CHAPITRE XXXVm
Histoire d'Egypte, depuis la bataille d'Ipsus jusqu'à la réduction de cette contrée en province romaine, 301-29 ans ayant J.-C.
L'histoire des premiers temps de l'Egypte n'est guère plus obscure que celle des trois derniers siècles qui précèdent l'ère chrétienne. Ce n'est qu'avec peine qu'on est parvenu à composer l'ordre chronologique des rois qui ont régné sur les Égyptiens depuis le premier Ptolémée jusqu'à la mort de Gléopâtre. Les écrits des historiens (i) n'ont pas suffi pour préciser la date de leur avènement au trône et celle de leur mort : il a fallu interroger les monuments encore subsistants en Egypte , les inscriptions dont ils sont couverts, et les médailles qui nous
( 1 ) Des fragments de Tite-Live , de Polybe , de Diodore de Sicile, les S^friaques d'Applen , V Histoire de Justin, de Josèphe, et les Livres des Machahées, sont les principales sources où nous avons puisé pour les Annales de l'Egypte. Parmi les écrivains modernes, nous avons surtout consulté M. Champollion-Figeac, dont les travaux ont été couronnés par l'Académie des Inscriptions et Belles-lettres {Annales des Lagides, 2 vol. in-S» 1819); les articles de M. Saint-Martin sur les Ptolémées, qui jettent un grand jour sur quelques parties de l'Histoire d'Egypte , et le Manuel de l'histoire ancienne , par Héeren.
l'écypi'e sous les lagides. 337
sont parvennes en assez grand nombre sur les Lagides (1). On sent qu*avec des secours de cette nature on peut atteindre à la certitude des faits principaux, mais non parvenir à présenter l^histoire d*un peuple dans son ensemble et dans ses détails. Cependant^ malgré Tinsufflsance des renseignements que nous possédons, quelques vérités ressortiront de leur uniformité, en quelque sorte invariable : nous pourrons caractériser cette époque par des traits qui lui appartiennent , et lui donner la physionomie qui lui est propre.
La dynastie des Lagides se divise en quatre branches différentes : elle présente seize souverains, qui fournissent vingt et un règnes successifs. Le principe de l'hérédité était établi en Egypte. Le trône ne sort pas de la famille de Ptolémée Lagm* Pour raffermir davantage dans ses descendants, il y eut quelquefois partage de Tautorite entre deux princes, ou bien un mariage confondait les droits du frère et de la sœur. Mais les empoisonnements et les meurtres sont fréquents dans la famille royale. L'ambition, les débauches, une mollesse orientale, dégradent ces princes ; ils n'ont d'audace que pour le crime. Le palais d'Alexandrie est tour à tour souillé de leurs attentats et arrosé de leur sang. Nourris au milieu des intrigues, sans cesse menacés par des conspira-
(1) Rethefches pour servira Vhistoire d'Egypte, tirées des Inscriptions grecques et latines , par M. Letronne, membre de rinstitut. Historia Ptolemœorum jEgyptiregutny adfidem nwmismatum dccommodaia, Amsterdam, 1701 , fol.
333 PRÉCIS DE l'hISTQIRB AlfCI^NNV.
tfops, jjs soni plus pcçupés 4e 4éfeijflre )ew ¥je q\ïç
d'ajouter à 1^ gpjçflcleur de 1^ pftm-piw^ JJs dpnneatcfr. pendant auj^ Égyptipns une li^tér^tuf fi qyji avait manqué à leurs premiers teipps. Mais, transportée en Afrique par I4 coqquôte, elle rpste comme étrangère aux fRçpurs et à la langue du peuple vaincu. Les efforts des princes, mal secondés par leurs sujets, font naître peu d'ouvrages dignes de la protection jB;énéreuse qu'ils ^coF4eQt à la cultqre des lettres et dpp ^rts. Pette sli^riljté 4e productions du premier ordre, au milieu d'HO^ moisspp si al)oadantp 4^ travaux littéraires, {jfstqrjques pt philosop}^iqups, noua semble prouyer que les mœurs, que les institutions, que Tétat 4$| ^ SQpiété efi Égyp^ s'ppposaient au sucpè3 des lQttrQ§ , g^ que ]ait vplgfit^ ^ ^9' narques ^l)solus fut impqiss^pte pour leur 4o9uer la we et réclat qu'ellp^ avaient trouva siur le spl ((brp de la Grèce. Le muséum 4'Ale}^^u4n® » Ificprtégp nqmbreux de savants qu'il renfermait , spryaieut plutôt à la pQmpe de la qopr 4es Ptoléméeg qu'ils n'excimpnt rémulation des Égyp^eps, ou qu'ils ne répondaient 4 leurs besoins. Leurs mfiP^rs, comme leurs crpy^nppsf religieuses, résistèrepj: à l'influence de leurs ipaîtres, pt l'école d'Alexandrie ne fat jamais que ^ faible image 4e ra(Uf4émie.
