MOLIÈRE (J-B. POQUELIN
Molière est un enfant de la bourgeoisie de Paris. Son père était tapissier-valet de chambre du roi. A l’âge de 23 ans, le jeune Poquelin s’associa avec quelques jeunes gens pour jouer la comédie. De concert avec eux, il quitta Paris pour donner des représentations en province. Après treize ans de cette vie nomade , pendant laquelle Molière composa quelques petites pièces, il revint à Paris. Sa troupe y obtint la protection de Monsieur, frère du roi, et donna depuis lors des représentations régulières. L’année suivante déjà, il donnait son premier chef-d’œuvre, les Précieuses ridicules.
Dans la première moitié du XVIIe siècle, une société de dames s’était formée à l’Hôtel de Rambouillet, et les membres de cette société se donnaient le nom de Précieuses. Pendant quelques années , cette réunion fut le centre de ce qu’on appelait alors le bel esprit *). Elle se proposait surtout d’épurer la langue , d’après les principes du grammairien Vauge- Icis , et de répandre le goût des belles-lettres. Mais en épurant la langue, les précieuses l’appauvrissaient, car il y avait bien des mots et des tours de phrase absolument proscrits par elles; en voulant épurer le goût, elles mirent à la mode une foule d’expressions recherchées, dont la plupart n’ont pas longtemps vécu. Ces sortes de tentatives -sont toujours frappées de stérilité et ne peuvent avoir qu’une in-
On dirait aujourd’hui le bon goût, le mot bel esprit ayant une teinte de ridicule.
fluence funeste. Une langue est un instrument trop puissant , d’application trop diverse, pour qu’il faille négliger aucune de ses ressources. Et en même temps c’est un organisme vivant , dont seuls le peuple et les écrivains de génie peuvent modifier le caractère, et encore plutôt d’une manière inconsciente que de propos délibéré.
Molière n’osait pas encore attaquer ouvertement cette coterie puissante. Il met en scène des imitatrices, qui en copiant maladroitement les précieuses, exagèrent leur ton et leurs manières. Mais, tout en paraissant distinguer les précieuses ridicules de celles qui ne l’étaient pas, il raille le jargon à la mode et réussit à discréditer le ton ,, précieux.”
Après cette pièce, Molière donna une foule d’excellentes comédies, dont voici les principales : l’Ecole des Femmes , Tartuffe , satire de l’hypocrisie, Don Juan, le Misanthrope, l’Avare, les Femmes Savantes, enfin le Malade imaginaire. A côté de ces chefs-d’œuvre de la haute comédie, il compose une foule de pièces bouffonnes, improvisées souvent en quelques jours, mais toujours amusantes et spirituelles.
Pendant sa plus grande vogue, Molière jouit de la protection de Louis XIV, qui lui fut retirée quelque temps au sujet de Tartuffe, cette pièce ayant soulevé contre lui le parti des prêtres.
Molière était lui-même le meilleur comédien de sa troupe. Il mourut en jouant le Malade Imaginaire.
BOILEAU (DESPREAUX) (1636—1711).
Boileau, fils d’un magistrat., étudia d’abord le droit et la théologie, mais bientôt il se consacra tout entier aux lettres.
Il vécut dans l’intimité de tous les grands auteurs de son temps et aimait à leur prodiguer ses conseils; dans son Art poétique, il a rédigé pour ainsi dire le code de la poésie. Aussi l’appelle-t-on volontiers le Législateur du Parnasse.
Louis XIV le protégeait et appréciait son bon sens et sa droiture. Par ces qualités dominantes, il supplée en quelque sorte à l’enthousiasme et à l’inspiration du grand poète, qui lui font défaut. D’après son propre dire, il faisait difficilement des vers faciles. Par ses Satires et son Art poétique, il a dominé le goût de son époque et dégoûté son siècle des médiocrités à la mode; mais souvent il a attaché une trop grande importance à des minuties littéraires. Continuateur de Malherbe et de Yaugelas, il a proscrit l’hiatus1), l’enjambement 2) , les mots vulgaires , et proclamé hautement la règle des
]) Rencontre de deux voyelles.
2) Rejet au vers suivant d’un ou de plusieurs mots nécessaires au sens du vers , p. e. :
Du palais d'un jeune lapin Dame belette, un beau matin,
S’empara .
trois unités. Ce n’est qu’au XIXe siècle que les poètes ont réussi à s’affranchir de quelques-unes de ces conventions tyranniques.