‹ Précis de lh́istoire ancienneChapitre 40 sur 76 · II. IC · texte numérisé non relu

II. IC

278 PRÉCIS DE t'HISTOIR'é ANCIENNE.

lui fournissent les circonstances pour commencer la guerre (i).

S 6. — Guerre de Cléomène, ou rivalité de Sparte et des Achéens, La domination macédonienne rétablie dians le Péloponèse et dans là Grèce centrale, 225-222.

Rupture entre les Mhéens et les Spartiates. — 225. Tous les peuples du Péloponèse avaient accédé à la ligue achéenne, excepté les Spai'tiates, les Éléens et ceux des Arcadiens qui marchaient sotfs la bannière de Sparte (2). Aratus se flatta de contraindre ces trois nations à y entrer, tandis que Sparte n'avait pour roi qu'un jeune hommes et il attaqua l'Arcadie Spartiate à la tête de vingt et un mille hommes (3). Mais son manque de talents militaires et de valeur 6ur le champ de bataille le trahit dans son projet, et rendit nulle la supériorité des forces. Cléomène, envoyé parles éphores avec cinq mille soldats^ le vainquit près du mont Lycée, puis près de Mégalopolis , et enleva aux Achéens quelques villes arcadiennes. Bientôt Aratus vit sa république menacée d'une formidable attaque. L'ambition étouflant dans Tâme des ^tolienà la reconnaissance qu'ils devaient aux Achéens, ils complotèrent, pour la seconde fois , avec le roi de Sparte,

(1) Plutarch. , in Gleom.

(2) Voyez ci-dessus , p. 259-262.

(S) Plutareh. , In Gleom.

sparte; agis BT CLléOMkNB. 279

d'une part; et, de l'autre^ avec le roi de Macédoine , Antigone Doson^ de détruire la ligue et de partager ses villes (1).

Réforme de Cléomène. — Désormais libre et tranquille du côté des Achéens, Cléomène laissa les troupes lacédémoniennes campées en Arcadie, et, à la tête des soldats étrangers, marcha sur Sparte- Il tua de sa main quatre éphores, et bannit le cinquième avec quatre-vingts de leurs partisans. Il mit tous les biens en commun, en commençant par les siens. Il partagea tout le pays à quatre mille hommes Spartiates ou étrangers, nombre auquel il porta les yjou veaux citoyens, réservant des portions même pour les bannis , qu'il promit de rappeler aussitôt que les circonstances le permettraient. Il remit en vigueur, diaprés les lois de Lycurgue, la discipline, l'éducation, les repas publics, les exercices et les autres usages, s'astreignant le premier aux austères pratiques qu'il imposait aux autres. Il rendit aux rois Tautorité que leur assignait la constitution primitive ; pour rassurer les partisans de la liberté, il donna un second roi à Sparte -, seulement il choisit son frère , à défaut du fils d'Agis , nommé Archidamus , qu'on avait assassiné peu auparavant, au moment ipême où il se disposait à lui rendra le trône ; Sparte eut

(1) Plutatch. , in Cleora. ; Polybe, 1. Il, c. 46, 4Ç.

280 PRÉCIS DK l'histoire ancienne.

alors pour la première fois deux rois de la même maison (\).

Effets de la réforme de Cléomêne dans le Péloponèse et à Sparte, — La révolution opérée par Cléomêne produisit deux effets principaux : 1" le peuple , nonseulement des villes soumises aux Achéens, mais même de rAchaïe , se flatta de Tespérance de voir bientôt les dettes abolies et les terres partagées, comme à Lacédémone , et il inclina partout vers Cléomêne (2) ', 2® la révolution augmenta le nombre des citoyens et des guerriers de Sparte, retrempa leur courage, les mit en état de réparer les défaites qu'ils avaient longtemps éprouvées par de nombreux et brillants succès. c( Dès que les Spartiates , dit Plutar- » que , eurent repris les anciens usages de leur pa- )) trie , ils la mirent en possession du commandement » de la Grèce et recouvrèrent le Péloponèse (3). » Mais cette force était relative et non absolue : elle suffisait contre les Achéens 5 elle ne suffisait pas contre un grand état, comme le prouve le désastre de Sellasie. Cette défaite rappelle Tindispensable nécessité où

(1) Plutarch., in Gleom.

(2) Plutarch., in Gleom. : « Âristote n'avait pas eu beaucoup de peine à détacher les Ârgiens de Cléomêne : le peuple était déjà irrité de ce que ce prince n'avait pas exécuté Vabolition des dettes, qu'il leur avait fait espérer» »

(3) Plutarch., in Gleom,

sparte; agis et cl^omène. 284

étaient les Grecs de s'unir ensemble , s'ils \ oiilaient devenir invulnérables aux coups de l'étranger^ et placer leur indépendance à l'abri de ses atteintes.

