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LES TROIS UNITÉS

(Unité d’action, unité de temps, unité de lieu).

Boileau a formulé la règle des trois unités dans le précepte suivant :

Qu’en un lieu, qu’en un jour, un seul fait accompli Tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli.

Pourquoi attachait-on tant d’importance à cette règle? Pourquoi les plus grands poètes ont-il rarement osé la violer? Pour ce qui est de l’unité d’action, la chose se conçoit facilement. Aucune œuvre d’art ne peut se passer d’une certaine unité dans son ensemble. C’est là un principe devant lequel les artistes les plus révolutionnaires se sont inclinés. Mais pourquoi faut-il qu’une action dramatique se prépare, se développe et s’accomplisse dans les vingt-quatre heures? Pourquoi la scène doit-elle toujours montrer au spectateur le même décor pendant toute la durée d’une pièce? C’est que les poètes et les théoriciens de la dernière moitié du XVIe et ceux du XVIIe siècle se croyaient obligés d’imiter les anciens , et de suivre en tout la poétique d’Aristote 1). On oubliait que les conditions de la scène moderne sont tout autres que celles du théâtre antique 2) et que les règles, pour être bonnes, doivent se conformer aux sujets, aux circonstances et aux exigences du public.

Pour se conformer aux préceptes, il fallait faire rencontrer tous les personnages en une sorte de lieu neutre (p. e. l’antichambre d’un palais), ce qui était peu vraisemblable. Il fallait faire raconter tout ce qui ne pouvait raisonnablement se passer dans ce même endroit, ou dans l’espace de temps accordé. De là, l’obligation de mettre en récits longs et ennuyeux ce qui aurait pu faire des scènes intéressantes et vivantes. Et tout cela au nom de la vraisemblance! Un poète de ce temps défend naïvement les unités dans les vers suivants :

Il faut poser le jour, le lieu qu’on va choisir. Car ce qui l’interrompt ôte tout le plaisir. Tout changement détruit cette agréable idée Et le fil délicat dont notre âme est guidée.

J) D’ailleurs mal comprise. Aristote constatait que la tragédie grecque s’efforce de se renfermer dans un tour de soleil; les commentateurs firent de cette constatation un ordre. Aristote ne dit rien de l’Unité de lieu; les aristotéliciens déduisirent cette seconde règle de la précédente par analogie.

2) Les changements de scène étaient rares chez les Grecs. Il n’y avait pas de rideau pour les cacher et rendre vraisemblables les changements de lieu et de temps. Les sujets de la tragédie étaient empruntés à la mythologie , que tout le monde connaissait ; le poète pouvait donc choisir une partie exiguë d’une légende et supposer connu tout ce qui précédait.

Si l’on voit qu’un sujet se passe en plus d’un jour, L’auteur, dit-on alors, m’a fait un mauvais tour.

Il m’a fait, sans dormir, passer des nuits entières;

Excusez le pauvre homme: il a trop de matières.

L’esprit est séparé, le plaisir dit adieu.

De même arrive-t-il si l’on change de lieu.

On se plaint de l’auteur: il m’a fait un outrage!

Je pensais être à Home; il m’enlève à Carthage,

Vous avez beau chanter et tirer le rideau,

Vous ne m’y trompez pas: je n’ai point passé l’eau.

Ce n’étaient pas là les seules règles auxquelles on astreignait les poètes. On défendait de mêler les scènes comiques et tragiques. La comédie et la tragédie devaient différer par le sujet, les personnages, le style, le dénoûment. L’imitation des anciens faisait bannir presque tout à fait les sujets empruntés à l’écriture sainte ou à l’histoire nationale, et introduisit des noms grecs jusque dans la comédie. Ajoutons cependant que, fort heureusement, toutes ces règles mesquines n’ont pas empêché Corneille, Racine et Molière de produire des chefs-d’œuvre.

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