‹ Précis de lh́istoire ancienneChapitre 72 sur 76 · IL · texte numérisé non relu

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ilâ PRECIS DE l'histoire AWqENWK,

diviserons-nous en quatre périoçles biçii distinctes rhistoire de la littérature grecque, dont nous n^exposerons d'ailleurs ici qu'un tableau sommaire.

La première période, toute fabuleuse, commence aux temps les plus reculés et se termine à la prise de Troie, 1270; la seconde prend naissance après cette guerre célèbre, et s'étend jusqu'à l'archontat de Selon, 1270-594 : c'est le règne de la poésie héroïque et sacrée. La troisième embrasse les temps les plus brillants de la Grèce; le règne d'Alexandre en est le terme, 594-323. La quatrième période comprend les temps qui se sont écoulés depuis la mort d'Alexandre jusqu'à l'établissemept de h domination* romaine dans les contrées diverses qui avaient été soumises aux lois du conquérant macédonien.

L Première période : temps héro'iques jusqu'à la guerre de Traie. — Les temps héroïques virent naître la poésie, par laquelle commence toujours la littérature d'un peuple. Les poètes composaient les hymnes et les prières qu'on chantait en l'honneur des dieux et des héros. Leur ministère s'ennoblit aux yeux des peuples^ qui les regardèrent comme les confidents de la divinité. Ils réunissaient le triple caractère de chantres^ de pontifes et de devins, Linus de Chalcîs est un des premiers poètes grecs dont le nom ait été conservé dans l'antiquité; il était fils d'Apollon et d'une muse. 11 eut un disciple nommé PamphuSy d'Athènes,

qui composa des hymnes en rhouneur des prêtres d'Eleusis. Olen^ Olympui, Eumolpu»^ MélaihpuHf Philammon , Tamym et Paléphate furent en même temps poètes et musiciens. Ils passent pour avoir adouci^ par leurs chants , les moeurs sauvages des Grecs, et institué quelques cérémonies du culte religieux. Orphée et Musée sont les plus célèbres de ces poètes ; leur histoire est enveloppée de ténèbres. Du temps de Pausanias, il existait des fragments ^uthen-* tiques des poésies d^Orphée (1). Orphée prit part à Texpédition des Argonautes. Il mourut dans les montagnes de la Thrace, victime de la fureur jalouse des femmes de cçtte contrée. Plutarque assure que de son temps encore les Thraces , pour venger sa mort, stigmatisaient leurs femmes au visage. Musée, originaire de Thrace, mais né à Athènes, avait reçu des Muse la lyr^ d'Orphée, A Texempte de son maître, il prédisait Tavenir , apprenait dans des initiations la ma* nière d'expier les crimes et les sacrilèges, et chantait la généalogie des dieux , la guerre des Titans, Ces poètes ont fait usage de Thexamètre, dont Tinvention est attribuée par les Grecs à Phémonoéy prêtresse de Delphes.

IL Seconde période ^ depuis la guerre de Troie jui-^

(1) Voyeg le passage de Pausanias cité par M. Poirson, tome 1", page 336.

iii FRBCIS DE l'histoire ANCIENNE.

qu'à Solan, 1270-594. — La Thessalie avait été le berceau de la poésie primitive et fabuleuse des Grecs; rionie le fut de leur poésie héroïque. Il se forma dans cette contrée une école de poètes, nommée Rkapsodes^ chargés de composer ou d'arranger tous les hymnes que l'on chantait dans les solennités nationales et religieuses. Ils faisaient usage de tous les trésors de la mythologie, remontaient jusqu'à l'origine des dieux et du monde, célébraient les exploits des demi -dieux, dont descendaient les plus illustres familles de la Grèce. Le caractère qui distingue la poésie héroïque consiste dans l'emploi qu'elle fait de la mythologie pour orner des sujets purement imaginaires. Le plus ancien et le premier des poètes de cette période est Homère^ qui florissait dans le x« siècle avant J.-C. Dans l'antiquité, la critique, inépuisable en conjectures, rechercha si V Iliade et I ' Odyssée étaient du même auteur, si ces poèmes avaient été écrits, ou seulement s'ils avaient été conservés pendant plusieurs siècles dans la mémoire des hommes ; la critique moderne a émis des doutes sur l'existence d'Homère , quoique sept villes se soient disputé Thonneur de lui avoir donné naissance. Quoi qu'il en soit de ces questions, qui prouvent l'intérêt qui s'attache depuis trois mille ans aux productions étonnantes de ce grand génie , nous rappellerons que les morceaux les plus remarquables de V Iliade et de V Odyssée furent