§ 1. — Fondation du royaume d^ Egypte; règne de PtoUmée Soter,
Pendant les q^^re^^s ^p^ suçp^s^urs d'A)#iapdre, Ptolèmée , fils de Lagus , suFnommé Sokr par les Rbediens, s'était aiii^|3)i (^ft^s V^gypto , qui lui était tom-
l'iGYTtt S0V9 I.BS LA6IDBS. 339
bée en part^tg^ : j) y avait \oi\ï\\ la partie dç l'Arabie voisine d^ l'Egypte, les côtes de la m>ye, 1^ Cyrénaïque, dopt il était resté maître, ap?'ès des alternatives de revers et de succès, 323-301. Il profita de la victoire d'Ip^us, 3Q1, pour reprendre la Cœlé-Syrie et la Phépicie , à rexceptiqp (J^ Tyr et de Sidon , ainsi qu'une partie jjp Tîle de Chypre, pays qu'il avait déjà envahis et pprdps une fois. En 294f , il acheva la conquête de rîie dg phyprfj , çt peu après cel|e de I4 Phénicie p^r }^ prise de Tyr et fie Sidop , qu'il enleva à Démétrius, yaijaQw et devenu prisonnier de Sélepcus,
Ptolémée, possesseur paisible , mais redouté, d'un vaste royauîne , jouit , jusqu'à l^ fin de ses jours , d'une paix qui ne fut pli|s interrqmpviQ. Il embellit Alexandrie de monuments et de temples, et commence 1^ tour de Pharos , qui n'est terminée , par les soins de Spstrate de Gnide, que sous le règne de sop successeur. Averti par un songe , il demande au rqi de Sinope les jmages fiu (lieu SérapiSj, qui entre de lui-même dans Ale^apcjrie , 286. H fonde une bibliothèque, qui fut constamment agrandie par le« soins de ses successeurs, et qui devint le plus vaste dépôt des connaissances de l'antiquité. Il pro^ tége les sciences et les lettres , attire à sa cour les houames q|ij les cultivent, et les y fixe par les récompenses qu'il leur leur accorde. Il s^opcupe à
340 PRÉCIS DE l'H!STOIRE ANCIENNE.
consolider dans sa famille le sceptre qu'il porte depuis trente-huit ans ; dans la crainte des rivalités si communes entre frères d'un lit différent, il désigne lui-même pour son héritier Ptolémée, surnommé Philadelphey qu'il avait eu de Bérénice. Un autre fils plus Agé, Ptolémée, surnommé Céraunus, à cause de l'impétuosité de son courage, et né d'Eurydice , Tune des deux femmes du roi , semblait avoir, à cause de son âge , plus de droits à la couronne; mais le vieux roi, sacrifiant à son affection l'intérêt de sa dynastie et la stabilité du trône , proclame pour son successeur le fils de Bérénice, et abdique en sa &veur, 285 ans avant Jésus-Christ , afin de consolider par sa présence le choix qu'il impose à ses sujets, au mépris des lois établies dans tout l'Orient et des conseils de ses amis. Ptolémée Soter survit pendant deux ans à son abdication; il assiste en quelque sorte à son apothéose, et voit les honneurs divins que la reconnaissance des Égyptiens doit décerner à sa mémoire comme à celle d'Alexandre. Il meurt , dans un âge fort avancé, l'an 283 avant J.-G
S n. — Histoire d'Egypte, depuis la fin du règne de Ptolémée Soter jusqu*à celui de Ptolémée Épiphane, 285-181 avant J,-C,
Ptolémée 1/ Philadelphey 285-247. —Ce prince est surnommé ironiquement Philadefphe par les Égyp-
l'Egypte sous lus lagides. 341
tiens, empressés de flétrir ses persécutions sanglantes contre les princes de sa famille. Son avènement au trône détermine l'éloignement de Céraunus, qui occupe quelques années le royaume de Macédoine , et qui périt en repoussant une invasion de Gaulois. Argène, le plus jeune de ses frères, accusé de conspiration, est mis à mort par son ordre; Méléagre subit le même châtiment, pour avoir favorisé l'insurrection des habitants de l'ile de Chypre. Sa femme Arsioné est chassée de son lit, exilée à Goptos et remplacée par une autre Arsioné , veuve de Lysimaque et sœur du roi , 278. Trois ans après, Ptolémée fait recueillir et traduire en grec les livres hébreux : c'est la version des Septante, que quelques critiques ont aussi attribuée, d'après divers passages d'auteurs de l'antiquité, à Ptolémée Soter ou à Démétrius de Phalère (!)► Il favorise les progrès de l'astronomie, l'étude des sciences et des arts, augmente les richesses de la Bibliothèque fomlée par son père , et s'eflforce de donner aux Égyptiens l'amour des lettres qui forment la plus belle gloire de la Grèce. Il porte cependant ses regards au dehors et conclut un traité d'alliance avec les Romains, vainqueurs de Pyrrhus, défend la liberté de la Grèce contre Antigone Gonatas , contient par la terreur de
(1) Voye}( ce qui a été décrit par M. Champollion-Figeac, dans le deuxième volume des Annales des Lagides , p. :^9 et aulv.