Cléomène réduit les Achéens aux dernières extrémités. Aratus appelle Antigone Doson et les Macédoniens dans le Péloponêse. — 224. La révolution faite, le pouvoir des éphores détruit, Cléomène demeure maître absolu dans Sparte, et reprend aussitôt lesarmes contre les Achéens. Il leur arrache Mantînée, Tégée, Orchomène dansl'Arcadie, Losion dans TÉlide; il chasse les garnisons achéennes de ces villes et leur rend leur ancien gouvernement. D va chercher ensuite les en nemis à Dymé , près d'Hécatombaeon y et les défait en bataille rangée. Dès qu'ils implorent la paix, il leur rend leurs prisonniers sans rançon , et oSve de restituer toutes les places qu'il leur a prises , à condition qu'ils le nommeront généralissime de la ligue et céderont le commandement du Péloponèse aux Spartiates, a En échange de cet honneur et d'un si glo- » rieux titre, il ofifre de plus de faire de grands biens » aux villes. » Les Achéens , considérant l'importance de ses succès , les dangers attachés pour eux et pour la Grèce entière à la ôontinuation des hostilités, trouvent ses demandes modérées et avantageuses , et se disposent à y souscrire (1).

(1) Plutarch., in Cleom. et Arato. Polybe, 1. 11, c. 46-51.— II. 16.

28â PRikiS PE L'n}STO|RE ^IJGip^IfE.

La basse jalo^sjc ji'4rati1§ WW^^ ^ W^V^ Ip? propositiçiii^ d'acc^mmodeipept. Après ^vçjic eçerpé le comni^nd^ment Renç|^|[|t tfepje-trojs apflée§, il p^ peut souffrir Fidée de Iq yqir p^s^er ^Qtre les fp^ins d'jip jepne hpmme. Popr échappe;' à cette n^ce^çité , il fait une actiqp (jui, copame p^f jp fli^t^rqu^, x\'^pX pté honpête pouf. avjcun , et }}ui ét^jt ^rq^-pi^n^ po^f lui. ^p sçfîpurs de la ligpp et cpntre CléQm^Dp , il gppelle Aptigqne Doson et]es Macédonieps, ftp çi^qqp de Ifîs rétablie seigneurs e\ maîtres dîfp^ pe P^PPP: pèse dont il ayait employé, s^ yjp. entière ^ ]f^ ç}^^: ser (1).

ÇHéqmèi^e, ipdigpé , (^épl^e de.pouvpa|:| 1^ gupçrç aux Achéens, Ipur eplèye Pellèpe, fliépée, Peat^l^e, Argo§, Phlip§, Cléqpç, ï^pid^prp, T^éï^n^j Hermipne, Coripthe, et pratique (les iptelligeppç^s jusque dans Sicyqpe. ^s^ iÇtpljqps , demeurés se§ a||ié§ , et

Polybe, en sa qualité d'Âchéen, est moins impartial que Plutarqué dans Peiposé de ces faits.

(1) Plutarch., ^n C\eo\a, et Arato : « S -U clésQsp^rjUt des* (qrces t et des affaires des Acliéens , il devait plutôt céder à Cl^mène » que de rendre une seconde fois tout le Péloponèse barbare, » {jar tant de garnisons de Macédoniens ; que de remplir le cbâ- » teau de Çorinthe d*armes gauloisç^^ e| i^lyriennes ; que de se » joindre à des gens qu'i\ avait s\ couvent battus d^ns les cpm- » bats , dont il avait plusieurs fois surpris la politique dans ses » traités, et qu'il accablait d'injures dans ses mémoires ; et que » de les établir dans toutes les villes en les appelant alliés» pour » cacher par ce beau nom la honte d'une action si lâche. »

SP^pp; AGIS ET pLBOMÈNJi: ^3

devQin^^ l^s gflflgïfljs fl'^RtjgpiiQ d|5pui> que le rq} de Macédojqe §'p§t fgppcoché de? Âphé^nç^ §^ prononc^pl {)i|yçrte)[ï]pnt pontrp I4 liç}ie ^ et défloncppt à Antjgoqp^ ç^ Thpç^glie, qu'ils prendrqqt les arabes coqife iqj dèg qu'i} ff^rp^pfa vef^ le Pélpppqègp. AlUène^ sépara s^ pgijse de celle de^ ^^^é^RS P^ ^^W refuse de^ sppoui:s.