longtemps chantés par des Rhapsodes, et qu'ils ne commencèrent à fonner un ensemble que sous la domination et par les soins des Pisistratides. Il se forma dans rionie une école de Rhapsodes, appelés les homérides, qui chantaient, en s'accompagnant de la cithare, les poésies d'Homère et des poètes cycliques, et ce qu'ils avaient composé eux-mêmes sur les louanges des dieux. Les homérides d'Asie eurent des imitateurs dans la Grèce. A leur tête on place Hésiode, né à Cumes, dont les poésies eurent le même sort que celles d'Homère; il a composé les Travaux et les Journées, une Théogonie, ei une Héroogonie, dont il ne reste aucun fragment (i).

Les révolutions politiques qu'éprouvèrent dans cette période presque tous les élats de la Grèce, ouvrirent un nouveau champ à la poésie. 1a poésie lyrique sortit du tumulte des républiques ; le génie de la liberté inspira les poètes. Callinus , en lonie, Tyrtée, dans la Grèce, excitaient, parleurs chants guerriers , leurs concitoyens à combattre avec courage • ils rappelaient la honte qui est le partage du lâche , et la gloire dont se couvre celui qui sait défendre sa patrie. D'autres poètes lyriques fleurirent dans la même époque : mais ils appartiennent presque tous aux colonies grecques établies dans TAsie Mineure.

( I ) Voye» le cliapitre XVil de cet ouvrage.

445 PRÉCIS pp. L HISTOIRE ANCIENNE.

m. Traiiiènui période, depuis la législation de Solan jusqu'au régne d^ Alexandre le Grand , 594-336. — Pendant cette période , Athènes est le siège des lettres et des arts. On y admire, on y récompense les productions du génie, tandis que dans les autres états on ne se passionne encore que pour les victoires olympiques , que pour les lauriers cueillis en combattant pour \% patrie. C'est aussi Tépoque des grands triomphes remportés par la Grèce sur les barbares d'Asie et celle des guerres civiles entre les cités victorieuses. Ces temps, marqués par des événements politiques du plus haut intérêt, donnent l'essor w génie, impriment un caractère particulier a la poésie dramatique , et font naître Téloquence politique , qui paraît ne pas avoir été cultivée avant le siècle de Sdon. L'histoire prend une forme plus régulière, recueille les inscriptions et h s traditions fabuleuses des temps antérieurs, et exerce, avec les études philosophiques, les esprits les plus élevés. Les arts, tels que la peinture , la sculpture et l'architecture, sont cultivés avec plus de succès encore, et s'élèvent à une perfection qui ne produit que de faibles imitations chez les Romains, et à laquelle les modernes ne peuvent pas atteindre.

Poésie lyrique. — Phocylide de Milet, le législateur Solon, né à Salamine, Théognis de Mégare, se livrent à \à poésie gnomiquey ou sentencieuse, et donnent à leurs concitoyens des préceptes de morale. Us

LETTRES, SCIENCES, ETC., CHEZ LES GRECS. Aàl

ont pour imitateurs JCénophane de Çolophon et Pythagore de Samos , fondateur d'une école célèbre de philosophie, qui, de TAsie, s'étend sur la plus grande partie de l'Italie et de la Sicile. Les poètes gnomiques cessent bientôt, mais le genre qu'ils ont inventé sa conserve. h& poésie didactique y V apologue reproduisent avec des formes différentes la gravité du langage ou de la pensée qui distingue la poésie gnoinique, La poésie lyrique rehausse l'éclat des victoires remportées par les Grecs sur les barbares, orne leurs fêtes nationales ou religieuses, et célèbre les athlètes qui triomphent dans les jeux de la Grèce. Stésichore d'Himère, Ibycm de Rhégium, ^nacréon de Téos, que les fils de Pisi^trate appellent à la cour, et qui devient le modèle du genre de poésie le plus gracieux; Ârchiloque de Paros, Hipponax d'Éphèse, LasuB d'Hermione en Achaïe, Pindare^ né à Thèbes, et son rival, Bacchylide de Céos, s'illustrent dans répigramine, dans Tode et Télégie. A peu près vers la même époque, neuf femmes grecques, que Ton surnomme les neuf muses, et dont les plus célèbres sont Sapho et Corinne, se montrent les émules de ces poètes,