34i2 PRBCI9 m l'histoirb ancissne.
S68 apines^ Gyrène, que Magas sûb frèro veut pousser à la révolte, et prévient l'attaque d'Antiochus Théos. roi de Syrie, en envoyant des troupes dans ses propres provinces. Ptolémée Philadelphe meurt après un règne de trente huit ans, et laisse la couronne à son Qls Ptolémée Évergète , 347.
Ptolémée III Évergète (le Bienfaisant) , St47-â32 - Ptolémée Évergète avait à venger la mort tFagique de sa sœur Bérénice , victime de la jalousie de Laodice. veuve d'Antiochus Théos. Il envahit la Syrie , fait des conquêtes sur les provinces voisines de TËuphrate, franchit le fleuve, s'empare de la Babylonie, de la Susiane et de la Perse , pousse sa marche victorieuse jusque dans la Bactriane , et rend à l'Egypte les images des dieux que lui avait enlevées Cambyse, 241. Il seconde ensuite les premiers efforts d'Aratus, qui vient de rendre la liberté à Sioyone, et se déclare }e protecteur dc) la ligue achéenne. Les quinze dernières années de ce prince sont presque stériles d'évépements dont le souvenir nous ait été conservé par les historiens. Il donne asile à Cléomène^ qui, battu par las Macédoniens à Sellasie , abandonne Sparte, sa pfitrie, et se réfugie à la cour d'Egypte. Ptolémée Évergète meurt en 222 , après un vègne de vingtcinq ans.
ptolémée Philopator^ 222-205, — Ij^ ^ui^iQm de Philop^ter ne met pas Ptolémée à l'abri des soupçons
(.'lififPTK aOUS LBS LA6IDBS. 343
les plus odieux : on l'accuse d'avoir abrégé les jours de son père par le poison. Sa cruauté envers les autres membres de sa famille nous le montre capable des crimes les plps hardis. Sa mère Bérénice, Magas, son frère , furent mis à mort par ses ordres. Cléomène , que son infortune aurait fait respecter de tout autre prince, s'attira le ressentiment de Philopalor. Le roi de Sparte , cherchant son salut dans son désespoir, voulut exciter une sédition dans Alexandrie. Les habitants rabandonpèrent, sourds aux accents qui, déjà , ne faisaient plus d'impression spr les Grecs euxmêmes. Cléomène prévint par une mort volqntaire le supplice qpi lui était réservé. Ptolémée fit enfermer dans un sac de cuir et mettre en croix le corps de Cléomène. Sa niàre et ^es enfants, et les femmes des compagnon3 de 3on exil, furent impitoyablement égorgés.
Les excès et la faiblesse de Ptolémée Philopator, qui abandonnait toute l'autorité à de vils ministres, Agathoclès et Sosibius, déterminèrent Antiochus le Grand à prendre les armes pour délivrer une partie de ses états du joug des Égyptiens. De grands succès signalent ses premiers efforts : il s'empare de Séleucie (sur la mer) , défendue par une garnison égyptienne ; il force les défilés du Liban et de l'Anti-Liban , et entre en vainqueur dans Tyr et dans Ptolémaïs. Après unp trév0 de quelques mois, il donne siiite à son ex-
344 PRÉCIS DE l'histoire ancienne.
pédition , bat Nicolaos^ lieutenant de Ptoléoiée, et soumet les villes voisines de l'Arabie. Mais Ptolémée^ craignant pour son trône, avait fortifié Péluse et réuni soixante-dix mille hommes d'infanterie , cibq mille cavaliers et soixante-treize éléphants. Les deux princes en vinrent aux mains près de Raphia , avec des forces à peu près égales, 21 6 5 Antiochus y est vaincu et rentre à Antioche , laissant à Ptolémée la possession de la Syrie et de la Phénicie. Cette victoire, qui termine la guerre, rend inutiles au roi d'Egypte les secours qui lui sont offerts par le sénat de Rome. En augmentant sa sécurité, elle le plonge dans de coupables débauches. Il met à mort Arsinoé , sa femme et sa sœur, pour épouser la sœur d'Agathoclès , et meurt après dix - sept ans de règne, chargé du mépris et de la haine de ses sujets, 205.