Pressé qp ab^pjlpnpé d^ toutes pafts , Ar^tps fait pas^ ^^ 4écf.et f^^x tpnqfis (^Hflqe| |es Aphéen§ déclar^pt Àiîtjgpnp géflér.^issim^ ^VJf ter^p et §ur q^pr, et §'eng^gent à l^j |jyrpr Cpr4nthe ppc la cjta- (lelle (1).

Antigone défait Çlfomène ç^ Sç^lhsfC- 4{p,r^<^c Cf^pmén«. — Antigone se présente avec vingt-d^ux mjllp soldats à ^Isthpie de Cprip^bp. Cl^omèn^ ]\\i dispute d'abord le passage; mais bientôt, craignant pp^^* Sparte , il est contraint de se replier aviec son armée sur la Laconie. Antigone s'empare de Gorinthe , où il met une garnison , puis d'Argos : il attire à lui presque tous les alliés de Cléomène , et lui enlève successivement Tégée, Orchomène, Mantinée. Pendant l'hiver, Cléomène livre sa famille en otage à Ptolémée , pour en obtenir des renforts qu'il ne reçoit pas : il affranchit les hilotes, se saisit de Mégalppplis qvi'il ruine, etbravet $es ennemis jusque dans Argos.

284 PRÉCIS DE l'histoire ancienne.

Mais au printemps de l'année suivante, 223, Antigone réunit jusqu'à trente mille hommes. Gléomène ne peut lui en opposer que vingt mille : il est défait, près de Sellasie, dans une bataille décisive. Parmi ceux qui ont reçu nouvellement le titre de citoyens de Sparte ou qui habitent la Laconie , six mille périssent; les mercenaires sont exterminés ou se dispersent. Gléomène se sauve à Sparte, et de là en Egypte auprès de Ptolémée Évergète qui avait été* son allié, 223. Philopator succède bientôt à Évei^ète son père. Gléomène sollicite vainement des secours du nouveau roi^ se voit privé de sa liberté par la jalousie ombrageuse de l'Égyptien, et périt en cherchant à la recouvrer, 22i (1).

Revenons au Péloponèse et à la Grèce, dont ces événements changeront entièrement le sort

§ VII. -> Suites de la hataxUe de SelUuie, La domination macédonienne rétablie dans la phis grande partie de la Grèce (2).

Sparte prise et soumise à Vinfluence macédonienne. — Après la fuite de Gléomène , Antigène , le premier

(1) Plutarch., in Cleom. et Arato. Polybe, 1. II, c. 55-70, et 1. V, c. 36-39.

(2) De tous les faits contenus dans ce paragraphe et le suivant « les historiens modernes ne font connaître que la prise de Sparte , le testament et la mort d' Antigone ; encore ne font-ils pas connaître dans quel état ce prince laissa Sparte.

GUERRE DES DEUX LIGl'ES. 1285

fies rois ou chefs étrangers, entra vainqueur dans Sparte. Il s'abstint de la détruire et d'y placer une garnison ; mais , « après avoir chassé le tyran et aboli » SES LOIS , il rétablit les Spartiates dans la forme de » gouvernement quMls avaient reçue de leurs pères : » ce qui veut dire qu'il abolit toutes les réformes, détruisit tout le nouveau système politique de Cléomène, et ôta aux habitants les principes de leur énergie et de leurs forces nouvelles. Il suspendit la royauté et confia Fautorité à quelques éphores ses partisans. Enfin il donna à la ville un gouverneur béotien nommé Brachiles (1).

Aratus avait abandonné Corinthe à Antigone pour obtenir son appui. Ce prince s'appropria encore Orchomène d'Arcadie. Corinthe ouvrait rentrée du Péloponèse : Orchomène , placée au centre , permettait de surveiller les démarches de tous les peuples qui rhabitaient. Antigone mit des garnisons dans ces villes, et peut-être dans d'autres encore (2). Les Achéens « le nommèrent leur généralissime sur terre

(1) Polybe, 1. II, c. 70; l. IV, c. 22, 23 ; 1. VII, c. 9; Discours de Lyciscus ; Exempl. de Vertus et de Vices , n" 43. Plutarque , Vie de Cléomène.

(2) Polybe, 1. IV, c. 6. Plutarque, Vie d' Aratus, c. 51 , et précédemment : « Âratus devait plutôt céder à Cléomène que de » rendre une seconde fois tout le Péloponèse barbare par tant de » garnisons de Macédoniens.... que de les établir dans toutes le^ n villes, n

:286 PRECIS DR l'hisïoi.rk ancienive.