Poésk dramadqm. — La foém dramatique a sa source dans la religion des Grecs. Thespi$ et Amphion^ dans deux différentes parties de la Grèœ , inventent, pendant la saison des vendanges, la satire

448 PRÉCIS DE l'histoire ancienne.

on tragédie antique^ jouée par des satyres. Dans cet âge de grossièreté , le premier déguisement consiste à se couvrir de peaux de chèvres, à se rougir de lie de vin le visage et la poitrine, et à s'armer le front de cornes. La tragédie commence par un chœur des satyres : la satire conserve pour caractère originaire la licence des insultes , parce que les villageois grossièrement déguisés y qui figuraient sur les tombereaux remplis de vendange , avaient la liberté de dire de là toutes sortes d'injures aux spectateurs. Il paraît que , dans lorigine, les chants de ces chœurs qui apparaissent aux fêtes de Bacchus n'étaient accompagnés d'aucune action. Plus tard , los chefs des solemiités dionysiaques interrompirent le chant des chœurs par la représentation grotesque d'une scène ou d'une action qu'on appelait drame. Il est vraisemblable qu'un événement de la vie mythologique de Bacchus fut le sujet le plus ordinaire de ces drames. On est partagé sur rétyriiologie du mot tragédie ^ que quelques critiques tirent de xpàYo; , bouc , qui était le prix du vainqueur. Le génie iïEschyk remplace la tragédie antique par la tragédie moyenne^ les chœurs de satyres parles chœurs d'hommes. Après Eschyle viennent Sophocle et Euripide, qui donnent à la tragédie nouvelle la forme qu'elle conserve chez les Grecs. Susarion de Mégare passe pour être l'inventeur de la comédie, qui, perfectionnée par Gratès en 484, est

LETTRES^ SCIENCES, ETC., CHEZ LES GRECS. Mî)

associée à la représentation théâtrale donnée aux fêtes de Bacchus. Dans la comédie ancienne , les grands personnages , le peuple même , sont traduits sur la scène. On compte six poètes de l'ancienne comédie, Épicharme, Cratinus. Eupolis, Phérécrate, Platon et /Aristophane , le seul dont nous ayons des pièces entières. Ménandre est le père de la comédie nouvelle , dont les personnages sont de simples particuliers et en même temps imaginaires.

Histoire. — Avant le genre historique , les Grecs cultivent les logographies , qui n'étaient que le récit en prose des traditions anciennes. Aucune logographiene nous est parvenue en entier, mais on conserve des fragments de Cadmus de Milet , de Denys de Samos, d'y4cusilaûs d'Argôs, de Denys de Chalcis, à'Hécatée de Milet, d'ffellanicus de Mitylène, et de plusieurs autres qui sont souvent cités par les critiques et les historiens de l'antiquité. Hérodote, né à Halicarnasse, 484, est le père de l'histoire. Treize ans après naît à Athènes Thucydide , le plus parfait des historiens grecs. Le récit de la guerre du Péloponèse, dont il est l'auteur, est un des ouvrages les plus précieux qui nous soient parvenus à travers la barbarie du moyen âge. Xénophon, disciple de Socrate, est célèbre comme guerrier, comme philosophe et comme historien. V Histoire grecque , V Expédition du jeune Cyrus et la Cyropidie y qu'il a composées, le placent

450 PRKCI8 m l'histoirb aiigivnnb.

à côte d'Hérodote et de Thucydide , quoiqu'il soit peut-être moins intéressant que le premier, et qu'il ait moins de conoision et de force que le necood. Les autres historiens grecs de cette époque ne nous sont connus que par des fragments de leurs ouvrages , ou par les jugements qu'en portent les critiques de la Grèce et de Rome.