Ptolémée F Épiphane, 205-181. - Ptolémée Épiphane n'avait que cinq ans et demi à la mort de son père. Sa tutelle et l'administration des affaires sont disputées par Agathoclès , le jeune Sosibius et Tlépolème , au milieu des guerres civiles, de la dilapidation des finances et de Taffaiblissement de TÉgypte. De leurs mains l'autorité passe entre celles d'Aristomène, Acarnanien de naissance, qui conserve la régence jusqu'à la majorité de Ptolémée Ëpiphane , 196. Antiochus , enhardi par l'enfance de ce prince et par la
l'égïpte sous les lagides, ' 345
faiblesse de Fautorité qui régit l'Egypte, renouvelle Il guerre et reprend les villes de Syrie et de Pbénicie qui lui avaient été enlevées. Tlépolème lui oppose en vain l'^tolien Scopas, qui se fait battre sur les bords du Jourdain et capitule dans Sidon. L'Egypte n'est sauvée que par l'ambition d'Antiochus, qui, occupé d'autres projets , traite avec les tuteurs du jeune roi, et lui promet en mariage sa fille Gléopâtre, à laquelle il assigne pour dot les provinces qui avaient été le sujet de la guerre , 198.
L'Egypte, menacée au dehors, était agitée au dedans par la rébellion. Lycopolis arborait l'étendard de la révolte; les chefs des mécontents soutiennent le siège pendant six mois et sont condamnés à un supplice cruel, au mépris de la parole du roi , qui leur avait promis la vie sauve. Les projets ambitieux de Scopas, de Dicœarque , appuyés par les iËtoliens , engagent Aristomène à faire couronner Ptolémée. La milice étrangère est licenciée, et ses chefs sont condamnés à périr, i96. Quelques années après, Ptolémée épouse la fille d'Antiochus, et ofire cependant au sénat de Rome ses secours contre ce prince, i91-i90. La fin du règne de Ptolémée n'est marquée que par des troubles qui éclatent dans plusieurs parties de l'Egypte. Il est obligé de se rendre à Sais, à Naucratis, où s'étaient manifestés d'affreux désordres. Ptolémée, à l'aide de Grecs mercenaires, réduit les rebelles et meurt em-
346 PRÉCIS DE l'hISTOIRB AMGISUHE.
poisonné par ses courtisans , qae metiaçaient à ia fois son avarice et sa cruauté, 181 «
S m. — Histoire d'Egypte, depiM le règne de Ptolémée Épiphane jusqu*à la mort de Cléopdtre et la réduction de cetu contrée en proHnce romaine, 181-30 avant /.-C.
Ptolémée FI Phihméiot, 181- 146. — Le commencement du règne de ce prince fut une régence moins agitée que celle du règne précédent. Philométor, âgé seulement de cinq ans , eut pour régente sa mère Gléopfttre^ qui, par sa sagesse et sa fermeté^ sut maintenir la tranquillité dans Tintérieur de l'Egypte et défendre l'intégrité du royaume contrôles efforts ambitieux du roi de Syrie, Séleucus. Son successeur, Antiochus Épiphaue, attaqué dans la Syrie par ëuIsbus et Leneeus, qui avaient pris la tutelle de Philométor, après la mort de Gléopâtre, remporta une victoire entre le mont Gasius et Péluse, s'empara de Memphis et d'un grand nombre de places de TÉgypte, et fit le jeune roi prisonnier, 170 Pendant sa captivité, qui dura quatre ans, son frère Évergète II administra le royaume ; les deux princes régnèrent ensuite ensem« ble pendant deux ans. Antiochus n'avait rendu la liberté à Philométor que dans l'espoir que les querelles des deux rois lui faciliteraient la conquête de l'Egypte. Trompé dans son attente, il reprit les armes , et il marchait sur Alexandrie, lorsque Popilius, ambassa-
t/éGtXriE flOtJS LIA LAGIBBS. 347
deur de Rome > lui signifia y avec une hauteur si célèbre, Tordre de respecter l'allié du peuple romain, 168. Le même Popilias termina les différends survenus entte Philométor et Évergète , et assigna au premier l'Egypte etChypre, au second la Libye et la Cyrénaïque. Évergète, mécontent de son lot, se rendit à Rome pour rédamer auprès du sénat. On y ajouta l'île de Chypre, dont Philométor défendit avec succès la possession par les armes. Ce prince permet au Juif Onias de consacrer le temple de Bubasteau culte des Juifs, et fait aussi plusieurs dédicaces de temples égyptiens à des divinités grecques.
