‹ Précis de lh́istoire ancienneChapitre 39 sur 76 · SPARTE^ AGIS ET CLÉOMÈNE · texte numérisé non relu

SPARTE^ AGIS ET CLÉOMÈNE

avec cette puissance. En prenant les Thennopyles pour barrière, la Grèce se fût séparée en deux systèmes, l'un septentrional çt monarchique, comprenant la Macédoine , l'Épire et la Thessalie ; l'autre méridional et fédératif , embrassant la Grèce centrale 3t le Péloponèse. Entièrement distincts par leurs intérêts, leur gouvernement et leur régime intérieur pendant la paix , ils se seraient réunis durant la guerre contre l'étranger, et eussent été invincibles , même aux Romains (1).

L'humeur jalouse et ambitieuse des JËtoliens, les forces nouvelles que Sparte acquit tout à coup, et les prétentions de son chef Gléomène au commandement du Péloponèse; la rivalité qui naquit entre les Spartiates et les Achéens, et 5 par-dessus tout, la jalousie d'Aratus, détruisirent les chances de force, d'ordre, de prospérité , de liberté , que l'extension de la ligue achéenne à tous les peuples de la Grèce centrale et du Péloponèse semblait promettre à ces deux pays.

8 V. '-* Retour sur Vhistoire de Sparte. Règne d'Agis, de Léonidas et de Cléomène , 244-226.

État de Sparte y Van 244. — Défaits cinq fois depuis Épaminondas par Antipater, Démétrius Polior-

(1) Yoyex les preuves et les développements de ces assertions, p. 58-61 du Précis, 2* partie, 2* édition.

274 PRÉCIS DE l'histoire ANCIEimE.

cètr» et le tyran Aristomède ; assiégés dans Sparte, qu'ils avaient entourée de muraîHes, par Démétrius et par Pyrrhus , les Spartiates étaient réduits à la seule Laeonie, dont les ^Ëtoliens avaient emmeDé en une seule fois trente mille esclaves.

Cet état d'abaissement provenait de l'effrayante diminution de la population et de l'affaiblissement des cmirages : ces deux causes dé décadence provenaient à leur tour du complet abandon de la législation de Lycurgue, que les citoyens n'avaient remplacée par aucune autre plus appropriée à leurs mœurs. Depnis que la guerre du Péloponèse eut introduit les richesses au sein de Sparte, et que la loi de Téphbre Épitadès eut permis de disposer, à son gré , de son héritage, une effroyable inégalité régna parmi les citoyens, qui ne trouvaient aucune ressource dans Tindiistrie et le commerce. « Il ne resta dans la ville, dit Plutarque, » qu'environ sept cents Spartiates , et de ces sept » cents 9 il y en avait à peine cent qui eussent con- » serve leur héritage. Tous les autres étaient une po- » pulation accablée de pauvreté qui demeurait dans » la ville sans y jouir du moindre degré d'honneur, » soutenant à contre-cœur et mollement les guerres » contre les ennemis du dehors, épiant sans cesse » l'occasion de changer la situation présente des af- » faires et de sortir d'un état si violent d

L'affaiblissement progressif de Sparte n^avait éteint

SPARTE; AOIS ET GliOMENE. 275

ni Peprit guerrier ni l'esprit dominateur chez les prinàpaLVtx Spartiates. Ainsi Gléomène va secourir les Tarentins dan«^ la Grande-Grèce; Aréus fait des expédilâons dans la Oète, TiËtolieet la Macédoine; Xantippe en dirige une atitre dans l'Afrique , avec les Laeomens^ les étrangers^ lés esclaves , les mercenaires^ que Sparte refuse obstinément d'agréger à ses citoyens, tandis q/ae cette ville est assiégée par les rois de Macédoine et d'Épire. En mêlant quelques restes d'héroïsme antique à une extrême faiblesse, Sparte serait tombée au pouvoir de ses ennemis sans de fortuites et heureuses circonstances (I).

Tentative de réforme d'Avis. — Agis, monté sur le trône en M4, entreprend, en 239, de réformer Sparte, et de lui rendre son ancienne puissance, en opérant une révolution générale dans les propriétés , les mœurs et les coutumes de Sparte ; il fait entrer dans ses vues les jeunes Spartiates qui préfèrent la gloire aux voluptés, sa mère , Mandroclidas , Agésilas et Lysandre, qui sont bientôt revêtus de la dignité d'éphores. Ses ennemis sont l'autre roi, Léonidas, tous les Spartiates détenteurs des richesses et parvenus à un âge mûr, enfin les femmes de Sparte. Il

(1) Plutarch., in Pelop., Alex. , Pyrrti., Démet., Agide.— iustln , 1. XIV, c. 5 ; 1. XXIV, c. 1 ; h XX:V11! , c. 4. ~ Diodore deSicile,XX. 104.

276 PRÉCIS DE l'histoire ancienne.

propose au sénat un décret portant : l** que toutes les dettes seraient abolies; 2" que toutes les terres du territoire de Lacédémone seraient partagées en dixneuf mille cinq cents lots, dont quinze mille destinés aux Laconiens en état de porter les armes, et quatre mille cinq c^nts aux Spartiates : les naturels de Sparte étaient alors réduits à sept cents; mais dans leur nombre on devait admettre les voisins et les étrangers qui auraient reçu une éducation libérale , et qui joindraient la jeunesse à une heureuse conformation -, 3"" le décret portait enfin qu'à l'avenir, les Spartiates seraient soumis à un régime uniforme de vie et à la discipline de Lycui^ue (1).

Agis gagne pour quelque temps le peuple en mettant en commun ses biens et ceux de sa famille. D fait déposer les éphores contraires à ses desseins , et son collègue Léonidas, coupable de diverses infractions aux lois nationales. Il commence sa révolution en abolissant les dettes et toutes les obligations, et se dispose à procéder au partage des terres. Mais son oncle Agésilas , qui a favorisé l'abolition des dettes parce qu'il en est chargé , empêche le partage des terres parce qu'il en possède , et exerce, en Tabsence d'Agis y une révoltante tyrannie (2). Agis , devenu

(l)Plutarch.,in Aglde.

(2) Agis s'était rendu au camp des Achéens pour reprendre Pallène sut les iEtoUens. Plutarquc , Vie d'Agis.

sparte; kiilS BT CLEOMÈNE. 277

odieux par les excès tfAgésilas, abandonné du peuple, qui a perdu Tespoir de recouvrer des héritages , est mis à mort avec toute sa famille par Léonidas et par toute la faction des riches.

Règne de Léonidas. — Léonidas se constitue seul roi, n'use de sa prérogative que pour augmenter ses richesses et se livrer aux plaisirs : comme la plupart de ses prédécesseurs , il abandonne aux éphores, devenus despotiques^ la puissance que lui assigne la constitution. Depuis le retour des Héraclides, les lois naturelles et politiques n'ont pas été si impudemment violées (1).

Projets de Cléomène. — Léonidas laisse , en mourant, le trône à son fils Cléomène, 235. Dans la cour, et sous les yeux de son père, Cléomène a secrètement appris de son épouse et d'un disciple de Zenon à ad • mirer Agis et à régler sa conduite d'après leS principes des stoïciens. Parvenu à la royauté dans un âge très-jeune encore, il songe à exécuter les réformes projetées par Agis ; mais les usurpations des éphores ne lui laissent aucune autorité , et la disposition générale des esprits est contraire à de nouveaux changements. Dans cette situation , il pense à gagner les soldats, surtout les mercenaires, pour s'appuyer sur la force armée, et saisit avidement l'occasion que

[\) Plutarch. » in Agide.

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