Éloquence, — Les discussions publiques auxquelles les citoyens d'un état populaire pouvaient prendre part firent naître VéloqtÂence. Le talent de bien dire conduisait au pouvoir; il fut bientôt cultivé avec le zèle que devait inspirer l'ambition surtout ei^^ltée dans les cités démocratiques de la Grèce, Nul doute que Pisistrate, Tbémistocle, Cimon, Alcibiade, n'aient été les pren^iers orateurs de leur siècle. Ce fut par le talent de bien dire que Périclès fit exiler Cimon, Thucydide^ ses illustres rivaux ^ et qu'il exerça pendant quarante ans, à Athènes, uq pouvoir en quelque sorte monarchique. Pour oes grands hommes, l'éloquence ne fut qu'un moyen de parvenir aux honneurs, ou de gouverner leur patrie; mais les grammairiens les ont distingués des orateurs pour lesquels l'éloquence fut leur principale étude^ leur profession favorite. Ces orateurs sont jéntiphon de Rhamnus en Attique, yàndocyde^ Lygia$, iMcrafe^ fm» E^ehine, Hypéride d'Athènes , Dinarqtie de Corinthe, et enfin Démosthènef né dans TAttique, dont Téloquence a

LFTTHK»^ SCIKNCESj KTC«^ CHEZ LES GRECS. AM

été rarement égalée 9 mais n'a été surpassée par aucun orateur.

Philosophie f mathématiqtie$ , médecine, — Les sept sages y par lesquels on ouvre ordinairemeut l'histoire de la philosophie grecque, n'étaient ni des philosophes dans le sens qu'on attache à ce mot^ ni des écrivains. Ils professaient quelques vérités morales , qui étaient la règle de leur conduite et qu'ils proposaient à leurs concitoyens. Après eux viennent les fondateurs des sectes ou des écoles • Anaximandre fopda celle d'Ionie, Pythagore celle d'Italie :Xénophane réex)le éléatique. Ces différentes éooles $e réunirent à Athènes, vers la fin du v* et au commencement du vi' siècle avant Jésus^^Cbrist. Socrate jugeai qu'il était plus utile d'établir le§ principes 4e la morale que ceux de la physique et de la dialectique. Platon , son disciple^ composa un système entier de philosophie , et fonda l'école académique. Aristoie^ précepteur d'A-ç lexandre, embrassa toutes les connaissances des Anciens^ donna les préceptes de la politique, et, interprète fidèle du goûtj il consacra le premier les théories littéraires.

L'école de Socrate est une des plus célèbres de la philosophie anciennct La vie politique de ce philosophe, le rôle glorieux et salutaire qu'il remplit dans plusieurs événements importants de l'histoire d'Athènes, les ennf^mis qu'il suscita contre lui, l'ac-

4r>2 PRÉCIS DE l'histoire ancienne.

cusation portée contre sa morale, son jugement et sa mort 9 méritent que nous exposions avec quelque étendue ce qui peut faire connaître et apprécier ce personnage illustre.

Socrate, né en 469 d'un sculpteur nommé Sophronisque et d'une sage-femme, exerce quelque temps la profession de son père. Plus tard il l'abandonne pour se livrer exclusivement à l'étude des devoirs , et pour en instruire ses compatriotes. Il donne l'exemple de tout ce qu'il prescrit. Il sauve les jours d'Alcibiade à Potidée, ceux de Xénophon à Délium, et se fait encore remarquer par sa valeur et par son zèle pour le service de sa patrie à la bataille d'Âmphipolîs : seul des juges, il ose défendre, malgré les menaces du peuple, les généraux vainqueurs aux Arginuses; seul des Athéniens, il résiste à la tyrannie des Trente. Dans sa vie privée, il est un modèle de tempérance, de patience, de désintéressement, de frugalité, de pureté de mœurs.

