers mois de Tannée -429, après avoir exercé trente ans le pouvoir absolu à Athènes.

Suceèi balancé», 429, 428 , 427. — Dans le cours de ces trois années, les succès furent balancés. Les Athéniens, après trois ans de siège, prirent Potidée, en Thrace : les habitants , pressés par la famine , s'étaient nourris de chair humaine avant de se rendre , 429. Lesbos , en 428, abandonna le parti d'Athènes; mais Mitylène, capitale de l'ile, vainement secourue par les Spartiates , tomba au pouvoir de ses anciens maîtres, 427. Les Athéniens la démantelèrent, pri-

GUERRE DV PlÎLOPOIVisS. 7

rent ses vaisseaux et les villes qu'elle possédait sur la côte d'Asie , mirent à mort mille de ses citoyens , confisquèrent son territoire et se le partagèrent. Ils parvinrent aussi à maintenir dans leur alliance Corcyre, agitée par les plus furieuses dissensions. D'un autre oôté^ les Lacédémoniens équipèrent une flotte, qu'ils joignirent aux galères corinthiennes, et firent une tentative sur le Pirée, 429. Après deux ans d'un siège dans lequel ils employèrent le bélier et la circonvallation, ils contraignirent les cent cinquante Platéens, défenseurs de leurs murs, à capituler, 427, les égorgèrent de sang-iroid et détruisirent Platée.

Revers multipliés et détresse des Spartiates , de 426 à 424. — Démosthènes, général athénien, tente vainement de soumettre TiEtolie , TAmbracie, la Leucadie. Il transporte le théâtre de la guerre dans le Péloponèse, en s'emparant, dans la Messénie, de Pylos, qu'il fortifie. Les Lacédémoniens attaquent aussitôt la place par mer et par terre : mais vaincus dans un combat, malgré la valeur et les exploits de Brasidas, ils laissent dans l'île de gphactérie quatre cent vingt Spartiate», dont plusieurs appartiennent aux premières familles de leur république. Pour les délivrer, Sparte conclut une trêve , et livre toutes ses galères. A Pexpiration de la trêve , Athènes refuse de les lui rendre, et envoie Gléon porter des secours à Démosthènes. Les deux généraux, aidés parles Messéniens de Naupacte,

8 PRÉCIS DE LHiSXOIRR iUKCIBNlIB.

contraignent les Spartiates enfermés dans Sphactérie à se rendre prisonniers, 426, et conduisent dans Pylos les Messéniens réfugiés à Naupacte. L'année suivante, 425 , les Athéniens , sous la conduite de Nicias, s'emparent de rUe de Cythère^ d'où ils infestent la Laconie. Dans les premiers mois de l'année 424 , leurs généraux, Démosthènes et Hippocrate, enlèvent encore aux Mégariens Nisée, principal port de ce peuple, et défont les Corinthiens sur leur propre territoire. Les soldats de leur flotte se saisissent de Thyrée, ville où Sparte a donné un refuge aux Éginètes, et passent au fil de l'épée tous les nouveaux habitants. Les Lacédémoniens sont sans cesse tourmentés par les incursions des Messéniens; tenus en alarmes par les insurrections des Hilotes; réduits à abandonner leurs campagnes voisines de la mer aux dévastations des escadres athéniennes , parce que leurs garnisons ne sont jamais assez fortes pour défendre les terres qu'elles sont chargées de protéger. Ils reçoivent enfin avec efiroi la nouvelle de la victoire complète remportée par leurs rivaux sur les Béotiens, à Tanagre, et celle d'une vaste conspiration tramée en Béotie pour livrer aux Athéniens Thèbes , Chéronée, Orchomène , Sipha. Ils implorent la paix , et c'est uniquement pour éprouver l'humiliation d'un refus.

Les Spartiates reprennent l'avantage ^ de la fin de 434 fl 434 , — La fortune s'est constamment pîH>poncée

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