ORIGINES DU FRANÇAIS
Le français est une des langues romanes 1) , c. à d. qu’il dérive presque entièrement du latin; non du latin littéraire ou classique (la langue de Cicéron et d’Horace) mais du latin populaire, tel qu’il était parlé par les soldats et les colons romains qui entraient en contact avec la population gauloise. Le celtique, qui était parlé en Gaule avant la conquête par les Romains, a peu contribué à la formation du français. Il subsiste encore dans le bas-breton.
Au cinquième siècle, les Francs envahirent la Gaule, et introduisirent dans la langue une foule d’éléments germaniques, principalement des termes de guerre et' de régime féodal , p. e. heaume , auberge -t guerre , maréchal , ban , fief , échevin , etc. Mais le fond de la langue n’est pas modifié. Cette langue n’est pas encore le français. On l’appelle lingua romana rustica , c. à d. latin des paysans. Celui-ci , en se transformant , se scinde en deux idiomes 2) , la langue d'oïl dans le nord , et la langue d'oc ou provençal dans le midi. Le dernier , qui. au douzième siècle fournit une brillante littérature lyrique, périt comme langue littéraire par la guerre des Albigeois. Les patois 3) provençaux , languedociens et gascons en sont les débris.
La langue d’oïl avait pour principaux dialectes \q picard , bourguignon , le normand et le français ou dialecte de l’Isle de France. Ce dernier , après avoir supplanté les trois autres (quatorzième siècle) , est devenu le français actuel.
Après que la langue se fut ainsi formée dans la bouche du peuple , ^es grammairiens introduisirent une foule de mots dérivés d’après des principes étrangers au génie de la langue , ou plutôt sans autre principe qu’une certaine conformité d’orthographe avec le mot latin. C’est
’) Les autres langues romanes sont: l’italien, l’espagnol, le portugais et le valaque.
2) Taalstam, taaleigen.
r) Langage particulier à une région et qui ne s’écrit pas.
ainsi qu’on distingue des mots populaires et des mots savants. Quelquefois le même mot latin a fourni ainsi deux mots français. Le mot latin fabrica , p. e. , a donné forge et fabrique. Les mots savants , qui ressemblent bien plus au latin , sont tous dérivés du latin littéraire. Ainsi cheval vient du lat. populaire caballus , mais équitation (l’art de monter à cheval) vient du lat. littéraire equus.
Le plus ancien monument de la langue d’oïl sont les Serments de Strasbourg , celui que prêta Louis le Germanique à son frère Charles le Chauve , et celui de l’armée de Charles le Chauve à Louis le Germanique (842). Nous les reproduisons, pour que le lecteur puisse juger de l’énorme distance qui sépare cet idiome du français actuel.
Serment de Louis le Germanique. Traduction.
Pro deo amur et pro Christian poblo et nostro commun salvament , d’ist in avant , in quant deus savir et podir me dunat , si salvarai eo cist meon fradre Karlo et in aiudha et in cadhuna cosa , si cum om per drêit son fradra salvar dift , in o quid il mi altresi fazet , et ab Ludher nul plaid nunqua prindrai , qui meon vol cist meon fradre Karle in dam no sit.
Pour l’amour de Dieu et pour le salut du peuple chrétien et notre commun salut , de ce jour en avant , autant que Dieu me donne savoir et pouvoir, je sauverai (=: protégerai) mon frère Charles et en aide et en chaque chose (ainsi qu'on doit, selon la justice, sauver son frère), à condition qu’il en fasse autant pour moi, et je ne ferai avec Lothaire aucun accord qui , par ma volonté , porte préjudice à mon frère Charles ici présent.
Serment de l’Armée de Chat les
le Chauve. Traduction.
Si Lodhuwigs sagrament , que son fradre Karlo jurât , conservât , et Karlus meos sendra de sue part lo franit , si io returnar non l’int pois , ne io ne neüls , cui eo returnar int pois , in nulla aiudha contra Lodhuwig nun li iv er.
Si Louis garde le serment qu’il a juré à son frère Charles, et que Charles mon maître, de son côté , ne le tienne pas , si je ne l’en puis détourner, ni moi, ni nul que j’en puis détourner , ne lu' serai en aide contre Louis.