Principes religieux. — Il reconnaît un Dieu suprême, auteur et conservateur de l'univers; au-dessous de lui, des dieux inférieurs, revêtus d'une partie de son autorité, mais exempts des faiblesses de la nature humaine; présents partout, ils voient tout, ils dirigent tout; ils exigent le culte établi dans chaque contrée, des sacrifices simples , un cœur pur. On doit se prosterner devant eux et implorer leur assistance,

Principes de morale» — La sagesse ou la raison âclairée persuade et amène toutes les vertus. Les hommes sont frères; il ne faut pas leur rendre le mal pour le mal. Le bonheur consiste à être bon parent^ bon ami , bon citoyen. Le plus bel hommage rendu à la Divinité est d'être utile à la société. L'oisiveté avilit, et non le travail. Moins on a de besoins, plus on approche des dieux. Il faut se tenir dans un état de guerre continuelle contre ses passions, et de paix avec les passions des autres. La véritable gloire consiste dans la vertu. La plus grande des impostures est de prétendre gouverner les hommes sans en avoir le talent.

Principes politiques. — Socrate veut que la république soit gouvernée par une aristocratie modérée, et blâme la coutume de choisir les magistrats par la voie du sort.

Disciples et ennemis de Socrate. — Il compte parmi ses disciples Alcibiade, Xénophon , Platon , et presque tous les jeunes Athéniens. Ses ennemis sont les citoyens attachés au culte grossier d'Athènes qu'il respecte cependant, les sophistes, les hommes vicieux, les partisans de la démocratie pure , les envieux.

Attaques et accusations dirigées contre lui, son jugement, sa condamnation y sa mort, — Aristophane, dans la comédie des Nuées^ 423, le représente comme un sophiste* dangereux et comme un impie. Vingt-

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quatre ans plus tard, 3d9, Mélitus, mauvais poète tragique, Taccuse de ne pas reconnattre les divinités nationales 5 d'en introduire de nouvelles, et de corrompre la jeunesse ; il conclut à la peine de mort. L'accusation est portée devant le tribunal des hélias* tes , presque tous choisis dans la classe du peuple. Socrate, dans sa défense, repousse d'une manière victorieuse les imputations de ses ennemis. Le tribunal est composé de 556 juges : 28i opinent contre 9ocf ate , 375 en sa faveur. Il ne lui manque que trois voix pour obtenir l'égalité des suffises et pour être absous. L'influence d'Anytus, citoyen puissant, qui s'est réuni à Mélitus, fait triompher l'accusation. Socrate peut encore sauver ses jours } la loi lui laisse le droit d'indiquer la peine à laquelle il se condamne : il peut choisir l'amende, l'exil ou le bannissement; mais il répond que , pour s'être fait un principe de dc connaître aucun repos pendant toute sa vie, pour avoir négligé les richesses et les dignités que les hommes recherchent avec tant d'empressement, et que pour s'être consacré tout entier à instruire la jeunesse et à rendre les Athéniens meilleurs, il lui semble pins juste de lui donner une récompense que de lui appliquer une peine ! il demande à être nourri dans le Prytanée , et il déclare en être plus digne que certains vainqueurs dans les jeux Olympiques. Les juges, irrités de la fermeté de Socrate , le condamnent à mort.

LETTIIBS; SCIENCES, ETC., CHÈZ lES GRECS. 455

Pour ne pas violer lés lois de sa patrie, il refuse de profiter des moyens d'évasion que lui ont préparés ses amis : il boit la ciguë (i).

Sdenee». — Les premières notions en mathématiques et en astronomie furent apportées d'Egypte en Grèce par Thaléê de Milet ; il prédit l'éclipsé de soleil qui eut lieu en 604. Anaocimandre trouva l'art de construire des cadrans solaires , connut , le premier I>armi les Grecs, les tropiques et 1^ équinoxes. Pytha-

(1) M. Cousin , membre de l'Académie française et du conseil royal de l'Université , s'exprime ainsi sur Socrate dans l'argument philosophique qtti précède m traduction de l'Apologie de Socrate par Platon : « On voit que Socrate a reconnu la néces-- » site de sa mort. Il dit expressément qu'il ne servirait à rien n de l'absoudre, parce qu'il est décidé à mériter de nouveau

• l'accusation maintenant portée contre lui ; que l'exil même ne i> peut le sauver ; ses principes , qu'il n'abandonnera jamais , et 1» sa mission , qu'il poursuivra partout , devant le mettre tou- » jours et partout dans la situation où il est ; qu'enfin il est » inutile de reculer devant la nécessité , qu'il faut que sa desti- » née s'accomplisse, et que sa mort est venue.