Ni les liens de famille, ni les traités, ni la volonté de Rome , ne pouvaient éteindre l'éternelle rivalité des rois d'Egypte et de Syrie. Philométor, tout en promettant sa fille Cléopàtre à Démétrius, formait une alliance secrète avec Alexandre, ennemi de ce prince. Mais l'infidélité d'Alexandre rendit Ptolémée à ses premières promesses, et lui fit tourner les armes contre un perfide allié. Blessé dans une bataille gagnée sur l'Oronte, il mourut peu de jours après des suites de sa blessure, après un règne de trente-cinq ans, 446.
Ptolémée EupcUor et Ptolémée Fil Évergète II, 146-117. — Un contrat grec, publié pour la première fois depuis quelques années (4), nous a fait
(1) Cette publication a été faite par M. Bockb en 1821. Voir
348 PRECIS DE l'histoire ANCIENKB.
connaître le nom de PtoUmée Bupaior, comme le successeur immédiat de Ptolémée Philométor, son père. Ce prince était jusqu'ici inconnu dans l'histoire. Au reste , aucun événement qui puisse lui être attribué ne signale son règne éphémère. Ptolémée Évergète II ne laissa figurer son nom dans les actes publics que dans le dessein de mieux tromper sa mère^ et d'usurper plus sûrement la couronne d'Egypte. A la mort de Philométor, Évergète abandonne la Cyrénaîque, où il régnait comme dans un exil'. Près d'attaquer TÉgypte par les armes ^ il s'engage à épousa Cléopâtre, veuve du dernier roi^ et à se déclarer le tuteur de son fils. Mais aussi cruel que perfide, en devenant l'époux de Cléopâtre , il fait égorger dans ses bras le jeune Ëupator. Dans la suite de son règne^ sa conduite répondit à ce crime atroce. Il fit périr un grand nombre de Gyrénéeîis qui l'avaient accompagné en Egypte, parce qu'ils s'étaient permis de le railler sur ses passions extravagantes. Aussi les Égyptiens snbstituèrent-ils le surnom deKakergète (malfaisant) à celui d^ Évergète (bienfaisant), qu'il s'était donné. Flétri par eux du surnom de Physcon (ventricosus) , il se rendit tellement odieux à ses sujets, qu'il fut forcé
rarticle Ptolémée Eupator, dans la Biographie universelle, par M. Saint-Martin, membre de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.
L EGYPTE SOUS LBS LAtilDBS. 349
d'abandonner Alexandrie pour aller mendier les secours étrangers qui devaient le replacer sur le trône, 1 31 . Soutenu par les talents d'Hégélochus^ et favorisé par des embarras qu'il suscita au roi de Syrie , il rentra en Egypte, qui lui obéit jusqu'à sa mort, 117. Cependant à tous les vices qui le dégradaient Ëvergète alliait le goût des sciences et des lettres ; qui l'a fait aussi surnommer Philologue. Il avait eu pour précepteur le célèbre Àristarque.
Ptolémée rjJI, Soter II , Alexandre et CliopAtre, 117-81. — Le trône d'Egypte, pendant les trente-six années qui suivirent, est tour à tour occupé par les deux fils d'Ëvergète II, que Cléopfttre, sa veuve, élève et précipite au gré de son ambition. Soter II , appelé au trône par les vœux des Égyptiens et par le droit de primogéniture , subit cependant la nécessité de répudier son épouse Cléopfttre, pour s'unir à Sélène, sa seconde sœur. Cléopâtre, resiée souveraine de Chypre, offrit ses secours et sa main à Antiochus Cyzicenus , l'un des prétendants au trône de Syrie ; mais, peu de temps après, elle périt victime de 1» haine de sa sœur Tryphène, épouse d* Antiochus Gryphus, rival de Cyzicenus. Ptolémée Soter, déjà odieux à sa mère, eut le malheur de se montrer favorable à ce dernier prince, tandis qu'elle soutenait Antiochus Gryphus. Elle prêta à son fils le dessein de la perdre, et, à l'aide de ce crime supposé, elle fit soulever