‹ Précis de littérature françaiseChapitre 100 sur 276 · I. — MaU^erbe · texte numérisé non relu

I. — MaU^erbe

État de la Poésie française vers 1600. — Emporté par son génie propre- Ronsard avait fait violence à l'esprit et à la langue. Ses disciples, te d'Âii« bigné, les du Bartas avaient exagéré ses défauts. D en résultait, dans le public, une certaine fatigue. De là, le succès de poètes de second ordre comme Desportes et Bertaut, et surtout celui de Malherbe, où l'en se plut à retrouver des qualités toutes françaises.

Vie et caractère. — François de Malherbe, né àCaon en 1655, fit d*abord des études de droit, qu'il compléta dans des universités étrangères (Heidelbei^, Bâle). Puis il s'attacha à la personne de Henri •d'A^'-oultoie, giandprieur de France, lieutenant du gouverneur de Provence.

En 1605, Malherbe vint à Paris ; il avait été recommandé à Henri IV par le cardinal Du Perron. Il avait déjà écrit Us Larmes de eiint Pierre (1587), où l'on sent encore le mauvais goût de Ronsard et des Italiens, mais d'autres vers aussi, où son talent mâle et sa langue claire se manifestaient déjà (Ode à Marie de Médids pour sa bienvenue en France^ 1600 ; Stances à du Périer sur la mort de sa fillei 1601). Il présenta à Henri IV sa belle Prière pour le roi Henri le Grand, allant en Limousin (1605) ; le roi, sans l'attacher directement à sa personne, le donna à son premier gentilhomme de la chambre, M. de Bellegarde.

Marie de Médicis, après la mort de Henri IV, et Louis XIII se firent les protecteurs généreux du poète. Malherbe écrivit pour la régente et pour son fils ses plus belles pièces : Ode à la reine Marie de Médicis sur les heureux succès de sa régence (1610), Ode au roi Louis XIII allant châtier les Rochdlois (1627).

Racan nous apprend que son maître occupait une modeste chambre meublée, où il n'y avait que sept à huit chaises ; c'est là qu'il réimissait ses disciples : Golomby, Mayuard, Racan, de Monstier, Yvrande, etc. A ceux qui arrivaient trop tard, il criait à travers la porte : « Attendet, il n'y a plus de chaises . )» Ses boutades sont célèbres. Il disait à Desportes : «Votre potage vaut mieux que vds vers». Au confesseur qui, à son Ut de mort, l'entretenait de la vie future : « Ne m'en parlez plus, votre mauvais style m'en dégoûte.» Près d'expirer, il reprenait vivement sa gardè-malade, voulant «défendre jusqu'au dernier soupir la pureté de la langue française». D mourut le 16 octobre 1628 (1).

La réforme de Malherbe. — i^ Pour le fond même de la poésie, Malherbe réagit contre Vimitation exagérée dès anciens, D veut qu'on leur emprunte

<l) M9rc«aux choui», t" cycle, p. 105; — 1* cyclt, p. S7S

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-ieulemeot des idées générales, des lieux communs ; Jamais de ces détails techniques, datés, qui rendent la poésie inaccessible aux c honnêtes gensi. D'ailleurs il se défie des Grecs, et va d'instinct vers les Latins, plus raison* nables, plus en conformité avec le génie français. — U proteste également contre V italianisme, et il lutta de toutes ses forces contre l'influence du fameux cavalier Marin, son rival dans la faveur de Marie de Médicis. — Bref, Malherbe est pour le bon sens, la raison, les idées communes, les sujets d'actualité, — contré la fantaisie, l'imagination, le symbolisme, les fictions.

^ Le style et la langue, — Malherbe obligeait ses disciples et s'obligeait lui-même à travailler lentement et à « faire difficilement des vers faciles ». C'est la théorie reprise et confirmée parBoileauet par l'exemple des plus grands classiques. — La langue doit être purement française. Malherbe avait à combattre : le pédanUsme, l 'tto/tanmne, en fin l'invasion du dialecte français par les dialectes provinciaux. De là le sens profond de cette boutade : « Les crocheteurs du Port-au-Foin sont nos maîtres en fait de langage. » Il voulait dire, non pas : nous devons parler comme les crocheteurs ; mais, pour juger de la qualité exclusivement française d'un terme, il faut s'assurer que le mot fait partie du \neux fonds populaire.

3^ La versification, — Malherbe régularisa et disciplina l'alexandrin, en exigeant une césure (principale ou secondaire) après le sixième pied ; en proscrivant VenjambemerU, qui peut nuire au rythme général d'une suite de vers ; en défendant Vhiaius (rencontre d'une voyelle finale et d'une voyelle initiale).

D'autre part, il était sévère pour la rime ; il la voulait ^inon toujours riche, du moins assez difficile pour être un frein à la rédaction trop rapide.

Infiuecce de Malherbe. — La clarté, la raison. Tordre, la pureté et la propriété dé la langue, la solide harmonie des vers, bref, tout ce que nous louons en Racine, eii Molière, et dans leurs imitateurs, trouve sa première ébauche en Malherbe. Bien entendu, à ces qualités très générales et presque négatives, chacun a ajouté celles de son génie propre. Malherbe fut comme un maître de dessin et de persj^ective, dont les âèves deviennent on jour de grands peintres.

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