» Socrate avait raison : sa mort était forcée , et le résultat iné- » vitable de la lutte qu'il avait engagée contre le dogmatisme re-

• ligieux et la fausse sagesse de son temps. C'est l'esprit de son » temps, et non pas Anytus ni l'Aréopage, qui a mis en cause et » condamné Socrate. Anytus, il faut le dire, était un citoyen re- » commandable ; l'Aréopage , un tribunal équitable et modéré ; » et , s'il fallait s'étonner de quelque chose , ce serait que Socrate n ait été accusé si tard , et qu'il n'ait pas été condamné à une » plus forte majorité. » OEurres complètes de Platon , traduites par Sf, Cousin , t. I"'".

i56 PRECIS DE l'histoire ANCIENNE.

gore apprit en É^pte Tusage des chiffres et le fameux théorème qui porte son nom , et fit regarda les mathématiques comme une partie intégrante de la philosophie. Les mathématiciens les plus célèbres qui paraissent ensuite sont Architas de Tarente, Théodore de Gyrène^ Philolaûs de Grotone^ Eudoxe de Gnide, Philippe d'Oponte , Hélicon de Cyzique et Antolicus de Pitane. Les Grecs attribuent à Esculape , prince thessalien qui vivait dans le xiv* siècle avant Jésus- Ghrist, les premières notions en médecine : il fut mis au rang des dieux. Ses descendants^ les Asclépiades, les conservèrent longtemps comme un dépôt sacré. Ils se partagèrent en deux écoles rivales , celle de Gnide et celle de Gos. De cette dernière est sorti Hippocrate, le père de la médecine, dont les observations et les aphorismes sont étudiés encore avec tant de fruit, malgré le progrès des sciences.

Architecture^ sculpture , peinture et musique. — Les trois ordres d'architecture^ dorique, ionique et corinthien , attestent que Tarchitecture a été spécialement cultivée parmi les Grecs. Leurs monuments les plus célèbres étaient le temple de Diane à Ëphèse, et celui de Jupiter à Olympie, où s'élevait, sur un trône d'or, d'ivoire et d'ébène, la statue du dieu, ouvrage admirable de Phidias. La sculpture devait être en honneur dans une contrée qui était fertile en carrières de marbre , et où l'on consacrait des statues aux dieux.

aux héros ^ aux grands hommes et aux athlètes vainqueurs à Olympie. Les sculpteurs les plus célèbres furent PhidiaSy Polyclète, Myron^ Lysippe, Praxitèle et Scopas. Les Grecs n'ont pas donné naissance à la peinture , qui était connue des Égyptiens avant que la Grèce fût sortie de la barbarie; mais Phidias, Po^ lygnote, Apollodorey Zeuxis, Parrhasius et Apelle, ont poussé cet art à une perfection à laquelle n'avaient pas atteint les inventeurs. Nous avons dit que, dans le principe , les poètes étaient aussi musiciens : aussi faut-il placer parmi les inventeurs de cet art la plupart de devins, tels que LinuSy Orphée, Amphion, etc. Phrynis de Mitylène, Timothée de Milet, le poëte Archiloque et Aristoœène sont les musiciens les plus illustres que cite Plutarque, dans un ouvrage consacré à leur art et à leur gloire.