» et sur mer, passèrent un décret pour n'ouvrir de » correspondance, n'envoyer d'ambassadeur à aucune » puissance, sans l'expresse permission de ce prince : » entraînés par l'exemple d'Aratus , ils lui otfrj«;ent » des sacrifices comme à un die.u : s'a^r^nchi^sant de » toute discipline pour se jeter daps la mollesse, » abandonnant fe^rs ^/rnne^ pour se tapir sous celles » des Macédoniens, ils se mir^^nt entièrement à leur » discrétion (J). »

Il résulte de ces détails que Sparte et la Laconje , l'Ac^aïe et les provinces dépendantes de la ligue achéenne, c'est-à-dire TArgolide et T-^rcadiie, tombèrent alors de pouyeau daps la dépendapce des Mac^c^oniens. Rfj ^f'T^i^^ Jiçw^ Jçs -^Itolieps avaient conduit dçs vaisçe^ux , débargijé d^§ tjrpupes spr les côte^ Qpcideptales du Péloponèse ; ils s'étaient enaparés (}e Phigalée, yers les pPflfins f}e la Messénie, et avaient coiitraint, par la cpainte de continuels ravages, les Miassépiens et TËlide à subir leur alliance; il^ avaient jpint ces deux pay§ à ijpe partje de l'Acarnanie, qu'ils avaient conquise précédemment (î2). Rappelé en Macédoine , trois jours après la prise de Sparte, par une invasion des lUyriens, Antigone

(1) Plutarque , Vie d'Aratus.

(2) Polybe, 1. II, c 45 : «Les iPtoliens avaient l^rtag^ les » villes d*Acarnanie avec Alexandre , fils àe tjyrrjius. » Voye: 1. IV, c. 3 , pour Phigalee et la Messénie.

GCËRRB DES DECX: LIGUES. 287

n'eut pas le temps d'arracher TÉlide et la Messénie à la suprématte des Pollens ^ et de lesr i^oûltYièttre à la sienne : ce furent les seules provinces qui n'y furent pas soumises dans tout le Péloponése. En s'éioignant de là péninsule, Antigone marcha contre les Illyriens", lés vainquit, rendit à la Macédoine Tintégrité et la sûreté de ses frontières. Avant de mourir, 221, il désigna pour son successeur le fiis de Démétriiis, Philippe m, alors âgé de seize ans, lui donnant Apelas pour tuteur, et pour ministres Léontius , Mégaléas , Alexandre Taurion.

Si Ton veut joindre les progrès faits successivement en Grèce par Antigone de Goiii et Antigone Doson , on trouvera que ce dernier, à la fin de son règne , commandait : 1° dans la Grèc^ septentrionale, à hi Macédoine, à la Thessalie, à TÉpire; 2** dans ia Grèce centrale, à la Phocide, à la Locride, à la Béotie , à l'Eubée; 3*» dans le Péloponése , à la Corinthie, à laSicyonie, à TAchaïe, àTArgolide, à l'Arcadie^ h la Laconie. La Messénie, TÉIide, TAttique, TiEtoIie, l'Acarnanie, avaient seules échappé à la domination d' Antigone. Cette suprématie embrassait vingt-trois des vingt-huit états helléniques, ou, en d'autres termes , les cinq sixièmes de la Grèce (4).

(1) Voyez la preuve de cela dans Polylie , 1. IV, c. ^, 15, 16 ,

288 PRÉCIS DE l'hisioire ancienne.

s VIII. — Ambition des jEtoliens, Guerre des deux ligues. Accroissement de la puissance macédonienne (1).

La mort d'Antigone remit en question ce que ses succès avaient décidé. Il devint incertain si la suprématie macédonienne, rétablie par ce prince sur toute la Grèce centrale et le Péloponèse, à rexception de cinq pays , subsisterait ou serait anéantie ; si le commandement passerait à un autre peuple -, si la ligue achéenne reprendrait l'ascendant et l'étendue qu'elle possédait avant les victoires de Cléomèna

Projets d^ agrandissement des jEtoliens dans le Péloponèscy 221 . — Les ^toliens voyant Antigène mort, Philippe à peine sorti de Tenfance, les Achéens plongés dans l'inaction, projettent de s'unir aux Lacédémoniens, de détruire la ligue achéenne, et d'ajouter une partie des provinces dont elle se conipose aux provinces d'Élide et de Messénie , où ils dominent déjà. Cette idée ambitieuse est contrariée par la démarche des Messéniens : ceux-ci, irrités des rapines et du despotisme des ^toliens , renoncent à leur alliance et demandent à entrer dans la grande confédération formée par Doson. Les Achéens renvoient les

22, 23; 1. IX, c. 7. Disc, de Lyciscu8; et p. 71 du Précis, deuxième partie , deuxième édition.

(t) Pour ce paragraphe , Polybe, 1. IV, c. 3-38, 57-87 ; I. V, c. 1-31 , 93-107. Plutarch. , in Arato.

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