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LITTERATURE DU MOYEN AGE

Tandis que les poètes provençaux ( troubadours ) ont surtout brillé dans le genre lyrique , les trouvères x) (poètes en langue d’oïl) se sont livrés de préférence à la poésie épique. La plus célèbre des anciennes épopées (» chansons de gestes” * 2) est la Chanson de Roland. En voici une courte analyse:

L’Espagne est conquise, Sarragosse seule est restée debout, défendue par le roi sarrasin Marsilie; mais ce prince propose de se soumettre. Blancandrin se présente en son nom devant Charlemagne, qui se décide à traiter des conditions de la paix. Cette mission honorable, mais dangereuse, a été confiée à Ganelon, sur la proposition de Roland. Ganelon , qui n’ose pas refuser de peur de passer pour un lâche, mais plein de colère contre Roland, se laisse gagner par les présents de Marsilie pour trahir l’armée des Francs. Il persuade à l’empereur de repasser les Pyrénées. Roland et l’élite des chevaliers chrétiens forment l’arrière-garde au moment de la retraite. Le gros de l’année est déjà de l’autre côté des monts, lorsque Roland et sa troupe entendent le bruit d’une armée formidable dont les nombreux bataillons vont les atteindre. Le combat est désormais inévitable; toutefois si Roland donnait le signal d’alarme avec son cor ( olifant ) dont le son se fait entendre à trente lieues, Charlemagne averti rebrousserait chemin , et il arriverait à temps pour repousser les Sarrasins. Mais Roland rejette comme une indigne faiblesse le conseil que lui en donne le brave Olivier; il se flatte de tenir tête à l’ennemi sans l’aide de l’empereur. Le combat s’engage: qui pourrait décrire et énumérer les exploits de Roland, de l’archevêque Turpin, d’Olivier? La phalange indomptable ne recule jamais, les cadavres s’entassent autour d’elle, mais elle périra sous les coups redoublés

1) = trouveurs.

2) Geste veut dire exploit , fait d armes.

d’ennemis sans cesse renaissants. C’est alors que Roland se décide à faire retentir son cor. Le combat continue avec le même acharnement, pendant que l’armée de Charlemagne, enfin avertie, revient sur ses pas. Le secours approche, mais le péril redouble: Olivier, le frère d’armes de Roland, vient de mourir en bénissant son ami, son empereur et la douce France ; l’archevêque Turpin et Roland survivent seuls au carnage. Leurs derniers exploits ont jeté l’épou- , vante au cœur des Sarrasins, que le bruit des clairons de Charlemagne achève de troubler. Ils prennent la fuite. L’archevêque est. mortellement blessé ; Roland trouve encore assez de force pour aller chercher les corps de ses amis morts, et les dépose aux pieds de Turpin à l’agonie, qui les bénit et leur ouvre les portes du paradis. Roland seul n’a pas rendu le dernier soupir ; mais son sang coule : il va mourir. Vainement il essaie de briser son épée, la bonne Durandal, qui fait voler en éclats les rochers les plus durs. Il se couche enfin à terre , le visage tourné du côté de l’Espagne , et à ce moment suprême les anges du Seigneur descendent pour recueillir l’âme du héros qu’ils emportent vers Dieu. C’est alors que Charlemagne paraît avec son armée. Roland n’est plus, il faut qu’il soit vengé; il le sera par la défaite et par la mort de Marsilie, par la destruction d’unè nouvelle et plus formidable armée d’infidèles; il le sera encore par le supplice de Ganelon. Accusé par Thierry, écuyer de Roland, Ganelon est brûlé vif et son nom demeurera à jamais flétri.

Cette épopée fait partie du cycle carlovingien , c. à d. de l’ensemble des poèmes qui chantent les faits d’armes de Charlemagne et de ses douze pairs. Le cycle d'Arthus et le Roman x) d'Alexandre , très intéressants pour le linguiste, n’ont pas la valeur littéraire de la Chanson de Roland.

Un des poèmes les plus populaires du moyen âge est le Roman de la Rose. Il comprend deux parties distinctes. La première est l’œuvre de Guillaume de Lorris. Un chevalier a un songe, dans lequel il se figure qu’il doit conquérir une rose, (le symbole de la femme aimée) qui lui est disputée par Danger, Jalousie et autres ennemis. Cette allégorie * 2) galante fut interrompue par la mort de l’auteur. Elle fut continuée par Jean de Meung. Celui-ci introduit trois nouveaux personnages: Faux-Semblant, Nature et Génie, à l’aide desquels il étale son savoir, en histoire naturelle, en physique et en astronomie. Il mêle à ces dissertations des invectives contre les grands, les moines et le clergé.

Le plus connu des poèmes satiriques est le Roman de Renart. L’action de ce poème roule sur les artifices employés par le renard pour duper le loup son ennemi. Le caractère satirique de ce poème, les allusions aux mœurs de ce temps et les traits piquants qu’il contient, le rendent fort intéressant.

*) Roman veut dire alors: poème en langue romane.

2) Poème dans lequel des idées abstraites, comme Vertu, Avarice, etc. sont représentées par des personnages.

Ces longs poèmes étaient surtout composés pour charmer les loisirs des preux chevaliers et des belles châtelaines. Le peuple se contentait de petits récits en vers , appelés fabliaux. Ces vieux contes peignent, avec une grande liberté et souvent d’une manière fort spirituelle, les mœurs de toutes les classes de la société.

Les plus célèbres poètes lyriques du moyen âge sont Charles d’Orléans et François Villon, l’un noble seigneur et l’autre vagabond.

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