IV. Quatrième période : depuis le règne d'Alexandre le Grand jusqu'à la domination définitive des Romains en Orient, 336-30. — L'invasion des Macédoniens en Orient , la chute de la monarchie des Perses et rétablissement des royaumes grecs en Asie et en Egypte, eurent la plus grande influence sur Tétat de la littérature grecque pendant cette période. La langue, la civilisation et les mœurs de la Grèce s'introduisirent en Afrique et en Asie sur les pas du héros macédonien : de nouveaux états se formèrent des débris de la monarchie des Perses , et , en même temps , les

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centres de civilisation se multiplièrent. Alexandrie, Pergame, Tarse et Rhodes eurent des écoles célèbres où de nombreux élèves étudiaient l'art oratoire , les sciences et la philosophie. Athènes, tributaire des rois de Macédoine^ après avoir été déchirée par la guerre étrangère et les dissensions intestines , cessa d'être la métropole souveraine du bon goût, de la poésie et de l'éloquence. Mais la philosophie s'attacha encore à la cité où ie sage Socrate, victime de la haine des sophistes et de l'ignorance du peuple , avait subi une condamnation capitale; où Platon^ dans im admirable langage, avait exposé et développé les doctrines de son maître et préparé le monde à mieux comprendre l'humanité^ dont la révélation devait^ plus tard, lui être apportée par le christianisme.

Durant cette période, la pureté du dialecte attique, qui était devenu la langue universelle du monde savant, commença à s'altérer par son mélange arec les divers idiomes des peuples soumis à la domination macédonienne. Il se forma ce que les philologues ont appelé depuis le dialecte macédonien ou d^ Alexandrie y qui prévalut dans tous les pays où la langue grecque était en usage. Cependant beaucoup d'écrivains^ les poètes surtout, conservèrent les dialectes que le goût avait dès longtemps affectés à certains genres de littérature. Mais, en Egypte et en Phénicie, le dialecte dorien, qui était propre aux Macédoniens, se fondit

dans la langue des habitants : de ce mélange naquit le dialecte l^elléni^tique. La traduction de l'Ancien Testament par les Septante , ou les soixante-dix interprètes de Ptolémée Philadelphe^ est un des monunients les plus importants de ce dialecte.

L'altération de la langue devait nécessairement anaener la décadence dans presque tous les genres de littérature. Dès lors la littérature grecque perdit le double caractère de nationalité et d'originalité qui lui était propre, et qui lui assure encore la supériorité sur les productions littéraires des peuples auxquels elle a servi de modèle. A la poésie, àTéloquence, à l'histoire nationale , succédèrent la critique , la philologie, la grammaire, les compilations historiques. On s'appliqua à analyser, h commenter les grands écrivains des siècles qui avaient précédé; on chercha quelles inspirations instinctives les avaient dirigés dans la composition de leurs ouvrages ; on les réduisit en préceptes qui devinrent des lois pour toutes les nations chez lesquelles les lettres étaient en honneur. La critique surtout s'occupa des poésies d'Homère; elle expliqua, elle commenta l'Iliade et l'Odyssée. On a recueilli les noms de deux cent cinquante scoliastes qui j pendant cette période , ont porté leurs illustrations sur les œuvres de ce gi^and poète.

Les siècles qui suivirent la mort d'Alexandre ne fin*ent pas moins féconds en œuvres littéraires de

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tout genre que ne l'avaient été les plus beauic temps de la Grèce ; ce ne sont pas les auteurs qui manquent à cette période , mais la perfection à leurs ouvrages. Privés d'inspiration^ égarés par leur mauvais goût , la plupart de ces écrivains ont été aussi malheureux par le choix des sujets que par la manière dont ils les ont traités. On les voit tout occupés à surprendre l'admiration de leurs lecteurs par des inventions bizarres, par des singularités puériles : les uns composer des pièces anagrammatiques (1); les autres y des poésies qui avaient la forme d'un œuf ^ d'une hache ou d'une aile d'oiseau (2).

PoéM lyrique. — Tous les siècles littéraires de la Grèce présentent des femmes poètes qui rivalisaient de talent avec les écrivains les plus distingués : c'est surtout dans la poésie lyrique qu'elles ont acquis de Tillustration. Dans cette période, Anyté de Tégée, Noam de Locres et Mœré de Byzance, ferment le cycle des neuf poétesses qui est mentionné dans les critiques de l'antiquité. La Grèce est presque stérile en poètes lyriques; on ne cite guère que Ckcerilus d'Iasus, qui chanta les exploits d'Alexandre et qui est auteur d'un poëme sur la guerre Lamiaque. Les hommes qui avaient quelque talent trouvaient plus

(1) Lycophron.

(2) Simmiaa de Rhodee, et Dosiade, son imitatepr.

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