PROSATEURS
Pascal n’était pas seulement un grand styliste, c’était un mathématicien et un physicien de premier ordre. A 16 ans, il composait un traité sur les Sections Coniques. C’est lui qui prouva le premier la pesanteur de l’atmosphère et qui trouva le célèbre principe de l’équilibre des liquides.
Vers 1653 , à la suite d’un accident de voiture , dont son imagination avait été frappée, Pascal se retira dans le couvent de Port- Royal, où il publia en 1656 les Lettres provinciales, dirigées contre les casuistes, c. à d. les docteurs qui veulent justifier les actions les plus infâmes en leur trouvant des motifs louables ou du moins justifiables. Ces lettres, qui eurent un immense succès, sont le premier chef-d’œuvre en prose moderne.
Un second ouvrage, que Pascal préparait sur la religion, afin de la défendre contre les attaques des incrédules, n’a pas été achevé. Les fragments détachés qu’il en laissa furent réunis après sa mort et publiés plus tard sous le titre de Pensées de Pascal sur la religion.
Le duc de Larochefoucauld publia un livre de philosophie morale, sous le titre de Maximes. La pensée générale de ce livre est: que toutes nos vertus ne sont le plus souvent que des effets de notre amour-propre.
La Bruyère, dont la vie est peu connue, publia en 1687 les ,, Caractères, ou mœurs de ce siècle,” ouvrage plein de profondes réflexions.
Mme de Sèvignè, célèbre par son esprit et sa grâce, vécut longtemps à la cour de Louis XIV. Aussi ses Lettres sont-elles d’un
intérêt à la fois historique et littéraire. On les regarde comme le modèle du genre épistolaire.
Bossuet, évêque de Meaux, composa e. a. le Discours sur l’histoire universelle. C’est une philosophie de l’histoire, écrite pour l’instruction du dauphin, et d’un point de vue catholique. L’ouvrage n’embrasse pas l’histoire de tous les peuples. Parmi les autres productions de Bossuet, on cite surtout les Oraisons funèbres comme des modèles d’éloquence.
Fénelon, archevêque de Cambrai, fut un des esprits les plus indépendants du siècle. En 1689, il fut choisi par le roi pour être le précepteur de son petits-fils, le duc de Bourgogne. Cette tâche était fort difficile, car le jeune prince, à côté de sérieuses qualités d’esprit, avait le caractère emporté et violent. A force de douceur et de persévérance, Fénelon réussit à développer l’esprit et le cœur de son élève, dont il sut se faire un ami dévoué. C’est pour lui qu’il composa ses Fables, ses Dialogues des Morts, et son ouvrage le plus célèbre, les Aventures de Télémaque. Voici la donnée du livre. Télémaque est à la recherche de son père Ulysse, mais les sorts contraires le poursuivent. Partout où il aborde, on lui dit que son père est parti. De cette manière il apprend à connaître les différents peuples, leurs lois et leurs institutions. Toujours guidé par Minerve, qui a pris la forme d’un vieillard, il échappe à tous les périls. Enfin , instruit par ses voyages et digne de succéder à son père , il revient en Ithaque.
Ecrit dans un style très poétique, cet ouvrage est plein d’une morale élevée. Quelqu’un l’ayant publié sans l’aveu de l’auteur, le roi crut voir une satire dans quelques passages et démit Fénelon de sa charge. Il se consola de sa disgrâce en devenant le bienfaiteur des pauvres et des affligés.
Parmi les prédicateurs célèbres du XVIIe siècle, on cite encore Massillon, Fléchier et Bourdaloüe.
Parmi les historiens , le duc de Saint-Simon , dont les Mémoires , embrassant la fin du règne de Louis XIV et la Régence, sont une source abondante de renseignements sur la cour et sur tous les personnages qui ont joué un rôle dans cette période.
XVIIIe SIÈCLE.
L’annonce de la mort du „grand roi” ne produisit chez le peuple français qu’une explosion de joie. On croyait qu’enfin les oppressions- » de toute sorte, la tyrannie du gouvernement et du clergé, les impôts
écrasants, allaient être abolis. Il n’en fut rien. Sous la Régence il est vrai, une réaction se déclara contre l’hypocrisie forcée des dernières années et la cour tomba dans la licence la plus grossière. Mais
les revenus de l’état étaient toujours gaspillés, le peuple toujours opprimé. Les Français éminents du XVIIIe siècle, ayant appris de l’Angleterre à désirer le progrès et la liberté, se trouvèrent en collision avec la classe gouvernante. La noblesse et le clergé avaient été si longtemps accoutumés au pouvoir, qu’ils ne pouvaient supporter la moindre contradiction de la part de ces grands écrivains que , dans leur ignorance, ils méprisaient comme des inférieurs. S’il y eut jamais un gouvernement radicalement mauvais, ce fut celui de la France au XVIII' siècle. S’il y eut jamais une condition sociale qui dût, par ses injustices criantes, pousser un peuple au désespoir, ce fut la condition sociale de la France. Le peuple , méprisé et réduit à l’esclavage, était tombé dans la pauvreté la plus abjecte. Le clergé, la noblesse et la couronne exerçaient sur le pays tout entier un contrôle surprême et irresponsable. L’intelligence de la France était l’objet d’une proscription sans pitié, sa littérature défendue et brûlée, ses auteurs pillés et emprisonnés. Et il n’y avait aucun indice d’un remède quelconque à ces maux. Les classes supérieures, dont l’arrogance était augmentée par la longue possession de leur puissance , ne songeaient qu’à jouir du présent: elles ne pensaient nullement au jour où il leur faudrait compter avec le peuple, jour dont elles devaient bientôt goûter toute l’amertume.
Le peuple resta dans l’esclavage jusqu’au moment où la révolution éclata; tandis que la littérature voyait chaque année un nouvel effort qui tendait à la dépouiller du peu de liberté qu’elle possédait encore. Après avoir, en 1764, promulgué un décret qui défendait la publication de tout ouvrage dans lequel étaient discutées des questions de gouvernement; après avoir, en 1767, déclaré crime capital tout livre qui pouvait exciter l’esprit public; après avoir décrété la peine de mort contre tout homme qui attaquait la religion , ou qui traitait les questions financières, les maîtres de la France, peu avant leur chute définitive, méditaient une autre mesure encore plus vaste. Un officier de la couronne proposa de supprimer les éditeurs , et de ne permettre l’impression d’aucun livre, excepté au moyen d’une presse payée et contrôlée par un magistrat. Heureusement la révolution empêcha le gouvernement d’aller plus loin dans cette voie x).
En France, la littérature était au dix-huitième siècle la ressource suprême de la liberté. Ce sont les philosophes qui, souvent d’une manière inconsciente et sans prévoir les résultats de leurs idées, ont préparé la révolution. Le premier en date est